Bonjours tout le monde !

Je suis encore désolée de ce retard… Mais lentement, sûrement, certainement je continue le cours de cette histoire.

J'espère qu'elle vous plaira ! N'hésitez surtout pas à laisser un commentaire, en bien en mal c'est toujours utile !

Bonne lecture !


Lysander regarda Katleen plier sa lettre et l'agrafer à une autre feuille avant de taper trois fois le second parchemin. Celui-ci se volatilisa, elle se tourna alors vers lui, sourit de le voir agenouillé à côté du parc de Morgan et de voir son fils rire des volutes de fumées colorées qu'il faisait surgir de sa baguette. Il se redressa alors.

- Rose devrait bientôt recevoir ma réponse. Sans doute avant-même que vous ne reveniez. Quand rentrez-vous ?

- Dès que j'aurai trouvé un portoloin d'urgence, je me rends de ce pas au Bureau.

- Attendez ! s'exclama-t-elle en le voyant se relever. Lorsqu'elle ira mieux… dîtes-lui qu'elle peut m'écrire. Sur tout, sur rien, sur ce qu'elle voudra, et que je serai heureuse de lui répondre.

- À quel point la connaissez-vous ? demanda-t-il, intrigué.

- Peu, avoua la jeune femme avec un sourire gêné. Mais après la mort d'Idan, alors que je me sentais si seule… c'était la première fois que je sentais quelqu'un me comprendre. Elle parlait peu, vous savez. Et souvent elle semblait… ailleurs. Mais elle m'a fait du bien. À la naissance de Morgan elle me tenait la main, elle me caressait les cheveux. Parce que le sort de naissance l'obligeait… mais je sentais autre chose. Les autres femmes à qui j'ai pu parler se souviennent à peine du visage du visage du médicomage qui les a aidées à mettre au monde leur enfant, moi il me semble que je ne l'oublierai jamais. Alors s'il vous plaît… lorsqu'elle ira mieux, lorsque ses sens lui seront revenus, dîtes-lui ?

Le jeune homme acquiesça avec émotion. Pour la première fois il rencontrait quelqu'un qui avait rencontré Rose en son absence, quelqu'un qui ignorait ce qu'elle vivait, qui l'avait appréciée en ce temps où il ne la voyait plus. Et le regard qu'il posa sur Morgan lui serra le cœur en même temps qu'il le réchauffa : le monde continuait de tourner, le monde ne s'était pas arrêté, et c'était à lui de le rattraper. C'était ce même pincement au cœur qui le saisissait lorsqu'il posait son regard sur Lorcan. Il fut un temps, son jumeau l'aurait porté au bout du monde mais Lysander aurait fait de même, il faut un temps les deux frères connaissaient le cœur de l'autre… ou du moins le pensait-il, étant donné que Lorcan lui avait cacher partager son don de l'avenir.

Après avoir fait ses adieux, il transplana au Bureau des Portoloins, présenta ses papiers, sa situation, au bout de trois heures on lui rapporta enfin ce long Portoloin mais les dix minutes de vertiges ne l'atteignirent pas, il se rendit à peine compte qu'il avait atterri dans la clairière. Il vit Isaac se diriger vers lui, le visage aussi fermé qu'à son départ.

- La lettre n'est pas encore arrivée ? s'affola-t-il.

- Si. Si elle est arrivée, murmura le jeune Grec. Mais elle fait une crise, et ses sens en ce moment lui empêchent de voir que la lettre est arrivée. Louis et Malika essaye de la ramener… moi je ne servais à rien, je ne pouvais pas rester…

Lysander le vit frissonner nerveusement. Ses ongles étaient rongés jusqu'au sang et ses yeux fixait un point derrière l'épaule de Lysander. Celui-ci tourna alors la tête tout en s'avançant vers lui, résistant au désir de courir dans la tente. C'était l'antre de la grotte qu'ils avaient creusée que fixait obstinément le lycanthrope, et son ami en arrivant à sa hauteur s'aperçut qu'il tremblait de tout son corps.

- C'est effrayant de me dire que c'est une perte de contrôle semblable que j'expérimenterai sans doute lors des Pleines Lunes. Je ne serai pas complètement absent dans ces moments ? Je serai juste alors comme… hors de mon corps. J'assisterai à tout… comme dans un rêve où rien n'est réel. Je rêverai que je tenterai la main et je dégainerai une griffe. Je rêverai de faire un pas et je me trouverai à l'autre bout de la grotte. Et en ce moment Rose…

- Eh bien ?

