Bien le bonjour, chers amis Wolfies!
Comme promis, voici le chapitre 9 de Breath. Ce n'était pas gagné, mais je l'ai terminé hier dans le train du retour. Enfin bon. Voilà le dernier épisode de l'arc de l'épisode 6 centré sur un PoV de Derek. Les choses évoluent un peu, surtout dans son esprit.
Le retour de la Japan a été éprouvant. C'était génial mais je suis complètement S. je vais tout de même travailler pour que vous ayez le chapitre 10 lundi prochain, pas d'inquiétude. Au cas où, si vous ne voyez pas de MaJ, je ne vous laisse pas tomber non plus. Si je n'ai pas le temps d'avancer suffisamment l'arc du 7, je posterai un OS!
Comme toujours, les personnages et la trame principale ne sont pas à moi...à mon grand désespoir!
RAR
Fanny: Voui, voui! autant (presque...;p, quad même, c'est Derek Hale!) ^^ c'est tellement bon d'avoir des reviews! et vous savez me motiver! Et bien voilà, tu vas être servie. Derek n'est pas en reste niveau révélation. Il est d'ailleurs un peu OCC, mais si je continu à en faire une autruche, j'ai peur d'être un peu coincé par la suite. Enfin, qu'ils soient conscients ou non de leurs pensées ne va pas régler tous leur problèmes. Mais non, je ne suis pas méchante...^^ J'espère que ce chapitre te plaira tout autant^^.
Bienvenue à Neij, Kalifea, Lulia'l et Emyclash et merci pour les follow et les favorites.
Merci à Helfyra, Fanny, Neij, sakuraetsasuke, toshinou pour les reviews. C'est toujours un vrai plaisir de les lires et c'est vraiment motivant pour écrire.
Merci à tous de continuer à lire Breath, j'spère que ce chapitre sera à la hauteur de vos attentes.
I'll Always Be There, My Compagnon
Maintenant que je sais qu'Isaac, Erica et Boyd sont en sécurité, je me concentre sur la poursuite du Kanima. C'est donc Jackson. Tout ça c'est de ma faute. Je n'aurais jamais dû lui accorder ce caprice. Je n'aurais jamais pensé qu'il…non…je ne peux pas me trouver d'excuse. J'ai vraiment merdé. Maintenant, je dois réparer cette erreur et arrêter le Kanima avant qu'il ne fasse d'autres dégâts !
Par ma condition de loup-né, je suis clairement plus rapide que mes bêtas, ajouté à cela la puissance alpha et normalement je deviens imbattable à la course…normalement…Merde ! Cette chose est incroyablement rapide ! Mais j'arrive tout de même à la suivre, même si pour cela je dois me servir de tous mes sens.
J'arrive finalement sous les ponts. Je ne sais pas exactement où il est mais je sais qu'il est…Ah ! Le voilà ! Il se défend bien…trop bien même. Fait chier ! Et en plus j'entends la Jeep de Stiles au loin. Scott, espèce d'abruti, pourquoi tu l'as amené ici ?!
Le Kanima me repousse. Il est puissant et surtout il a des griffes empoisonnées ce qui lui donne un avantage considérable. Le voilà qui me coince contre un mur et il me grogne dessus, je l'imite.
En bon lézard, il grimpe aux murs en plus. Ca va être beaucoup plus difficile de l'attraper maintenant et bien sûr, la lumière s'y met ! Je me retrouve projeté avant que n'intervienne Chris Argent. Du coup, je ne cherche pas à m'approprier la proie. Le pire, c'est que l'imbécile me cherche et détourne son regard du Kanima. Enfin, un chasseur de moins, à la limite ça ne me gêne pas, sauf que c'est peut-être bien le seul qui respecte un tant soit peu le code…Enfin, Gerard est là donc il vaut mieux pour moi que je reste planqué !
J'observe, dissimulé dans l'ombre, ce qu'il se passe. Comment se fait-il que Gerard soit si stoïque devant le Kanima. On dirait qu'il n'a pas peur…Pourquoi ? Le pire c'est que le Kanima ne l'attaque pas…dommage…Et voilà Scott…le héro débarque ! Et le Kanima se barre…
C'est reparti ! Sur le chemin, j'appelle Boyd. Isaac est toujours inconscient, mais ses ronflements prouvent qu'il est en vie et Erica commence à retrouver sa mobilité. Tant mieux. Je remercie Boyd et raccroche avant d'arriver dans une ruelle qui donne sur « le Jungle ». Une boîte gay ? Mais qu'est-ce que le Kanima vient faire ici ? Ah…Danny, le gardien…Oui, si c'est Jackson ça prend tout son sens. Enfin, si on veut. Veut-il le tuer ? Ou est-ce juste une sorte de retour aux sources. Danny est probablement le seul ami de Jackson…du coup…je ne sais pas trop, mais je sais que je dois l'arrêter avant qu'il ne commette plus de dégât.
Mais quand j'entre dans la boîte, je sens l'odeur de Stiles et de Scott. C'est pas vrai, mais qu'est-ce qu'ils foutent ici ? Scott, faudrait essayer de garder Stiles loin de ça ! C'est un humain, il ne peut pas se défendre comme nous !
Une fois dans la boîte, je reste un peu en retrait le temps de repérer le Kanima. Ce que je vois surtout c'est Stiles en train de se faire peloter par un mec. Le pire c'est qu'il ne semble pas si pressé que cela de s'éloigner de ce type. Je sers les dents. La colère monte. C'est idiot. Je me concentre à nouveau sur le Kanima et j'essaye d'effacer cette image de Stiles, en train de se frotter à un autre type, de ma tête. De la fumée envahit la pièce et le Kanima en profite pour attaquer. J'arrive à le blesser au cou mais un vent de panique se lève dans la salle. Le Kanima a disparu. Merde…Et Scott aussi. Où est Stiles ? Je dois sortir de là. Mais je n'ai pas vu Stiles sortir. Est-ce qu'il va bien ? Je balaye la salle du regard et je le vois, le poignet prisonnier de la poigne d'un type que je ne connais pas mais que je n'aime déjà pas. L'instant d'après je le fais lâcher Stiles en le projetant de l'autre côté de la salle. Ce type a osé le toucher, et contre sa volonté en plus. Je vais le déchiqueter ! Je vais arracher sa peau du bout de mes griffes pour lui faire payer cet affront…Je laisse échapper un grognement. Rien d'autre ne compte. Je ne pense qu'à le faire souffrir. Mais je suis soudainement ramené à une réalité plus importante. Stiles. C'est uniquement parce que je l'entends me remercier que je m'arrête et épargne l'autre type un peu plus longtemps. Stiles est plus important pour l'instant, je m'occuperai de l'autre plus tard.
