Mariage
La fin de l'été était encore chaude et le soleil brillait en cette matinée du 1er septembre. Une brise légère et tiède soufflait sur le jardin intérieur de l'Empire.
Tout y était sélect et somptueux, à l'image de la mariée.
Le tapis qui traçait l'allée centrale était bordé de centaines de pivoines, ainsi que l'arche sous laquelle officierait le pasteur.
Eléanor terminait d'ajuster le bustier de sa fille. La robe de la mariée, dans les tons écrus, était rehaussée de fins dessins gris clair et rose pâle, ainsi que de perles naturelles. Les mêmes perles que celles qui étaient piquées ça et là dans ses cheveux, qu'elle avait voulu coiffés en chignon, exactement comme le soir de son 17ème anniversaire. Le soir où Chuck lui avait offert le collier en diamant qui ornait son cou délicat. De nouvelles boucles d'oreille, taillées dans la même pierre précieuse, pendaient délicatement à ses lobes.
Pendant que Serena, qui portait une robe gris perle à bretelles croisées dans le dos, destinée aux demoiselles d'honneur, se mirait dans le grand miroir de la chambre de Lisa, admirant le tissu qui retombait en plis soyeux juste au-dessus de son genou.
- Tu as encore perdu du poids depuis la semaine dernière, s'exclama la styliste.
- Que veux-tu, l'allaitement maternel permet de retrouver sa taille plus vite paraît-il, répliqua Blair.
Elle avait donné naissance à Alexandre fin juillet, à peine une semaine plutôt que prévu, sans aucun problème pour la maman, ni pour le bébé, après avoir passé deux mois entiers sans pratiquement sortir de son lit.
Au bout d'un mois, son gynécologue aidant à rassurer Chuck, elle avait tout de même réussi à le persuader de la laisser s'occuper un minimum de l'organisation. Elle avait promis de ne pas mettre le moindre orteil au sol, excepté pour se rendre à la salle de bain, et il avait convenu qu'elle allait devenir complètement folle si elle ne trouvait pas à s'occuper d'une manière ou d'une autre.
Ce qui se résumait surtout à houspiller la pauvre Dorota et à passer des coups de téléphone ou des mails, ainsi qu'à établir des réunions et autres listes et plannings pour déléguer chaque tâche de son mariage.
Heureusement, le plus gros avait déjà été fait avant la fin des cours de cette terrible journée de juin. Le plus difficile en fait, avait été de postposer tout ce qui avait déjà été mis sur pied pour réussir à tout reporter à la date de ce samedi matin.
- Tiens, dit Serena en attachant un bracelet lui appartenant qui scintillait de mille feux lui aussi, au poignet de sa meilleure amie. Voici quelque chose d'emprunté, il ne te manque que quelque chose de bleu.
- Non, le bleu je le porte déjà, sous ma robe, mais je le réserve pour Chuck, ce soir, dit Blair en souriant espièglement.
- Alors, tu as tout ce qu'il te faut. Tu es vraiment magnifique, reprit S qui resplendissait elle aussi. J'espère que je serai comme toi dans six mois.
- Évidemment, répliqua Eléanor. Puisque c'est moi qui te dessinerai ta robe à toi aussi.
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Dans la suite voisine, Chuck, qui portait une chemise écrue et un costume à queue de pie gris clair parfaitement assortit à la robe de sa future épouse, ainsi qu'une cravate de couleur identique, tournait en rond comme un lion en cage.
- Hé ! Du calme, lui dit son témoin, vêtu d'un costume gris à peine plus foncé, accordé à la robe de la demoiselle d'honneur. A ce train là, tu vas me faire une attaque avant l'arrivée de la mariée. Ce n'est pas comme si tu devais avoir peur qu'elle change d'avis à la dernière minute.
- Très drôle Archibald, lui répondit le futur marié, tu rigoleras moins quand ce sera ton tour.
- En tout cas, moi, je ne dirai pas non aux strip-teaseuses de Vegas pour mon enterrement de vie de garçon. Si on m'avait dit ça de toi, il y a seulement un an.
- Pleins de choses se sont passées depuis un an.
- Je sais, j'y étais je te signale.
- Tu as les alliances au moins ?
- Non, mais pour qui tu me prends là ?
- Désolé, c'est juste que…
- Tu te maries aujourd'hui et il est l'heure d'y aller, sourit Nate.
Chuck inspira un grand coup, tandis que son meilleur ami et témoin le précédait dans l'ascenseur.
- Allez, respire, tout sera parfait. Tu sais comment est Blair, elle a réussi à avoir l'œil sur le moindre petit four depuis le fond de son lit. Contente-toi juste de ne pas te tromper de prénom quand tu prononceras tes vœux.
- T'es vraiment lourd parfois, tu sais, bougonna Chuck.
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- Prête ? demanda Harold.
- Et comment ! répondit sa fille.
Elle avait attendu ce jour depuis toujours, et souvent cru qu'il ne viendrait jamais.
- Alors on y va, dit-il en lui donnant son bras.
Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, tandis qu'elle s'avançait dans l'allée, avec grâce et élégance, au milieu des invités, triés sur le volet, qui comptaient parmi la crème de la crème de l'Upper East Side.
