Hello tout le monde!

Pendant longtemps, Sourire aux étoiles devait se terminer quelques temps après que James ne soit sauver, mais finalement ça me semblait trop simple, d'où cette deuxième partie. Ici, je préviens, Scorpius s'effacera. Il sera toujours présent mais pas omniprésent, simple nuance. D'autres personnages prendront tour à tour de l'importance.

Ne vous effrayez pas au "Quatre ans plus tard", mais pour des raisons étudiante j'ai dû mettre un intervalle de temps assez long : même dans le monde des sorciers on ne devient pas médecin en six mois !;)

J'espère que le début de cette seconde partie vous plaira, sur-ce: Bonne lecture!


Quatre ans plus tard

Ses mains glissèrent dans ses cheveux, y fixant quelques épingles. Elle inspecta son reflet dans le miroir, lui sourit, satisfaite. Elle rajusta son chemiser, replaça son pendentif au milieu de son collier avant de se détourner. Elle enfila à la hâte sa veste, son sac puis attrapa sa baguette et transplana.

Elsa la héla dès qu'elle apparut dans le vestiaire. Elle se défit de sa veste, se demandant comme chaque matin pourquoi elle l'avait enfilée, et passa la blouse accrochée au mur, avec son nom brodé sur sa poitrine.

- Comment s'est passé ta garde cette nuit ? demanda-t-elle à son amie.

- Si tu avais les yeux en face des trous, tu verrais que je n'ai pas les miens au milieu de la figure, donc que ce n'est pas moi qui m'en suis chargée cette fois, répondit celle-ci en riant. Je crois que ça a été Emily, avec Martin.

Rose sourit en retour.

- Tu sais que je n'ai jamais les yeux en face des trous le matin !

- Merci de cette non-information ! Mais j'ai bien le droit d'espérer qu'un jour Rose Weasley soit capable de distinguer un chat d'un chien !

La jeune fille ne répondit rien, entraîna son ami dans le corridor. Elles se séparèrent un peu plus loin, et elle pénétra dans l'une des chambres. Elle y trouva une jeune femme endormie, un berceau à côté d'elle. Avant d'ouvrir la bouche, elle consulta le nom figurant sur son registre.

Elle posa doucement sa main sur l'épaule de la jeune femme qui s'éveilla en sursaut, Rose la tranquilisa d'un regard.

- Je voulais juste vous dire que la pédiatre passera dans une demi-heure pour examiner Adam.

La jeune femme acquiesça, et Rose sentit une vague de tendresse déferler sur son cœur lorsqu'elle la dévisager son fils.

- J'ai l'impression que je pourrais rester des heures à le regarder, murmura-t-elle.

- Vous aurez toute votre vie pour le faire, murmura Rose en souriant.

Elle eut droit à un nouveau sourire, cette fois elle sentit son cœur se serrer tant il était rayonnant. Elle félicita à nouveau la nouvelle maman et sortit, continuant de faire la tournée des chambres. Il y avait les mères ayant déjà accouché et celles qui pour une raison ou une autre s'étaient trouvées à devoir être hospitalisées. C'était auprès de celles-là qu'elle restait le plus longtemps, quand elles étaient seules. Elles s'ennuyaient, certaines avaient peur. Et Rose les écoutait, et Rose les rassurait, elle avait toujours été douée pour ça. Lorsqu'elle voyait un sourire se dessiner sur ces lèvres angoissées, elle ressentait un soudain pincement au cœur. Elle s'occupait immédiatement de le chasser, et elle se retirait tout de suite. Elle était ainsi : elle rendait le sourire aux autres, et s'effaçait lorsqu'ils l'avaient retrouvé.


Vers huit heure, elle réapparut dans son salon. Elle ne fut pas vraiment surprise d'y trouver Scorpius et Albus. Ses deux amis avaient pris l'habitude de venir la chercher sans prévenir, de l'emmener dehors, pour lui faire prendre l'air.

- Hello princesse ! lança Scorpius en l'embrassant sur la joue. Lily danse ce soir sur le Chemin de Traverse. On se doutait que tu ne serais pas au courant, alors on t'emmène.

Rose sourit, comme elle l'avait toujours fait, et se laissa faire lorsqu'ils l'entraînèrent dans sa chambre, ouvrant en grand son armoire pour lui trouver une tenue. Elle avait beau prétendre qu'ils l'agaçaient, les voir venir chez elle lui faisait toujours chaud au cœur. Cette fois ils ne firent pas trop les difficiles, se contentant de lui tendre une robe d'été qu'elle enfila lorsqu'ils eurent quitté la chambre. Elle rajusta une énième fois son pendentif, arrangea ses mèches rousses et se laissa entraîner lorsqu'ils transplanèrent.