Je relève Stiles, sans grande délicatesse. Je me force à agir ainsi. Je lutte pour ne pas le prendre contre moi pour calmer la crise de panique que je sens sous-jacente. Mais je vérifie quand même qu'il va bien, qu'il n'a rien d'autre qu'une douleur au poignet. J'attrape sans ménagement sa mâchoire et lui fait tourner la tête. Il n'a rien. Je fais ensuite un signe de tête pour lui dire de sortir par l'issu de secours. Je sais que Scott est sorti et je sens le sang du Kanima d'ici. Je l'aurai. Il n'est pas en assez bon état pour me fuir pour l'instant.
Je laisse Stiles rejoindre Scott puis je vais faire comprendre à ce type, simple humain pervers, son erreur ! Le grognement que je pousse n'a pas grand-chose d'humain et pourrait suffire à servir de leçon, mais ça n'est pas assez selon moi. Je l'attrape à la gorge et le soulève comme s'il ne pesait rien avant de le plaquer contre un mur et de lui grogner dessus. Il est suffisamment bourré pour croire qu'il a rêvé le visage littéralement bestial qui est le mien en ce moment, mais il est suffisamment lucide pour se souvenir de la peur qu'il ressent en se moment. Quelques mots suffisent à lui flanquer la trouille de sa vie. Je lui donnerais bien une raclée plus sanglante mais j'entends les sirènes du Sheriff. Je me contente donc d'un bon coup bien placé et assommant avant de m'éclipser.
Je grogne un coup en comprenant que Scott et Stiles se sont plus ou moins mis en tête de protéger Jackson. Je ne peux pas intervenir maintenant. Pas avec les ambulanciers et le Sheriff dans le coin. Pas avec Stiles s'opposant à moi sans prendre conscience du danger. Je peste quelques jurons dans un grognement profond et finalement je m'éloigne. Il est temps pour moi d'aller voir mes bêtas. Je sais qu'ils vont déjà mieux puisque je suis resté informé par le biais de Boyd, mais je tiens à le voir de mes yeux.
Sur le chemin, je ne peux m'empêcher de penser à Stiles et à ce type. L'envie d'arracher la gorge de ce pervers chatouille encore mes crocs mais je me contiens. Ça ne servirait qu'à m'attirer des ennuis et je préfère être libre des mouvements hors d'une prison pour protéger les miens plutôt que derrière les barreaux pour avoir perdu le contrôle…surtout que ce type n'approchera probablement jamais plus Stiles, même pas du regard. Mais ça ne m'empêche pas de penser qu'il mérite de souffrir pour les pensées qui lui ont traversé l'esprit.
Je n'arrête pas de penser à ce que j'aurais pu et dû faire à ce type que quand j'arrive au hangar. Je soupire en entrant et repère, en instant, où sont mes bêtas. Boyd est installé sur le sofa et caresse la crinière blonde d'Erica dont la tête est posée sur les genoux du loup. Erica grogne quelques insultes envers Allison. Bien. La paralysie ne l'a pas rendue toute mollassonne de caractère…au contraire. Je plains même un peu Allison. Une louve peut se montrer très féroce quand elle est en colère. Isaac est roulé en boule dans le gros fauteuil que j'ai réussi à chiner dans un vide grenier. Il me rappelait celui de mon grand-père. Et Isaac me rappelle le jeune loup que j'étais… J'adorais me rouler en boule au creux de ce vieux fauteuil à l'odeur de cuir vieilli par la sagesse.
— « Tu l'as eu ? me demande la louve.
— Non. Le Sheriff est arrivé avant que je puisse mettre la main sur le Kanima.
— Comment va Stiles ? marmonne la voix endormie d'Isaac.
— … » Je ne réponds pas. Pas que je ne le veuille pas. C'est juste que je repense à ce type qui à essayer de profiter de Stiles et que mon loup grogne férocement. Il meurt envie de retourner là-bas. Il veut retrouver ce type et le déchiqueter. Et je ne suis pas sûr que cette envie tienne juste de mon loup.
— « Il s'est passé quelque chose ? s'inquiète Erica en se relevant.
— Stiles est blessé ? demande Isaac en se redressant lui-aussi.
— Non. Il va bien. Ne vous en faites pas. »
Je suis fier d'eux. Ils agissent en meute. Une vraie meute qui prend soin de ses membres. Peut-être que finalement, c'est Boyd qui suivra Erica et qu'ils resteront ici, avec nous. Je les regarde. Je ne pose aucune question mais Erica me fait un léger signe de tête avant de se recoucher sur Boyd. Elle me confirme que ça va. Je me tourne ensuite vers Isaac qui s'est remis en boule. Je suis plus inquiet pour lui. Il s'est pris un sacré coup et toute cette histoire doit le travailler. Après tout, même si c'était un connard de première, son père a tout de même été tué par le Kanima. Je pose mon regard sur lui pendant quelques instants. Suffisamment longtemps, semble-t-il, pour qu'il le sente. Il se contente de tourner un peu la tête. Je ne vois pas son visage, mais je perçois ses muscles se détendre. Il va bien. Je suis rassuré.
Un bruit à mi-chemin entre un grincement et un grognement résonne soudainement dans le hangar. Je me tourne vers ce qui semble être la source de cet étrange bruit.
— « Je crois bien que notre adorable louveteau a faim ! » scande Erica, un tantinet moqueuse en regardant Isaac qui rentre la tête dans ses épaules.
— « Je vais aller faire des courses. Vous mangez avec nous ? demandé-je à Erica et Boyd.
— Non, je vais rentrer. C'était macaronis au fromage ce soir ! Ceux de ma mère sont à hurler à la lune ! Je vous en ramènerai, promis, répond la louve.
— Et toi Boyd ?