Son père l'abandonna à l'homme qui allait devenir son mari, le seul qui savait la rendre vraiment heureuse, et Chuck prit sa main. Il était toujours aussi subjugué par elle et avait l'impression que son cœur allait exploser.
Ils se tenaient enfin là, debout sous cette arche. Dans quelques minutes ils seraient unis pour le meilleur et pour le pire. Le pire, ils l'avaient déjà connu, ne restait que le meilleur à explorer.
Il avait bien cru ne jamais y arriver. Mais il avait enfin atteint ce bonheur qu'il ne pensait pas fait pour lui. Sa vie n'aurait pas pu être plus parfaite qu'en cet instant magique.
Du coin de l'œil, il vit son fils qui dormait dans les bras de Lily alors que le prêtre entamait la célébration de leur mariage.
- Blair Cornelia Waldorf, souhaitez-vous prendre cet homme, ici présent, pour époux et jurez vous de l'aimer et de le chérir tout au long de votre vie, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la maladie comme dans la santé, dans la peine comme dans la joie ?
- Oui, je le veux.
- Charles Bartholomew Bass, souhaitez-vous prendre cette femme, ici présente, pour épouse et jurez vous de l'aimer et de la chérir tout au long de votre vie, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la maladie comme dans la santé, dans la peine comme dans la joie ?
- Oui, je le veux.
- Vous pouvez à présent échanger vos vœux ainsi que les anneaux.
Blair prit l'alliance sur le petit coussin de soie et se tourna vers l'homme de sa vie pour le passer à son annulaire, un peu tremblante, elle se lança.
- Alors tout cet espace autour de moi, tout ce vide, c'était donc toi. Je savais qu'un jour je finirais, à force d'y croire, par te retrouver. Et aujourd'hui, tout est parfait, en dépit de tout ce que nous avons vécu, toi et moi. Malgré les médisances, malgré les doutes, malgré la peur, malgré les souffrances qui pesaient sur nos cœurs. Je pense que nous avions rendez-vous. La magie a ses lois et avec toi, je veux tout, j'ai tout. Toi qui as fait chavirer mon cœur, toi qui me fait vivre le bonheur, toi sur qui je peux compter, toi qui me fais rêver. Toi qui me fait vivre vraiment, pleinement, qui a volé mon cœur. Tu es entré dans ma vie, comme une tornade, amenant avec toi le tourbillon des émotions. Quand tu es à mes côtés, il me pousse des ailes, j'arrive à voler. Ma chance aujourd'hui, c'est que tu es là, devant moi. Et cette fois, je veux rester, je ne veux plus croire que si je t'aime, tu vas m'abandonner. On dit que l'amour unit les cœurs pour l'éternité. Avec toi, je sais que l'éternité, ce ne sera pas assez.
Serena essuya une petite larme et le prêtre fit signe à Chuck que c'était à son tour. Chaque mot de Blair résonnait en lui comme un diapason, faisant naître un arc en ciel au plus profond de lui.
Nate lui remit l'alliance qu'il passa au doigt de la femme qui lui avait fait découvrir qu'il méritait lui aussi d'être aimé. D'une voix chargée d'émotion, il prononça les mots qu'il avait mille fois retournés dans son esprit.
- La souffrance avait fait de moi quelqu'un de froid. C'était malgré moi, juste pour qu'on croie que tout allait bien. Mais tu as su briser ma carapace et l'introduire dans les tréfonds de mon être. Avec toi, j'ai appris que les rêves et les espoirs peuvent devenir réalité. J'ai appris à croire en la vie, même si c'est une folie. Jamais je n'aurais osé espérer que je puisse être tant aimé. Je n'imaginais pas non plus qu'on puisse tant aimer. Mais je ne sais pas comment te le prouver. Car l'amour, ça ne ressemble qu'à toi. J'ai mon cœur qui bat pour le tien, juste ce cœur qui est là, sous ta main. Je ne savais même pas que j'en avais un, avant toi. Je ne sais pas non plus comment faire pour te donner confiance en moi. L'amour peut être assassin et je t'ai déçu si souvent. Te donner quoi sous cette arche ? Ce serment, cette alliance. Et puis mon âme, car elle t'appartient. Et tout mon corps, car il est à toi. Il ne me reste rien. Alors, voici mon âme, prends-la dans tes mains.
Blair était émue aux larmes, chaque fibre de son corps vibraient intensément aux paroles que Chuck avait prononcées. La touchant au plus profond d'elle-même. Il y avait mit tout son cœur et toute sa sincérité.
- Par les pouvoirs qui me sont conférés par l'état de New-York, je vous déclare mari et femme. Ce que Dieu a uni, aucun homme ne peut le désunir. Vous pouvez embrasser la mariée.
Chuck ne se le fit pas dire deux fois et posa ses lèvres sur celles de son épouse avec passion, la serrant tout contre lui. Blair passa ses bras autour de son cou et lui rendit son baiser avec fougue.
- Hé doucement ! Laissez-en pour la nuit de noce ! s'exclama Serena, qui pleurait vraiment cette fois.
