Hello tout le monde !
Nous voici donc au cinquième chapitre de cette aventure ! Il est en quelque sorte l'un des moments clés de l'histoire, beaucoup d'évènement qui suivront découlerons de ce qui sera dit ou fait, non-dit ou non-fait dans ce chapitre ! J'espère qu'il vous plaira !
Merci aux personnes qui ont posté un com' ! Ce n'est pas grand-chose, mais ça fait toujours plaisir !
Lilou : Merci pour ton commentaire ! C'était un peu le but de la rendre angoissante, j'essaye de la rendre telle en y faisant flotter des secrets et des non-dits... je suis contente d'avoir atteint mon objectif avec toi :-)
Chlo : Et bien si tu es une lectrice d'ordinaire détestée, ce ne sera pas le cas cette fois ;) Comme tu l'as en effet compris, Lys' est le centre de l'histoire. Peut-être en apprendras-tu un peu plus (ou sera-t-il encore plus mystérieux, tu me diras) dans ce chapitre ! Sinon le couple Lily/Scorpius sera plus ou moins permanent, mais j'espère que tu lui trouveras son sens (même si d'habitude tu ne l'apprécie pas spécialement). Mais comme tu l'as remarqué, chacun a son rôle (même si certains ne le joueront que bien plus tard) ; Lily et Scorpius auront tour à tour leur importance et les mettre ensemble m'a semblé naturel... Tu me diras ! J'espère que ce chapitre et les suivants te plairont !
Cat240 : Pourquoi eux ? Tu verras bien ! ;-) C'est vrai que ce ne sont certes pas ceux qui en savent le plus (comme tu le remarqueras) mais ils sont ceux qui ont réussi à plus ou moins cerner Lys' sans être guidés ! J'espère que ce chapitre te plaira, même si je ne suis pas certaine qu'il t'apporte de réponses... Merci pour ton com' en tout cas ! :-)
Bonne lecture !
Disclaimer : L'histoire de Harry Potter ne m'appartient pas, pas plus que celle de ses descendants !
Rose reposa son peigne, rajusta ses magnifiques mèches rousses avant de rejoindre Lily qui l'attendait, assise sur le lit de sa cousine. L'aînée des Weasley jeta un coup d'œil par la fenêtre : le parc s'était paré de blanc et de perles. Pourtant elle n'eut pas le temps de s'émerveiller que déjà la fille Potter se mettait à lui parler, à toute vitesse. Et si finalement Scorpius ne faisait que jouer ? Et si Scorpius refusait de l'aimer autrement qu'en cachette ? Mais s'il faisait cela, c'était qu'il n'était pas sincère, qu'il ne voulait pas assumer, n'est-ce pas Rose ?
La concernée tenta un instant d'apaiser la jeune fille, sans succès. Ce ne fut que quand elle la prit dans ses bras que la voix de Lily s'éteignit alors que, comme un chaton, elle se blottissait tout contre elle.
- Lily. Je ne comprends rien à votre histoire pour la simple et bonne raison que vous n'en parlez jamais. Mais ce que j'en vois émouvrait n'importe qui. Il t'aime Lily. Désolée de sembler fleur bleue mais il suffit de vous regarder pour le comprendre.
- Mais s'il finit par ne plus m'aimer ? gémit la jeune fille, perdue dans ses inquiétudes irrationnelles.
- Pense à maintenant Lilou, pas à demain, murmura-t-elle en plongeant ses yeux dans les siens.
Sa cousine acquiesça doucement avant de se lever, et Rose la regarda sortir de la chambre d'un pas dansant. Elle se mit à rire tout bas, elle était si mignonne, Lily, lorsqu'elle se plongeait dans ces raisonnements de midinette. Ladite midinette passa la tête par la porte, un sourire espiègle aux lèvres.
- Mets tes anneaux de gitanes plutôt que tes étoiles aux oreilles. Tes cheveux sont ébouriffés aujourd'hui et donneront l'impression que tu as deux mèches argentées parmi tes cheveux de feu.
Un clin d'œil et elle était partie. Rose soupira, mi-agacée, mi-amusée, reconnaissant pourtant au fond que sa cousine avait raison. Les étoiles qu'elle portait habituellement se détachèrent de ses lobes, remplacées par deux immenses et fins anneaux. Un cadeau de tous ses cousins pour ses seize ans. Mais elle avait toujours du mal à les mettre. Pas qu'ils furent lourds, au contraire, elle soupçonnait ses cousins de les avoir ensorcelés afin de les rendre plus légers, mais il lui semblait que c'était sa famille qu'elle portait aux oreilles, sa famille qu'elle pouvait perdre si elle perdait ces bijoux.
