Cela faisait exactement 5 jours que Narcisse s'était installé à la cour de France et, à chaque seconde qui passait, Henri le regrettait un peu plus. Il combattait farouchement la partie sombre de son esprit, la partie de lui qui ne désirait qu'arracher à Narcisse sa tête avec ses propres main, le couper en minuscule morceaux à la force de ses ongles, pour les écraser lui-même et en faire une bouillie de chair et de sang qu'il donnerait en festin aux rats de ce château. Mais il avait promis à Catherine. Donc au lieu d'exécuter son superbe plan de vengeance qu'il peaufinait chaque nuit dans sa tête, il observait Narcisse se pavaner à la cour avec audace et dédain et arpenter les couloirs de se château comme si c'était le sien.

Cela le rendait malade. Il avait interrogé Catherine, ses gardes, ses dames et même Nostradamus, qui avaient tous confirmé que Narcisse n'était désormais pour la reine qu'un «ami» et «partenaire de confiance dans les affaires politiques». Evidemment, sa femme qui était un véritable animal politique, fourbe et intelligente ne pouvait que bien s'entendre sur ce point avec ce serpent vicieux de Narcisse. Tout les deux passaient de nombreuses heures ensembles, en tout bien tout honneur apparemment, complotant surement mais Henri préférait les savoir en public, même s'ils complotaient, qu'à l'abri des regards, ou...dieu sait ce qu'il pouvait se passer.

Henri observa son reflet dans le miroir qui lui faisait face. Une apparence royale. Comme toujours. Il était vraiment temps qu'il se reprenne, il était le roi de France, et les caprices sentimentaux de sa reine devaient cesser de rythmer ses pensées.

Si seulement c'était possible...

Mais heureusement aujourd'hui, Diane revenait enfin à la cour, voilà qui égayerait considérablement les prochains jours : du sexe, pas de questions ou de torture d'esprit et, surtout, l'occasion de rappeler à Catherine, à la cour (et de se convaincre lui-même) que c'était lui le roi de ce pays et qu'il faisait tout ce qu'il voulait.

Une aile plus loin et un étage plus haut dans le château, la reine de France et Lord Narcisse, confortablement installés dans les bureaux de celle-ci, cherchaient un moyen de contrer le duc de Guise, qui, ils en étaient certains, allait faire assassiner le grand chancelier Arys pour le remplacer par la personne de son choix :

-Ecoutez Catherine, je maintiens ce que je vous ai dis hier, on laisse Arys en place, sans rien lui dire mais en plaçant des hommes pour le surveiller nuit et jour, et quand Guise passe à l'action, on le coince sur le fait.

-On parle d'un stratège hors pair et d'un des hommes les plus riches du pays, pas de ma fille Margot qui déroberait les rubans à sa grande sœur, le duc de Guise ne prendra jamais le risque de se faire prendre la main dans le sac !

-Ma chère, pour avoir planifié bon nombre d'assassinats, je maintiens que si le tueur est pris, un peu d'argent et de torture et le commanditaire est pris aussi.

-Et je vous rétorque que c'est inutile et trop risqué. On aura l'air malin quand Arys sera mort en appât, le tueur dans la nature et Guise gagnant encore du pouvoir. Et je vous rappelle au passage que j'ai du, dans ma vie, planifier bien plus d'assassinats réussis que vous.

Narcisse, qui marchait depuis un moment en faisant des aller-retours dans la salle, s'arrêta et s'assit sur le bureau pour lui faire face, arborant un sourire en coin.

-C'est justement parce que les miens ont été organisés de main de maître que vous ne savez même pas le nombre incalculable qu'ils étaient. Il rapprocha son visage d'elle, plissant légèrement les yeux. Je reste caché, tandis que, vous avez une certaine réputation...

-Une réputation ?

-Et bien, il y a quand même une pratique assez répandue chez les nobles qui consiste à toujours porter un bijoux détecteur de poison lorsqu'ils dînent à votre table... ça en dit long sur l'image que l'on a de vous.

-Un bijoux détecteur de..

-Oh pas d'inquiétudes ma douce, ces objets quoique très charmants, ne marchent absolument pas.

