Chapitre 5 : Salena.

Après avoir retrouvé ses esprits, Zorro remercia Tornado.

Il m'a donné un sacré coup, songea-t-il en passant la main sur sa pommette douloureuse. Il faut que j'aille chez Isabella, mais… pas comme ça… Je risquerais d'attirer encore plus d'ennuis au señor Monastario. Par contre une visite de courtoisie de la part des De la Vega…

— Mon bon Tornado, que ferais-tu à ma place ? Courir après ces bandits au risque de… S'arrêta-t-il subitement. Non, il serait sage d'arrêter là les recherches. Après tout j'en ai appris quelque peu. Allez, Tornado, rentrons !

Sur le trajet retour, Zorro eut la surprise de croiser la señorita De Castillos en compagnie de Miguel et d'un autre vaquero.

— Holà, Señorita ! Que faites-vous donc par ici ?

— Señor Zorro, salua-t-elle. Sancho m'a laissé entendre que Don Diego De la Vega avait un problème.

— Oh… Eh bien, Sancho a tort, Señorita, déclara Zorro en regardant le dit Sancho qui avait pâli en apercevant le hors-la-loi. Le señor De la Vega n'est pas dans les parages, je puis vous l'affirmer. De plus, ne savez-vous pas que cette route est dangereuse ?

Sancho fit soudain demi-tour et partit au triple galop.

— Sancho ! s'exclama Miguel lançant son cheval après lui.

— Miguel ! tenta Salena, vainement. Zorro, faites quelque chose.

— Et vous laisser seule ? Hors de question !

— Alors je viens avec vous.

— Salena, je m'en voudrais s'il vous arrivait quoi que ce soit.

— Señor, à vos côtés rien ne peut m'arriver, sourit-elle… Que vous êtes-vous fait ? questionna-t-elle par la suite.

— Comment ça ?

— Vous saignez !

— C'est une longue histoire que je vous raconterai avec plaisir après avoir rattrapé Miguel.

— Vamos ! s'écria Salena tandis qu'elle claquât ses rênes et que sa monture partît à toute allure, laissant Zorro en plan.

— Tss… Elle n'est pas possible, dit-il en la regardant avant de s'élancer à sa poursuite, un sourire aux lèvres.

Tornado la rattrapa sans peine et, bien vite, ils eurent en vue Miguel et Sancho. Salena et Zorro échangèrent un regard avant de faire accélérer leurs montures. Toutefois, plus rapide, Zorro arriva près de Miguel en premier.

— Miguel, je me charge de lui… Veillez à ce que la señorita aille chez les De la Vega. Leur hacienda est plus proche par l'autre route et elle y sera en sécurité.

— Si, Zorro, répondit Miguel en ralentissant sa monture tandis que Zorro accélérât de nouveau.

Bien vite Salena rattrapa Miguel qui s'était arrêté. Elle stoppa alors sa course à ses côtés.

— Que se passe-t-il, Miguel ?

— Zorro m'a confié une nouvelle mission, Patronne.

— Quelle est-elle ?

— Vous conduire chez les De la Vega.

— Pardon ? s'étonna-t-elle.

Diego ! râla-t-elle intérieurement.

— Bien, Miguel, soupira-t-elle.

Le vaquero la regarda avec surprise, sa patronne avait donné son accord bien trop rapidement. Il fallait qu'il la surveille attentivement. La connaissant, elle était capable de tout.

— Il ne sera pas nécessaire de m'assommer cette-fois ci, dit-elle comme si elle avait deviné les pensées de Miguel.

— Je ne me le permettrai plus, Patronne, dit Miguel pâle.

Zorro était arrivé à hauteur de Sancho, les deux chevaux étaient côte à côte. Sancho, pistolet en main, avait déchargé celui-ci sans succès et tentait d'assommer le Renard à coup de crosse. Mais Zorro avait plus d'un tour dans son sac et parvint à le désarmer en faisant claquer son fouet. Sancho regarda sa main vide et douloureuse, incrédule. Il tenta de faire galoper son cheval plus rapidement, mais ce dernier était déjà à son maximum et commençait à montrer des signes de fatigue.

Calant son allure à la sienne, Zorro se jeta sur lui. Le bandit chuta de cheval, entraînant le Renard avec lui. Ils tombèrent dans une broussaille qui les arrêta net. Zorro se releva vivement et empoigna fermement Sancho par sa chemise.

— Pitié, Zorro ! balbutia-t-il.

