Sa lèvre du bas tremblait et des larmes menaçaient de s'échapper de ses yeux tandis qu'elle tenait maintenant ses jupes dans sa main pour pouvoir échapper rapidement à la personne qui la poursuivait. Que ce soit Claude, Narcisse ou n'importe qui, elle s'en moquait, elle voulait simplement être seule alors elle poussa la lourde porte de sa chambre et ne respira paisiblement que quand elle arriva sur son balcon, respirant enfin un peu d'air frais.
Puis elle entendit une autre respiration derrière elle.
Par tout les saints, ne savaient-ils pas ce qu'une porte claquée au nez signifiait?
Elle allait se retourner pour s'énerver lorsque la voix qui se fit entendre ne la surprit qu'à moitié :
-Catherine ?
Evidemment, qui d'autre que le roi osait entrer partout ou bon lui semblait...
-Catherine, c'était quoi ça?
Elle lui lança un regard interrogateur
-Je veux dire, pourquoi êtes-vous partie en courant?
-Je crois qu'il était grand temps que l'un de nous deux mette fin à tout cela avant que cela n'aille trop loin.
-C'est déjà allé trop loin, toute la cour va parler de cette soirée durant des semaines! Ecoutez je sais que vous vous êtes sentie humiliée mais je n'avais pas prévu que tout le monde voit Diane..faire ça
-Oh, elle se retourna pour lui faire totalement face, et ce matin, vous n'aviez pas prévu de la baiser sur mon trône non plus, j'imagine.
Ses mots étaient amers, durs comme la pierre.
-Et le «elle illumine ma vie» devant toute notre famille, amis et sujets, c'était prévu ça? Et sa main dans la votre durant tout de dîner?
-Les mains de Narcisse, elles, ne semblaient pas beaucoup vous déranger lorsqu'elles étaient posées sur vous devant mes yeux! C'était puéril Catherine!
-Oh parce que vous n'étiez pas puéril vous? Ne me reprochez pas de jouer, pendant une soirée, à me venger un peu de ce que vous me faites vivre au quotidien ! Regardez-nous Henri, on est dans un cercle vicieux de vengeance et de ressentiment totalement toxique! Je me retrouve à me ridiculiser en public en participant à vos jeux masochistes!
-Parce que je vous ai forcé à vous tripoter en public avec votre amant? Vous avez commencez en flirtant ouvertement avec lui devant mes yeux! J'étais censé faire quoi exactement?! Vous faire amener un lit pour qu'il vous baise devant moi?!
-Arrêtez de parler de moi comme vous parleriez d'une putain!
-Je le ferai quand vous arrêterez de vous conduire comme tel!
Elle s'arrêta et le dévisagea les yeux grand ouverts, alors qu'il ajoutait:
-Ce n'est pas ce que je voulais dire...
-Oh si, il semblerait que c'était clairement ce que vous vouliez dire.
-Ce n'était pas. Simplement vous avez un putain de don pour me mettre hors de moi!
-Je le cultive depuis plus de vingts ans.
Ils se faisaient face l'un et l'autre, rougis par la colère qui les emplissait.
-Je déteste ce type...
-Narcisse ? Vous ne le détestez que parce que je ne le fais pas. Narcisse, lord Sutter, Nostradamus, on sait bien que chaque homme qui a le malheur de s'attirer ma sympathie s'attire aussi instantanément votre haine.
Henri roula douloureusement des yeux:
-Sauf que dans le cas de Narcisse, on sait tout les deux qu'il s'est attiré bien plus que votre sympathie...
-C'est le cas en effet! Il est tout ce que...
Elle s'était arrêté net, tandis ce que Henri insistait
-Tout ce que? Allez y finissez, tout ce que quoi? Tout ce que vous désirez et que je ne suis pas pour vous, c'est ça que vous alliez dire n'est-ce pas?
La colère était un peu retombée, et ils se retrouvaient finalement là, sur un balcon glacial, l'un face à l'autre, parlant de vérités qu'ils auraient peut-être préféré laissées cachées.
Henri captura longuement son regard dans le sien avant de demander d'une voix presque étranglée
-Catherine, est-ce que vous êtes tombée amoureuse de lui?
-Vous devriez retourner dans vos appartements Henri
-Répondez et je partirai
-Est-ce que vous êtes amoureux de Diane ?
-Vous connaissez la réponse à cette question, je ne le suis pas. A vous, répondez
-Vous voulez une réponse franche? Je ne sais pas si je suis tombée amoureuse de lui, c'est possible...