Catherine avait cillé quand il l'avait appelé ma douce, ils s'étaient mis d'accord sur le fait qu'ils n'étaient plus que collaborateurs, et amis. Mais Narcisse semblait avoir un définition différente de la sienne de l'amitié.

-Oh et bien, vous venez de m'apprendre quelque chose. Quoiqu'il en soit ce n'est pas un concours de celui qui assassine le mieux et le plus discrètement.

-Bien sur que non, tuer c'est...il grimaça dramatiquement une chose terrible.

Elle se leva de sorte qu'elle était presque à son niveau maintenant, enfin, si l'on oubliait qu'il mesurait bien deux tetes de plus qu'elle.

-Terrible, et surtout, terriblement mieux faite par certains que par d'autres...

-Je croyais que ce n'était pas une compétition ?

-Cela ne l'est pas. Je disais simplement que c'est un talent que peu de gens possèdent

Elle lui lança un regard faussement innocent qui lui signifia qu'elle était tout en fait en train de remettre en cause ses capacités.

-Bien Catherine, je veux bien admettre que vous avez une maîtrise bien plus pointue des poisons qui est un art subtil dont vous vous étés imposée comme le mètre mais, dans le cas qui nous occupe vous devriez m 'écouter car l'élimination d'ennemis politiques par le meurtre camouflé est plus ma spécialité.

-Plus votre spécialité que la mienne ? Je ne peux vous laisser dire cela, vous n'imaginez pas la taille de la liste de mes..

Catherine qui s'apprêtait à se lancer dans un discours enflammé sur les meurtres et le pouvoir qu'ils permettent d'obtenir fut brusquement coupée par un air de trompette qui retentit dans tout le château, une musique qu'elle ne connaissait que beaucoup trop bien...

Mais Narcisse, incrédule, leva les yeux vers Catherine, il connaissait l'air d'une visite, celui d'une arrivée royale, celui de l'arrivée d'une épidémie et celui de la mort du roi, mais cet air là, lui était totalement inconnu.

-C'était quoi ça ?

-Quelqu'un que je rêve d'ajouter à ma liste de victimes.

Il portait toujours un regard interrogateur, alors elle ajouta :

-C'était la mélodie spéciale : «arrivée à la cour de lady Diane de Poitiers»

Sa voix sonnait particulièrement amère et moqueuse.

-Sa mélodie spéciale ? Narcisse ne put se retenir de lâcher un rire. Elle a sa propre musique d'annonce ?

-Cela vous semble ridicule ? A moi aussi. Mais apparemment cela semble particulièrement touchant et romantique aux yeux de Diane et d'Henri. Allez savoir pourquoi...

Elle essayait de prendre un ton moqueur et détaché mais les notes suraiguës dont étaient ponctuées ses phrases trahissaient sa douleur. A chaque fois, au cours des ans, que ce son de trompette retentissait à ses oreilles, tout les gens dans les parages se mettaient à la fixer, attendant sa réaction, et alors, elle se savait bonne pour plusieurs jours, semaines, parfois mois, de cohabitation avec la pute de son mari. Elle se rappelait de la première fois qu'elle avait entendu cette musique d'annonce, son mari l'avait offert à Diane pour son trente-cinquième anniversaire, expliquant que, comme cela, ou qu'il soit dans le château lorsqu'elle arrivait, il pouvait à l'écoute de la musique, se réjouir de la savoir de retour. Elle avait obtenu ces détails par les servantes soudoyées, elle en avait un peu honte, tout comme elle avait honte d'avouer qu'elle avait failli faire exécuter de trompettiste de la cour juste pour ne plus jamais entendre ce son, alors que le pauvre homme avait une femme et des enfants. Heureusement qu'elle s'était ravisé à temps...

Narcisse, la fixait, l'air désolé, pas convaincu par sa fausse démonstration d'indifférence. Il approcha sa main de la sienne et la pris doucement dans ses doigts chauds.

-Catherine, ça va aller ?

Elle retira son poignet brusquement

-Je ne veux pas de votre compassion, et encore moins de votre pitié.

-C'est normal que ça vous blesse vous savez

-Ça ne me blesse pas

-Oh, alors allons la saluer

-Ce n'est pas drôle

-Allons-y, si ça ne vous dérange pas qu'elle soit là

-Arrêtez

-Ça vous blesse, admettez-le

-Je..