— Pitié ? Pourquoi meniez-vous la señorita dans ce coin là ? Pourquoi avoir impliqué le señor De la Vega ? interrogea brusquement le Renard.

— C'est… C'est l'ordre... que j'ai reçu, bégaya Sancho.

— L'ordre ? Qui vous a donné cet ordre ? gronda Zorro sans le relâcher.

Sancho, dont les pieds ne touchaient pas le sol, implora de nouveau l'homme en noir.

— Tuez-moi, Señor !

— Vous tuer ? s'exclama Zorro, outré. Donnez-moi une bonne raison pour cela, déclara-t-il ensuite en le reposant sur le sol tandis que la blessure de son bras gauche se manifestât.

— Si vous ne le faites pas, il le fera.

— Qui donc ?

— El…El Lobo, murmura Sancho.

— El Lobo ? Que veut-il de la señorita ?

— Je… Je l'ignore… Il m'a simplement dit d'aller la chercher, en utilisant le nom du señor De la Vega. Je ne savais pas que vous seriez là, Señor Zorro. Por favor, tuez-moi ! implora-t-il de nouveau.

— Non !

Tandis que Zorro le relâchât un tantinet, Sancho en profita et tenta de le frapper pour tenter de se libérer. Mais habile, le Renard esquiva toutes les attaques et finit par l'assommer. Puis il le ligota, le bâillonna et l'attacha à sa monture pour plus de sécurité. A son tour, il grimpa sur Tornado qui venait de se rapprocher. Il attrapa ensuite les rênes de l'autre cheval et fit route vers le pueblo. Il n'eut pas à aller jusque là qu'il croisa la route de Garcia et de quelques lanciers.

— Zorro ! s'exclama le sergent en l'apercevant.

— Buenos días, Sergent, salua le Renard avant de poursuivre. Vous tombez bien vous savez ! Ce gredin a voulu piéger la señorita De Castillos et la faire tomber dans un guet-apens. Une chance pour la señorita que je me trouvais dans les parages. Voulez-vous bien le conduire en cellule ?

— Si, Señor Zorro… Comment va la señorita ?

— Elle va bien. J'ai demandé à son vaquero qui était avec elle de la conduire chez les De la Vega. Elle y sera plus en sécurité.

— Oh…

— Adiós, Sergent, abrégea le Renard lâchant alors les rênes de l'autre cheval.

Puis il repartit comme si de rien n'était. Le Sergent ordonna à ses hommes de s'occuper du prisonnier et regarda le Renard filer.

— Lanciers ! En route pour Los Angeles, ordonna-t-il ensuite.

De retour au cuartel, le sergent Garcia alla frappa au bureau d'el comandante.

— Entrez ! répondit Toledano.

— Sergent Demetrio Lopez Garcia au rapport, mi Capitán, dit-il au garde à vous.

— Je vous écoute, Sergent, déclara Toledano en reposant le dossier « Zorro » qu'il était en train d'éplucher.

— Durant notre manœuvre journalière, nous avons appréhendé un bandit qui a voulu s'en prendre à la señorita De Castillos. Le bandit est actuellement enfermé en cellule.

— Que s'est-il passé exactement ?

— Eh bien… Je… À vrai dire nous avons croisé Zorro qui nous a remis le prisonnier.

— Oh ! Vous avez vu le Renard ?

— Si, Capitán ! Comme je vous vois.

— Je suppose que vous ne savez pas ce qu'il faisait dans les parages.

— Heu… Non, affirma Garcia après un temps de réflexion.

— Avez-vous vu la señorita De Castillos ?

— Non. Zorro aurait demandé au vaquero qui accompagnait la señorita de la conduire chez les De la Vega où elle sera plus en sécurité.

— Donc elle serait chez les De la Vega ?

— C'est bien ce que j'ai dit.

— Autre chose, Sergent ? interrogea Toledano devant le visage pensif de son officier.

— Oui… Depuis qu'il est revenu à lui, le prisonnier n'a de cesse de répéter : « Pitié, il va me tuer, il va me tuer… Por favor… » s'interrompit Garcia mal à l'aise.

— Eh bien, Sergent ?

— Por favor, tuez-moi !

Le capitaine se leva surpris de la demande du prisonnier.

— Est-il sous bonne surveillance ?

— Si, mi Capitán, comme à l'accoutumée.

— Allons le voir.

— Si, mi Capitán, répondit Garcia avant d'aller ouvrir la porte à son supérieur, manquant de la lui ouvrir sur la figure.

— Voyons, Sergent Garcia, faites attention ! Je tiens à mon mari, intervint Raquel avant de rire.