— Non, je vais rentrer aussi. La nounou est hors de prix et ma mère travaille ce soir. »
Pas besoin de dire quoi que ce soit. Un simple signe de tête et ils se lèvent tous les trois. Je dépose d'abord Boyd. Erica lui fait promettre de saluer les jumeaux pour elle. Quand Vernon ouvre la porte deux petits monstres lui sautent dessus. Avant que Boyd referme la porte, les deux enfants se tournent vers nous et nous font de grands signes auxquels Isaac et Erica répondent. Willow et Warren sont deux enfants vraiment adorables. Oui, c'est bien moi qui ait dit ça. Ils me rappellent les plus jeunes de la meute. Ils m'ont déjà vu, même si j'essaye d'éviter leur chemin. Je suis trop abîmé pour avoir des contacts prolongés avec des enfants. Ils adorent Isaac, comme tout le monde. Mais ils adorent aussi Erica. Ils ont bien compris qu'elle avait déjà une grande place dans la vie de leur frère. Les gamins ont des instincts plus développés que les adultes humains.
Sur le chemin de chez elle, Erica se met à passer en revue toutes les sauces qui s'associeraient bien avec la chaire d'Allison. Evidemment, en vérité elle ne compte pas la manger…enfin je crois. Qui sait ce dont les louves sont capables ? J'ai toujours eu bien plus peur de ma mère que de mon père. Quand elle était en colère, elle était vraiment flippante.
— «Non, mais vraiment les gars, à votre avis quelle est la sauce qui s'accorderait le mieux avec la chair tendre de cette pouffiasse brune ?
— Avec de la carbo, ça doit être pas mal, non ? propose Isaac.
— Nan, elle a déjà bien assez de gras comme ça. Il faudrait un truc un peu plus léger ! réplique Erica, tout sourire. Derek, une idée ?
— On dit que la meilleur façon de cuir une viande grasse, c'est sans rien. Le gras va fondre et rendre la viande encore plus tendre. Rajoute juste un peu de gros sel à la truffe. »
Un silence suit. C'est la première fois que je participe à leurs idioties, mais c'est venu naturellement. Isaac esquisse un sourire. Celui d'Erica est plus franc et elle reprend la parole.
— « C'est qu'avec une viande de truffe comme elle, ça devrait bien s'accorder ! » ajoute-t-elle en se léchant les lèvres de gourmandise.
Je réprime un rire. Je ne vais pas lui en vouloir. Je suis le premier à me méfier d'Allison….disons le franchement, à ne pas l'aimer. Il y a quelque chose d'instable chez elle. Comme chez Kate. Je sens qu'elle peut se retourner contre nous à tout moment, et je dois bien avouer que c'est quelque chose que je crains. Chris n'arrivera peut-être pas à la retenir avec le code, surtout avec Gérard dans les parages. Isaac, Boyd et Erica ne sont pas prêts à affronter les chasseurs…pas s'ils essayent vraiment de nous traquer.
Bref, nous arrivons enfin devant chez Erica qui claque une bise sur la joue d'Isaac et s'approche de moi dans l'idée de faire de même avec moi.
— « N'y pense même pas !
— Ah. C'est vrai. Terrain réservé… »
Réservé ? La garce est déjà sur le pas de la porte quand je comprends l'allusion. Je grogne un coup pour la forme mais son regard en dit long. Elle sait qu'elle a touché juste. Je le sais aussi, même si j'essaye de me convaincre du contraire. Isaac aussi le sait, et il a bien du mal à réprimer un rire, alors il a le droit à une tape derrière le crâne. Je suis encore son alpha, il ne peut pas se moquer de moi impunément.
Je reprends la route vers la supérette. Je laisse Isaac en chemin pour qu'il retourne à l'appartement. Ça l'a au moins avancé de plusieurs kilomètres et surtout ça lui a permis de partager du temps avec Erica et Boyd, comme une vraie meute. Parce que c'est ce que nous sommes…une meute. Je ne vais pas changer du jour au lendemain, mais quand je pense à la façon dont je me comporte avec eux, surtout avec Isaac, je comprends que certaines de mes barrières ont bel et bien été brisées. C'est douloureux, mais Isaac a raison. Les loups ont besoin d'espace, alors derrière la douleur, je sens déjà la chaleur de la meute, et ça fait du bien. Mais j'ai peur de les perdre eux aussi. Les Argent sont toujours là, à l'affut de la moindre faiblesse, et maintenant le Kanima…Je dois les protéger.
Je me gare près d'un lampadaire cassé, dans l'ombre la plus sombre, toujours. Mes pensées s'enivrent de cette ombre, surtout en ce moment. Je suis loin d'être aussi sûr de moi que j'essaye de le faire croire, mais je ne peux pas le montrer, surtout pas en ce moment. La meute n'est pas encore assez soudée, Scott est encore trop fragile, il y a trop de personnes à protéger pour que je me laisse aller…
Je soupire en sortant de la voiture et m'immobile soudainement. Ces battements de cœurs ne viennent pas de moi. Et ils sont clairement beaucoup trop rapides pour un humain. Et pourtant…Il s'agit bien d'un humain, un humain dont l'odeur m'est familière et que je reconnais sans peine, un humain qui, ces temps-ci, a tendance à oublier comment respirer…
L'instant d'après, je suis derrière Stiles. Il est paralysé, en proie à une panique étouffante. A le sentir si désemparé, j'ai moi-même le souffle coupé. J'avance d'un pas. Je veux le serrer dans mes bras, lui dire qu'il n'a rien à craindre, mais est-ce vraiment raisonnable ? Est-ce seulement vrai ? Suis-je capable de le protéger ? Probablement pas. Comme les enfants, il a une âme pure, je devrais m'éloigner de lui pour le préserver, mais je n'en ai pas envie. Pourtant, je le dois. Il est humain. Il est fragile. Il est ma fragilité, mon point faible…le pire, c'est que si j'en crois ce que disais ma mère, il pourrait aussi être ma plus grande force. Mais pour cela, je devrais accepter pleinement ce qu'il est pleinement, et surtout, le lui dire. Et ça, il en est hors de question. Je dois m'éloigner de lui, il le faut. Mais je ne bouge pas. Je n'y arrive pas. Son mal-être m'atteint, me fait mal. Il respire de moins en moins bien, il tremble, et pourtant il parvient à trouver la force de faire ce que je suis incapable de faire depuis plusieurs minutes. Il bouge. Il recule d'un pas, puis d'un second. Moi, je ne bouge toujours pas, si bien qu'il se retrouve contre moi. Surpris, il se retourne vivement.