-Admettez-le Catherine

Ils étaient maintenant face à face, espacés à peine de quelques centimètres, leur regard plein de défi

-J'ai envie de l'étrangler et de voir son corps brûler à petit feu ! Content ?

-Un plan qui semble tout à fait sympathique.

L'atmosphère avait changé, dans la vigueur de leur échange, ils s'étaient tout deux animés et une certaine tension remplissait maintenant la salle alors que Narcisse balayait de ses yeux le visage légèrement rougi de Catherine, attardant trop longuement son regard sur ses lèvres. Elle soupira comme une plainte

-Narcisse, s'il vous plait...ne pas...

-Si je n'étais pas simplement un ami, je ferai un geste totalement stupide, là, maintenant...

-Mais vous l'êtes, n'est ce pas ?

-Le suis-je ?

Catherine entendait son propre souffle qui s'accélérait bien trop dangereusement, dangereux c'était bien le mot qui qualifiait le jeu auquel elle et Narcisse commençaient à s'adonner. Soupirant bruyamment et se reculant, elle souffla

-Un ami, c'est simplement ce que vous êtes.

Narcisse, sorti de sa transe, menaça d'éclater de rire à la vue de la difficulté avec laquelle la reine s'était convaincue de s'éloigner de lui. Un grand sourire se dessinant sur ses lèvres, il se dirigea vers la porte en clamant :

-Et bien alors, mon amie, je vous retrouve tout à l'heure pour la journée de festivité d'accueil des dignitaires hongrois, essayez, entre-temps, de ne pas étrangler Diane.

Sur ce, la porte claqua en un bruit sourd, laissant une reine tombée sur sa chaise, reprenant difficilement une respiration calme.

Henri,lui, était dans la salle du trône, en plein débat avec son conseiller lord Barnet, sur les finances du royaume lorsqu'une chevelure ébène, une robe pourpre puis le joli minois suffisant de Diane lui apparurent dans le fond de la salle. Il savait qu'elle était là, il avait entendu les trompettes mais n'avait pas vraiment eu ni le temps ni l'envie d'aller l'accueillir sur le parvis, elle devait être frustrée, peut-être étais-ce la raison pour laquelle elle était vêtue de pourpre, la couleur du pouvoir, une provocation de plus envers la reine qui était habituellement la seule et unique à en porter.

Henri riait des petites querelles de pouvoir des deux femmes de sa vie, depuis toujours, Catherine était sa femme, la reine de France et la femme la plus puissante du pays et entendait bien le prouver à tous, et Diane et bien...c'etait Diane, toujours un mot, un geste, une tenue, une attitude pour provoquer sa rivale.

Sa maîtresse était très forte à ce jeu là, prés de vingt ans qu'elle jouait ce petit jeu et l'imagination et le vice qu'elle pouvait avoir n'avaient jamais faiblis, mais il ne s'en été jamais mêle puisque, sa femme, sa rusée petite femme Médicis avait, à chaque fois, parfois à l'étonnement de tous, toujours fini par contrer ses attaques, avec un mélange de grâce et de piquant dont elle seule avait le secret. A l'heure qu'il était, Catherine devait déjà avoir été informée de la couleur que portait Diane, et, elle était surement en train de se faire coudre une tenue avec brodé «Diane la grande Pute de France» en lettres capitale, ou quelque chose de plus subtil...

Il faisait totalement confiance à Catherine quand il s'agissait de vengeance.

-Diane, ma chère, tu es radieuse comme un soleil !

Diane s'approcha tout sourire et effectua une langoureuse révérence dont le but était très clairement d'exposer pleinement sa poitrine (déjà très peu couverte) à ses yeux. Evidemment, son conseiller, lui, s'était déjà éclipsé afin de leur laissé une intimité.

-Henri, je te renvoie le compliment cependant je ne t'ai pas vu à mon arrivée...

-J'étais occupé.

-Oh, occupé? Je comprends, mais, je suis certaine qu'il te serait possible de te...désoccuper pour une heure ou deux, et, si tu penses que tu as trop à faire pour te distraire, je suis sure que tu changeras d'avis lorsque tu sauras ce que j'ai à l'esprit...