Dans les rues retentissaient déjà, mille et unes mélodies. Elle avait entendu parler de ces jours qui célébraient la musique, mais les avait toujours manqués. Elle en eut un peu honte pour une fois : elle n'avait même pas su que sa cousine y dansait.

- On sait que tu n'aimes pas sortir toute seule et que tu as toujours peur de déranger, alors on t'emmène quand on pense que tu en as envie, lui avait un jour glissé Scorpius avec sourire.

Elle n'était plus dans sa bulle. Ou alors sa bulle s'était élargie. Elle sortait sans rechigner, il fallait simplement l'y traîner. Elle ne restait plus collée à ses amis, acceptait de danser, repoussait les timides prétendants sans passer pour une vierge effarouchée... mais la plupart du temps ses amis veillaient du coin de l'oeil, comme elle veillait sur eux. Ils ne l'avaient jamais poussée à accepter de donner une chance à l'un de ses admirateurs d'un soir, tout simplement parce qu'ils savaient qu'elle n'avait pas de cœur à vendre. Lysander avait beau être parti, elle l'attendait encore. Finalement il lui écrivait souvent, tout comme il écrivait aux autres. Que lui disait-il ? Ils l'ignoraient. Elle avait simplement ce petit sourire lorsqu'elle recevait ses lettres. Et alors, si dans les jours précédents Scorpius et Albus avaient maudit Lys' d'être parti, ils oubliaient vite leurs paroles.

- J'ai reçu des nouvelles de Lys', lança soudain Albus. Je ne savais pas qu'il était en Turquie.

Au début, il avait eu peur de parler du jeune homme à Rose, il avait eu peur de la blesser. Et puis tous s'étaient apperçus qu'au contraire, tout cela faisait un bien fou à la jeune femme, qu'elle avait besoin d'entendre parler de lui.

Personne n'avait compris lorsque, tout de suite après s'être réveillé, il était parti sans un au-revoir, sans un mot. Mais au bout de quelques semaines ils avaient tous reçu une lettre, leur disant qu'il allait bien, leur racontant qu'il reviendrait quand il serait prêt.

Au bout de quatre ans, il ne semblait toujours pas être prêt. Souvent à présent Scorpius et Albus s'emportaient en recevant leur missive respective, et le sourire le Rose lorsqu'ils sentaient qu'elle avait reçu la sienne les rassurait.

Rose quant à elle avançait. Doucement, timidement, mais elle ne voulait plus s'arrêter. Un temps, ses amis avaient craint qu'elle ne l'attendît simplement, qu'elle laissât sa vie en suspend. Elle l'avait fait dans les premières semaines, puis dès les premières lettres elle avait relevé la tête. Elle disait qu'elle s'était expliqué avec Lysander sur l'affaire des cachots, sur les remords qu'elle ressentait, que ça l'avait soulagée. Et depuis elle avait passé ses ASPICS à son tour, était entrée en Médicomagie, s'était spécialisée en tant que sage-femme.

Aujourd'hui, peut-être était-elle juste un peu plus isolée qu'elle n'aurait dû, mais elle n'était pas éteinte. Un peu triste lorsque la lettre se faisait attendre, un peu seule. Mais elle n'était pas dans sa bulle. Ou plutôt Lysander ne faisait plus parti de sa bulle. Il était devenu quelqu'un dont on parlait, quelqu'un qu'on regrettait, quelqu'un qu'on aimait, mais plus quelqu'un qu'on pleurait.

X X X

Lily virevoltait sur la pavés, ses semelles de danseuse frappant le sol au rythme de la musique. Elle aussi avait grandi. La jeune femme de dix-huit avait pourtant gardé ce parfum spontanné, ce visage très doux, un peu enfantin, un peu naïf. Et son amour pour la danse était intacte. À sa sortie de Poudlard, elle avait désiré prendre un an pour vivre sa passion, avant de savoir si elle continuait sur cette voie, ou si elle suivait finalement les traces de Rose et rejoignait les Médicomages.

