Le grincement sourd de la porte, les cris de plaisir de Diane, le grognement de choc d'Henri ou encore le «oh» mi surpris-mi embarrassé de Narcisse, tant de sons simultanés qui ne retentirent dans les oreilles de Catherine que comme le bruit sourd d'un énorme coup de massue. Un de plus.

Elle, resta parfaitement silencieuse, se figeant sur place, les yeux fixés sur son mari et sa maîtresse, parfaitement nus et à peine décollés l'un de l'autre, sur son trône. Son trône, son trône à elle, son trône de reine de France. Henri baisait bel et bien sa putain sur son trône, elle ne rêvait pas. Des cris, des larmes, des hurlements? Elle ne s'abaisserait pas à cela alors, tandis que Narcisse s'éclaircissait la gorge bruyamment avant de fermer rapidement la porte pour que les nobles n'assistent pas à ce spectacle, elle ne bougea pas d'un pouce, laissant ses yeux débordants de mépris errer sur eux silencieusement jusqu'à les rendre terriblement mal à l'aise.

Et durant les longues secondes pendant lesquelles Diane avait peiné à essayer de couvrir sa nudité avec sa robe, alors qu'Henri se rhabillait avec empressement, son regard pesant et plein de jugement resta fixé sur eux sans interruption, ni geste. Elle s'exclama alors d'un ton glacial et autoritaire «éloignez-vous de mon trône maintenant.» et tandis que Diane et Henri prirent simultanément une inspiration comme s'ils s'apprêtaient à parler, elle leva rapidement ses deux mains face à elle, fermant longuement les yeux, comme pour les stopper dans leurs intentions «...et ne fatiguez pas inutilement vos langues en essayant de parler, je pense qu'elles ont, pour aujourd'hui, bien assez travaillées...»

A peine une minute plus tard, la pièce était vidée des deux amants, mais remplie de servants du lavoir et de couturiers: la reine de France avait eu une envie soudaine de faire entièrement nettoyer et recoudre son trône.

-Catherine, vous êtes sure que...enfin, vous pouvez prendre une minute avant de...

-Ça va parfaitement Narcisse, si vous croyez que c'est la première fois que je les vois ensembles vous vous trompez, je m'en moque éperdument seulement je..

Elle hésita sur les mots à employer mais Narcisse finit sa phrase pour elle :

-..me sens terriblement trahie et humiliée d'apprendre que mon époux depuis 25 ans à assez peu de respect pour moi pour coucher avec une autre sur le trône de son épouse et mère de ses enfants.

Elle ne put s'empêcher de lâcher un rire à la vue de la perspicacité de Narcisse qui, au passage, n'était pas vraiment la personne appropriée avec qui avoir cette discussion.

-Nous nous verrons aux festivités après l'accueil officiel des dignitaires, je dois y aller.

Durant les deux heures que dura la cérémonie d'accueil des hongrois, Catherine ne lâcha ni un mot, ni un regard à Henri pour la simple raison que si elle ouvrait la bouche, elle ne pourrait retenir un flot d'insultes et de cris, ce qui, devant des centaines de nobles de toute l'Europe serait vraiment embarrassant et indigne d'elle.

L'ambiance entre le couple royal était terriblement glaciale, et l'après-midi de divertissement qui allait, en plus, être suivi d'une soirée n'avait même pas encore débuté. Henri n'essayait même pas de lui parler tant il sentait son agacement, même a plusieurs mètres d'elle, de toute manière que-lui aurait-il dit? Je suis désolé? Il ne l'était pas, certes il aurait préféré qu'elle ne voit pas cela de manière aussi...directe, mais bon, elle n'avait pas semblé si traumatisée. Il n'arrivait pas à comprendre, comment avait-elle pu rester aussi impassible et indifférente pendant qu'elle les avait vus en pleine action, tandis que lui, la simple idée de l'imaginer en regarder un autre le faisait trembler de colère...la faute au cœur de pierre Médicis sans doute.

Alors qu'il s'endormait presque sur place tant il s'ennuyait, seul sur son trône à coté de Catherine qui l'ignorait, regardant les gens de la cour s'amuser avec des jeux de tir, de danse ou de magie splendides, il aperçut Claude s'approcher tout sourire, voilà qui allait détendre un peu l'atmosphère.

-Père, Mère

-Claude, vous vous amusez ?

-Beaucoup, mais j'ai cruellement besoin de votre appui mère, Charles, François et moi affrontons lady Georgia, lord Bucket et lord Narcisse au tournoi de Bolce par équipes, mais on a exclus Charles de l'équipe car il nous faisait perdre , vous comprenez a chaque fois qu'il lançait la boule il..