— Veuillez m'excuser, Señora… Señora ? Quand êtes-vous arrivée ? interrogea Garcia surpris.

— Peu avant que vous ne veniez frapper à la porte.

— Sergent ! Le prisonnier, lui rappela Arturo gravement.

— Si, mi Capitán.

Raquel échangea un regard avec Arturo et celui-ci perdit aussitôt sa mine grave, retrouvant alors le sourire.

Les deux officiers allèrent ensuite directement devant la cellule où se trouvait le bandit. Les deux lanciers en factions saluèrent leur supérieur lorsque celui-ci s'arrêta auprès d'eux. L'homme dans la cellule était recroquevillé sur lui-même, marmonnant des pitiés par répétitions.

— Hola, hombre ! l'interpela le capitán.

L'entendant, l'homme se leva d'un bond et vint s'agripper aux barreaux.

— Pitié, Señor… Ne me laissez pas vivre… Il va me tuer !

— Calmez-vous, vous ne risquez rien ici.

— Mais vous ne comprenez pas ! Il va me tuer. Ce ne sont pas ces barreaux qui l'en empêcheront.

— Qui voudrait vous tuer ? interrogea le capitán.

— El… El Lobo, balbutia l'homme.

— À quoi ressemble-t-il ? questionna Toledano.

— Je ne sais pas ! … Il est… Il est toujours masqué.

Toledano fronça les sourcils, intrigué.

— Toujours ? répéta le sergent involontairement.

— Les rares qui connaissent son visage sont ses fidèles… ou ses prochaines victimes… Pitié, implora de nouveau le prisonnier.

— Señor, il est de mon devoir de vous protéger… Personne n'entrera dans le cuartel, ni aujourd'hui, ni demain, soutint Toledano avant de repartir vers ses quartiers malgré les supplications du prisonnier.

— Sergent Garcia, appela-t-il alors à la porte du bureau.

— Si, mi Capitán, répondit ce dernier en se rapprochant.

Toledano lui fit signe de le suivre dans le bureau. Visiblement, la discussion devait rester secrète.

...

Dans le même temps, de retour à la cave, Diego s'était empressé de se changer. Lorsqu'il entra dans sa chambre, après avoir vérifié que personne ne s'y trouvait, il s'attarda devant le miroir.

— Eh bien ! Le señor Monastario ne m'a pas loupé… En plus d'un coquard, il m'a légèrement abîmé la pommette… Il va m'être difficile d'expliquer les deux… à la fois, dit-il de vive voix avant de soupirer et de se passer un peu d'eau sur le visage.

Il fit ensuite demi-tour et s'approcha de la porte pour sortir de la chambre. Il manqua de se la recevoir dans le visage lorsque Bernardo entra vivement.

— Bernardo ! Quelle hâte mon ami !

Bernardo lui expliqua qu'une señorita venait d'arriver.

— Salena ?

Bernardo hocha la tête affirmativement.

— Bien, Miguel a fait ce que je lui ai demandé.

Bernardo le regarda perplexe.

— Zorro a croisé leur chemin un peu plus tôt… J'ai demandé à Miguel de conduire la señorita De Castillos chez les De la Vega.

Tout en écoutant son explication, Bernardo réalisa que son ami était blessé et lui en demanda la raison.

— M'aurais-tu ouvert la porte dessus, cela aurait eu le même effet, lui fit remarquer Diego. A une bosse près… De mémoire c'est en premier le front qui prend le coup. Sauf si on ne regarde pas devant soi. Et maladroit comme je suis, ce n'est pas difficile pour moi. N'est ce pas, mon brave Bernardo ?

Bernardo sourit et secoua la tête positivement.

— Comment ça ! s'exclama le jeune don.

— Diego ? l'appela son père. Tu as de la visite.

— J'arrive, Père, répondit-il.

Bernardo s'inclina et lui montra le chemin.

— Merci mon ami, dit Diego souriant.

— Salena, s'exclama-t-il une fois au salon en l'apercevant. Quel plaisir de vous revoir.

Alors à ses côtés, il lui fit un baisemain et garda sa main dans la sienne plus longtemps que nécessaire.

— Diego, salua-t-elle, que vous est-il arrivé ? demanda-t-elle d'emblée en remarquant son visage.

— Oh… Rien d'extraordinaire. Je me suis pris la porte de ma chambre. J'ai voulu en sortir au moment où Bernardo arrivait et ouvrait la porte de son côté.

— Mon pauvre ami, dit-elle posant sa main sur sa joue gonflée sans y prêter attention.