- Mais ça fera tellement plaisir à Lily, murmura-t-elle tout bas en détachant son regard du miroir.
Elle se saisit de sa cape d'hiver avant de quitter à son tour sa chambre. Sa cousine l'attendait au bas des escaliers, et lui adressa un sourire rayonnant en reconnaissant les boucles qui brillaient à ses oreilles.
- On avait beaucoup hésité avec les cousins au moment de les choisir, finalement je pense que les autres qu'on avait vu n'auraient pas été aussi jolies sur toi...
- À quoi ressemblaient-elles ?
- Tchhuuut ! siffla Lily. Tu as celles-ci et c'est tout ce qui compte ! Maintenant on devrait aller rejoindre les autres ou ils vont encore se payer notre tête !
Elles se sourirent encore, complices, et un instant la jeune femme oublia la solitude dans laquelle elle se sentait se noyer depuis que Scorpius lui avait fait prendre conscience de son propre isolement.
La table des Trois-Balais n'était pas assez grande pour tout le groupe qui y était attablé. Le groupe plaisantait en disant que c'était une répétition à la fête de Noël. À peu de chose près ça l'était. Et comme dans le train c'était une joyeuse pagaille. Louis riait avec son inséparable William, apostrophant les personnages trop silencieux comme Rose. En somme ils n'apostrophaient que Rose. Celle-ci tournait ses yeux rêveurs vers eux et souriait de ce sourire éthéré et effacé qui serrait le cœur de Scorpius tandis qu'il encerclait de son bras la fine taille de Lily. Thomas était pourtant à ses côtés, avec Nicolas et Fanny qui discutaient avec animation avec Albus et James. Hugo et Helena échangeaient avec Lily et Scorpius – ce dernier jonglant entre cette discussion et celle de de son ami et de ceux de Rose.
Une bien joyeuse pagaille.
Pourtant une pagaille qui s'arrêta lorsque Rose se leva brusquement pour aller à la table voisine. Malefoy passa sa main dans ses cheveux, passablement déçu, avant de reconnaître Lysander qui lisait, blotti contre le mur. Scamander releva les yeux lorsqu'il reconnut la jeune fille et esquissa un sourire. Et contre lui, Scorpius sentit Lily se crisper. Il resserra sa prise autour de sa taille, respirant un instant ses cheveux, juste le temps de lui souffler Qu'as-tu donc ? Et Lily de le regarder avec un sourire figé avant de poser ses lèvres sur les siennes. Un baiser chaste, mais au début d'une histoire d'amour comme la leur, le monde s'efface autour d'un baiser.
Rose sourit, déviant un instant son regard de Lysander pour fixer le couple. Intrigué, le jeune homme suivit ce regard, elle le vit pâlir lorsqu'il posa son regard sur Lily et Scorpius. Puis il secoua la tête, regardant à nouveau la rouquine.
- Ils en ont mis du temps, lui glissa-t-il.
- Moins que les parents de Lilou, répliqua la jeune femme, rieuse.
- Si tu as un problème avec mes parents, dis-le-moi ! lança la voix de James qu'ils n'avaient pas vu approcher.
Les deux adolescents sursautèrent en voyant son visage apparaître entre eux, un large sourire fendant son visage.
- Restez pas là tous les deux, venez à notre table ! lança-t-il en retrouvant son sérieux.
Puis sans attendre leur réponse, il retourna parmi les autres, décoiffant au passage les cheveux de son frère qui lui répondit par un coup de coude dans les côtes. Rose se leva alors, pas Lysander. Pas tout de suite. C'était comme si elle avait disparu dès qu'elle s'était redressée pour quitter la table. Son regard s'était replongé dans son livre, il fallut l'appelle encore par son prénom pour qu'il le referme et la suive... sans un mot.
La suite fut étrange pour elle. Lysander était à ses côtés, Lysander était là, mais il était ailleurs. Non pas qu'il semblât s'ennuyer mais... l'étrange mélancolie qu'elle n'avait pas ressentie en lui depuis qu'ils étaient revenus de la tour d'astronomie était réapparue. C'était lui le spectre, songea-t-elle à nouveau. Malgré son sourire si sublime, il n'était pas réellement là. Elle posa alors sa main sur la sienne, il sursauta en se dégageant et leurs regards se croisèrent, il le soutint en déglutissant avant d'ouvrir la bouche.
