Ma fanfic a été renommée, parce que le premier titre, provisoire, ne me convenait pas. j'avais dans l'idée depuis le début de le lier au groupe anglais Sisters of Mercy, c'est chose faite.

II

Installée dans le Poudlard Express qui quittait Londres, Rowan poussa un soupir. Elle pris dans son sac le baladeur de son père et mit les écouteurs sur ses oreilles, laissant la voix d'Andrew Eldrich, chanteur des Sisters of Mercy, lui vider la tête. Elle en avait bien besoin ! A peine deux mois s'étaient passés depuis la mort de ses parents et sa vie avait été entièrement chamboulée ! Elle aurait dû préparer sa rentrée dans son lycée normal et échanger des histoires de vacances avec ses amis retrouvés tout en songeant aux soirées familiales au coin du feu qui, avec l'automne, s'annonçaient. Au lieu de cela, elle était seule, entourée d'inconnus, dans un train magique, en route pour une école de magie ! Un « miou » plaintif la ramena au compartiment où elle se trouvait, seule. Elle fit sortir Mephisto de son panier et le prit sur ses genoux où il eut vite fait de se blottir. Cela avait été un crève-cœur pour Alina, mais Pelenor et Lucinda avaient été intraitables sur ce point : ils n'acceptaient le chat que s'il était à Poudlard avec elle la majeure partie du temps.

« Black Planet », chantait Andrew Eldrich… Oui, son monde lui semblait bien sombre. Elle ne s'en était pas ouverte, mais elle angoissait un peu à l'idée de se retrouver dans cette école dont, même si elle avait lu l'histoire, elle ne connaissait pas les règles. Il avait été convenu qu'elle rejoindrait directement les sixièmes années. Arriverait-elle à suivre ? Certes, elle avait beaucoup de connaissances en magie, beaucoup de pratique aussi, mais elle n'était toujours pas douée avec sa baguette dont elle obtenait parfois des résultats surprenants, quand elle arrivait à en tirer quelque chose. Elle s'était cependant beaucoup entraînée avec son oncle, qui lui assurait qu'elle était douée et qu'elle s'en sortirait très bien, et que, pour la plupart des cours, de toutes façons, il lui suffisait de faire semblant de l'utiliser, puisqu'elle y arrivait très bien sans. Ce qui la perturbait, c'est qu' elle avait toujours considéré la magie comme quelque chose de sacré, et ne voyait pas vraiment l'intérêt de la majorité des sortilèges qu'il lui avait appris à lancer . Cela lui donnait l'impression d'être dans la vieille série Ma Sorcière Bien-aimée, sauf qu'au lieu d'agiter le nez, on agitait une baguette. En effet, ses parents lui avaient appris à ne pas utiliser son don en vain, et surtout pas pour s'éviter un effort. La magie n'était pas une facilité. De plus, pour elle, il n'y avait pas de « degré » : la magie se vivait, se ressentait, partout, en tout, à chaque instant, ni bonne, ni mauvaise, là, tout simplement. Elle était un peu mal à l'aise avec la notion de « pouvoir » qu'elle découvrait depuis son arrivée dans ce monde… une phrase d'un vieux Spiderman lui revint en mémoire « Plus on a de pouvoirs, plus on a de responsabilités ». Elle n'avait pas l'impression que son oncle et sa tante, par exemple, étaient conscients de leurs responsabilités. Certes, ils assumaient leurs devoirs envers elle, et elle leur en était reconnaissante, mais… Ils avaient une créature esclave, méprisaient leur fille, méprisaient les Moldus et ceux qu'ils appelaient Sang de Bourbe… Et Janus ? Etait-il conscient de ses responsabilités, lui ?

Il y avait aussi cette histoire de répartition en maison qui la tracassait. Elle avait bien lu les qualificatifs de chaque maison, mais se demandait où elle allait se retrouver, et surtout avec qui. Elle ne se l'était pas avoué jusque là, mais la solitude commençait à lui peser. Bien sûr, il y avait eu Alina, mais, même si la présence silencieuse de sa cousine lui était d'un grand réconfort, elle ne pouvait pas échanger avec elle.