Catherine était très amusée par la passion que sa fille mettait à lui raconter cette histoire de Bolce, multipliant les mimiques et gestes d'explications, sa passion pour ce jeu la ravissait d'autant plus que c'était elle qui lui avait appris à jouer à ce jeu de boules qu'elle avait importé de Florence.

-Je vois, Claude, donc vous avez besoin que la meilleure joueuse de la cour rejoigne votre équipe pour vous aider à gagner?

-Voyez-là le témoignage de mon respect pour votre talent légendaire.

La mère et la fille rirent ensemble tandis que Catherine se leva pour se mêler à la partie, s'éloignant d'Henri qui se surpris lui-même à esquisser un sourire d'attendrissement pour sa famille.

L'après-midi s'était déroulée sans accroc majeurs, même si la moitié des nobles, Henri y compris étaient un peu saouls, mais n'était-ce pas toujours le cas à la cour de France? Apres tout la sale réputation des Français à ce propos ne s'était pas faite toute seule.

Henri était assis sur son trône, un peu instable à cause de la quantité de vin qu'il avait siroté durant toute la journée, il observait Claude et Catherine qui venaient de fuir discrètement un énième gentilhomme essayant de marier son fils à la princesse de France qu'était Claude. Il vit ensuite Claude s'éloigner vers son frère et tout les invités tourner la tête vers lui, ce qui lui indiqua qu'il était le moment pour lui de porter un toast. Il se leva alors, en maîtrisant sa tête qui tournait un peu, et s'apprêtait à commencer un petit discours lorsque ses yeux saisirent, dans la foule, une scène qu'il aurait préféré ne pas voir.

Narcisse, ce serpent, s'était évidemment précipité aux cotés de Catherine des que Claude l'avait laissé seule, mais, ce qui dérangeait Henri était surtout la main vicieuse qu'il venait de placer sur la pente douce de ses reins. Elle avait sourit à ce geste en plus.

Cette vue fit monter du creux de son estomac une bile amère qui lui brûlait la gorge, l'empêchant de parler, ou simplement de détourner les yeux de cette putain de sale main mal-placée.

Il espérait que son visage n'était pas rouge de colère lorsqu'il commença finalement à parler. Catherine ne semblait pas mécontente de lui jeter ses indiscrétions au visage en public, bien, mais elle devait savoir qu'à ce petit jeux, il était bien le maître.

«Chers amis français et hongrois, j'aimerai ce soir, porter un toast à l'amitié et au respect qui lie nos nations ainsi qu'au retour, à la cour de France, de ma chère Diane de Poitiers, en espérant qu'elle illumine les couloirs de ce château comme elle illumine mon cœur.» Diane s'était levée, tout sourire, pour le rejoindre à ses cotés tandis qu'il souriait et embrassait sa main, fier de son petit coup.

Il y eut dans la foule un léger silence d'embarras, puis quelques applaudissement et de nombreux regards tournés vers Catherine comme pour observer les effets sur elle de cette énième manque de respect flagrant.

Evidemment, bien rodée à l'exercice depuis qu'elle était mariée avec Henri, son visage était resté impassible, bien, que son corps ait été traversé d'un léger frisson de surprise et de douleur peut être, ses forces l'avaient quitté pendant une demi seconde, invisible aux yeux de tous. Mais rapidement la foule se dispersa a nouveau, chuchotant évidemment sur ce qui venait de se passer, mais laissant un peu d'espace à Catherine qui respira à nouveau.

Elle savait pertinemment pourquoi Henri avait fait ça, elle avait vu son regard sur la main que Narcisse avait posé sur elle, Henri était soul, énervé et elle avait appris récemment que son mari gérait particulièrement mal sa jalousie excessive.

Narcisse l'avait compris aussi et, bien qu'il était ravi d'avoir pu mettre le roi hors de lui, il était désolé de ce que cela faisait endurer a Catherine. Catherine qui, tandis que le roi descendait gaiement les marches avec Diane à son bras, ajusta légèrement le décolleté de sa robe et enroula posséssivement sa main autour du bras qu'il avait positionné dans son dos. Il la dévisagea, non-mécontent du geste mais surpris :

-Catherine...vous êtes sure de vouloir jouer à ça ?

-Ne me lancez pas de regard plein de jugement, vous ne savez pas ce que c'est que d'être marié à Henri...