- Elle parle sans nous voir, elle croit sans doute penser mais sa bouche se délie, et nous savons tout ce qu'il y a en elle. Tout ce qu'elle ressent en ce moment, et c'est si sombre Lys…

La voix d'Isaac semblait prêt de se briser alors qu'il tentait par tous les moyens de se reprendre.

- Elle est noyée dans le malheur. Mais le pire est qu'elle a raison. Tu sais avec mes dons de loup-garous je peux sentir une certaine magie, certains états d'esprit. Mais les facettes sont diverses alors… cela semble supportable hors des pleines Lunes. Mais Rose ne semble sentir, percevoir, saisir que de la souffrance. Une souffrance réelle mais elle ne trouve pas son pendant Lys… Et c'est effrayant !

Il posa alors sa main sur le bras du jeune Scamander dont les yeux abritaient un monstre d'angoisse.

- Si sa crise ne se dissipe pas d'ici quelques heures il nous faudra appeler Hadji, asséna-t-il tristement. Car en-dehors de son délire qui n'est en lui-même pas dangereux, son corps refuse depuis ce matin les nutriments qu'on lui apporte artificiellement. Et elle est déjà très faible, on ne parvenait à lui donner que le minimum. Il faut qu'elle revienne ou elle sera véritablement en danger…

Et il lâcha le bras de Lysander qui se rua dans la tente. Louis était assis, comme prostré, au bord de la couchette de Rose qui déambulait comme un fantôme dans la pièce. Le jeune Weasley se redressa faiblement en le voyant entrer. Mais tout ce que Lys voyait était cette silhouette qui paraissait soudain si frêle, elle dont les courbes avaient toujours suscité en lui la chaleur d'une joie de vivre hors du temps. Il ne chercha pas à la toucher, elle se serait recroquevillée. Il se planta plutôt devant elle, son regard quêtant le sien. Au bout de plusieurs minutes il y renonça et accepta que les iris de Rose préfèrent fixer un point sur son épaule plutôt que son visage et posa sa main juste à côté de la sienne sur la commode où elle rangeait ses herbes et que l'équipe avait désormais ensorcelée afin qu'elle n'y ait plus accès. Malgré cette distance il sentait son souffle effleurer de loin la peau de son cou, c'était tout ce qu'il recevrait pour l'instant.

- Je suis allé à Londres, Rose, murmura-t-il en fixant ces yeux qui ne le regardaient pas. J'ai cherché partout, j'ai cherché à qui tu pouvais avoir écrit, à qui tu pouvais avoir accordé ta confiance. Hugo m'a dit. Il se souvenait d'elle. Elle s'appelle Katleen, n'est-ce pas ?

Il sentit que ce nom éveillait enfin le visage de celle qu'il aimait, alors il poursuivit.

- J'ai vu Katleen, Rose, poursuivit-il toujours immobile. Je suis allée chez elle alors qu'elle s'apprêtait à te répondre. Et elle t'a répondu Rose. Pour tout ce que tu lui as donné, pour tout ce que tu es. Vous avez uni vos magies lorsque son fils est né et elle ne l'a pas oublié.

Cette fois il osa poser sa main sur celle de Rose, sentit sa gorge se serrer d'émotion en réalisant qu'elle ne cherchait pas à se dégager.

- On n'oublie pas les rencontres magiques, Rose. Même si on le voulait, notre corps réagirait. Comme le tien a réagi il y a longtemps en ma présence, comme le mien lui a répondu. Entre Katleen et toi il y a eu cette solidarité qui a donné la vie à Morgan, et tu sais que cela participe à la construction de l'individu, tu sais comme moi qu'il sera différent de tous les enfants que tu as participé à mettre au monde, justement parce qu'avec Katleen il y avait cette compréhension. Rose…

Il s'aventura à refermer ses doigts sur ceux qu'il touchait.

