A cœur ouvert

L'attente était interminable. Cela faisait déjà plusieurs heures que Chuck et Élisabeth étaient descendus en salles d'opérations.

Esteban était venu rejoindre Lisa après son service et Éric avait à nouveau pris le train depuis son université. Lily s'était réfugiée dans les bras de Rufus, tandis que Nate et Serena entouraient leur amie dans le silence. Même Jack était resté et s'abstenait de ses commentaires habituels. Pour une fois, aucun petit sourire salace ne s'affichait sur sa face.

Chacun avait plus ou moins pris ses quartiers dans la salle d'attente où B détaillait chaque strie du papier peint en comptant les heures, les minutes et les secondes qui la séparaient de l'amour de sa vie, depuis que les brancardiers l'avait emmené sur son lit vers les ascenseurs de service.

- Tu veux un café ? lui proposa Dan en revenant du distributeur.

- Je n'en bois plus, le bébé n'aime pas ça, apparemment, dit-elle simplement, avant de se perdre à nouveau dans la contemplation des murs et du mobilier.

Dan haussa les épaules, résigné, et alla s'installer à côté d'Éric, qui lui prit le gobelet des mains.

}i{ }i{ }i{ }i{ }i{

Les minutes tournaient toujours et B pensait qu'elle allait devenir folle, elle connaissait par cœur chaque défaut de la tapisserie.

Elle se leva et se dirigea en direction du couloir qui menait aux ascenseurs utilisés par les équipes médicales.

Nate voulut se lever pour la suivre mais Serena le retint par la main en secouant la tête de droite à gauche.

- Elle a besoin de s'isoler un peu, dit-elle à mi-voix.

Blair passa le coin et fit les cents pas une bonne dizaine de minutes, avant de s'adosser au mur en face des portes qui avaient avalé son fiancé.

Elle ferma les yeux et posa une main sur son ventre.

Est-ce que ce bébé, si minuscule encore, savait ce qu'il représentait pour elle ?

Est-ce qu'il sentait déjà tout l'amour qu'elle éprouvait pour lui ?

Tous les espoirs et le bonheur à venir que ses parents plaçaient en lui ?

Elle rouvrit les paupières en entendant le « ding » signalant l'arrivée d'un patient à l'étage, mais ce n'était pas celui qu'elle attendait.

Elle sentit une main se poser sur son épaule et s'apprêta à envoyer balader Dan. Ne comprenait-il donc pas qu'elle n'avait pas envie de parler en cet instant ? Elle n'avait pas envie de rattraper leur amitié perdue depuis la fin de l'été. Elle avait d'autres priorités et d'autres choses à penser. Il n'avait qu'à rester avec sa sœur et s'enterrer à Brooklyn jusqu'à la fin de sa vie, ça lui était bien égal.

Elle tourna la tête, prête à passer sa mauvaise humeur sur lui, mais ce n'était pas Dan Humphrey qui lui faisait face.

- Maman ? s'étonna-t-elle. Je croyais que ton avion pour Paris décollait dans la matinée.

- C'est ce qui était prévu, répondit Eléanor, mais Dorota m'a dit ce matin que Chuck devait subir une transplantation aujourd'hui même.

- Et depuis quand tu t'intéresses à ce qui se passe dans la vie de Chuck ? railla-t-elle.

Si elle ne pouvait pas se défouler sur Dan, alors tant pis pour sa mère. C'est Chuck qui avait raison, elle n'avait pas le droit de la traiter comme elle le faisait.

- Je sais que c'est important pour toi alors … Je me suis dit que…

- Tu veux dire que tu as discuté avec Cyrus ! commenta Blair.

- Ça aussi, oui. Mais l'important … c'est que je reconnais que j'ai été dure avec toi. Je n'approuve pas tous tes choix de vie certes, mais tu es ma fille et je t'aime. Si j'essaie de te remettre dans le droit chemin, c'est parce que je veux t'éviter de souffrir. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'avec Chuck, vous avez toujours eu une relation très « tumultueuse » dirons-nous.

- Maman, je n'ai vraiment pas …

- Laisse-moi terminer, s'il te plaît ! … Néanmoins, je n'ignore pas que tes sentiments pour lui sont très forts et après ce que j'ai vu le soir de ton anniversaire… Je veux dire, la manière avec laquelle il a rugi pour prendre ta défense … Je dois dire que je n'avais jamais eu affaire à lui de cette manière là et peu de personne auraient osé…

- Tu veux dire qu'il t'a impressionnée ?

- Ce que j'essaie de dire… c'est qu'il est plus qu'évident qu'il t'aime et qu'il tient à toi, lui aussi… Donc … Je me dis, qu'il est possible, que les accusations que j'ai portées à son encontre aient peut-être été … disons, exagérées. Mais cela ne change rien au fait que je pense qu'avoir cet enfant n'est pas une bonne idée pour toi.

- Je sais bien que tu penses que c'est une erreur, mais, c'est le bébé de Chuck. C'est peut-être la seule chose tangible qui me restera de lui, de nous, de notre amour. Cet enfant, c'est la preuve vivante que notre histoire est bien réelle. Grâce à lui, elle ne s'éteindra jamais, quoi qu'il arrive dans ce bloc opératoire. Il me restera toujours une part de lui, autre que les sentiments qui brûlent dans mon cœur.

- Blair…

- Non, c'est à moi de parler maintenant, je n'ai pas fini. Je sais que tu vas me dire qu'un enfant ce n'est pas un souvenir, comme une carte postale, mais il incarne tellement plus pour moi. Ce bébé c'est aussi le signe que tout peut enfin aller mieux pour nous. Nous avons traversé tant d'épreuves, tu l'as dit toi-même, on s'est fait beaucoup de mal, mais on est enfin prêt tout les deux à avancer sur le chemin de la vie et notre avenir, notre futur bonheur, c'est avec cet enfant que nous le voyions et ce serait le trahir, ce serait me trahir, que de faire un autre choix.

- Je vois que tu ne changeras pas d'avis de toute manière.

- Non, je ne changerai pas d'avis, quelque soit ce que l'avenir me réserve, je l'aime cet enfant, de tout mon cœur. Alors, oui, ce sera peut-être difficile mais, s'il y a une chose dont je suis certaine, c'est qu'il sera toujours ma priorité.

- Bien ! Dans ce cas, puisque tu t'entêtes, je veux que tu saches que, même si je ne suis pas favorable à cette idée, je serai là pour te soutenir, pour vous soutenir, tous les trois, si Dieu le veut. Je ne veux pas être une étrangère pour ton enfant. Alors, si tu as besoin de moi, surtout n'hésite pas, tu pourras compter sur moi.

Blair acquiesça, elle ne trouvait rien à ajouter. Sa mère faisait un pas vers elle et ça lui mettait du baume au cœur. Et aussi étranges que puisse paraître ses « excuses » c'était déjà énorme pour Eléanor Waldorf de reconnaître qu'elle n'avait pas raison, à défaut d'admettre qu'elle avait tort.

La sonnette retentit à nouveau et Blair tressaillit, mais ce n'était toujours pas son fiancé qui était dans la cage d'ascenseur.

- Je suis certaine que tout ira bien, dit sa mère en passant un bras autour de ses épaules.

Le désarroi de sa fille la touchait profondément.

- Pourvu que tu aies raison.

- Évidemment ! J'ai toujours raison, répondit Eléanor sûre d'elle-même.