La cassette défilait toujours et passait maintenant « No time to Cry »… oui, se poser et pleurer un bon coup lui aurait fait du bien, mais, comme dans la chanson, ce n'était pas le moment. Depuis la mort de ses parents et sa crise de larmes le soir de leur enterrement, cela n'avait jamais été le moment. Elle réalisa soudainement que, même à l'école, elle ne pourrait pas se laisser aller : elle n'était pas Rowan MacFianna, fille de Deirdre et Angus, lycéenne un peu gothique avec des projets plein la tête et des parents chercheurs de terrain en archéologie préparant le chantier de leur vie en Irlande, pour trouver des « corps des marais », mais Rowan-l'orpheline, sans parents connus, sans histoire, trouvée chez les moldus par Pelenor et Lucinda, et sauvée de sa misère par leur générosité. Découragée, elle sentit des larmes de frustration perler aux coins de ses paupières. Résolument, elle mit le volume plus fort et chassa sa morosité en regardant le paysage automnale qui défilait par la vitre. No Time to cry...

Le bruit de la porte du compartiment qu'on ouvrait la tira de sa rêverie morose. Elle appuya sur stop et ôta son casque avant de se tourner vers la personne qui venait d'entrer : une fille de son âge revêtue de l'habit de sorcier, uniforme à Poudlard, avec une insigne de préfète qui brillait sur sa poitrine. Elle avait un visage avenant et ses longs cheveux châtains semblaient passablement emmêlés :

« -c'est un baladeur, que tu as là ? », demanda-t-elle en désignant l'objet posé sur le siège à côté de Rowan.

« -Euh oui... », répondit cette dernière.

« Tu es une Née-Moldue ? »

Sur le moment, Rowan ne comprit pas la question, ce qui n'échappa pas à la préfète

«-Tes deux parents étaient-ils sorciers ? », demanda-t-elle, plus doucement, et avec un sourire.

-Je… En fait, j'ai été adoptée, et je ne sais rien de mes parents. » Ces mots avaient été très durs à prononcer pour Rowan, mais elle avait promis…

-Tu es nouvelle, non ?

-Euh oui, ça sera ma première année », répondit Rowan en souriant franchement, ravie au fond de trouver quelqu'un à qui parler. « Je vais intégrer directement les sixièmes années, et j'avoue que je suis plutôt anxieuse : tout cela est si nouveau pour moi.. .

- Tu verras, tu t'y feras vite ! », ajouta la jeune fille en souriant toujours.

« -Si tu as besoin de quoi que ça soit, surtout, n'hésite pas ! Je m'appelle Hermione, et je suis préfète chez les Gryffondor. Tu sais dans quelle Maison tu veux aller ?

-Euh non… Ça se passe comment, d'ailleurs ? On peut choisir ?

-Non, c'est un chapeau magique qui décide ! »

Devant l'air ahuri de Rowan, Hermione pouffa.

«-Au fait, les objets Moldus ne fonctionnent pas, à Poudlard. », reprit Hermione en désignant le baladeur. Ce faisant, elle découvrit Mephisto, qui dormait toujours, roulé en boule sur Rowan :

« -Oh qu'il est mignon ! Moi aussi, j'ai un chat, et il s'appelle Pattenrond !

-Celui-ci s'appelle Mephisto, et, en fait, c'est le chat de ma c.. sœur d'adoption. « Rowan avait encore failli se trahir ! Il lui fallait vraiment prendre garde à ce qu'elle disait ! Les deux jeunes filles continuèrent à deviser gaiement quelques minutes jusqu'à ce que le carillon du chariot de friandises qui passait, poussé par une jeune sorcière, rappelât à Hermione ses devoirs de préfète. Elle se sauva dans le couloir avec un petit salut de la main vers Rowan qui, à nouveau, se retrouva seule. Elle attendit le passage de la jeune sorcière au chariot pour lui prendre une tasse de thé brûlant, parfumé à la bergamote, ainsi qu'une coupelle de lait pour Mephisto, puis, quand ils eurent bu tous les deux, elle se cala sur la banquette et remis son casque sur les oreilles.