- Rose c'était il y a longtemps, des siècles me semble-t-il. C'était au bal d'Haloween souviens-toi. Non ! Je sais que tu as oublié, c'était ainsi que ça devait se passer. Tu observais les danseurs et Jimmy qui s'appelait alors James a lancé son jeu d'innocent, assembler des gens au hasard et les faire danser pour une heure. Il t'a placé avec moi, tu étais belle dans ta robe bleue, c'est tout ce que j'ai réussi à penser avant de fermer les yeux comme il nous l'avait ordonné. Son idée était d'offrir un moment de magie, un moment hors du temps, comme un rêve. Pour moi… pour moi le sort n'a pas marché et je me souviens de cette heure que tu as oubliée parce que… parce que pour la première fois nous avons été liés par la magie, et ce lien a provoqué une rencontre magique. Ton corps l'a manifesté– je le sais – l'a manifesté par cette marque de main sur ta taille. Un condensé d'enchantement.

De sa main libre Lys posa sa main sur la joue de Rose et l'obligea à lever les yeux vers lui. Ses grands yeux bruns semblaient animés d'une certaine vivacité qui le fit frissonner de joie.

- Je sais que si aujourd'hui je reposais la main sur ta taille, celle-ci réapparaitrait aussi belle et scintillante. Tout comme la mienne réapparaitrait sur ma poitrine si tu y portais ta main. C'est ainsi Rose, la magie force à rien, elle guide. Je sais…

Il approcha un peu son visage du sien, la jeune femme n'avait toujours pas détourné les yeux, enfin il lui semblait qu'il l'atteignait.

- Je sais que ce philtre d'Apesanteur a la couleur de mes yeux et celui de cette marque. Je sais que c'est ce qui t'effraie… Mais je t'en supplie ne lâche pas prise par peur, ne t'évanouie pas Rose !

Et il se recula, tenant toujours sa main, l'attirant vers la table où était posé la boîte de la Poste Nord-Indienne. À côté se trouvait ce gobelet mais il l'aida plutôt à ouvrir le coffre, la lettre de Katleen y trônait.

- Je ne t'ai pas menti, Katleen t'a répondu, murmura-t-il tout bas en la lâchant.

Il recula d'un pas, sentit ses jambes céder sous lui de soulagement lorsqu'il vit les doigts de Rose dérouler le parchemin et l'approcher de son visage pour le lire. Était-ce là le sens du lien que le hasard avait créé entre lui et cette femme ? Leurs mots, leurs mains, avaient-ils le pouvoir de donner, de ramener à la vie ?

Car il voyait quelque chose refleurir en Rose, il voyait ou peut-être sentait remonter sa rage de vivre. Elle était belle, tellement belle. Une fleur qu'on effleure. Une fleur qui effleure, se murmura-t-il en portant ses doigts à sa poitrine, là où la jeune femme alors jeune fille avait posé ses doigts.

Lorsqu'elle porta enfin le gobelet à ses lèvres il entendit Louis pousser un gémissement de soulagement et le vit serrer fort sa cousine dans ses bras aussitôt que le gobelet fut vidé. Lui-même résista au désir d'en faire autant et se contenta de sourire à la jeune femme lorsqu'elle posa des yeux enfin lucides sur lui. Il se sentit sourire comme par le passé, et sentit cette vision suscitait en Rose ce qu'elle avait toujours suscité. Si seulement… si seulement elle savait que le simple fait de la regardait vivre près de lui éveillait en elle les mêmes fontaines de bonheur.

Il laissa Malika ausculter magiquement la jeune femme et sortit de la tente, le cœur enfin léger. Il vit Isaac courir vers lui et son visage s'affaisser aussi de soulagement alors que les deux hommes s'étreignaient convulsivement.

Il comprit alors pourquoi Louis tenait tant à ses deux amis, avec eux il était sans doute passé par toutes les étapes que leur magie avait pu leur imposer, ils avaient sans doute assisté à plus de phénomènes étranges que beaucoup de sorciers, avaient sans doute ressenti plus de peur que toute la génération de sorcier née après la guerre…

Et avoir si peur, craindre de perdre l'autre, s'enivré d'adrénaline pour ne pas s'effondrer de chagrin… Se sentir toujours plus proche de la rupture pour céder au soulagement qui les envahissait ensuite…

Lysander regarda Isaac rentrer dans la tente, il entendit les exclamations euphoriques des gens à l'intérieur… Et alors il leva les yeux vers le ciel paré d'étoiles. Et il préféra garder pour lui jusqu'au lendemain ce qu'il constata.

Tout à leur inquiétude pour Rose, ils avaient oublié ce que les tenait en haleine depuis un mois à présent, ce qui faisait trembler Isaac, ce qui inquiétait Louis.

Demain, c'était la peine Lune.


À la prochaine ! :)