Il savait parfaitement ce qu'elle avait à l'esprit, le roi et sa maîtresse, il ne fallait pas être un génie pour le deviner, que pourraient-ils bien faire d'autre de toute façon ? Jouer aux échecs? A quoi bon, de toute manière, Diane savait pertinemment quelle était sa fonction à cette cour, et elle la remplissait bien, alors quelle utilité de discuter, charmer, jouer? Autant aller droit au but.

-Considère moi donc comme totalement libre et désoccupé.

Tandis qu'Henri s'apprêtait à entraîner sa maîtresse dans sa chambre, sans prévenir, elle s'approcha langoureusement de lui, le saisissant au cou avec ses fines mains et dérobant à sa bouche un baiser. D'abord simple et affectueux, elle chercha rapidement sa langue chaude avec la sienne, et sans que ni l'un ni l'autre n'aient eu le temps de reprendre leur respiration, ils étaient déjà presque en train de se déshabiller, leurs mains partout sur le corps de l 'autre.

Henri avait déjà à moitié décroché son corset, pendant ce que Diane essayait d'atteindre son pantalon, tout en couinant légèrement aux assauts de son amant dans la chair tendre de son cou. Il avait la main plongée dans son décolleté, un décolleté toujours agréable à regarder, même si, si c'était les seins de Catherine qu'il tenait dans sa main, la sensation aurait été encore plus divine avec ses deux magnifiques seins pleins et délicieusement courbés qui..Dieu ! Pourquoi pensait-il donc aux seins de sa femme! Devait-elle donc le hanter partout dans sa vie, mémé quand il couchait avec sa maîtresse ? Maîtresse à qui il était d'ailleurs en train de pratiquement faire l'amour sur...oh il ne pouvait pas faire ça ici !

Sentant ses mouvements se ralentir, Diane grogna

-Un problème Henri ?

-Diane, Diane venez dans ma chambre on ne va pas faire ça là..

Elle susurra alors dans un souffle à son oreille : «Considérez ça comme l'assouvissement de l'un de mes plus grands fantasmes, j'ai toujours rêvé de faire l'amour sur le si royal et honorable trône de reine de France»

Dans le grand couloir central du château, Catherine et Narcisse se rejoignirent tout deux fin prêts pour l'arrivée des dignitaires, Catherine avait opté pour une robe bleu émeraude très formelle, mais très coûteuse et jolie comme toujours. Narcisse, lui, portait le même pantalon et bottes noires que plus tôt dans la matinée mais il avait troqué son simple pourpoint beige contre une magnifique pièce dans des tons caramel, orné d'une fleur de lys discrète symbolisant son allégeance aux Valois.

Lui tendant respectueusement le bras, Narcisse s'exclama :

-Loin d'être connue pour votre ponctualité, nous sommes pourtant fort en avance aujourd'hui. Puis-je en profiter pour faire éloge de votre beauté dans cette toilette ou serai-ce outrepasser mes droits en tant qu'ami.

-J'accepte volontiers le compliment. Mais il manque la touche finale à la tenue, le diadème serti d'émeraude dont le Prince Hongrois m'a fait cadeau pour mon mariage, il est sous-cloche dans la salle du trône, voilà qui fera plaisir aux hongrois.

Il arrivèrent rapidement à l'autre bout du couloir, qui se remplissait peu à peu de nobles, maintenant que le soleil depuis plusieurs heures était levé. En saisissant la poignée de la porte de la salle du trône, Catherine lut bien dans le regard des gardes postés qu'elle aurait vraiment mieux fait de la laisser fermer, mais c'était trop tard, Narcisse l'avait déjà poussée.

Je suis désolé si la partie sur "Henri et Diane fricotent" vous a paru un peu bancale, mais c'est terriblement difficile d'écrire une scène romantique d'un couple que vous ne pouvez clairement pas blairer. Qui ici aime Diane? pas moi en tout cas. Mais c'est quelqu'un qui est important (encore plus historiquement que dans la série) dans le couple Henri-Catherine. Bref, la question maintenant est: que se passe-t-il lorsqu'une reine et son ex-amant tombent nez à nez avec son mari et sa maîtresse en plein acte, sur le trône de celle-ci de surcroît...oups