Rose la regarda danser, elle était toujours aussi belle, aussi agile. Et du coin de l'oeil, elle vit Scorpius la couver du regard. Encore une chose que Lysander avait manqué : ces deux-là n'avaient jamais pris la peine d'officialiser leur liaison, si bien qu'ils avaient passé ces quatre dernières années à se séparer sans dispute, à s'aimer, à se remettre ensemble... Quelque part ce manège avait quelque chose de rassurant pour Rose : il lui semblait que tant qu'ils ne seraient pas ensemble, alors elle aurait une chance que Lysander revienne. C'était enfantin, mais au fond d'elle, elle espérait.

Alors elle sourit simplement lorsqu'elle vit Scorpius fendre la foule à la fin de la danse pour s'approcher doucement d'elle. Elle échangea un regard avec son cousin. Non, décidément, ces deux-là ne changeraient jamais.

- Passe tes Lorgnospectres, murmura Albus à son oreille pour qu'elle l'entende. Dis-moi combien il a de Joncheruines, pour que je sache combien de temps je vais encore pouvoir être tranquille d'ici à ce que Scorpius revienne me voir pour me dire qu'ils se sont trompés.

Elle se mit à rire en s'exécutant.

- Tu es tranquille pour un peu plus d'un mois, répondit-il.

- C'est toujours un mois, soupira Albus d'une voix faussement affligée.

Elle lui tendit les lunettes irisées mais il déclina d'un geste.

- Garde-les pour toi Rose, lança-t-il en passa son bras autour de ses épaules.

Il n'y eut pas besoin d'ajouter quoique ce soit, il savait qu'elle avait compris. Ces lunettes, elle les avait toujours sur elle, ne s'en séparait jamais, parce que c'était les Lorgnospectres qu'elle n'avait jamais rendu à Lysander. Elle avait toujours porté ces lunettes avec elle, parce que c'était aux travers de ces verres qu'elle avait passé ses derniers moments avec Lys', qu'ils avaient vu le monde avec les mêmes yeux, qu'ils avaient pour la dernière fois été complice.

Albus savait cela. Rose leur en avait une fois parlé à Scorpius et à lui. Tout comme Scorpius les endormait de ses histoires avec Lily, il n'y avait que la jolie rousse pour toujours l'écouter. Tout comme Albus paniquait lorsqu'il n'avait plus de nouvelle de son frère au bout d'une semaine.

Ils étaient tous un peu fous, un peu névrosés, défendant leur petit morceau d'univers, se rassurant d'un autre éclat d'infini. Tous avec leurs peurs, avec leurs espoirs, leurs rêves. Tous donnant au monde tout l'amour qu'ils avaient à revendre. Peut-être qu'ainsi Lys' en recevrait un écho, pensait parfois Rose.


Pendant que Louis s'échinait à lui expliquer que la magie qu'il faisait n'était pas si différente de la sienne, simplement il l'utilisait sans baguette, le fils de Teddy riait sans l'écouter, désemparant le pauvre sorcier, amusant tout le monde avec ses cheveux passant successivement par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Rose les observait de loin, remarquant ce qui avait changé chez Louis depuis qu'il était parti étudié en Inde. Il avait beau être revenu un an plus tôt, il avait en partie oublié ce que signifiait n'utiliser sa magie que par sa baguette. Les autres étaient simplement intrigués lorsqu'il bougeait les objet simplement en bougeant ses mains. Elle trouvait ça beau. Parce qu'il semblait soudain entier, sa magie n'était pas qu'en son corps. Elle était aussi tout autour de lui. Louis était un Véla, un Véla qui avait accepté d'en être un : un être de magie à l'intérieur comme à l'extérieur. Une magie qui avait sauvé James, songea-t-elle en posant ses yeux sur son autre cousin.

L'aîné Potter n'avait pas donné de nouvelle durant l'année qu'il avait passée en Inde. Pas une lettre pas un hibou, pas une visite. Les seules nouvelles que sa famille avait eu provenaient de Louis qui, comme il l'avait promis, veillait sur lui. Ses missives étaient rares mais contenaient toujours une anecdote, une petite histoire pour faire sourire les destinataires. Rose se doutait qu'il passait sous silence les instants plus sombres que son cousin avait vécu, cependant cela ne semblait plus avoir d'importance lorsqu'on voyait le visage enjoué de Jimmy – il ne répondait désormais qu'à ce nom.

Elle sentit soudain une main sur son épaule, Dominique lui sourit. Elle souriait tout le temps depuis quelques temps.

- Rose, lui murmura-t-elle à l'oreille. Est-ce que je peux te parler ?

La jeune fille la suivit, surprise. La neige crissait sous leurs pieds lorsqu'elles furent dehors. Sa cousine l'invita à grimper à l'arbre, elle la rejoignit en souriant.