- Ils sont bien les mêmes que dans le train, balbutia-t-il. Moi qui pensait que vus n'étiez de si bonne humeur que parce que c'était le jour de la rentrée...
- C'est ainsi chez les Potter-Weasley et leur bande ! lança gaiement Nicolas depuis le bout de la table. On ne s'ennuie jamais ici !
- Mais il le sait Nico ! répliqua Albus. Il passe le Nouvel An avec nous depuis qu'on est gamins !
L'ami de Rose ne répondit pas, mais celle-ci lut la question qu'il lui adressa silencieusement. Pourquoi alors n'avait-il jamais vu les Potter-Weasley en compagnie du jeune homme ? Surtout qu'ils ne semblaient pas entretenir de mauvais rapport, et que James partageait plusieurs de ses cours avec lui.
- Ah non Rosie ! Ne commence pas à philosopher toute seule, lui siffla tout bas Scorpius en lui donnant un léger coup de coude. Tu en auras tout le temps ce soir dans ton lit !
Elle le fusilla simplement du regard, et se détourna de lui, se rapprochant du Serdaigle qui écoutait Fanny raconter une blague moldue aux frères Potter et à Nicolas et Thomas. Comme toujours, ce furent Albus et James qui se mirent à rire, aux deux autres de s'entre-regarder sans comprendre la chute de l'histoire. Fanny soupira, se lançant dans l'explication détaillée de la blague qui perdit alors tout son intérêt en se trouvant tout à coup décortiquée. Mais ce n'était plus cela qui faisait rire Rose : c'était la tête de ses deux amis qui tentaient tant bien que mal de suivre. Et lorsque, cinq minutes après tout le monde, ils se mirent à rire, Rose s'aperçut qu'il manquait un éclat de rire. Il manquait celui de Lysander. Il n'avait même pas souri. Il n'écoutait même plus ce que racontait Fanny, semblait plus vaguement intéressé par la conversation de Louis et William. Il semblait... dépassé, plus étourdi que distrait. Elle fronça les sourcils, sans voir que Scorpius faisait de même dans son dos.
- Ça va Lys' ? s'inquiéta-t-elle en posant sa main sur son bras.
Non. Non ça n'allait pas. Non, il allait tout simplement s'effondrer, épuisé. Il n'avait pourtant pas touché à Bieraubeurre qu'on lui avait servi, mais ses pensées le submergeaient un peu plus à chaque instant.
Le visage de Rose se pencha encore sur lui, une pensée lui traversa brusquement l'esprit, si fugace qu'il n'eut pas le temps de la saisir. Tout ce qu'il savait était que lorsqu'elle se dissipa, il avait posé ses lèvres tremblantes sur celles de la jeune fille.
Le silence tomba à leur table, alors qu'il s'écartait brusquement, balbutiant des excuses qui ne devaient probablement pas avoir de sens. Il vit le regard interloqué ou mauvais des Potter-Weasley et se leva de table, se rependant encore en excuses, attrapant son manteau au passage, et sortant titubant des Trois Balais sans voir que James avait devancé Scorpius pour le suivre.
Sa tête tournait, il avait le cœur au bord des lèvres, ce même cœur qui tambourinait violemment dans sa poitrine, si fort qu'il lui faisait mal.
- Lysander !
Ne pas se retourner, surtout ne pas se retourner... Ne. Pas. Se. Retourner... Il le fit. James l'avait retenu par le bras, bien plus rapide, en bien meilleur forme que lui. Il l'attrapa par les épaules et le força à s'assoir par terre dans la neige. Peu importait qu'il fasse froid : il était hors de question qu'il le laisse entrer au château dans la nuit dans cet état.
- Prends un peu de neige et applique-la doucement sur ton visage, je te promets que ça calme.
Mais les mains de Lysander tremblaient bien trop fort, et ses yeux écarquillés étaient trop pleins de larmes pour qu'il puisse voir ce qu'il faisait. Alors le jeune homme en ramassa à sa place, ôtant ses gants, et la fit doucement fondre sur les joues et le front de Lysander. Celui-ci serra les paupières en respirant plus fort encore, tressautant régulièrement, au contact de la glace pensait l'aîné Potter, au contact de sa peau en réalité.