— « Derek… » souffle-t-il
Sa voix est faible. Sa crise empêche ses cordes vocales de faire leur travail correctement. Il est à deux doigts de défaillir. Ses jambes le portent à peine. Je le sais parce qu'il tremble, mais aussi parce que les miennes me font mal. Elles ne tiennent que parce que je sais que dois être capable de le soutenir. Je vois son regard s'échapper vers ses pensées. Tumulte infernale, indénouable tas d'idées, de souvenirs et de pensées qui l'enchaînent dans sa crise.
Ses lèvres fines, asséchées par son souffle erratique, prononcent à nouveau mon nom dans un soupir de douleur mêlé de soulagement. Je pose ma main sur son épaule. Je veux qu'il sente que je suis là. Je lui dis de se calmer, en espérant que cela suffira à enrayer la perfide qui lui enserre les poumons. Mais il n'y arrive pas. Je suis arrivé trop tard pour qu'un regard ou un léger contact suffise. J'ai mal de le voir souffrir, alors je cesse de réfléchir. Je l'attrape par les épaules et je l'amène à ma rencontre pour le serer dans mes bras. Je le laisse plonger son visage dans mon cou. Je le laisse humer mon odeur. Je l'en recouvre comme s'il s'agissait de la protection la plus efficace contre ce monde infernal. Je sais qu'une fois écartés l'un de l'autre, être simplement recouvert de mon odeur ne suffira pas à le protéger contre nos ennemis, mais j'ai au moins espoir que ça suffise à le protéger contre une nouvelle crise. Je veux juste qu'il se sente en sécurité, qu'il comprenne que je veille sur lui.
Ses bras s'entourent autour de mon torse et ses poings viennent s'ancrer à ma veste. Je ne suis pas idiot. Né lycan, je sais depuis longtemps que le genre n'entre pas en compte pour un loup. Je sais que Stiles est probablement mon compagnon. J'ai réussi à éviter de me confronter à cette idée pendant un certain temps en me coupant en partie de mon loup. Je l'ai tenu à l'écart de mon cœur des années durant en m'enfermant dans la haine et la vengeance…Mais maintenant, alors que j'accepte enfin l'idée de reconstruire une véritable meute…une famille, je ne peux plus maintenir mon loup à l'écart. Je ne peux plus nier que je suis lié à Stiles. J'aurais préféré l'éviter, mais ça n'est pas quelque chose que l'on contrôle. Il est mon compagnon. Je ne peux que l'accepter. Ma vie lui est dédiée. Je serai tout ce qu'il désire. Je serai toujours là pour lui. Même si pour cela je dois être loin.
Je veux qu'il le sache, alors je lui dis. Je lui dis que je suis là. J'essaye de transmettre, par ma voix et en le serrant un peu plus contre moi, que je ne parle pas que d'aujourd'hui. Je serai toujours là, à veiller. Il commence à aller mieux, doucement mais surement. Mais il est encore faible, ça s'entend dans sa voix. Il s'excuse. Pourquoi s'excuse-t-il ? Il n'a rien fait de mal. Au contraire, il fait de son mieux pour sauver la population de Beacon Hill d'un lézard géant…C'est plutôt aux autres de s'excuser auprès de lui. Il parle alors de sa faiblesse. Obligé ? Non. Non, Stiles, tu n'y es pas du tout. Je ne suis obligé de rien, en tout cas pas de la manière dont tu sembles le croire. Et surtout tu es loin d'être faible. Mais pour l'instant, je me contente d'avouer que me préoccuper de toi n'es pas une obligation. Je ne vais pas jusqu'à ajouter que c'est un besoin, pourtant, c'est bel et bien le cas.
Ça semble le surprendre. Il se reprend en ajoutant un point d'humour et cela me rassure. S'il retrouve ses répliques sarcastiques, c'est qu'il va déjà un peu mieux. Je retiens un rire, pourtant, il marque un point. Isaac a d'adorables yeux de chien abandonné. Et encore, Stiles n'a jamais vu sa moue boudeuse.
Le silence suit ces quelques mots. Je ne me détache pas de Stiles. Je ne le lâche pas. Je n'en ai pas la moindre envie. Il va mieux, mais je sais que la crise, en vérité, n'est jamais vraiment loin, comme moi désormais. Je le sens se détendre peu à peu. Je perçois même un léger soupir de contentement, comme si, enfin, ses muscles, contractés jusque-là à l'en faire souffrir, se relâchaient et le laisser respirer sans douleur, ni peur. Pourtant, je le sens partir…physiquement. Il fait un pas en arrière, mais il est arrêté dans son mouvement. Je le serre, un peu plus fort, contre moi. Je suis idiot, je ne devrais pas faire ça. Et pourtant, je vais encore plus loin en plongeant mon visage dans son cou. Son odeur m'enivre. Je ne devrais pas. Il est plus en sécurité loin de moi. Si je me laisse aller, tout ce que je peux faire c'est le faire entrer un peu plus dans ce monde de dangers, et ce n'est absolument pas ce que je veux. Mais parfois, mon loup n'en fait qu'à sa tête. L'irrépressible envie, de faire de son odeur le seul air respirable, a été plus forte que ma raison. Me voilà donc, le nez contre sa peau si fine, si fragile, respirant son odeur douce et sucrée. Je le sens se tendre, mais pas de peur. La surprise, très certainement. Peu importe, son odeur m'enivre au point qu'à cet instant, je me fiche de savoir s'il comprend ou non ce que je ressens. Je veux juste le garder contre moi, le protéger de tout, même s'il n'est pas faible.
Je brise d'ailleurs le silence pour affirmer cette dernière pensée. Il n'est pas faible. Mais il ne me croit pas. Décidément, il pense vraiment que j'ai une très basse opinion de lui. Il ne pouvait pas être plus loin de la vérité. Je ne le trouve pas débile. Un peu agaçant, certes, mais pas débile, ni faible. Il parvient malgré tout à me faire dire qu'il n'a pas de force. C'est vrai aussi que la force physique n'est pas vraiment son meilleur atout, mais ça ne veut certainement pas dire qu'il est faible.
Je m'écarte un peu de lui et fixe ses magnifiques yeux marron. Je veux qu'il comprenne que je suis parfaitement sincère. Il faut qu'il ait un peu plus confiance en lui.