- Dis Rose, je sais qu'on a jamais été super proche... seulement c'est à toi que j'avais envie d'en parler... J'ai rencontré quelqu'un.

Alors là, Rose ouvrit des yeux ronds. Pas du fait que sa cousine ait rencontré quelqu'un, mais du fait que de toutes les personnes composant la famille Weasley (qui étaient plus nombreux à chaque génération), sa cousine l'avait choisie elle.

- Je suppose que je dois dire que je suis contente..., dit-elle prudemment.

- Tu es surprise que je t'en parle à toi, rit Dominique.

- Je ne sais pas... tu as Louis, tu as Victoire, tes parents, Roxane... Tu as deux ans de plus que moi mais c'est à moi que tu en parles.

- Parce que c'est avec toi que j'ai envie d'en parler Rose. Pour des millions de raisons : parce que je t'ai toujours trouvé sympa, parce que toutes les fois où j'ai parlé de quelque chose avec toi j'avais envie de continuer à discuter.

Rose haussa les épaules, surprise. Mais après tout, pourquoi pas ?

- Comment s'appelle-t-il ?

- Alexis Nott.

- L'ancien capitaine des Serpentard ? s'étonna la jeune fille.

- Lui-même. Je suis surprise que tu te souviennes de lui.

- Comment l'oublier ? rit la jeune fille. C'était toujours pour ne pas se faire assassiner par Alexis que Sorp' et Al' m'abandonnaient en courant vers leur salle commune.

Dom' avait toujours été bizarre pour commencer les conversation, surtout qu'après elles ne reparlèrent pas du jeune homme, comme si le sujet ne s'était jamais présenté dans la conversation. Elles enchaînèrent sur leurs études, leur travail, leurs habitudes, leurs passions, leurs souvenirs de Pourdlard et Rose fut surprise de voir la lumière baisser tandis qu'on les appelait pour dîner,

- Bien, je suis heureuse de te dire que tu as réussi le test, lança finalement Dominique.

- Quel test ? demanda la rousse en fronçant les sourcils.

- J'avais pensé qu'on pourrait partir tous ensemble une semaine cet été, entre cousins et compagnons. Seulement je préfère m'assurer qu'on allait tous s'entendre, pour ne pas qu'il y ait de...

- Silence gênant, compléta Rose avec un petit sourire.

- Exactement.

- Qui irait ?

- Pour l'instant Louis, James, Albus, Lily – j'imagine que Scorpius squattera dans la chambre d'Albusquand ils « sépareront » – Alexis a accepté de venir, et puis Victoire et Teddy.

- Et Roxane ? Et Fred ? Molly ? Lucy ?

- Molly et Lucy sont encore trop jeunes, et Roxane et Fred m'ont dit qu'ils avaient déjà prévu quelque chose pour juillet, sourit la jeune femme. Est-ce ton cas ?

- Je n'avais même pas encore choisi mes dates de vacances.

- Tu devrais décoller un peu de ton boulot Rose.

- J'aime mon travail, et je sors souvent avec Albus, Lily et Scorpius, je vois régulièrement Fanny, Thomas et Nico. Je n'ai pas besoin de plus, Dom', répliqua Rose un brin plus froidement.

- Il te manque, non ?

Durant toute la conversation, Rose avait évité d'évoquer Lysander. Elle n'avait d'ordinaire aucun problème pour en parler. Mais elle n'était pas certaine que Dom' la comprenne.

- J'ai entendu dire qu'il continuait de vous écrire, poursuivit doucement l'autre.

- Environ toutes les deux semaines, répondit Rose en passant une mèche derrière son oreille de sa main tremblante.

- Tu as de la chance que ce soit un type bien, sourit Dom'. J'espère pour toi qu'il reviendra bientôt. C'était tellement beau de vous voir ensemble.

Rose acquiesça en souriant et rentra à l'intérieur. La suite du repas se passa sans encombre, sous les éclats de rires de tous. Sa cousine annonça à la famille qu'elle avait rencontré Alexis – Rose ne comprennait toujours pas elle lui en avait parlé avant. Il y eut un léger murmure, une légère polémique : Theodore Nott avait-il été un Mangemort ? Harry soupira, marmonnant finalement que c'était le grand-père d'Alexis qui avait été Mangemort, et que de toute façon ils avaient bien accepté Scorpius. George voulut répliquer quelque chose, mais croisa le regard de ses neveux, soupira, et changea de sujet.

- Tu as accepté la proposition de Dominique ? lui glissa Albus.

