Malaise

- Elle est près de la troisième ambulance, indiqua Gillian à Chuck, lorsqu'il arriva, tout essoufflé d'avoir couru depuis la limousine.

Il piqua un nouveau sprint jusque là.

La jeune femme était assise sur le rebord du véhicule, comme indiqué par la cousine de Nate.

- Blair, haleta-t-il en la serrant tout contre lui.

Elle se pendit à son cou, lui rendant son étreinte.

- Merci mon Dieu, tu es là ! soupira-t-elle.

- Bien sûr que je suis là ! Où voudrais-tu que je sois ? répondit-il en s'écartant un peu pour laisser un urgentiste d'une quarantaine d'années, avec un petit bouc, faire son travail.

Elle grelottait et l'homme en uniforme déposa une couverture sur ses épaules.

- Vous venez avec nous ? questionna-il.

Chuck le regarda, un peu hébété.

- Oui, répondit la jeune femme qui claquait toujours des dents.

Elle pressa sa paume contre la sienne et il sentit la glace parcourir tout son corps, jusque dans la moindre de ses veines.

- Il y a un problème ? haleta-t-il à nouveau.

Cependant, cette fois ce n'était pas à cause de la course.

- Je … J'ai été un peu bousculée dans la cohue... C'est juste par précaution.

Elle avait sourit en disant ça, mais sa voix trahissait son angoisse.

Il l'aida à se lever tandis qu'il sentait une boule se former à nouveau dans son estomac.

Blair prit appui sur lui, mais ses jambes refusèrent de la porter, une douleur lui cisailla le bas ventre. Elle se cramponna à son avant-bras dans un gémissement.

Chuck la plaqua contre son torse pour éviter qu'elle ne s'écroule au sol.

- Oh là ! dit l'ambulancier. On va vous allonger, je crois. Ça vaudra mieux !

- Ian, cria-t-il à l'adresse de son coéquipier, qui était non loin de là.

- Je la tiens, indiqua-t-il à Chuck pour que celui-ci relâche son étreinte, avant de la soustraire aux bras de son fiancé.

Son collègue arriva au pas de course et l'aida à placer la jeune femme sur la civière à l'intérieur du fourgon.

Blair émit un nouveau gémissement de douleur.

- Je crois que le travail a commencé, dit le premier des secouristes.

- Non, c'est trop tôt, articula Chuck qui luttait pour garder son calme, en vain.

- C'est au bébé qu'il faut dire ça, répondit celui qui s'appelait Ian, en contournant le véhicule pour s'installer au volant.

- Grimpez ! ordonna l'autre en refermant déjà un battant des portes.

Le futur père s'exécuta, ne sachant trop où se mettre pour ne pas entraver les gestes de l'urgentiste.

- Asseyez-vous là et tenez vous bien, recommanda le secouriste au jeune homme tandis qu'il préparait une solution intraveineuse.

- On y est, Pete, informa le chauffeur.

Chuck saisit la main de Blair et s'agenouilla à ses côtés. Il faillit tomber à la renverse quand l'ambulance démarra, sirène hurlante. Mais il se stabilisa de l'autre bras, sans jamais lâcher les doigts de la future maman, qui se tordait à nouveau de douleur.

- Vous en êtes à combien ? questionna l'homme au petit bouc.

- Elle est presqu'à la fin du septième mois, répondit Chuck à la place de Blair, d'une voix tremblante.

Il avait l'impression d'être en plein cauchemar.

- Chuck, murmura la femme de sa vie, alors que l'ambulancier introduisait une aiguille dans son bras.

- Je suis là. Je suis là. Tout va bien se passer. C'est juste une fausse alerte. Tout ira bien, tenta-t-il de la rassurer de son mieux, en caressant doucement ses cheveux.

Mais le visage de Pete ne lui disait rien qui vaille.

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A leur arrivée aux urgences, Chuck fut obligé de se séparer d'elle. La mort dans l'âme, il rejoignit la salle d'attente. Il se laissa choir dans un de leur horrible fauteuil.

Le cœur à la dérive, il priait pour se réveiller.

Ça ne pouvait pas se passer comme ça, c'était impossible. La vie ne pouvait lui reprendre ce qu'elle lui avait donné. Pas maintenant, pas après avoir réussi à passer outre toutes ces embûches.

Les minutes s'égrenaient lentement. Le temps lui semblait comme suspendu. Cela faisait déjà plus d'une demi-heure que Blair avait disparue avec les médecins.

Il tenta d'avoir des informations auprès de l'infirmière de service, mais elle ne pouvait rien lui apprendre de plus. Il devait patienter en attendant de connaître le diagnostic du médecin.

Il se réinstalla dans la salle et se prit la tête entre les mains, au comble du désespoir.

Il perçut soudain la présence de quelqu'un et sentit des doigts se poser sur son épaule. Il releva la tête, espérant voir un membre du personnel médical.

- Ce n'est que moi, dit doucement Lisa.

Elle s'assit aux côtés de son frère et passa un bras autour de lui.

- Gillian m'a dit que vous seriez là et que tu aurais sûrement besoin de moi, murmura-t-elle. Comment va Blair ?

Il secoua la tête sans pouvoir répondre. Il n'avait aucune réponse à donner. Il ne savait rien, ne maîtrisait rien. Il était à la merci d'un coup du sort et il ne pouvait pas croire qu'il s'acharnait à nouveau contre lui.

- Si jamais je les perds… commença-t-il d'une voix sans timbre, sans pouvoir poursuivre, en fixant ses mains qui s'étaient remises à trembler.

Lisa l'attira doucement contre elle. Il se laissa aller sur l'épaule sa sœur.

- Tout ira bien, dit-elle à voix basse, tandis qu'elle passait une main sur son bras pour le réconforter.

Il ne répondit pas. C'est aussi ce qu'il avait dit à Blair, mais il n'en savait rien. Et Lisa non plus. Pourtant il appréciait qu'elle soit venue. Sa présence à elle seule le laissait espérer.

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- Monsieur Bass, appela un grand type afro-américain, vingt bonnes minutes plus tard.

Il se leva prestement, suivi de Lisa.

- Tout le monde va bien. Les événements et les émotions de la journée ont provoqué des contractions précoces mais elles se sont arrêtées, grâce aux médicaments.

Chuck s'autorisa enfin à respirer à nouveau.

- Nous allons garder votre fiancée cette nuit en observation et si les contractions ne reprennent pas, elle pourra rentrer à la maison. Le mieux serait toute fois, pour la maman et le bébé, que Mademoiselle Waldorf reste allongée le plus possible jusqu'à l'accouchement. Je sais que deux mois, c'est une période encore relativement longue, mais il vaut mieux être prudent et prendre toutes les précautions pour éviter une naissance prématurée. Je vous conseil toutefois, de prendre rendez-vous sans attendre chez son gynécologue attitré pour la suite du traitement médical éventuel.

- Ce sera fait. Où est-elle ? questionna Chuck qui n'y tenait plus.

- Une infirmière va vous conduire jusqu'à sa chambre. Elle vous attend, sourit le médecin.

- Tu vois, je t'avais dit que tout s'arrangerait, sourit à son tour Lisa en l'enlaçant.

- Merci d'avoir été là, répliqua-t-il simplement.

- Toujours, répondit-elle, réussissant à lui arracher un début de sourire à lui aussi.