— « Tu es sans doute la personne la plus courageuse que je connaisse. L'ami que n'importe qui rêverait d'avoir. La plus loyale des personnes que j'ai rencontrées…Tu es bien plus fort que n'importe lequel d'entre nous… »
Tu ne t'en rends pas compte. Tu penses le contraire. Mais tu es tellement plus fort que moi Stiles. Tellement plus fort que Scott aussi, malgré tout ce que tu peux penser. Ce que j'ai du mal à accepter, c'est qu'il ne te le dise jamais. Moi, j'ai une image à maintenir. Je suis l'alpha insensible. Mais lui, il se montre courageux et protecteur. Il est le héros que tout le monde attend. Mais il ne sera jamais rien tant qu'il ne saura pas au moins prendre soin de son meilleur ami. Avant de penser au reste du monde, un loup doit avant tout prendre soi des siens. Sans les siens, il n'est rien. Je le sais mieux que quiconque, et si Scott continue comme ça, il va finir par le savoir aussi.
C'est quelque chose que j'aimerais bien éviter. Il est puissant, il a une âme d'Alpha, mais si jamais ce qu'il m'est arrivé lui arrive, il sera le loup-garou le plus dangereux que j'ai jamais rencontré. Et si jamais Stiles se retrouve victimes de nos négligences, je deviendrais probablement aussi incontrôlable. La vengeance à laquelle j'aspirais après la mort de ma famille ne serait rien à comparer à celle qui m'animerait s'il devait lui arriver quelque chose.
Nous nous fixons toujours. Il est beau. Ça aussi, je suis certain qu'il n'en n'a pas vraiment conscience, pourtant, il est vraiment beau. Ses yeux pétillants de vie me fascinent plus encore que la lune. Je pourrais rester là et observer ces superbes iris pendant des heures sans me lasser. Un loup ne se lasse pas de regarder la lune. Je ne pourrais me lasser de le regarder. Il est si proche en ce moment. J'entends son cœur, juste un peu plus rapide qu'à la normale. Je sens sa peau, douce et chaude. Et ses lèvres…si proches…si tentantes. Il est mon compagnon, je le sais, je le sens, au plus profond de moi, mon loup veut le marquer, le revendiquer. Il me suffirait de tirer ses hanches contre les mienne, ou d'avancer un peu mon visage, et je pourrais combler cet espace et m'emparer de ses lèvres. Je pourrais…
Je me recule en me raclant la gorge. Je n'ai pas le droit de faire ça. Je n'ai pas le droit de lui imposer mes sentiments. Enfin, si tenté qu'on puisse appeler ça des sentiments. C'est une imprégnation. C'est quelque chose d'instinctif, presque bestial. Mais ce ne sont pas vraiment des sentiments. Et quand bien même ils seraient partagés — même s'il est mon compagnon, c'est souvent à sens unique puisqu'un humain n'a pas d'imprégnation—je n'ai pas le droit de l'impliquer, plus qu'il ne l'est déjà, dans toutes ces histoires. Je n'attends pas une seconde de plus, je m'éclipse. Je ne pourrais pas me retenir de l'embrasser si je reste plus longtemps dans le sillage de son odeur.
Sauf qu'avec tout ça, je n'ai pas fait les courses. Et merde… Bon, je vérifie quand même qu'il ne repart pas en crise en repérant les battements de son cœur, et finalement je retourne dans ma Camaro et je vais chercher un repas à emporter. De la bouffe asiatique. Isaac en raffole.
De retour à l'appart, je découvre qu'Isaac a préparé la table du salon avec le service asiatique offert par Boyd et Erica à son anniversaire et deux verres de jus de Litchi. Je hausse un sourcil et il affiche ce large sourire irrésistible.
— « J'ai senti l'odeur de la bouffe dès que tu as garé la voiture. »
Je secoue la tête en souriant un peu avant de venir m'installer sur le sofa avec lui pour déguster notre repas. Je vois à son sourire qu'il a senti l'odeur de Stiles sur moi, mais il ne dit rien au début.
— « Je m'inquiète pour lui », dit-il en plongeant son regard dans le fond de sa boîte de nouilles.
— Je sais.
— Je l'aime bien. Erica aussi d'ailleurs.
— Je sais.
— Toi aussi. »
A mon tour je plonge mon regard dans ma boîte, mais elle est vide. Je le sais depuis longtemps. J'ai ignoré autant que possible ce que mes sens me disaient. Mes sens ?…Non, tout mon corps, tout mon être me le hurlait. Mon compagnon. J'ai trouvé mon compagnon. Mais j'ai fait en sorte de l'ignorer pendant si longtemps, qu'aujourd'hui, je ne sais pas comment agir.
— « Tu crois que Scott saura le protéger ?s'inquiète-t-il
— …Nous devons le croire. Nous n'avons pas vraiment le choix.
— J'ai confiance en Scott, mais…
— Je ne laisserai rien arriver à Stiles. »
C'est sorti tout seul. Je ne devrais pas avouer ça comme ça. Mais, je crois qu'avec Isaac, je me sens meute. Pas alpha. Meute…je me sens en sécurité. Et puis, j'ai le sentiment que je ne fais que mettre des mots sur quelque chose qu'il sent déjà à travers ce lien étrange qui fait de nous une meute.
La vaisselle faite, je me dirige vers la douche. J'en ai bien besoin après ces quelques heures. Une fois sous l'eau chaude, je soupire et je m'accole au mur en mosaïque de nacre. Il a fallut que ce soit lui. Stiles. Mon compagnon. Je n'ai rien contre lui, bien au contraire. Ce n'est pas parce qu'il est mon compagnon que je le trouve fort d'esprit et si intelligent. Il est vraiment très malin son courage n'a d'égal que sa loyauté. Mais…c'est un humain et je suis un lycan. Il est déjà beaucoup trop impliqué dans ces histoires pour son propre bien. Je n'arrive pas à croire que Scott le laisse autant s'impliquer. C'est bien trop dangereux.
