Interlude familial

Le roi de l'UES avait les mains moites et le souffle court. Il n'en revenait pas de ce que Lisa était en train de faire. Blair resserra le bras de Chuck autour d'elle et glissa son autre main dans la sienne. Elle sentait les pulsations de son fiancé s'accélérer, sous ses doigts, à la base de son poignet.

Elle le sentit poser ses lèvres dans sa chevelure, comme il le faisait souvent, à la recherche de son souffle. Elle caressa doucement le dessus de sa main avec son pouce pour tenter d'apaiser la tension qui venait de s'emparer de lui.

Elle n'ignorait pas que les déclarations et démonstrations d'affections étaient quelque chose de difficilement gérable pour lui. Il avait progressé dans ce sens, certes, mais ce que venait de faire Lisa le touchait au plus profond de son âme et le fait que ce soit en publique n'aidait pas vraiment à la situation. Elle appréhendait un peu sa réaction.

Cette dernière raccrocha le micro et se dirigea vers les coulisses, laissant sa place au prochain étudiant.

Chuck vit Gillian qui lui faisait un sourire éblouissant depuis son fauteuil, très contente de la prestation de sa protégée et Nate, qui était extatique à côté d'elle. Tandis que, Serena essuyait une petite larme qui avait perlée au bord de ses cils. Il sentit la pression des doigts de Blair sur sa peau et répondit à sa suggestion muette.

Il se leva pour rejoindre Lisa. L'émotion qui s'était emparée de lui, lui laissait les jambes en coton et il eut toute les peines du monde à traverser la salle jusqu'aux coulisses.

Sa sœur ramassait ses affaires au moment où le roi de l'UES se faufila lui aussi derrière le rideau.

- Ma surprise t'a plu ? demanda-t-elle, les yeux brillants d'émotion elle aussi.

Il ne répondit pas tout de suite, il avait la gorge nouée.

- C'est un peu spécial, mais vu que tu es toi-même très, très, spécial, renchérit-elle.

- Ça pour être spécial, articula-t-il enfin, après avoir dégluti.

- Tu es fâché ? s'inquiéta-t-elle soudain.

- Je ne suis pas fâché, non. Ta chanson est magnifique. C'est juste que …

- Aucune de tes sœurs ne t'avait encore mis dans l'embarras de la sorte, c'est ça ? Je parie que Serena ne t'as jamais fait un coup de ce genre là !

Il repensa à la fois où S s'était incrustée chez lui et avait bousillé toutes ses chances d'acquérir un hôtel dans lequel il projetait d'ouvrir un club d'un genre un peu spécial lui aussi.

- Pas de ce genre là, non ! conclut-il avec un sourire.

- Je voulais juste que tu saches à quel point tu comptes et combien notre relation est importante pour moi, lui sourit-elle en retour.

- J'ai compris… et tous les autres aussi, dit-il, gêné.

- Tant mieux, parce que c'est comme ça que tu es, en vrai. En tout cas, avec moi! Et avec Blair. Et avec tous ceux que tu aimes, reprit-elle en plongeant son regard sombre dans le sien.

Il ne répondit pas, il ne savait pas quoi répondre à ça.

- Tu es un grand frère génial ! Et il faudra t'y faire : les petites sœurs sont parfois, souvent, en fait, gênante, ajouta-t-elle en l'enlaçant.

Il la serra dans ses bras à son tour, silencieux, les paroles de la chanson de sa sœur gravées dans le cœur.

Leurs gsm sonnèrent et ils découvrirent le dernier post de GG, illustré par une photo de Lisa sur scène.

« Aperçu : le roi de l'UES encensé par sa nouvelle petite sœur à la soirée de Julliard. Il ne nous avait pas vraiment habitués à pareil spectacle. Lui aurait-on greffé un cœur, en même temps qu'un rein ? Apparemment, je vais devoir lui trouver un nouveau surnom. Le prince noir ne semble plus être d'actualité ! »

- Il vaudrait mieux qu'on y aille, grimaça-t-il en refermant son smart phone.

- Désolée pour ton image de bad boy, s'excusa Lisa.

