Port-Chirurgie
Lily leva le nez de son bouquin, derrière son masque médical, pour observer Blair. Cette dernière n'avait pratiquement pas bougé depuis que Chuck était revenu de chirurgie. Elle avait réussi à convaincre Serena et tous les autres de rentrer se reposer, mais Blair n'avait rien voulu entendre. Même Eléanor avait abandonné la partie devant l'entêtement de sa fille.
Blair Waldorf avait usé de toute l'influence de la relation de Chuck Bass avec la famille du fondateur de la clinique privée pour pouvoir rester dans la chambre en même temps qu'elle.
Le protocole voulait que Chuck reste en isolement pendant une semaine, à cause de la diminution des anticorps provoquée par les médicaments antirejet, pour accepter la greffe. Normalement, une seule personne avait le droit de venir le voir, sous condition de porter un accoutrement de protection, bien entendu. Gants, masque, charlotte et tablier de rigueur, que Blair avait enfilés sans aucune remarque dénigrante. Elle se fichait bien de son apparence en ce moment critique.
L'opération avait duré plus longtemps que prévu et il était déjà tard dans l'après-midi quand Chuck avait été ramené dans sa chambre. Sa fiancée s'était emparée de sa main et ne l'avait plus lâchée.
Si Lily avait eu des doutes sur les sentiments que la jeune fille éprouvait pour son fils au cours des derniers mois, puisqu'elle s'était engagée avec un autre homme, il ne lui était plus permis d'en avoir aucun à présent.
Blair scrutait chaque détail du visage de Chuck, à la recherche du moindre signe de réveil. De temps à autre, elle passait sa main dans les cheveux de son bien aimé ou déposait un baiser sur son front à travers la matière protectrice, murmurant des mots inintelligibles pour Lily mais qui, elle en était certaine, ne pouvait que guider son fils sur le chemin qui le ramènerait vers elles.
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La première chose qu'il ressentit, c'était la douleur qui irradiait dans l'entièreté de son corps. Il remua lentement les doigts et Blair réagit au quart de tour, les serrant entre les siens.
- Bonjour mon cœur, entendit-il, alors qu'il ouvrait péniblement les paupières.
Elle se pencha au-dessus de lui pour caresser son visage.
Il tenta de lui répondre mais une douleur fulgurante traversa sa gorge, qui était sèche comme un désert de pierres.
- Chut, dit-elle doucement, n'essaie pas de parler, tu n'y arriveras pas. La transplantation s'est bien passée, pour toi et pour ta mère, mais tu as dû être intubé au cours de l'intervention, ce qui a causé quelques lésions des voies respiratoires. Il faudra attendre un peu pour que l'irritation ne disparaisse.
Il posa le regard sur elle, ses yeux lui souriaient tendrement et il serra à son tour les doigts de la femme qu'il aimait.
La souffrance était partout autour de lui, sauf dans le regard de Blair. Il voulut se redresser un peu mais, son corps lui renvoya un signal encore plus douloureux.
- Ne bouge pas, dit encore sa dulcinée. Le médecin a dit que la douleur serait sûrement difficilement supportable au réveil, je vais appeler l'infirmière, elle va t'arranger ça.
Elle fit mine de vouloir s'éloigner mais Chuck resserra l'emprise de ses doigts autour des siens.
- Laisse, je m'en occupe, dit Lily. Toi, reste auprès de lui, il a besoin que tu sois là.
Ce n'est qu'à ce moment qu'il nota la présence de sa mère adoptive à ses côtés. Il la remercia d'un regard.
- Je reviens, dit-elle en caressant le visage de son fils, elle aussi.
Blair se pencha à nouveau sur lui et déposa un doux baiser sur son front.
- Ne t'inquiète pas mon amour, tout ira bien maintenant, murmura-t-elle. Tout va s'arranger, tu verras.
L'infirmière arriva à peine quelques secondes plus tard. Elle s'affaira autour de lui tant bien que mal, tandis qu'il refusait toujours de lâcher la main de Blair.
- Avec ça, ça devrait aller mieux, dit-elle en injectant un produit supplémentaire dans sa perfusion. D'ici quelques minutes, vous devriez déjà sentir une amélioration. Je vous ai aussi ramené ceci. Vous devez mourir de soif, à cause de l'anesthésie et de l'intubation, vous aurez du mal à avaler pendant encore quelques heures, mais la glace devrait atténuer la douleur de votre trachée.
Elle posa un gobelet rempli de glaçons sur la table de nuit à côté du malade.
- Vous pouvez en avoir autant qu'il vous plaira, c'est bien la seule chose que vous serez capable d'avaler pour l'instant. Le médecin devrait passer vous voir d'ici deux heures tout au plus. Si vous avez besoin d'autre chose, n'hésitez pas à me rappeler, ajouta-t-elle en disparaissant déjà dans le couloir.
Blair saisit un morceau de glace minuscule entre ses doigts et imbiba délicatement les lèvres de Chuck avant de le glisser sur sa langue.
- Tout ira bien, répéta-t-elle encore doucement. Je suis là, tout va bien se passer. Tu as fait le plus difficile.
Elle n'ignorait pourtant pas que les trois prochains mois seraient déterminants, et plus encore les septante-deux heures à venir. Mais elle ne voulait pas y penser, la seule chose qui comptait c'est qu'il était auprès d'elle, il était conscient et chaque minute, chaque heure était du temps de gagné sur un éventuel rejet.
Il ferma les paupières un instant, laissant le froid endormir la brûlure au fond de sa gorge.
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Lorsqu'il les rouvrit, il se crut seul dans sa chambre.
Combien de temps s'était-il écoulé ?
Il n'avait pourtant reposé ses yeux que quelques secondes.
Du moins c'est ce qui lui semblait.
Il constata que la douleur de son corps était plus diffuse.
Les anti-inflammatoires agissaient sans nul doute.
Il tourna la tête vers la droite et aperçut Blair qui dormait, recroquevillée dans le grand fauteuil, tout à côté de lui, sa main toujours posée dans la sienne.
- Elle s'est assoupie, chuchota Lily depuis une chaise de l'autre côté du lit. Elle a bien besoin de se reposer elle aussi. Elle ne t'a pas quitté une seule seconde.
Sa mère adoptive se leva et passa avec tendresse une main sur ses cheveux.
- Le médecin ne devrait plus tarder maintenant. Est-ce que tu veux que je rappelle l'infirmière ? Tu as besoin d'un glaçon ? Ou d'autre chose ?
Il secoua la tête négativement et jeta à nouveau un regard sur Blair, endormie.
Sa présence était tout ce dont il avait besoin.
Il referma les yeux et plongea à nouveau dans le sommeil, se concentrant sur la chaleur et la douceur du contact de la main de la femme qu'il aimait dans la sienne.
