-Etre avec, c'est un grand mot, nous savons tout les deux qu'un mariage royal est très...théorique.
Narcisse allait répondre mais Henri, qui venait d'ouvrir théatralement les portes de la chambre ne lui en laissa pas le temps:
-Tiens Narcisse, vous voilà! Je ne suis pas surpris, quand j'ai appris votre disparition j'étais certain que vous aviez couru vous réfugier dans les jupes de ma femme!
Narcisse, qui s'était levé instinctivement ne répondît rien, préférant ne pas se risquer à donner une vraie raison à Henri de l'exécuter. Une raison du type «offense au roi »... Catherine ne parla pas davantage que son acolyte, fixant Henri avec un regard débordant de colère.
Celui-ci qui n'en avait pas de toute évidence fini continua:
-Quant à vous ma femme, allez vous bien? vous avez quitté mon lit fort tôt ce matin...
Henri arborait un regard satisfait. Et tout content de rappeler à Narcisse à qui appartenait sa reine, il quitta la pièce tranquillement en déclarant:
-Si vous voulez m'insulter et me demander des comptes, Catherine, ce sera en privé dans mes appartements, vous savez, ceux que vous avez quitté en douce aux aurores ce matin afin de ne pas discuter de ce qui s'est passé cette nuit, trois fois si je me souviens bien...
Sur ce, la porte claqua violemment, laissant un Narcisse, sourire moqueur aux lèvres «Mariage théorique vous dites?»
Mais Catherine n'avait absolument pas envie de rire, comment son mari pouvait-il être aussi désinvolte? Il lui avait promis de ne pas toucher à Narcisse et avait honteusement brisé cette promesse, et maintenant, il ne semblait pas plus déstabilisé que ça de savoir qu'elle en avait eu connaissance.
-Narcisse, finissez votre repas paisiblement, pour ma part, j'ai une discussion à avoir.
Et à peine quelques instants après avoir quitté Narcisse, elle claquait déjà les lourdes portes en bois de la chambre du roi.
Henri se leva de son bureau où il lisait dans la plus grande des tranquillités, observant la mâchoire serré et les yeux fulminants de sa femme et avant même qu'il n'ait eu le temps de prononcer un mot, elle hurlait déjà:
-Le donjon Henri? Vraiment? Vous pensiez réellement que je ne serai pas au courant? Mais non que suis-je bête, vous saviez que je le saurai, mais qu'importe, après tout, qu'est ce qu'une promesse à votre femme?! De toute façon, briser vos promesse, n'est ce pas votre spécialité?!
Henri était maintenant juste en face d'elle, attendant qu'elle ait finit son monologue pour pouvoir parler. Il commençait à la connaître et savait pertinemment que quand sa femme était dans cet état, rien ne servait d'essayer d'en placer une. Le coté italien surement.
-Répondez! Défendez-vous, dites moi que ce n'est pas vous, que vous aviez une excellente raison, je ne sais pas..
-J'avais une excellente raison: cet homme a trahi son roi !
-Le pauvre roi Henri, qui a été trahi alors qu'il avait toujours été loyal, respectueux, fidèle à ses promesses et ses engagements
Sa voix débordait de sarcasme, même si son rythme cardiaque commençait à ralentir un peu
-J'ai une question qui me travaille Henri, pourquoi vous être appliqué à me faire de grandes promesses sur le fait que vous ne feriez rien contre Narcisse, alors que, de toute évidence, vous aviez déjà prévu de l'enfermer? Je veux dire...au fil de nos années ensemble, c'est devenu une habitude pour moi de vous voir briser vos promesses mais dans le cas présent, quel était l'intérêt de mentir?
On pouvait entendre le cliquetis de la pluie qui tombait dehors, les chuchotements des gardes dans le couloir, le crépitement du feu, mais Henri, lui, restait muet.
-Quoi? Vous vouliez vous faire passer pour un homme bon a mes yeux? (Elle laissa échapper un rire guttural) Mais pourquoi? Juste pour que je vous laisse me coucher?
-Vous savez pertinemment que cela n'a rien avoir avec ça.
Il eu presque l'air choqué, vexé même qu'elle puisse penser une telle chose. Mais avant qu'elle ne puisse le railler, il s'exclama:
-Comme d'habitude j'ai été, à vos yeux, une grande déception donc vous allez vous obstiner à choisir vous-même ce qui sera fait de Narcisse dans le seul but de saper mon autorité! Et bien, bien que vous ayez toujours été un adversaire de grande qualité, je n'ai pas la force de me lancer dans ce combat contre vous, donc renvoyez-le, laissez-le rester ici, tuez-le, je m'en moque! Par contre je préfère vous avertir ma chère, un seul mot revient à mes oreilles, un seul indice que votre liaison a repris, et je le fais décapiter en place publique, et vous avec.