Quand je pense que j'ai failli me laisser aller à l'embrasser. J'en mourrais d'envie. D'ailleurs, si je suis honnête avec moi-même, ce n'est pas la première fois. Quand j'avais trouvé refuge chez lui alors que j'étais recherché pour cette histoire au lycée, j'avais déjà envie de l'embrasser. J'avais mis ça sur le compte d'un bouleversement émotionnel de mon loup. Mais c'était vraiment une excuse bidon. J'étais juste déjà imprégné… L'étais-je d'ailleurs ? Ou était-ce autre chose ? Peu importe…Je n'ai pas le droit de lui imposer cela. Sa vie est déjà suffisamment chaotique. Et puis de toute façon, il aime Lydia. Ca ne ferait que l'embrouiller et tendre un peu plus notre relation déjà instable. Une chance que je ne me sois pas rendu compte de cette attirance pour lui quand Kate était encore en vie. Cette sadique lui aurait fait du mal juste pour savourer un peu plus ma propre douleur. Cela dit, avec Gérard dans les parages, je vais devoir faire vraiment attention à ne pas me montrer trop gentils envers Stiles, en tout cas pas en publique. Kate n'est pas devenue comme ça par magie. Quand je vois comme est devenu Chris, je me dis que la mère devait être vraiment sympa. Lui aussi, son respect du code, il faut bien qu'il le tienne de quelqu'un.
Je me rince. L'eau chaude fait des miracles, mais pas assez pour chasser de mon esprit tout ce qui concerne Stiles. Je grogne contre moi-même. Mon loup grogne contre moi. Il m'en veut de ne pas m'être laissé aller plus tôt, alors que les lèvres de Stiles étaient si proches. Mais, il sait aussi que c'était pour le bien de mon compagnon. Alors, d'une certaine façon, il grogne aussi contre lui-même d'être parfois si égoïste. Nous faisons une belle paire d'abrutis tous les deux.
Lorsqu'enfin je retourne à salon, je retrouve Isaac avec un grand sourire. Oh ! Je connais ce sourire. Cet imbécile a fait une bêtise dont il est particulièrement fier. Comme poussé par un sixième sens que je ne me connaissais pas, mon regard se pose sur mon téléphone portable.
— « Isaac ?!
— Oui ?
— Qu'est-ce que tu as fait ?
— Moi ? Rien du tout. »
Etrangement, je ne le crois pas du tout et décide de vérifier par moi-même le contenu de mon téléphone. Des messages textes, de Stiles.
« Comment vont Erica et Isaac ? »
« Erica jure de se venger et de bouffer Allison au repas de midi. Et Isaac délire complètement et chante à tue-tête qu'il est amoureux de toi. »
« Depuis quand Derek te laisse utiliser son téléphone, Isaac ? »
« Stiles ? »
« Oui ? »
« Merci. »
« De ? »
« De t'inquiéter. »
« Tu me remercieras quand tu m'auras répondu. »
« Bah, je ne t'ai pas menti pour Erica. Quand on l'a déposée chez elle réfléchissait encore à, je cite « la sauce qui s'accorderait le mieux avec la chair tendre de cette pouffiasse brune ». Et moi, je vais bien. Je ne délire pas en vrai. »
« Si un peu…faut être sacrément atteint pour oser toucher au téléphone de Derek. Même moi je le sais. »
« Haha. Bon, la douche s'est arrêtée et je ne veux pas mourir alors à plus. »
Bon. Isaac s'est juste servi de mon téléphone sans ma permission apparemment. Mais ce laps de temps entre le moment où Stiles a compris que ce n'était pas moi qui écrivait et le moment où Isaac le remercie est un peu long je trouve. C'est suspicieux. Je tourne mon regard vers Isaac mais il détourne les yeux. Je sens qu'il a dit quelque chose qu'il ne fallait pas—effacé un ou deux messages dans une conversation n'a rien de difficile sur ces nouveaux téléphone—, mais en même temps, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine joie de le savoir un minimum proche de Stiles. Isaac est vraiment quelqu'un de bien. Il mérite d'avoir des amis qui prennent soin de lui comme sait si bien le faire Stiles et Stiles mérite aussi d'avoir des amis qui ne se laissent pas tourner la tête par quelques formes et un arc…
Finalement j'abandonne. Je n'apprendrai rien d'Isaac sur ce point et je n'ai pas envie d'imposer l'obéissance de l'alpha pour une chose pareille. S'il ne veut pas me le dire, c'est qu'il ne vaut peut-être mieux pas que je sache. Et vu son sourire, je doute que ce soit quelque chose qui nous mette en danger si je l'ignore.
Je m'installe devant mon bureau pour plancher un peu sur le nouveau projet qui m'a été confié. Un design assez moderne pour un appartement à New York. Je suis assez inspiré par le cahier des charges et les croquis remplissent bientôt l'espace de travail. Je les classes par pièce et m'étire enfin avant de jeter un coup d'œil à l'heure. Il est temps de partir en ronde. Je m'apprête à appeler Isaac, mais il surgit derrière moi, déjà prêt pour le départ.
— « Erica et Boyd sont déjà en route pour voir madame McCall, Lydia, le Sheriff et Danny. Je vais essayer de trouver Scott et Allison. Tu t'occupes de Stiles et de Jackson. Je me suis dis que c'était ce qu'il y avait de plus adapté pour ce soir. »
Je hoche la tête. Isaac sera un excellent bêta de tête quand notre meute sera suffisamment soudée pour parler des rangs des bêtas. Nous descendons et retrouvons Erica et Boyd, venus spécialement pour la ronde. D'un signe de tête je donne le top départ. S'il n'y a rien à signaler, ils doivent juste m'envoyer un message et rentrer chez eux.
Quelques minutes plus tard, je suis posté devant la maison de Stiles. Je suis passé par le manoir des Whittemore mais je n'ai pas senti Jackson. Le temps que j'arrive devant chez les Stilinsky, Isaac m'a envoyé un message. Scott, Allison et Jackson sont au même endroit. Il sait que le Kanima n'est autre que Jackson mais il ne remet pas en cause mon choix de le laisser à Scott. Nous en parlerons quand je serai rentré de la ronde. Je lui écris de retourner à l'appartement et de se reposer. Je sens que les jours qui viennent vont être particulièrement éprouvants. Du côté de Boyd et d'Erica tout va bien. Ils peuvent donc retourner chez eux. Moi, je reste posté devant la maison calme du Sheriff. Lui, est déjà rentré et est couché. Stiles, en revanche, arrive à peine. Je me cache dans l'ombre des arbres mais je ne le quitte pas des yeux. Il semble épuisé.
Je l'entends crier son retour à son père. Le sheriff se retourne dans son lit et en quelque secondes, un léger ronflement vient perturber le silence de la maison. Je m'approche furtivement de la maison et me dissimule dans l'ombre pour vérifier que Stiles s'endort sans encombre.