Il rouvrit ses paupières fatiguées, le visage soucieux de James ne se trouvait qu'à quelques centimètres du sien. Encore une fois il n'eut pas de temps de réfléchir que déjà leurs bouches s'étaient rencontrées. Il l'embrassait furieusement, bien moins doucement qu'il n'avait embrassé Rose. Il dévorait ces lèvres avec désespoir, comme s'il cherchait à prendre ou à se défaire de quelque chose. James dut poser ses mains sur ses épaules pour les séparer.
- Non..., gémit-il en reprenant son souffle, agrippant ses cheveux à pleine main. Que ça s'arrête...
- Lysander, calme-toi, ce... c'est pas grave si tu...
- Mais ça n'a rien à voir ! se révolta le jeune homme en s'éloignant encore plus loin de lui. Rien ! Comment veux-tu qu'il y ait de la place pour de l'amour ou même... ou même du désir avec... avec tout ce qu'il y a dans ma tête !
- Laisse-moi te ramener, s'il te plaît...
- Non ! Tout ce que je te demande James, c'est de me laisser tranquille et de revenir à la taverne ! Et de me laisser seul !
- Tu sais en me le demandant que je ne le ferai pas. Pas avec toi dans cet état.
- Alors tais-toi ! Ne me touche pas ! Ne dis rien ! Rien ! Et surtout... surtout... MET DES GANTS !
Il avait hurlé, le regard halluciné, le cors agité de spasmes effrayants. James, s'exécuta sans un mot, s'assit à un mètre de lui, adossé au mur. Et il écouta. Lysander pleurait. Lysander parlait. Lysander frissonnait en gémissant, il pleurait encore. Ce n'était plus Lysander. C'était un autre. Mais il ne pouvait pas être le jeune homme qui avait charmé tout le compartiment le jour de leur rentrée. Pourtant, lorsqu'il vit le jeune homme agripper si fortement les cheveux qu'il s'en arrachait, il se leva d'un bond, revenant aux Trois Balais. Leurs amis parlaient encore, s'inquiétant pour le Serdaigle. James ne leur adressa pas un regard, plongeant simplement ses yeux dans ceux de Scorpius qui le suivit sans un mot.
Rose les regarda partir, intriguée, agacée. Son cousin revint à peine cinq minutes plus tard, elle frissonna en le voyant arriver. Il était très pâle, et surtout il était seul. Où était passé Scorpius ? Où était allé Lysander ? La réponse en ce moment importait peu. La main de Fanny sur son épaule ne l'apaisait pas, elle tremblait de rage. De rage contre son frère, contre son ami, contre ses amis, contre tous ceux qui l'avaient retenue, qui avaient laissé James la devancer, qui l'avaient tout bonnement empêchée de sortir.
Le regard qu'elle lança à son cousin lorsqu'il revint dans la taverne, sans Scorpius, sembla faire son effet, il baissa la tête. Elle l'entendit marmonner que Lysander était rentré. Elle eut envie de le gifler, de lui crier qu'elle était bien assez grande, que c'était à elle de chasser Lysander s'il devait être chassé, et non à eux. Est-ce qu'ils avaient senti ces lèvres sur les leurs ? Est-ce qu'ils avaient vu son regard lorsqu'il s'était écarté ?
- Ai-je au moins le droit de demander pourquoi il a fallu que tu fasses appeler Scorpius ? siffla-t-elle en direction de James.
- Scorpius ?
- Ne me prends pas pour une idiote ! s'écria-t-elle en se relevant. Je sais que tu lui as fait signe de venir !
- Je n'ai pas...
Il lui mentait. Et étrangement c'est ce qui la blessa le plus. Ce ne fut même pas le fait qu'il l'ai empêchée de rejoindre le Serdaigle. Ou peut-être cela lui fit-il mal... parce qu'il lui mentait pour la même raison qu'il l'avait retenue.
Elle saisit son manteau et se dirigea comme une furie vers la porte des Trois Balais. Ce n'est qu'au dernier moment qu'elle manqua de se raviser, et qu'elle regarda en direction de ses amis. Fanny et les deux garçons la regardaient d'un air entendu, elle sut qu'ils lui raconteraient le lendemain ce qu'il s'était dit.
- Quand vous reverrez Scorpius, vous lui direz que c'est vous aussi qui m'enfermez dans ma bulle ! cracha-t-elle à sa famille.
Le froid lui mordit le visage, elle enfila son bonnet et son écharpe à la hâte. Elle allait partir vers le château quand un détail attira son attention. La neige le long du mur de la taverne avait été retournée, comme si quelqu'un s'y était assis... ou plutôt comme s'il s'y était recroquevillé. La personne s'était ensuite relevée, et avait pris le chemin du château. Lysander sans doute, songea-t-elle en sentant son cœur se serrer. Et sans surprise, elle remarqua que d'autres traces de pas accompagnaient les siennes. Celles de Scorpius à n'est pas douter. Pourtant il y avait encore quelqu'un d'autre.
