Le lendemain, le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque Catherine se réveilla. Elle s'était bien reposée après les nombreuses émotions de la veille mais savait qu'elle aurait besoin de force pour affronter cette journée.
Henri, lui, était déjà dans son bureau. Il n'avait pas fermé l'œil de la nuit, incapable de se sortir de la tête tout ce qu'il avait appris. En apprenant que sa femme était sortie de son lit, il quitta son bureau pour la rejoindre.
Il la trouva dans finalement dans la salle du trône. Royale, elle se tenait droite, le menton levé et l'air assuré comme si les quelques instants où elle avait fait tomber le masque et montré sa douleur étaient oubliés. Henri était si admiratif de sa femme, si forte, inébranlable, il l'admirait tellement pour cela même si il ne lui dirait jamais.
-Ma reine, puis-je vous parler un instant?
Elle acquiesça et attrapa son bras s'éloignant des nobles présents. Ils marchèrent en silence quelques instants, se rappelant que tout les mots prononcés avaient tant de répercussions douloureuses. Henri commença:
-J'ai décidé de ne pas vous poursuivre en justice pour adultère, quand à votre...(il ferma les yeux) Narcisse a fui le château, sûrement sur vos conseils..
Elle ouvrit la bouche pour répondre mais il la stoppa:
-Je ne veux pas le savoir.
-Puis-je savoir ce que vous comptez faire?
Il la dévisagea
-Concernant?
-Concernant le seigneur Narcisse...je vous suis reconnaissante pour votre pardon mais j'imagine que cela ne s'applique que à moi...Or, il se trouve que vous ne pouvez pas faire exécuter l'un des plus grands nobles de ce pays sans procès, ni preuve.
-En effet, c'est le problème qui se pose à moi. J'ai pensé à faire un procès mais je n'ai rien contre lui sauf les preuves de...
-Liaison. Et si vous décidez de me garder en vie tout en révélant au monde ma liaison, vous passerez pour un faible idiot.
Catherine comprit, au regard de son mari, que le mieux aurait été qu'elle se taise sachant qu'elle était la cause de tout ceci.
-Votre perspicacité est admirable. Peut être avez vous une suggestion concernant la manière dont je pourrais faire tuer votre amant?
La phrase sonna plus amère dite à voix haute que ce qu'Henri avait imaginé mais entendre sa femme parler des problèmes liés à l'exécution de Narcisse comme si elle n'était pas la cause de tout ce cirque l'énervait au plus haut point.
Il continua:
-En vérité je ne vais pas le tuer. Du moins pas pour l'instant car cela m'est impossible mais ne vous inquiétez pas, j'ai d'autres idées pour remettre ce lord à sa place...
-Henri, je ne voudrais pas outrepasser mes droits de parole mais, s'il vous plaît, ne jouez pas l'enfant!
Il la dévisagea, rapprochant son visage du sien et chuchota «j'ai envie de m'amuser un peu avec votre putain d'amant, et si j'en ai envie, je le ferai ne vous en déplaise »
Leur visage n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, le souffle de Catherine s'accélérait inévitablement et une vague de chaleur se répandait dans son corps alors que son mari appuyait son regard sur elle. Il saisit l'une de ses mèches dorées qu'il tourna quelques instants autour de son index puis se recula brusquement se retournant et s'élançant dans le couloir sans dire un mot.
Catherine passa sa matinée avec ses enfants, Charles et Henri puis déjeuna dans les jardins avec sa fille Claude et Marie Stuart. Toutes les trois commençaient à se mettre d'accord sur la nécessité, ou non, de porter un corset avec des armatures lorsque Charlotte, sa dame de compagnie arriva avec un message.
-Mesdames, le roi de France vous convie au tournoi de cet après-midi.
Depuis quand les tournois se faisaient ils sans l'aval de la Reine...
-Un tournoi? Puis-je savoir en quel honneur?
-Et bien je ne le sais pas vraiment mais le roi a demandé au seigneur lord Narcisse de l'affronter et celui ci a accepté
-Narcisse? Je veux dire...le seigneur Narcisse est ici?
-Oui. Les hommes du roi sont arrivés avec lui dans la matinée.
Claude se leva, soupirant:
-Depuis quand le roi s'amuse il a combattre des nobles dans des tournois?
-Je n'en sais rien ma fille, je vais allez l'en dissuader de ce pas
-L'en dissuader? (Elle gloussa) Mon père n'a qu'à affronter ce noble qu'est ce que cela peut bien faire! Nous allons rire un peu, de voir le roi de France essayer de ne pas paraître ridicule face à l'un de ses sujets!
Catherine lâcha un rire, peut convaincant certes, mais qui ferait l'affaire aux yeux de Claude. Elle n'avait en aucun cas envie de rire. Rire était l'avant dernière chose dont elle avait envie, la dernière étant d'assister à un combat de coq public entre son mari et son...amant.
En arrivant sur les lieux du tournoi, elle fut sous le choc du nombre de spectateurs présents. Ce n'était pas tous les jours que le roi joutait, encore moins contre un adversaire de si haut rang réputé pour être excellent en tournoi.