La porte du frigo est ouverte, mais aucun son ne résonne avant qu'elle ne soit refermée. Pas de bruit de vaisselle, pas de minuterie de microonde, ni de remous d'eau chaude dans une casserole. Rien qui ne ressemble à des mâchouillements ne précède le grincement des marches qui mènent à la chambre de Stiles. Il n'a pas mangé et ça, je sais que ça n'est pas bon signe. Isaac et Erica rient toujours de sa façon de manger et du fait que même s'il est humain, il ne semble en rien affecté par le gras des aliments qu'il ingurgite. Erica le jalouse un peu d'ailleurs sur ce fait. Quoiqu'il en soit, je n'aime pas ça. Il ne dort déjà pas beaucoup, mais si en plus il se met à ne plus manger, il ne va jamais tenir.
Et en effet, quelques instants après qu'il se soit couché, son rythme cardiaque accélère et sa respiration se fait incertaine. Une crise, encore. En quelques pas, je prends de l'élan et utilise l'arbre à proximité pour atteindre sa fenêtre. Il m'entend et tourne son visage vers moi.
Le regard qu'il me lance à ce moment-là me fait presque perdre tous mes moyens. Je l'ai rarement vu aussi désemparé. Il est à bout. Il ne sait plus comment s'en sortir sans aide. Et son aide, c'est moi. Je m'approche donc de lui et je l'aide à se redresser jusqu'à le faire avoir une position assise. Je le sens trembler et la température de sa peau semble osciller entre le froid hypothermique et le chaud fiévreux. Les dents serrées, en colère de le voir dans cet état, je fais de mon mieux pour rester calme. Je le dois. Pour lui.
Je le prends dans mes bras et l'incite presque à plonger son visage dans mon cou. Je le laisse s'entourer du sentiment de sécurité que je semble lui apporter. J'attends qu'il s'apaise, sans bouger. Il est plus détendu mais je le sens toujours soucieux alors je brise le silence qui s'est installé pour essayer de détourner un minimum son attention de cette crise. Le problème, c'est qu'habituellement je ne parle pas et je ne sais absolument pas quoi dire pour le distraire. Je ne trouve rien de mieux que de remarquer qu'il rentre tard. Mais loin de s'en offusquer, il avoue qu'il était avec Scott.
Ca je le sais bien. L'odeur de Scott est accrochée aux vêtements de Stiles…à mon grand désespoir ! Il y a aussi l'odeur d'Allison et surtout, la plus présente, l'odeur de Jackson. A croire qu'il a passé sa journée aux côtés de cet arrogant lézard.
Je ne rebondis par sur cette possibilité. Je le sens encore trop proche de la crise pour envisager une conversation qui lui rappellerait sans aucun doute ses dernières mésaventures. Je reste sans bouger, le gardant contre moi, attendant qu'il retrouve son calme, patientant jusqu'à ce que la crise s'éloigne réellement de son cœur bien trop généreux pour son propre bien.
Son rythme cardiaque ralenti enfin jusqu'à trouver un hymne auquel s'accrocher. Je ne dis rien, mais je remarque sans peine qu'il s'est calqué sur mes propres battements de cœur. J'aimerais le garder contre moi de cette façon pour l'éternité. J'aimerais le couper de tous les dangers, empêcher le mal d'atteindre son âme. Mais ne suis-je pas moi-même le mal ? Je sers les dents à cette pensée et je m'écarte doucement de lui. Je le sens se tendre légèrement et le cœur me serre. Mais maintenant que la crise est passée, je dois m'assurer qu'il va vraiment mieux. Alors je sors de la chambre et je descends à la cuisine. J'ai l'impression qu'il a déjà maigrie et j'ai l'affreuse sensation d'être en partie responsable du mal-être qui l'habite en ce moment. Si je n'étais pas revenu, est-ce qu'il aurait à gérer toutes ces histoires de lycans. Non, je dois remonter plus loin…si je n'étais pas tombé sous le charme de Kate, rien de tout cela ne se serait produit.
Ma famille serait encore en vie. Oncle Peter serait encore le Don Juan que j'admirais et qui se prenait des claques à l'arrière du crâne de la part de la mère. Laura n'aurait pas eu à endosser le rôle d'alpha aussi jeune. Ma petite sœur, Cora, serait encore en vie. Scott n'aurait pas été mordu et Stiles serait heureux…loin de tout cela.
Alors que je prépare une assiette avec des petites choses à grignoter, je me mets même à rêver d'une utopie. Un monde parallèle, idéal, dans lequel je serais revenu à Beacon Hills après mes études d'architecture. Laura serait au service du Sheriff en tant que pisteur hors-pair et Cora se préparerait à être diplômée et chercherait des universités où elle pourrait étudier l'histoire de l'art avec une option légende et mythologie. Elle serait amie avec Scott et Stiles. Elle a toujours préféré les outsiders. Et grâce à elle ou à Laura, j'aurais rencontré Stiles. Je n'aurais pas eu peur de l'exposer à tant de dangers et je lui aurais avoué qu'il est mon compagnon. Ma mère l'aurait adoré.
Je soupire en arrachant mon regard du bol de fraise que je fixe depuis quelques longues secondes. Je n'ai pas rempli l'assiette, mais j'ai le pressentiment qu'il n'arrivera même pas à finir tout ce que j'y ai mis. Je sers à nouveau les dents. Je déteste le voir dans cet état. Je remonte en restant aussi silencieux que possible et j'ouvre la porte presque sans faire de bruit.
— « Tu dois manger, Stiles. »
Je parle à voix basse, mais je sais qu'il m'a entendu. Il se redresse et me fixe avec un air presque incrédule. Ce n'était pas une proposition. Il doit manger. Il n'essaye même pas de refuser mais son hochement de tête est assez faible. Enfin, déjà, il a réagi. Je vais m'asseoir près de lui et je tiens l'assiette devant lui pour qu'il se nourrisse. Il se colle légèrement à moi, recherchant certainement le sentiment de sécurité que ma présence semble lui apporter. Ce n'est pas difficile de concevoir que ma présence l'apaise autant. Je suis un loup-garou et il est humain. Face au Kanima je suis une meilleure protection que sa peau fragile qui ne cicatrise pas aussi rapidement que la mienne.