Elle soupira, consciente que son esprit faisait sans doute une montagne de ce qui venait de se produire mais ce fut le mensonge de James qui la poussa à suivre les pas. Ce ne fut pas difficile, même lorsqu'elles disparaissaient, sans doute effacées par une cape ou un coup de vent, elles réapparaissaient un peu plus loin, guidant inlassablement la jeune fille vers le château. Celle-ci se mit brusquement à courir. Elle mit quelques instants à comprendre pourquoi. C'est qu'une des paires de pas n'était justement pas formée de pas. C'était une traînée, un fossé.
Elle cessa brusquement sa course, elle apercevait les trois silhouettes à présent. Elle reconnut sans peine les deux chevelures blondes qui se reflétaient à la lumière de la Lune, et ne mit pas longtemps à identifier Lorcan comme étant le troisième homme. À partir de là, elle avança plus doucement. Rien ne lui servait de courir, elle ne voulait pas courir. Elle savait où ils allaient de toute façon, et elle savait comment y aller. Lysander ne semblait pas en état de lui parler, puisque c'était vraisemblablement lui que les deux adolescents montaient vers le château.
Elle les suivit, presque machinalement, les regarda discrètement monter les escaliers, puis se dirigea tranquillement vers la salle des Serdaigle. Sans surprise, elle vit Scorpius y entrer avec Lorcan, portant toujours Lysander. Elle s'accouda a une fenêtre et attendit, le regard rivé vers la Lune. Elle songea à l'étrange tournure qu'avait pris cette année. Elle songea à cette solitude qui la rongeait malgré ses amis, elle songea à sa famille, elle songea à tous ces gens qu'elle côtoyait depuis des années et qu'elle apprenait soudain à connaître. Il y avait William qui passait de plus en plus de temps avec eux. Et puis il y avait Lysander. En y réfléchissant, c'était tout naturellement qu'il était devenu leur ami, surtout le sien songea-t-elle jalousement : ils se connaissaient depuis qu'ils étaient enfant. Luna était la marraine d'Albus. Et pourtant, étrangement jamais il n'avait été proche d'eux. À croire qu'il n'était là que pour passer un bon moment avec les Potter-Weasley, juste pour un réveillon, juste pour une soirée, juste pour disparaître dans la nuit avec un simple au-revoir aux lèvres. Aucun d'eux n'avaient jamais pensé à lui écrire. Jamais. En y songeant elle eut honte, elle eut honte car elle croyait ressentir ce que Lysander devait sentir vibrer au plus profond de lui-même. Il était seul, il n'avait que son frère sur qui il s'appuyait de toutes ses forces.
Elle cessa un instant de respirer. Jamais auparavant elle n'avait songé ainsi à Lysander. Jamais elle ne l'avait défini comme quelqu'un de fragile, de seul. D'ailleurs il ne l'était pas... il avait Lorcan, il avait Scorpius. Scorpius... Elle ne s'expliquait pas que le meilleur ami d'Albus ait raccompagné Lysander à la place de James... À sa place à elle peut-être. Scorpius n'avait jamais approché Scamander, ne lui avait jamais parlé en privé que le jour de la rentrée.
Elle releva la tête, les sens en alerte, réfléchissant à toute vitesse. Ce devait être cela. Ce devait être à cause de ce qui s'était passé la jour de la rentrée. Ce jour-là Lysander avait paniqué aussi, il s'était enfui de la même façon et c'était Scorpius qui l'avait suivi.
Lorcan regarda partir le Serpentard, sans un mot. Et pour la première fois depuis longtemps il respira. Enfin. Enfin ils avaient trouvé une possible issue. Il releva la tête vers le lit de son frère, s'y hissa. Le jeune homme dormait sous les couvertures, paisible et serein, grâce à un sort qu'il avait trouvé dans un des livres de sortilèges de sa grand-mère maternelle, celle qui était morte au cours de l'un d'eux. Il se souvenait l'avoir pour la première fois essayé lorsqu'il avait quinze ans, sur des animaux d'abord, sur lui-même ensuite. Il se rappelait combien il avait eu peur, tremblé comme une feuille lorsqu'il avait pointé sa baguette sur lui-même, mais il n'avait pas non-plus oublié combien il avait été heureux de s'éveiller. Il avait senti que ses angoisses s'étaient envolées... Alors il s'était mis à exercer ce sort sur son frère lorsque celui-ci était trop angoissé pour dormir. Lorsqu'il entendait Lysander trembler dans son lit, il lui proposait de l'aider. Ce n'était pas une potion, donc pas une drogue, c'était d'ailleurs pour cela que leur grand-mère l'avait mis au point...