Diego ferma les yeux un court instant à ce contact soudain. Gênée sans savoir pourquoi, Salena retira prestement sa main.

— Vous êtes venue seule ? interrogea Don Alejandro.

— Non, Miguel est avec moi. Il s'occupe des chevaux. Diego, pourquoi avoir demandé à Miguel de me conduire ici ?

Don Alejandro regarda son fils avec intérêt.

— Je crois que quelques éclaircissements s'imposent, Fils.

— Allons dans la bibliothèque, déclara Diego ouvrant le chemin et attrapant Salena par le bras.

— Je suppose que tu ne t'es pas blessé avec la porte, affirma Don Alejandro après avoir fermé la porte derrière lui.

— En effet, soupira Diego lâchant le bras de Salena et lui proposant le sofa.

— Gracias, Diego.

— Comme le pense fort bien don Esteban, je suis sorti à la recherche de nos agresseurs de la veille, expliqua Diego tout en restant debout. Leurs pistes n'étaient pas fraîches, néanmoins, je me suis rendu là où Bernardo et moi avions été pris en chasse il y a six mois... J'ai alors croisé le señor Monastario.

— Monastario ? s'étonna Don Alejandro.

— C'est exact, Père. Il combattait contre trois hommes et un quatrième observait. Cet homme, Yago, m'a vu.

— Yago, répéta Salena frémissante et s'attrapant les bras, un froid soudain.

— Oui, répondit Diego en s'approchant d'elle.

Sitôt assis à ses côtés, Salena se réfugia contre lui et Diego l'attrapa par l'épaule, levant sa tête vers son père qui souriait devant ce tableau. Diego continua alors son récit.

— Yago signala alors ma présence et les trois hommes, m'apercevant, prirent la fuite. Seul Monastario resta et s'approcha de moi. Nous avons combattu de manière plus ou moins forcée, l'un et l'autre. Pendant la lutte, Monastario m'a fait comprendre qu'il n'agissait pas de son plein gré et qu'il était observé. Au bout d'un moment, nous nous sommes retrouvés seuls et j'ai senti Monastario se détendre. Néanmoins nous avons continué de lutter… Il m'a simplement dit d'aller voir Isabella, me parlant à voix basse. Et il a cité le nom d'El Lobo avant de me frapper avec le pommeau de son arme. Après quoi il est parti à son tour.

— Monastario ? Partir en plein combat ? s'étonna Don Alejandro.

— Si... J'en suis resté tout autant étonné que vous. Ce n'est vraiment pas son genre.

— En tout cas, il ne t'a pas loupé, Fils.

— Il s'en est excusé d'avance.

— Vous êtes-vous soigné, Diego ? interrogea Salena prenant un peu de distance pour le regarder.

— Je n'en ai pas encore eu le temps.

— Ceci n'explique pas pourquoi tu as demandé à Miguel…

— J'y arrive, Père, l'interrompit-il. Lorsque j'ai récupéré mes esprits et que je suis reparti pour rentrer, j'ai aperçu Salena accompagnée de Miguel et…

— Sancho, termina Salena.

— Salena m'a expliqué s'inquiéter pour moi. Le dit Sancho lui avait laissé entendre que Don Diego De la Vega avait des problèmes. Ce qui n'était pas vrai, bien entendu. Sancho a subitement pris la poudre d'escampette et Miguel a été le premier à lui courir après. Puis nous l'avons pourchassé à notre tour. Il était hors de question que Salena reste seule par là-bas. Tornado étant plus rapide, j'ai fini par rattraper Miguel le premier. Salena n'était qu'à quelques mètres derrière moi. J'ai alors demandé à Miguel de conduire Salena chez les De la Vega où elle serait plus en sécurité. Si Sancho, un vaquero, avait su la convaincre, j'ai pensé que chez nous elle ne risquerait pas ce genre d'abus… Par ailleurs, j'ai fini par rattraper Sancho qui m'a imploré de l'éliminer… Une fois que j'eus réussi à le faire parler, je l'ai laissé au Sergent Garcia dont j'ai croisé la route.

— Qu'a donc dit Sancho ? interrogea Salena.

— El Lobo, lui répondit Diego lui attrapant la main. J'ignore ce que cet individu souhaite de Salena, ni pourquoi il m'a impliqué là-dedans… Quant à Isabella…

Diego s'arrêta, un cavalier venait d'arriver.

— Vous attendez de la visite, Père ?

— Non.

— Allons voir, cela peut être important.