- Votre majesté, pourrions nous parler en privé?

Catherine fit un signe de la main pour que ses dames s'éclipsent.

-Hier je vous ai parlé d'une histoire importante à propos d'un prisonnier, j'ai bien entendu que vous ne vouliez pas être importunée à ce moment là, mais je me permet de revenir vers vous à ce sujet car je pense que si vous saviez les détails de ce qu'il se passe, vous...

-Vous comptez en venir aux faits ou attendre que je meure d'ennui face à votre petit discours?

-Avec votre permission, j'animerai vous conduire discrètement à la tour.

Catherine, intriguée, accepta. Charlotte s'était révélée être une dame aussi intelligente que fiable et si elle était toujours à son service après plus de 20 ans, c'était parce ce qu'elle rapportait était toujours précieux à la reine.

Après 30 bonnes minutes, une toilette, et une venue discrète à la tour. Charlotte amena Catherine devant une petite porte en chêne, et quand le geôlier l'ouvrit, Catherine faillit tomber à la renverse de stupeur à la vue d'un homme terriblement sale et affamé devant elle. Malgré le sale état dans lequel il se trouvait, elle l'aurait reconnu entre mille:

-Par tout les saints...que faites vous là?

Elle n'en croyait pas ses yeux, un Narcisse affaibli, vêtu de haillons et couvert de boue se tenait là, par terre, enchaîné comme un vulgaire animal. Elle s'approcha de lui, prudemment et retint un soupir de soulagement en observant qu'il ne semblait pas gravement blessé, et, prenant sa main malgré la saleté dont elle était couverte, elle s'écria autoritairement: «qu'on m'amène deux gardes de confiance, ensuite préparez un bain dans mes chambres et faites y amener toute la nourriture possible ainsi que Nostradamus!»

Et elle ne put ignorer le charme qui était toujours sien malgré les circonstances lorsqu'il esquissa un léger sourire et ajouta:

-Ravi de constater que ma charmante reine n'a pas perdu son autorité légendaire.

Presque une heure plus tard, après un long bain et un passage chez Nostradamus, Narcisse s'installa a table, avec Catherine, pour un repas copieux, ce dont il était privé depuis trop longtemps.

Et alors qu'il se jetait sur les montagnes de viande, legumes et sucreries en tout genre qu'avait fait amener Catherine, celle-ci lui demanda hésitante:

-Est-ce Henri?..

-Qui m'a fait jeter au cachot?

Elle acquiesça de la tête, anxieuse de connaître la réponse à cette question. Mais la question était bien inutile, qui d'autre que le roi pourrait bien faire jeter un noble de cette importance dans la tour?

-Oui. Le soir du tournoi. Pour tout vous dire je suis surpris de votre étonnement car je commençais à croire que vous étiez au courant et que...

-Grand dieu non! Jamais! J'ai reçu une lettre avec votre sceau m'annonçant que vous étiez arrivé sain et sauf en Lorraine...

Ses yeux clair roulèrent doucement lorsqu'il soupira :

-Si le roi peut envahir n'importe quel pays de ce monde, il peut aisément voler un sceau.

Il n'y avait pas d'amertume dans ses mots, mais une certaine sagesse. Le roi était désormais un ennemi, le plus puissant qu'il n'ait jamais eu, mais bizarrement cette idée sonnait en lui comme un challenge, car c'était un ennemi dont il avait la chance de connaître le plus gros point faible...

Le reste du repas se déroula sans un mot, dans un long silence, plus agréable qu'embarrassant.

Mais en vérité Catherine ne savait pas du tout quoi dire. Cet homme était enfermé et affamé comme un chien depuis des semaines, pour le simple fait qu'il avait eu l'audace de s'emparer de quelque chose qui appartenait à un homme plus puissant que lui: elle.

Alors que pouvait elle dire? Qu'elle était juste désolée? Il ne lui en laissa pas le temps.

-Ma reine, merci pour ce copieux festin mais j'ai du travail qui m'attend, il va me falloir de l'ingéniosité et un certain talent de négociation afin de ne pas retourner avec mes amis les rats

-Narcisse, vous ne réussirez pas seul. Je compte bien négocier votre sortie de la tour moi-meme avec Henri et je vous promets que vous ne mettrez plus jamais les pieds dans une cellule si vous me laissez faire.

Elle avait commencé à prendre ses mains chaudes dans les siennes mais il les dégagea brusquement comme si celles-ci les avait brulés.

-Je ne suis ni un enfant ni un idiot. Et vous n'etes ni ma mère, ni ma femme, ni ma tutrice. Ce que beaucoup appellent ma fourberie, que je qualifie personnellement d'ingéniosité m'a toujours permit de ne dépendre que de moi-meme, j'imagine que c'est une chose que vous comprenez. Je ne me cacherai pas derrière vous comme un chien battu, Catherine !

-S'il vous plait, laissez tomber votre stupide ego masculin! Je connais l'etendue de vos talents...

Le regard de Narcisse lui indiqua que ses mots paraissaient plus ambigus qu'elle ne l'avait souhaité.

-...en manipulation. Et je ne suis peut etre pas votre femme, mais je suis celle du roi ce qui, je pense, me rend plus qualifiée pour vous sortir de là.

Narcisse grimaça

-Mmh, donc vous allez tranquillement discuter avec votre mari pour lui demander d'avoir la gentillesse de laisser en vie l'homme qui a été assez bête pour essayer d'avoir une femme qui était, de toute évidence, hors de sa portée?

Son visage était fermé, dur.

-Narcisse...je comprend que..mais je vais faire de mon mieux pour votre libération.

-Comme vous avez fait de votre mieux ces dernières semaines?

Voilà, ça sortait, il lui en voulait. C'était normal après tout.

-Vous êtes énervé après moi?

Il soupira, fermant ses paupières un court instant:

-Contre vous? Non. Mais durant mon temps enfermé, au début, je pensais que vous étiez dehors à combattre férocement pour me sortir de là, puis au bout d'un moment, quand on m'a dit que il n'y avait aucune négociation en cours pour ma sortie et bien je me suis fait à l'idée que ma présence en prison vous importait moins que la cuisson de vos petits-fours.

-Je n'en savais rien!

-J'ai entendu cela mais j'avoue que j'ai du mal à accepter que, à quelques mètres de là où on me battait et m'affamait, vous, convaincu par une simple lettre, vous étiez juste(il appuya sur ces mots) avec Henri.

Elle souffla doucement. Portant lentement une gorgée de vin jusqu'à sa bouche. Si Narcisse commençait à être jaloux de son propre mari elle n'était pas rendue...mais pour l'instant, si elle voulait qu'il accepte de ne pas intervenir dans le débat de sa libération, il valait mieux l'apaiser.

-Etre avec, c'est un grand mot, nous savons tout les deux qu'un mariage royal est très...théorique.

Narcisse allait répondre mais Henri, qui venait d'ouvrir théatralement les portes de la chambre ne lui en laissa pas le temps:

Narcisse est enfin de retour! Mais tout ça ne présage rien de bon pour Cathry... J'avoue que j'étais un peu triste d'écrire une trahison comme ça de la part d'Henri mais, tout gâcher n'est ce pas un peu sa spécialité, surtout quand il est perdu dans ses sentiments? Ah j'attend votre avis avec impatience...