Aider Catherine à se venger du roi, en public de surcroît, voilà une idée qui s'annonçait terriblement mauvaise mais le roi et Diane approchèrent, alors il saisit Catherine posséssivement par la hanche et oublia ses réserves. Au point ou il en était...

Catherine ne s'attendait pas à ce que Narcisse soit aussi impudent, et elle vit immédiatement, à sa tête, qu'Henri avait tiqué aussi. Il s'approcha, entouré de quelques nobles et de sa chère Diane :

-Seigneur Narcisse, connaissez-vous la magnifique, douce et gracieuse duchesse Diane de Poitiers ?

Catherine se retenait d'exploser, il en faisait des tonnes exprès. Mais Narcisse s'occupa bien tout seul de calmer cet étalage d'affection de mauvais goût :

-Oh je la connais de nom et de...réputation mais, non, nous ne connaissons pas vraiment, du moins pas intimement comme elle connait la moitié des hommes de cette salle.

Catherine dut planter ses ongles dans sa robe pour s'empêcher de pouffer de rire, ce que firent les quelques nobles qui les entouraient :

-Tenez vos mots Narcisse.

-Je les tiendrai votre majesté, mais vous, tenez votre esprit car il n'y avait là aucun sous-entendu fâcheux

-Ne donnez pas d'ordre au roi de..

«Assez bavardé, il est l'heure de passer à table!» s'exclama alors Catherine, d'une voix bien trop aiguë, désireuse de mettre fin à cet échange tendu avant que quoi que ce soit ne dérape. Narcisse avait beaucoup d'audace et aussi grand que soit le plaisir qu'elle avait éprouvé à voir le visage de Diane se décomposer devant cette humiliation, il ne fallait pas aller trop loin avec Henri et Narcisse semblait avoir du mal avec les limites.

Durant tout le repas, se mit en place un jeu très sournois entre Henri et sa femme.

Henri était assis à coté de Diane, tandis que Catherine lui faisait face, cote a cote avec Narcisse. Henri avait commencé, en tenant ostensiblement la main de Diane sur la table, puis Catherine riant tout à fait exagérément à chaque plaisanterie de Narcisse en se penchant sur lui d'une manière tout à fait inappropriée puis Diane sur les genoux du roi, puis Catherine dansant langoureusement avec son ex-amant, puis Henri multipliant les flatteries à haute voix sur sa maîtresse, puis Narcisse qui ne décollait plus la main du bras ou dos de la reine. C'était un combat, puéril certes, mais sans fin qui s'était déroulé sous les yeux des nobles durant toute la soirée.

Les esprits s'échauffaient, l'ivresse gagnait les esprits et Catherine et Henri se jetaient des regards assassins et pleins de défi

Puis vint le moment ou Catherine fit l'erreur de renverser son verre sur le devant de sa robe, une action loin d'être innocente, à la suite de laquelle Narcisse se précipita pour éponger longuement, avec sa serviette, le décolleté corseté de la reine. Il s'attarda à cette tache un moment, un bien trop long moment aux yeux d'Henri dont Diane avait saisi le bras pour l'empêcher de sauter au cou de Narcisse et d'arracher ses bras baladeurs, travaillant depuis de trop longues secondes sur le tissu imbibé couvrant les seins d'une femme qui n'était pas sienne.

Henri tremblait de colère, ses yeux lançaient des éclairs et son teint avait pris une nuance cramoisie. Bien que les invités ne semblaient pas le remarquer.

Catherine pinça la cuisse de son voisin de table pour qu'il se redresse avant qu'une scène n'éclate mais Diane, qui voulait surement soutenir son roi chéri, avait déjà glissé sa langue dans sa gorge pour le distraire de la vision en face de lui.

Un «Oh !» général retentit dans toute l'assemblée, des regards plein de pitié se braquant sur Catherine pour la deuxième fois de la soirée. La surprise générale retombée, on n'entendit plus que le son de couverts en argent contre les assiettes, et la chaise de Catherine qui émit un crissement lorsqu'elle la recula, avant de quitter la pièce, le menton plus haut que n'importe quelle femme dans ces circonstances.

Vous allez bien les gars? Relation complètement toxique quand tu nous tient...j'avais envie ici de montrer une Catherine qui se laisse emporter par un jeu très malsain, alors qu'elle a toujours été la femme fidèle et pleine de dignité qui ne s'abaissait pas, je pense qu'après tant d'années, elle a un peu le droit de craquer... Un peu de douceur à venir entre nos Cathry, mais je voulais avant ça qu'ils réalisent tout les deux, avec douleur, à quel point leur relation est destructrice et toxique.