Il faisait nuit noire lors qu'enfin le train ralentit et qu'une voix leur annonça leur arrivée à Pré-au-Lard. Rowan laissa ses bagages dans son compartiment, mit Mephisto dans sa poche, et hésita à s'encombrer de son étui à guitare avant de renoncer. Elle lissa sa robe noire malmenée par le voyage et remit son chapeau pointu. Elle n'aimait pas cette tenue, elle avait l'impression d'être déguisée. Au moins étaient-ils tous vêtus de la même façon. La fraîcheur de l'air du soir la surprit un peu. Elle se sentait désorientée. Elle vit que les élèves étaient séparés en deux groupes, les plus jeunes d'un côté, devant un homme immense à la barbe hirsute, et les autres qui se dirigeaient vers des diligences noires, toutes droit sorties d'un vieux film d'horreur, pour vous emmener au château du vampire, par exemple… Elle hésita un moment et se décida à suivre les élèves des diligences : après tout, elle était peut-être nouvelle, mais elle allait entrer en sixième année…

Tout en se rapprochant des véhicules dans lesquels montaient déjà les élèves, visiblement rodés, Rowan jetait des coups d'œil autour d'elle, mais hormis le quai maintenant désert, elle ne découvrit rien de pré-au-Lard… Qu'importait : son oncle et sa tante avaient signé son autorisation de sortie et elle aurait le droit de s'y rendre un peu avant Halloween…

« Malfoy ! Tu traînes ! », cria soudain une voix masculine devant elle. Au nom de Malfoy, Rowan se retourna et vit un garçon de son âge, aux cheveux de la même couleur que ceux de Janus, qui se hâtait sur le sentier. Il passa devant elle sans même un regard et rejoignit ses amis, trois garçons et une fille qui gloussait. « Voici donc le neveu dont on m'a parlé », se dit la jeune fille, tout en pensant que décidément, les Malfoys n'avaient pas l'air d'être particulièrement gais. Une bouffée de nostalgie la prit, en songeant aux fous-rires incessants qu'elle avait avec ses amis, avant… Elle arrivait à hauteur des premières diligences, déjà remplies, lorsqu'elle avisa les étranges créatures qui les tiraient, semblables à des chevaux que l'on aurait écorchés. L'un d'eux redressa la tête sur son passage et darda sur elle ses yeux rouges. La jeune fille, mue par un impulsion, tendit la main pour toucher la créature, qui se laissa faire.

« Hé ! Toi ! On n'a pas toute la nuit, nous ! Ils ne partiront pas tant que tous les élèves ne seront pas montés, alors dépêche-toi ! » Rowan leva la tête pour voir qui avait crié, il s'agissait de la fille gloussante. « Hé bien ! Cela promet ! », se dit la jeune fille. Elle adressa cependant un sourire de façade à l'impatiente et se hâta vers la première diligence qui lui semblait avoir encore de la place. Raté. Elle en tenta une deuxième, pleine également. Elle commençait à en avoir assez quand une voix masculine l'appela : « Eh ! La nouvelle ! Monte avec nous, il reste une place ! » Il s'agissait de l'un des jeunes hommes du groupe de Draco Malfoy. Elle se hâta de les rejoindre et se laissa tomber sur une place vide. Aussitôt, les diligences s'ébranlèrent.

«- Merci ! Je m'appelle Rowan ! » Crut-elle bon de dire, devant le silence qui s'était installé. La fille la regardait comme si une vieille querelle couvait entre elles, Draco était visiblement totalement perdu dans ses pensées, et deux des autres garçons avaient l'air trop bêtes pour même savoir parler.

Celui qui l'avait invitée à monter prit la parole :

« -De rien ! On était tous pressés d'arriver. Je suis Blaise Zabini, là, c'est Crabble, Goyle, Elle, c'est Pansy Parkinson, et le silencieux, là, Draco Malfoy. Et toi, tu es de quelle famille ?

-Je suis la fille adoptive de Penelor et Lucinda Lovelace…

- Ah, c'est toi… Il paraît que tu as grandi chez les moldus... »

Le ton de Pansy disait bien plus clairement que des mots ce qu'elle pensait d'une telle situation.

« -Ne le prends pas mal, mais à la place des Lovelace, je t'aurai laissée où tu étais ! Après tout, tu es peut-être même une Sang-de-bourbe... »

Rowan se renfrogna. Cette fille commençait sérieusement à lui taper sur le système ! Ces histoires de sang, pur ou non, aussi, d'ailleurs !

