Apocalypse

Elle sentit le sol vibrer sous ses pieds tout à coup et la sirène d'alarme retentit.

- Tout le monde dehors, cria le professeur. Suivez les consignes de sécurité, dans le calme s'il vous plaît.

Mais la moitié des étudiants se mit à courir vers la porte de sortie, bousculant leurs camarades au passage.

Elle se laissa porter par la vague qui s'engouffrait dans le couloir, se protégeant du mieux qu'elle pouvait, tentant de garder l'équilibre.

Une fois dans le couloir, la foule était immense. Chacun courrait vers les issues de secours sans se préoccuper des autres. Elle trébucha sur une fille qui était en cours de littérature avec elle et se rattrapa tant bien que mal à la rambarde des escaliers.

Elle réussit à s'y agripper et tenta de s'écarter du chemin d'un groupe en furie qui chargeait droit sur elle, tel un troupeau de bêtes sauvages. Néanmoins, elle fut emportée et malmenée dans la cohue, avant d'être plaquée contre le mur de l'autre côté, plusieurs marches plus bas. Elle dévala les escaliers, peau contre peau avec des énergumènes qu'elle ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam, priant juste pour ne pas s'écrouler et être piétinée au sol.

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Dans un autre bâtiment de Columbia, une autre jeune fille se relevait de sous l'éboulis en se raccrochant à tout ce qu'elle pouvait. Les gravas étaient partout autour d'elle et elle n'entendait qu'un vrombissement sans fin qui résonnait à l'intérieur de son crâne.

Elle jeta un regard circulaire, l'amphithéâtre où elle se trouvait quelques minutes auparavant n'était plus qu'une ruine.

Quelques uns de ses camarades se remettaient sur leurs deux pieds eux-aussi, mais plusieurs restaient au sol sans bouger. D'autres gémissaient, ensevelis sous des débris.

La jeune fille tituba jusqu'à une moitié de pan de mur et voulut y prendre appui. Mais elle réalisa que l'idée n'était pas des meilleures qui soient lorsque quelques fragments s'écroulèrent au sol. Elle vacilla un peu tandis qu'elle reprenait son équilibre.

Rassemblant ses derniers souvenirs, elle se remémora le souffle chaud qui l'avait enveloppé et de la déflagration qui avait claquée comme un coup de tonnerre, avant un silence, qui lui avait semblé durer une éternité, puis le vacarme assourdissant des matériaux de construction qui tombaient de partout.

Elle avança avec précaution vers les vestiges d'un couloir et prit conscience qu'un liquide poisseux coulait sur sa paupière. Portant la main à son front, elle comprit qu'elle était blessée à la tête. Inspectant son corps, elle vit un objet fiché dans son flan, juste au dessus de la hanche et ressentit seulement la douleur à ce moment là. Elle s'écroula au sol, incapable de faire un pas de plus.

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Nate entendit retentir la sirène à peine une fraction de seconde après avoir vu s'écrouler le bâtiment. Depuis l'un des nombreux terrains de sports du campus, il assista au spectacle qui se déroulait sous ses yeux, et ceux de nombres d'universitaires, comme dans un film.

Il lui fallut un temps de réaction incalculable avant de donner un sens à ce qu'il venait de voir. Des étudiants sortaient des décombres en hurlant et courant dans tous les sens, tandis que l'alarme se perdait à l'infini au-dessus de leur tête.

Un de ses équipiers lui donna une tape dans le dos

- Archibald, il faut évacuer, dit Stanley.

Le service d'ordre arriva sur place en un temps record et le coach leur ordonna de se rassembler sur le parking extérieur du côté ouest, le plus proche d'eux.

Une fois là-bas, il fut prit en charge par une équipe de triage qui lui demanda de décliner son identité. L'espace était complètement saturé de véhicules de secours et de police. Des membres de l'Unité d'Intervention d'Urgence se mobilisèrent rapidement autour de la zone à circonscrire.

Non blessé, il fut rapidement évacué vers l'arrière, avant même qu'on ne lui explique ce qui venait de se passer.

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Dans la limousine, Lily s'efforçait de retrouver son calme. L'eau s'agitait dans la petite bouteille en plastique que Chuck lui avait donnée quelques minutes plus tôt. Elle leva les yeux vers son fils adoptif et constata que ses mains tremblaient à lui aussi.

Il regardait fixement par la vitre. Son téléphone mobile posé sur le siège à côté de lui. Il avait tenté de joindre l'un ou l'autre une bonne dizaine de fois au moins depuis leur départ, mais aucun ne répondait.

Il avait réagi prestement en l'emmenant dans la voiture, mais ni elle, ni lui, ne savaient ce qu'ils trouveraient là-bas.

Elle le vit porter ses doigts à son front, puis à ses lèvres, qu'il pinçait depuis qu'il avait abandonné tout espoir de joindre au moins un de ses amis. Il vint à l'esprit de Lily que la vie de son enfant à lui aussi était en jeu.

Il n'était plus seulement son fils à présent. Il était un homme, responsable d'une famille. Cette famille qu'il avait désespérément attendu toute sa vie.

Son téléphone résonna dans l'habitacle et elle décrocha avant la fin de la première sonnerie.

C'était Éric qui avait vu les infos et venait aux nouvelles.

- Je ne sais pas, répondit-elle d'une voix blanche.

- ...

- Non, aucune nouvelle. Chuck a essayé de la joindre mais sans succès. On est en route pour Columbia. Écoute, je raccroche, je veux que la ligne reste disponible. Dés que j'en saurai plus, je vous préviendrai.

- ...

- Oui, rappelle Rufus si tu veux bien, merci.

Elle raccrocha et posa son téléphone sur le siège, elle aussi.

Sans un mot, elle prit la main tremblante de Chuck dans la sienne, qui tremblait toujours autant elle aussi, cherchant du courage à partager dans ce simple contact. Il ne tourna pas le visage vers elle mais répondit à sa demande par une pression de doigts, dans le silence le plus absolu.