Catherine balbutia, elle ne s'attendait pas à cela. Elle s'attendait à des hurlements, des ordres de remettre Narcisse au cachot, des insultes...Henri avait montré à plusieurs reprises qu'il avait très mal pris cette histoire et là bizarrement il semblait presque...indifférent. Peut-être l'était il après tout? Qui était assez tordu pour imaginer que la haine et la possessivité qu'il avait auparavant montré cachait quelque amour ?
Elle savait que la décision la plus sage était de dire a Narcisse de partir, libre. Mais étonnement quelque chose de puissant en elle la poussait à le faire rester à la cour, risquer leurs réputations et leurs vies. Juste pour se sentir...vivante. Se sentir maîtresse de ses choix quand sa vie n'avait été qu'une succession d'événements imposés par les Médicis, le pape, le roi François 1er ou encore Henri. Elle se sentait tellement égoïste de voir Narcisse dans cette situation à cause de ses caprices de reine malheureuse et solitaire. Mais la vérité était que, quand Narcisse était arrivé dans sa vie, il avait soufflé sur elle un vent de renouveau. Enfermée dans son mariage brisé observant comme un spectateur le défilé des maîtresses de son mari, qui lui enlevaient chacune leur tour, une partie de sa confiance en elle en tant que femme, elle n'avait fait que renforcer son masque de reine pour camoufler le champ de ruine qu'elle avait l'impression d'être en réalité.
Avec Henri, qui, par faiblesse ou par désir de facilité, avait pris pour excuse son renfermement et sa froideur, faisant semblant d'oublier que la seule raison pour laquelle elle s'était fermée était qu'elle avait vu la confiance, que déjà difficilement elle accordait, être broyée quand il avait commencé a la tromper. Et chaque maîtresse, chaque humiliation, chaque fausse-couche, chaque déception les éloignant un peu plus, en quelques années le jeune couple fou amoureux et passionné qu'ils formaient avait laissé place à deux étrangers.
Catherine avait tellement encaissé, supportant l'indescriptiblement insupportable, gardant la tête haute face aux railleries. Elle paraissait si forte qu'on ne soupçonnait pas qu'elle souffrait, certains la trouvaient admirable, beaucoup cependant la jugeaient sans-cœur.
Et Narcisse était arrivé au bon moment, au moment ou la solitude qu'elle ressentait était telle qu'elle ne pensait plus y arriver. Malgré tout les écarts d'Henri, elle, n'avait jamais trompé son mari. Elle ne voulait pas s'abaisser à cela et elle n'avait jamais rencontré un homme qui aurait pu la corrompre. Elle était une Médicis, une battante, une fine stratège et ne se trouvait rien en commun avec tous les nobles pompeux de la cour qui végétaient là comme si tout leur était déjà acquis.
C'était justement ce qu'elle avait en commun avec Narcisse, tous deux en voulaient plus. Il lui ressemblait sur tellement de points. C'était tellement agréable de trouver quelqu'un avec qui elle se comprenait tant, quelqu'un qui était aussi fin d'esprit qu'elle et qui stimulait sa curiosité et son vice.
Narcisse était très bel homme mais ce qui avait attisé son désir pour lui, c'était l'audace et l'immoralité qu'elle lisait dans son regard. Il avait immédiatement capté son attention car il..
-Catherine ? Vous etes avec moi ?
La voix forte d'Henri la tira bien trop brusquement de ses réflexions.
-Narcisse reste à la cour Henri. Quant à vos menaces, j'en ai pris compte et je vous les retourne. Je ne plaisante absolument pas. Faites la moindre action contre Narcisse et je vous assure que je me dresserai contre vous, avec toute la puissance des Medicis, de lItalie et du pape.
-Un petit échange amical de menaces entre mari et femme, quel plaisir ! Saluez bien votre petit ami de ma part et...demandez lui si les rats ne lui manquent pas trop.
Henri suivit Catherine du regard alors qu'elle quittait la pièce. Et à l'instant meme ou elle disparut dans le couloir, il fut empli d'une certitude : il avait commis deux immenses erreurs : laisser Catherine partir, et laisser Narcisse rester.
Erreurs, jalousie, sentiments enfouis et haine apparente...comment pourrait-il en être autrement dans un triangle amoureux avec ces trois là? Personnellement je vous avoue que je n'ai toujours pas choisi ma team...et vous?