- T'inquiète ! Elle trouvera bien un mauvais truc à dire sur moi dans son prochain post. Ou elle nous fichera peut-être la paix maintenant ! Quoi que j'en doute fortement.

Ils redescendirent dans la salle pour se rasseoir.

Lisa prit place à côté d'Esteban.

- Tu as été vraiment impressionnante. Je suis certain que tu ne peux que gagner, complimenta-t-il la jeune fille.

Elle eut un petit haussement d'épaules et posa sa main sur celle du jeune hispanique.

Quelques sièges plus loin, Chuck se réinstalla auprès de la femme de son cœur.

- Ça va ? s'enquit-elle.

- Arrête de t'inquiéter pour moi à longueur de temps, je vais bien, souffla-t-il à son oreille en l'embrassant sur la joue.

Il repassa le bras autour de son cou et elle se cala à nouveau dans le creux de son épaule.

Elle savait que son côté protecteur l'agaçait un peu, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Après les épreuves qu'ils avaient traversées et qu'ils traversaient encore, elle n'arrivait pas à reprendre le dessus. Elle avait bien failli le perdre pour toujours et elle ne s'en remettait pas. Elle tremblait de peur à l'idée qu'il ne lui arrive quelque chose et que la vie ne sème de nouvelles embûches sur leur parcours.

Elle avait cru que la transplantation serait la fin mais en fait, ce n'était que le début. Comme une étape suivante que quelqu'un leur imposait de là-haut, encore et encore. Elle avait l'impression qu'elle n'en verrait jamais le bout.

Elle lui cachait son sentiment d'insécurité de son mieux, se rappelant que le petit être qui grandissait en elle était le signe de leur bonheur. Mais il n'y avait que lorsqu'elle était dans ses bras que cette angoisse disparaissait. Quand elle pouvait le sentir tout contre elle.

Dans ces moments là, elle se sentait à l'abri du danger. Il n'avait qu'à ouvrir l'espace de ses bras pour que son monde se transforme instantanément en paradis. Mais elle ne pouvait y demeurer éternellement. Le temps finissait toujours pas les rattraper et les heures y étaient bien trop courtes à son goût.

Alors, une peur sourde et indicible la reprenait et elle la combattait de son mieux en s'appliquant à tout régenter autour d'elle, autour de lui, pour que leur monde tourne comme elle le souhaitait.

Chuck l'embrassa à nouveau, sur le front, et resserra son étreinte autour d'elle. Il n'ignorait pas qu'elle faisait tout son possible pour ne pas afficher la frayeur qui l'habitait.

Il connaissait pertinemment les risques liés à l'opération qu'il avait subie, le néphrologue avait été très clair et les leur avait expliqués maintes fois. Mais il avait besoin de vivre à nouveau.

Il désirait la rendre heureuse par-dessus tout et il détestait la voir se faire du mouron à son sujet pour un rien. Il voulait être Chuck Bass, celui qu'il avait toujours été pour elle et pas une pauvre petite chose dont elle devait se soucier en permanence, mais il ne savait plus comment faire.

Il était heureux de partager sa vie avec elle. Elle lui apportait tout ce dont il avait besoin, l'avoir entre ses bras tous les soirs et tous les matins le comblait de bonheur et il ne rêvait de rien d'autre. Il n'était pas utile qu'elle passe son temps à prévoir le moindre petit pépin qui pourrait survenir. Il était capable de gérer la situation.

Peut-être était-ce à cause du bébé ? Ses hormones étaient en pleine mutation et son instinct maternel prenait sans doute le dessus. Il espérait de tout son cœur que ce soit ça, car il ne voulait pas qu'elle passe le reste de sa vie à ne penser qu'aux complications potentielles qui pourraient apparaître un jour ou l'autre, mais pour lesquelles il n'y avait aucune raison de s'alarmer.

Il voulait la voir rire et s'amuser et non pas se replier sur elle-même comme elle le faisait en ce moment, même si elle pensait pouvoir le tromper et lui donner le change. Il ne savait pas encore comment, mais il devait trouver une solution et ce, sans la brusquer. La dernière chose qu'il voulait, c'était lui faire de la peine.