« -Oui, peut-être, en effet ! »

Visiblement, ça n'était pas la chose à répondre, puisqu'aucun des passagers ne lui adressa plus la parole jusqu'à leur arrivée. Sans un regard pour ses compagnons de route, elle sauta dehors aussitôt qu'elle le put, caressant Mephisto dans sa poche qui commençait à s'agiter.

Découvrir Poudlard pour la première fois fut intense : l'endroit était magnifique : un château immense, plein de tourelles, dont toutes les fenêtre étaient éclairées par la chaude lumière de bougies, un parc qui avait l'air gigantesque, des bois que l'on apercevait non loin, et même un lac ! Aussitôt, Rowan se sentit mieux : dans un tel décor, les choses ne pouvaient être si terrible.

Le reste de la soirée se passa comme dans un rêve pour Rowan : elle se laissa porter, n'ayant prise sur rien. Elle avait été accueillie à son entrée par une grande sorcière à l'air revêche qui l'invita à la suivre pour participer à la cérémonie de répartition. Elle avait posé un vieux chapeau tout rapiécé sur sa tête, et avait conversé en pensée avec lui avant qu'il ne se décidât à l'envoyer chez les Serpentards. Lorsqu'elle avait rejoint leur table, personne n'avait applaudi, et Pansy Parkinson jetait toujours des regards mauvais dans sa direction tout en riant sous cape avec ses amis.

Le repas, quoi que bon, lui parut interminable : elle était fatiguée et avait mal à la tête. Elle nourrit Mephisto, toujours caché dans sa poche, et avait hâte de pouvoir le lâcher mais elle dut encore attendre pour cela d'avoir rencontré Severus Rogue, le directeur de la Maison Serpentard -elle apprit par la même occasion que la sorcière revêche qui l'avait accueillie était Minerva MacGonnagall, directrice des Gryffondor, et professeur de métamorphose- et de déterminer avec lui quels seraient les cours qu'elle suivrait. Elle choisit potion, botanique et divination, les trois matières où elle était sûre de pouvoir suivre avec ou sans baguette. Quand enfin il fut temps pour elle de gagner son dortoir, elle apprit que les chambres étant déjà attribuées depuis la première année pour les anciennes élèves, elle logerait avec cinq nouvelles arrivantes de onze ans. Partagée entre la joie d'éviter Pansy et l'ennui de n'avoir toujours personne avec qui parler, elle s'était cependant résignée et se laissa tomber sur son lit noir au filigrane argenté et au linge de lit vert, tout comme les rideaux qui fermaient le baldaquin, les couleurs des Serpentards. Elle détestait le vert…

Mephisto, enfin libéré, explorait son nouveau territoire, à la grande joie des fillettes qui partageaient sa chambre. Bientôt, toutes se couchèrent, et Rowan, qui ne s'était pas encore dévêtue, se décida enfin à ouvrir la malle qui contenait ses effets. Elle en sortit une veste et un pantalon de pyjama en satin soyeux, vert au liseré argenté, cadeau de sa tante, ainsi que la paire de mules assorties. Devant la température qui régnait dans la chambre, elle prit également son gros gilet en laine irlandaise. L'ensemble ne serait pas heureux, mais au moins, elle aurait chaud. Après un passage rapide à la salle de bains attenante à la chambre, elle se sentait déjà plus détendue. Elle prit son baladeur et s'installa sur le lit, Mephisto à côté d'elle, rideaux tirés. « Les objets moldus ne fonctionnent pas à Poudlard », lui avait dit Hermione… C'était ce que l'on allait voir…

Il était environ une heure du matin lorsque Rowan posa les écouteurs sur le lit. Elle n'était toujours pas fatiguée. Écouter ses titres préférés n'avait pas eu l'effet escompté et les pensées tourbillonnaient toujours dans sa tête. Frissonnant, elle referma les pans de son gilet autour d'elle, puis écarta les rideaux. Rien ne bougeait dans la chambre, elle était seule à veiller. Elle se dit qu'il serait préférable de gagner la grande salle, qui devait être déserte depuis longtemps. Avoir légèrement froid lui permettrait peut-être de trouver plus rapidement de sommeil, de plus, elle avait soif. Elle choisit de laisser Mephisto, profondément endormi, là où il se trouvait. Elle lorgna en passant sur son étui à guitare et décida de le prendre avec elle : puisque tout le monde dormait, elle ne dérangerait personne si elle jouait un peu.