Son cœur se serra : c'était la toute première fois qu'il ensorcelait son frère sans son accord. Pourtant, en le regardant ainsi dormir, il sourit. Lysander ne dormait plus depuis des nuits, celle-ci était peut-être artificielle, mais au moins... au moins elle lui faisait oublier juste quelques heures toutes ses terreurs.
Il se pencha sur le visage angélique de l'adolescent et l'embrassa sur le front. Le jeune homme remua un peu, mais ne s'éveilla pas. Lorcan le contempla longtemps durant, à la lumière de la Lune qui entrait par les grandes fenêtres. Et il sourit. Il sourit car soudain, il lui semblait distinguer la couleur de l'espoir sur les joues pâles de son frère.
Le passage des Serdaigle s'ouvrit, laissant passer un Malefoy livide. Il se mit aussitôt à courir, il aurait continué si Rose ne s'était pas placée en travers de son chemin. Elle le fixa de ses grands yeux bruns, son visage étant à lui-seul un point d'interrogation.
- Rose... Rose je n'ai pas le temps...
- Et bien trouve-le, répondit-elle froidement.
- Une autre fois Rose, mais là je dois...
- Que dois-tu faire ? l'interrompit-elle.
- Je dois aller voir Lily.
Elle crut avoir mal entendu.
- J'aurais pu ramener Lysander si tu me l'avais demandé, au lieu de me visser à ma chaise. Et alors tu aurais pu passer tout le temps du monde avec Lily, grinça-t-elle.
- Rose je t'en prie, ce n'est pas le moment...
- Je veux juste comprendre, je veux juste savoir comment il va, reprit-elle d'une voix douce, sentant sa colère retomber.
- Il ira bien... Il est juste épuisé.
- Par quoi ?
- Qu'est-ce que j'en sais ! répliqua-t-il avec agressivité.
- Ne me prends pas pour une imbécile ! Vous avez dû le porter. Et que je sache, ce n'est pas un baiser qui fait perdre connaissance !
Il la regarda comme si c'était la première fois, comme s'il venait de se rappeler que Scamander avait posé ses lèvres sur les siennes. Au vu de l'attitude du Serdaigle, elle savait déjà qu'elle ne lui en reparlerait pas... pas tout de suite. Mais elle voulait comprendre pourquoi son ami l'avait empêchée de le suivre.
- Je t'en prie Scorpius. Je... je ne suis pas en colère seulement... seulement je veux savoir. Je veux savoir ce que tu sais, ce qui t'a poussé à me retenir.
- Parce que tu n'es plus la même, Rose, murmura-t-il sans la regarder.
- À qui la faute ? répliqua-t-elle froidement.
Il la regarda étrangement. Un peu de regret, un océan de tristesse, une goutte de crainte. Il accéléra le pas.
- Il faut que j'aille trouver Lily ! dit-il sans lui répondre.
La jeune femme le regarda partir, sans chercher plus à le suivre, bouillante de rage : il lui semblait qu'il avait manqué un morceau à leur conversation. Il l'avait retenue parce qu'elle n'était plus la même ? Était-ce vraiment tout ce qu'il avait pu inventer comme phrase toute prête, juste bonne à couper court à une discussion ? Elle demeura un long moment, fixant la silhouette de son ami lorsqu'il sortit du château, courant dans le parc. Si elle avait eu des yeux de basilic, le jeune Malefoy se serrait transformé en statue de glace.
Lorsqu'il eut disparu, Rose tourna la tête vers le bec d'oiseau qui condamnait l'entrée de la Tour de Serdaigle. Elle aurait aimé y monter et demander ce qui s'était passé. Elle aurait aimé le faire tout de suite car le lendemain il serait trop tard. Lysander serait redevenu l'être avenant qu'il était, il serait de nouveau souriant, ferait comme si l'incident n'avait jamais eu lieu. À cette pensée son cœur se serra pourtant elle tourna les talons. Les escaliers la menèrent sans encombre à sa tour. Elle traversa la salle commune et se jeta sur son lit. Elle ne souvint pas de s'être endormie.
