Catherine réalisa ce qu'elle avait fait. L'expression affichée sur le visage de son mari lui avait déchiré le cœur. Il avait semblé si déçu...si déçu d'elle, si brisé.

Elle s'élança dans le couloir, cherchant Henri...elle croisa alors sa dame Charlotte «Charlotte! Va voir Lord Narcisse! Ne t'arrête pas en chemin, cours, passe par les passages secrets pour aller plus vite et dis lui de ma part de quitter le château immédiatement car Henri sait.»

La jeune femme la regarda perplexe

-Henri sait quoi votre Majesté?

La reine s'énerva:

-Que fais-tu encore là à poser des questions?! Cours! Il comprendra!

Soucieuse elle arpenta le château à la recherche de son mari.

Elle le trouva finalement à l'extérieur, seul, dans la cour centrale au milieu des jardins. Le sol était jonché de débris de marbres et d'ivoire et Henri, comme un fou, se saisissait de chaque statuette ou pot de fleur qui lui tombait sous la main et les brisaient les uns après les autres. Il était là, le regard dans le vide et les mains en sang ,coupées par les éclats.

Catherine s'approcha doucement, cela lui faisait si mal de le voir dans cet état à cause d'elle.

-Henri...s'il vous plaît...

Il se retourna brusquement, réalisant que sa femme l'observait.

-Si vous êtes venue plaider la cause de l'homme qui vous a baisée sous mon propre toit, abstenez-vous Catherine!

Elle baissa les yeux, il avait le droit d'être en colère. Elle s'apprêtait à répondre mais son mari l'en empêcha:

-Ce fils de putain va être exécuté comme un chien pour avoir posé ses mains sur vous et je peux vous assurer que les cris qu'il a entendu sortir de votre bouche alors qu'il vous faisait jouir sont incomparable à ceux qu'il va pousser lorsque je le ferai écarteler à petit feu devant vos yeux!

Le regard de Catherine était plongé dans le sien, le prévenant de ne pas aller plus loin dans ses propos. Mais il était complètement ivre de colère, riant amèrement alors qu'il continuait:

-Vous avez aimé ses mains contre vous? Vous avez pris du plaisir, hein, à le sentir en vous, écartant vos cuisses tout les jours, dans mon château! Vous baisant comme l'espèce de...

Elle le coupa, hurlant:

-Il suffit Henri! Que voulez vous entendre, que oui j'ai pris du plaisir au lit avec un autre?

Il la fixa, le souffle coupé par l'audace de sa réponse. Avait-elle conscience qu'il pourrait la faire exécuter sur le champ?

Elle continua, plus calmement, s'approcha de lui à petits pas:

-Henri, vous avez le droit d'être en colère, mais, cessez d'être aussi irrespectueux dans vos paroles.

-Vous avez commis un adultère!

-Et pas vous? Ne couchez vous pas dans votre lit toutes les femmes ,d'une beauté suffisante, que vous croisez?

-C'est totalement différent.

-Parce que vous êtes un homme?

-Parce que vous êtes MA femme et cela signifie que vous m'appartenez! Ce n'est absolument pas personnel.

Catherine retint un rire moqueur

-Pas personnel?

-Bien sur que non, ce n'est pas comme s'il y avait quelque...amour entre nous.

C'était toujours difficile pour elle de l'entendre dire cela...

-C'est donc une histoire d'ego masculin. Vous m'expliquez qu'il y a deux mois, après cette fête, tout ce qui s'est passé c'était une histoire d'ego? Que vous êtes actuellement ici dans ce jardin ravagé, les mains en sang, me rabaissant au rang de prostitué le tout juste pour une histoire d'ego?!

-Ne retournez pas la situation Catherine! Vous m'avez trompé! Rien ne reste secret a la Cour de France! Je vais me retrouver ridiculisé auprès des nobles qui vont me voir comme celui qui est incapable de satisfaire sa reine!

-N'est ce pas le cas?

Le regard lancé par Henri fut des plus meurtriers. Alors qu'il semblait un peu calmé, il enchaîna, avec pour but de la blesser comme jamais auparavant.

-En théorie je me fiche que vous invitiez tout les nobles de la cour dans votre lit! Cela me dispensera de cette corvée maritale des plus pénibles que je prie pour éviter!

Catherine accusa le coup, elle savait qu'il disait ça pour la toucher mais ce n'était pas facile à entendre pour autant.

Mais Henri n'en avait pas fini avec elle

-Oh, mais y'en a t'il eu d'autre qui vous sont passé dessus durant notre mariage? Peut être même avant... j'ai entendu parler par Diane de rumeurs sur une histoire de soldats à Florence...

Il était satisfait de lui de s'être rappelé de ces vieux commérages ridicules qui circulaient sur sa femme il y a très longtemps. Mais, à la vue du visage décomposé de Catherine en entendant ses mots, il s'arrêta.

Pourquoi ne répondait-elle rien? Sa langue acérée n'avait elle rien à ajouter?

Elle l'observait, l'air choqué. La bouche entrouverte, sachant ce à quoi elle s'exposait si elle répondait à ces paroles. Elle était obligée.

-Vous avez raison Henri je suis la pire des femmes! Une vraie putain... qui vous as trompé et menti durant la nuit de noces en omettant de déclarer qu'elle s'était faite passé dessus par 5 soldats les uns après les autres! J'avais 8 ans vous voyez donc la sale petite Médicis était une putain précoce!

Lorsqu'elle sortit de la transe de son monologue et leva la tête, attendant la réaction de son mari, il la regardait avec une sorte de pitié et c'était tout ce dont elle ne voulait pas. Une reine inspire la crainte, le respect mais certainement pas la pitié.

Henri, lui était sous le choc de ces mots.

Disait-elle ça pour l'énerver? Non certainement pas. Oh mon dieu mais jamais il n'aurais évoqué ces rumeurs s'il avait su que...

Et, il y a deux mois quand il avait...oh par tous les dieux!

-Catherine je...je suis désolé d'avoir parlé de ça, si seulement j'avais su que...jamais..

-Je vous en prie Henri. (Elle riait presque) Qu'allez-vous donc faire maintenant? Me decapiter pour ne pas avoir été vierge au mariage?

-Catherine je ne comptais pas vous tuer pour l'adultère et encore moins pour cela!

Elle tomba doucement, s'asseyant par terre, au milieu des débris.

Henri s'installa à ses côtés, regardant autour d'eux. Il semblait qu'un séisme venait de passer dans ce jardin, tout comme dans leur têtes et leur cœur.

Tous les deux tremblaient presque, d'un mélange de peur, de colère, de tristesse. De douleur en somme.

-Catherine, allez dormir. Je m'occuperai de Narcisse demain. Il me semble que nous avons tous les deux notre dose de révélations et de douleurs pour le moment. Reposez-vous.

Elle hocha la tête, parler de tout cela l'avait remué. Jamais elle n'avait été aussi vulnérable devant lui. Ni personne.

-Bonne nuit Henri.