La grande salle était effectivement vide. Rowan alla à la cheminée ranimer les braise de cette étrange lumière verdâtre qu'elle avait remarqué en arrivant. Il semblait qu'à Serpentard, tout devait impérativement rappeler les couleurs de la Maison, même les flammes. Elle s'assit près de la cheminée, sur un fauteuil qu'elle jugea inutilement ouvragé et sortit la guitare de son étui, faisant courir ses doigts sur les cordes, ne sachant pas encore quel air elle allait jouer. Jetant un regard autour d'elle, la salle lui parut bien lugubre, avec ces meubles noirs aux formes tarabiscotées, et la lumière verdâtre qui émanait du feu n'arrangeait rien. De plus, construite sous le lac, la pièce n'avait aucune fenêtre donnant sur l'extérieur… On se serait cru dans un film d'horreur, avec Igor, le serviteur bossu, répondant à l'appel de son maître… Un accord, puis un autre, elle avait trouvé ! Et bientôt, sa voix, un peu rauque lorsqu'elle chantait, monta dans le silence :

« White on white translucent black capes
Back on the rack
Bela Lugosi's dead
The bats have left the bell tower
The victims have been bled ... »

Oui, Bela Lugosi's Dead, de Bauhaus, lui semblait très bien correspondre à l'atmosphère, et les accords répétitifs qu'elle jouait pour s'accompagner l'aidaient à se détendre, enfin !

« Undead, undead, undead... »

Toute à sa musique, elle n'entendit pas la porte s'ouvrir, ni que quelqu'un entrait dans la salle, venant de l'extérieur. Draco Malfoy n'avait pas voulu attendre le lendemain pour trouver la salle sur demande et entamer la première partie, la plus simple à ses yeux, de sa mission. Il avait trouvé la salle sur demande et l'armoire enchantée sans problème, mais n'avait aucune idée de comment s'y prendre pour parvenir à la réparer. Il se sentait terriblement abattu. Son père en prison, sa mère seule au manoir, tous comptaient sur lui pour redorer leur blason écorné aux yeux de leur Seigneur. Une fois de plus, Draco se demanda s'il n'aurait pas préféré que Lord Voldemort restât une idée lointaine au lieu de revenir vraiment deux ans auparavant. Sa vie lui semblait sûre et stable, alors. Il était fier d'être un Malfoy, avait une place de choix dans le monde des sorciers, la seule mention de son nom inspirait la crainte ou le respect et il aimait cela. Maintenant, il sentait un poids terrible sur ses épaules et se trouvait tiraillé entre ce qu'il s'était engagé à faire, pour l'honneur, et ce qu'il voulait faire en réalité : rester un élève de seize ans, un peu prétentieux, mais sans préoccupations autres que de trouver une façon de ridiculiser Harry Potter une bonne fois pour toute ou gagner un match de Quidditch.

Il ne vit pas tout de suite la jeune fille en train de chanter.

« Bela, Bela undead, Bela undead, oh Bela... »

La voix le fit sursauter, et ce fut alors qu'il la vit, installée sur son fauteuil biscornu, ses longs cheveux roux qui semblaient noirs sous cet étrange éclairage, penchée sur la guitare qu'elle tenait entre les mains, les paupières aux longs cils sombres baissées sur son monde intérieur. Il resta interdit à la contempler quelques instants. La mélodie lui parlait, touchait quelque chose au plus profond de lui. Toute cette mélancolie… Il se sentit soudain moins seul au mode : au moins Rowan Lovelace semblait-elle aussi désespérée que lui. Alors il gagna sa chambre, se mit au lit et s'endormit comme une masse.

Rowan avait joué encore un moment, pour elle seule, et cela lui avait fait du bien. Elle avait pu se recoucher la tête enfin vidée de toute pensée parasite et avait pu apprécier le confort de sa literie. Mephisto se blottit contre elle et ce fut au son de ses « ronron » légers qu'enfin elle sombra.