- Tu as bien accepté de venir : il faut bien qu'il y ait quelqu'un pour te seconder quand Scorpius se séparera de Lily.

- On doit paraître bien pessimiste, répondit-il en riant.

- Après quatre ans et leurs séparations tous les deux mois, je crois qu'on a bien le droit de dire ça, dit-elle le plus sérieusement du monde. Où irions-nous ?

- Dom' m'a dit que ce serait dans une maison appartenant à sa famille, en France, en Bretagne.

Rose n'en demanda pas plus, s'intéressant de nouveau à la conversation de la table. Elle demeura encore un peu, avant de s'excuser de partir si tôt. Elle transplana.


La pluie tombait. Ça ne changeait pas tant de l'Angleterre, songea Rose lorsqu'ils se trouvèrent enfermés dans un café pour échapper à l'averse. Elle entendit Lily se moquer de Dominique qui leur avait promis un temps magnifique.

- La météo se sera trompée, répondit la blonde sans se démonter.

- Alors la prochaine fois ne nous promet la Lune, grommela Lily.

- La prochaine fois ne crois pas tout ce que Dom' raconte, répondit Alexis en riant.

- Désolée, je ne sais pas lire dans les pensées, répliqua la jeune Potter, inhabituellement froide.

- Ça vaut mieux sans doute, Lys' savait le faire, il est bien content de ne plus pouvoir, répondit Rose d'une voix rêveuse.

- C'est sûr qu'il n'a pas eu de chance, soupira Dom'.

- Laissez Lys' a ses voyages sans doute ensoleillés...

- Il ne fait pas toujours beau temps là où il voyage...

- Merci Rose, mais il me semble qu'il ne pleut pas des cordes dans le Sahara où il est actuellement, répondit Louis avec un petit sourire. Ce que je voulais dire c'était que peut-être qu'on pourrait voir ce qu'on fait puisque la plage que ma chère sœur nous a fait miroiter est apparemment fichue – même si j'aurais dû me souvenir que la Bretagne est surtout connue pour ses ciels nuageux et ses tempêtes.

- On pourrait aller dans la forêt de Brocéliande, proposa Albus.

- Et à part se prendre la flotte, qu'est-ce qu'on irait y faire ? demanda Hugo en levant un sourcil sceptique.

Albus écarquilla les yeux avant de siffler entre ses dents :

- J'y crois pas. Je ne suis qu'avec des sorciers et je suis le seul à connaître Brocéliande ?

- Non, non, t'inquiète pas Al', répondit Alexis avec un sourire.

- Bien, est-ce que vous pourriez descendre de vos balais, vous, grands joueurs de Quiddich, ô suprêmes Serpentards, et nous dire ce que c'est que la forêt de Brocéliande ? s'impatienta Dominique.

- J'aurais été toi, j'aurais tenu ma langue, souffla son compagnon à son oreille. Tu es quand même sensée venir en Bretagne tous les deux ans...

- C'est la forêt de la légende Arthurienne. On dit que c'est dans cette forêt que Viviane a enfermé Merlin, répondit simplement Scorpius.

- Bien, mais on sait tous que ce n'est pas vrai, répliqua Hugo. Alors qu'est-ce qu'on irait y faire ?

- Aller se promener. On en va quand même pas rester toute la semaine dans ce café ? gromela le cadet Potter.

- Et pourquoi pas ? répliqua distraitement Rose. Ça me fera du bien de ne rien faire pour une fois ! En plus il y a de la musique dans celui-là.

Ses cousins se mirent à rire, le début de dispute s'arrêta là. Ils se tournèrent vers la chanteuse au piano. Elle avait une jolie voix : fine, douce et puissante, cristalline aussi. Ses doigts courraient sur les touches noires et blanches, chantant des chansons que tout le monde dans le café semblait connaître. Dominique, Louis et Victoire chantonnaient aussi.

Soudain Louis prit les mains de ses cousins, les serra brièvement une à une. Alors que ceux-ci l'interrogeait du regard, il se cala confortablement dans la banquette, un sourire satisfait aux lèvres.

- Écoutez maintenant les paroles, vous les comprendrez, murmura-t-il assez haut pour que tous l'entendent.

- Qu'est-ce que tu as fait ? voulut savoir Rose.