Il ne finit pas son assiette, mais il a quand même mangé une bonne partie de ce que j'ai trouvé à lui monter. Je crois bien que je ne peux pas espérer mieux. Je pose l'assiette sur son bureau et me rassois près de lui alors qu'il se couche. Quelques instants plus tard, j'entends sa respiration se faire plus régulière et calme. Il dort. Mais il frissonne alors je m'allonge contre lui et enfin il se détend totalement. Je veille, sans faillir. Je ne pourrais pas fermer les yeux de toute façon. Je suis bien trop inquiet. J'ai réussi à le calmer et à le faire manger ce soir. Mais et demain ? Et après-demain ? Avec le Kanima qui rôde, je ne pourrais peut-être pas faire ça tous les soirs. Je devrais peut-être prévenir Scott, lui faire prendre conscience de l'état de son meilleur ami. Stiles m'en voudra mais c'est sans doute le mieux pour lui. Je veux juste qu'il aille mieux.
Enfin, de toute façon, je ne vais pas pouvoir prévenir Scott maintenant. Si Stiles est là, c'est probablement McCall qui garde le serpent et s'il me voit arriver, il va tout de suite penser que je vais vouloir m'en prendre à Jackson. Quelle merde !
Je regarde l'heure. Je vais devoir partir. J'ai un rendez-vous important avec un client aujourd'hui et j'ai encore deux trois croquis à griffonner avant d'y aller. Je soupire. Je préfèrerais rester avec Stiles, mais de toute façon, il faudra bien que je m'éclipse si je ne veux pas me retrouver avec une balle entre les deux yeux de la part du Sheriff.
Stiles me sens bouger et se réveille doucement.
— « Ne bouge pas. Rendors-toi. »
Mais cet idiot ne semble pas décidé à m'écouter puisqu'il se redresse. Je lui dis qu'il a besoin de repos mais il maintient qu'il va bien alors je m'énerve, enfin, façon de parler. C'est vrai quoi ! Ce type réfléchit tellement vite que son cerveau doit fumer ! Il doit dormir ou il finira par devenir fou. Il me fixe. Malgré le ton autoritaire que j'ai employé, il a vraisemblablement capté le compliment que je lui faisais. Je ne sais pas si c'est ça qui le décide ou si j'ai juste réussi à le convaincre, mais quoiqu'il en soit, il se recouche.
Juste avant de sortir, je pose mon regard sur Stiles et je soupire de frustration. J'aimerais tellement l'éloigner de tout ce merdier !
Une fois dehors, je m'accorde une course à pleine vitesse dans les bois. J'ai besoin de me défouler. Je me sens plein de contradictions. J'ai besoin de calme pour ordonner toutes les choses qui passent par mon esprit et en même temps, je n'aspire qu'à ne faire qu'un avec un chaos semblable au désordre de mes pensées. Je veux être seul, mais je désire être entourés de tous les êtres qui se ballade dans les bois. Je veux m'éloigner de Stiles, m'écarter de son âme trop blanche, trop lumineuse, même pour mes yeux de loups pourtant habitués à fixer la lune, et pourtant je le veux près de moi. Je veux le tenir, le protéger envers et contre tout. Je déteste cette sensation. Je ne suis plus vraiment maître de moi-même avec un compagnon révélé. Stiles ne le sait pas, mais mon loup, lui, le sait…et moi aussi. Pour un loup, un compagnon c'est comme un nouveau centre du monde, une nouvelle gravité. L'amour n'entre pas en compte là dedans. L'amour est désuet quand on est un loup-garou. L'instinct est bien plus fort. L'amour vient après. Les compagnons apprennent à s'aimer, même si c'est d'un amour différent. Mais ça n'empêche pas le sentiment de dépendance.
Je cours, encore, sans prendre en compte ce qui m'entoure. Je veux juste me vider l'esprit. J'aimerais tellement que Stiles arrête d'avoir mal. Il prend trop de choses sur lui. Un jour, il craquera. Je serre les dents…non, les crocs… Depuis quand me suis-je transformé ? Je ne m'arrête que quand j'arrive dans le bois qui borde le cimetière. Je suis essoufflé mais je ne sais pas si c'est à cause de ma course ou de celle de mes pensées. Je fixe au loin la « tombe familiale ». Nos corps sont toujours incinérés et nos cendres sont dispersées dans un endroit bien précis dans les bois, mais nous avons aussi une sorte de stèle au cimetière où le nom de chaque membre est inscrit à sa mort.
Je m'en approche, lentement. Je ne suis pas revenu ici depuis mon départ après l'incendie. Je ne suis pas non plus allé à la clairière. Ca c'est encore trop dur. J'observe la pierre blanche. C'est du marbre surmonté d'une pierre de lune taillée en forme de loup. Je fixe le bas de la liste. Comme je ne suis pas revenu, le nom de Laura n'est pas inscrit. Je n'en ai toujours pas le courage. Je pose mes doigts sur le nom de ma petite sœur…Cora. Laura avait réussi à me trainer ici pour faire inscrire le nom de tous nos morts. Alors celui de ma petite sœur est gravé, juste sous celui de ma mère, lui-même précédé du nom de mon père.
Je sers les dents. Je refuse de pleurer. Mais j'accepte la douleur et je repars avec. Ce soir aussi je vais chez Isaac. Je ne veux plus être seul et apparemment, je n'ai pas besoin de le dire puisque lorsque j'entre dans l'appartement, il est là, à m'attendre. Le lien que j'ai créé avec lui est indéfectible. Aucun mot n'est nécessaire. Même les regards sont parfois sans intérêts. Il sent et je sens. Il me laisse pour aller se coucher. Il sait que je ne veux pas me montrer faible, alors il s'arrange pour que je n'ai pas à le montrer, juste à surmonter, à avancer, avec lui à mes côtés.
Cette nuit encore, nous la passons allongés l'un à côté de l'autre, l'un contre l'autre. Son dos contre mon torse, il ne peut me voir, alors je laisse couler les larmes. Seule la lune me regarde, mais je sais que comme elle, Isaac ne m'abandonnera jamais. Car il est ma meute.
Et voilà! Non, ne me tuez pas!
Désolée si Derek est un peu OOC. TT, je n'ai pas envie de tourner trop autour du pot non plus...
J'espère que ça vous aura quand même plu. Donnez moi vos avis par reviews.
A la semaine prochaine pour le début de l'arc de l'épisode 7 (ou au pire un OS mais qui ne sera pas poster sur Breath)!
xoxo
Myko