Elle s'assit à sa place de Reine de France, côte à côte avec Marie et François.
Elle, elle attendait de voir si les événements allaient tourner aussi mal qu'elle se l'imaginait.
Narcisse fit son entrée en premier, vêtu d'une armure flamboyante ornée de l'emblème rouge et jaune de sa maison, il se tenait le dos droit, l'air sur de lui, comme un homme qui n'a aucunement peur de son roi. Comme s'il ne savait pas qu'il valait mieux pour lui qu'il courbe l'échine.
Lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de Catherine, il soutint son regard comme pour montrer sa détermination. Ignorant les yeux plein d'excuses et de regrets de sa reine.
Il eut le droit à quelques minutes d'encouragements et d'acclamation avant qu'Henri ne débarque. Il portait son arumure royale, qui était décorée de trois Fleurs de Lys sur la poitrine. Le public scanda le nom de son monarque avec une telle ferveur que la reine se sentit presque mal pour Narcisse qu'Henri avait officiellement comme but de ridiculiser.
Mais il semblait qu'elle devait s'habituer à voir Narcisse souffrir, maintenant qu'ils avaient fait ce qu'ils avaient fait.
Chacun pris place sur sa monture et Henri s'approcha du gradin royal, saisissant la lance et la disposant juste sous le nez de sa femme. Le regard fixé sur elle.
-Ma chère épouse, puis-je porter vos faveurs?
Un silence se répandit dans la horde de spectateurs. Le roi n'avait jamais porté les faveurs de la reine. Une jolie femme de la cour, ou Diane de Poitiers lorsqu'elle était présente avait toujours cet honneur.
De plus, Catherine fixait son mari, ne bougeant pas d'un cil. Ce pouvait elle qu'elle refuse? En théorie c'était possible.
Les gens de la cour raffolaient de ce genre de moments, Catherine le savait mais elle ne mettait pas un suspens volontaire pour autant. Elle était juste surprise. Quoique après tout, Henri était bien obligé de porter ses faveurs s'il ne voulait pas que Narcisse le combatte en portant les faveurs de sa femme. Ce dont le seigneur aurait été tout à fait capable...
Elle détacha alors un ruban qui lui servait de cache ceinture et le noua autour de la lance d'Henri, sous les regards soulagés des spectateurs. Mais tout en faisant cela, ce n'est pas son mari qu'elle regardait, mais Narcisse, qui la fusillait du regard plus qu'il ne l'était possible en public.
Alors qu'Henri s'éloignait au pas. Mary dévisagea Catherine et Francis chuchota:
-A quoi joue-il?
-Nous nous posons la même question mon fils...
Henri attendait que Narcisse demande les faveurs d'une femme pour commencer la joute. Ce fils de catin avait il donc besoin de tant de temps pour choisir une putain qui trouverait grâce à ses yeux?
-Et bien, seigneur Narcisse, aucune des dames présentes ici ne sont à votre goût?
A part ma femme, se retint il d'ajouter.
-Je n'ai besoin des faveurs de personne, Votre majesté. J'ai assez confiance en moi pour ne pas avoir nécessité de la confiance d'une autre personne. Enfin, chacun sa manière de penser...
Le roi lui lança un regard assassin.
C'était définitif. Catherine pouvait sentir tellement d'animosité, les choses allaient mal tourner.
Cela faisait déjà plusieurs minutes que les deux hommes enchaînaient les attaques, aucun des deux ne se laissant dominer par l'autre. Une tension commençait à se faire ressentir dans les tribunes car tout le monde ressentait qu'un conflit existait entre le roi et le noble.
Mary approcha son visage de celui de Catherine:
-Existe-il un conflit entre le roi et cet homme dont je n'ai pas connaissance?
-Pourquoi donc?
-Je ne sais pas...tout cela semble...très personnel...
-Égo d'hommes vous savez...
-Évidemment
La reine d'Ecosse ne paraissait pas vraiment convaincue...
Henri commençait à s'énerver, car il pensait mettre à terre son adversaire plus facilement que cela. Mais, petit à petit, Narcisse semblait de plus en plus fébrile.
Catherine suivait le combat avec attention, ne sachant pas vraiment pour qui elle retenait son souffle. Elle voyait Narcisse faiblir, mais lutter, ce qui l'impressionnait. En réalité c'était un merveilleux jouteur, l'un des seuls homme en France qui pouvait donner tant de difficultés au roi. Mais quand la lance d'Henri percuta violemment l'épaule de son adversaire qui tomba de son cheval, roulant par terre sur plusieurs mètres, à première vue inconscient, Catherine plaqua sa main sur sa bouche pour étouffer un cri d'horreur.
Elle bondit de son siège, prête à courir sur terrain pour voir si le Lord allait bien mais Marie la retint alors fermement par bras, «Catherine, ce serait idiot de faire cela, vraiment idiot » et à ses mots Catherine se rassit doucement.
Quelques minutes plus tard, alors que les tribunes se vidaient, la reine partit avec hâte vers la tente d'infirmerie du tournoi, elle courait presque, cherchant Narcisse.
-Vous cherchez quelqu'un?
Henri se tenait juste derrière elle, le regard amusé.