- Magie indienne ma chère cousine, répondit-il avec un sourire en coin. Une autre forme de magie, ne l'oublie pas : les Véla n'auraient pas dû pouvoir communiquer avec les humains et pourtant ils l'ont fait. Il y a une raison très simple à cela Rose : leur magie est au-delà des langues, des barrières inventées par les humains. Les Occidentaux sont très avancés en ce qui concerne la maîtrise de la magie par baguette, cependant les Asiatiques ont orienté leurs recherches dans un autre sens : celui de la magie sans baguette, et entre autre celle qui est au-delà des langues.

- Nous pouvons donc comprendre le français à présent ?

- Et toutes les langues du monde si tu en as la volonté. Jusqu'au lever du soleil du moins.

La jeune fille répondit au clin d'oeil de son sourire, s'appercevant avec surprise qu'elle comprennait en effet les paroles de la chanson. La musique était douce, la voix pure, mais ce furent les paroles qui la frappèrent.

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es reparti ?
Tu m'as dit « cette fois, c'est le dernier voyage,
Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage,
Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris ».

Ses mains étaient moites, ses lèvres tremblantes. Elle mit un moment à s'en apercevoir. Elle se sentit alors trembler. Parce que ces mots, elle les avait déjà entendus. Du moins leur sens : cette promesse, ces promesses. Ces promesses auxquelles elle avait cru.

Dis, quand reviendras-tu ?
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus ?

Oui Lysander... Dis, quand reviendras-tu ? Dis, au moins sais-tu tout cela, au moins as-tu compris tout cela en m'abandonnant ? Dis Lys', combien y aura-t-il encore de temps perdu ?

Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois,
A voir Paris si beau dans cette fin d'automne,
Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne,
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine,
Je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne,
Ton image me hante, je te parle tout bas,
Et j'ai le mal d'amour, et j'ai le mal de toi,

Oui Lys', as-tu compris cela ? As-tu compris chacun des mots que je t'ai dis ? C'est si long quatre ans, tellement long ! Et pourtant je n'arrive pas à avancer, je n'arrive pas à t'oublier. Parce qu'en réalité tu ne m'as jamais laissée, mais tu n'as pourtant pas été à mes côtés depuis longtemps.

Dis, quand reviendras-tu ?
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus ?

Lys', je me souviens que j'avais mal au cœur de te voir pleurer, j'avais comme mille aiguilles dans le cœur. J'était heureuse de ne pas voir ce que tu voyais. Aujourd'hui j'aimerais tellement voir quand tu reviendras. J'aimerais savoir si tu reviendras.

J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours,
J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour,
Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,
Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs,
Je reprendrai la route, le monde m'émerveille,
J'irai me réchauffer à un autre soleil,
Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
Je n'ai pas la vertu des femmes de marins,

J'aimerais savoir si je dois t'attendre, si je dois encore t'aimer. J'aimerais savoir aussi si je pleure de ton absence seulement, ou si je pleure de t'avoir perdu. Parce que je pleure Lys', le sais-tu ? Depuis ton départ je n'ai pas versé une seule larme pour toi, comme tu me l'avais écrit. Tu disais que j'en avais bien assez versé ce jour-là. Mais tu me manques Lys'. Je ne t'ai jamais promis de t'attendre, tu ne m'as jamais rien fait promettre, juste d'être heureuse, juste que tu m'aimais.

Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus...

Les autres, plongés tout comme elle dans l'écoute de la chanson, ne l'avaient pas vue, ni entendue tout le long de la mélodie. Peut-être était-ce mieux ainsi songea-t-elle en essayant d'essuyer ses joues, mais en sentant les bras de Louis l'attirer contre lui, elle comprit qu'elle se trompait. Un sanglot s'échappa de sa poitrine sans qu'elle puisse le retenir. Tous les visages se tournèrent vers elle, la virent cacher son visage dans la chemise de Louis qui resserra son étreinte. Elle ferma ses yeux, se blotissant contre son cousin. Il était d'ordinaire drôle, aujourd'hui il était simplement là pour elle. Sans un mot de réconfort, mais paradoxalement c'était peut-être de cela qui la réconfortait le plus : simplement laisser couler sa peine dans les bras de quelqu'un sans qu'il cherche à lui assurer que tout irait bien. Il avait dû comprendre comme tous pourquoi son visage était couvert de larmes, et il savait qu'il ne pouvait pas dire que tout irait bien. Au bout de quatre ans, rien ne permettrait à la jeune fille de le croire. Les perles de sel s'écoulant une à une de ses yeux, ses épaules tremblaient. Elles n'étaient pas frêles comme celles de Lysander, pourtant elles semblaient prêtes à se briser entre les mains de Louis.

Que tout le temps perdu

Ne se rattrape plus...


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