Catherine put voir le cœur d'Henri se briser, il fronça douloureusement les sourcils et plissa les yeux comme pour effacer ce qu'il venait d'entendre. Il espérait qu'elle déclarerait un «non» catégorique, mais après tout, c'est lui qui avait demandé même si à cet instant il aurait préféré ne jamais l'avoir fait. Adoucissant ses mots, elle rectifia
-Je ne pense pas pouvoir parler d'amour mais, si vous me demandez si j'ai eu des sentiments pour lui, la réponse est oui. Vous et moi savons tout les deux que l'amour est un concept très relatif...
Henri la regarda durant de longues secondes, si elle ne le connaissait pas mieux, elle aurait dit qu'il avait l'air terriblement triste, puis il ajouta d'une voix presque douce : «Pourrions-nous nous asseoir à l'intérieur? J'aimerai vous parler de quelque-chose»
Elle le guida à l'intérieur en silence, un peu surprise, et quand il furent tout deux assis sur sa chaise longue, Henri commença enfin, hésitant:
-Vous vous rappelez quand j'ai..quitté le château, pour vous laisser de l'espace? J'étais seul à Paris et je ne pouvais m'empêcher de penser à vous, à la douleur que je vous avez causée et à quel point je m'en voulait pour cela alors, je vous ai écrit une lettre. J'ai passé des jours à en parfaire la formulation dont je ne me souviens plus exactement puisque je l'ai finalement brûlée en me disant que vous ne voudriez surement même pas l'ouvrir, mais aujourd'hui je me demande si les choses auraient dégénérées de la sorte si je vous l'avait envoyée. Je ne peux certainement pas revenir en arrière, ni pour la lettre, ni pour...le reste, mais je peux vous raconter ce que j'y disait.
Catherine sourit tristement, elle savait qu'Henri n'était pas un poète, et qu'il avait du mal à parler de tout ce qui le touchait de trop prés, il lui ressemblait sur ce point. Mais si elle savait qu'il ne parlait pas de ses sentiments, elle pensait encore moins qu'il les couchait sur papier. Elle le laissa continuer.
-J'y disais que j'étais terriblement désolé, que j'espérais que vous accepteriez de me pardonner un jour, j'y parlais du respect que j'ai pour vous en tant que femme et mère de mes enfants ainsi que..
-Je n'ai pas besoin d'entendre tout ça Henri. J'ai moi aussi, beaucoup repensé à ces événements et en ait conclut que, que je le veuille ou non, en m'épousant vous avez obtenu des droits sur moi qu'il n'est pas de mon ressort de réfuter
-Mais entre nous cela n'a jamais marché comme cela!
-Ah non? Parce que moi je pense que cela se saurait si le sexe était un choix pour les femmes et non une obligation dès que nous sommes mariées.
Henri arborait maintenant une moue déçue
-Ravi d'apprendre que vous avez toujours considéré votre temps dans mes draps comme une corvée...
-Ce n'est pas ce que je dis, simplement qu'il est utopique de penser qu'il était mon choix d'avoir des relations sexuelles avec un inconnu, devant une vingtaine de vieux hommes, durant notre nuit de noce quand je n'avais que quatorze ans.
-C'est la raison pour laquelle vous m'avez dit le jour ou Elisabeth est née, qu'on ne la marierait jamais?
Il échappa à Catherine un léger rire, elle se souvenait parfaitement de la manière dont, durant des années, elle avait farouchement lutté pour que sa fille ne soit pas engagée dans un mariage politique. Quelle illusion !
-J'avoue que c'était plutôt ridicule et illusoire, mais je ne me fais plus de souci pour ma Liza, mes espions espagnols rapportent tous que son mari le roi est encore plus amoureux d'elle à chaque minute qui passe.
-Aucun homme, aussi puissant soit-il, ne peut résister au charme d'une Médicis, Philippe n'est pas le premier roi à en avoir fait l'expérience...
Les lèvres de Catherine se contractèrent en un petit sourire rougissant, son mari était bien la seule personne avec qui elle pouvait passer en un rien de temps des hurlements pleins de colère aux discussions à cœur ouvert puis aux badinages insouciants.
-Vous acceptez de qualifier votre fille de Médicis maintenant?
-Aussi étonnant que cela puisse paraître je ne déteste pas tout les Médicis...
Un silence passa, un doux silence agréable tandis que tout les deux se regardaient, un léger sourire ineffaçable sur leur visages.
-J'aime ça...
Henri la dévisagea, interrogateur
-Quoi?
-Bien, nous deux..en train de parler calmement, à la place des cris, sarcasmes et complots
-J'aime ça aussi.
Il tenait maintenant l'une de ses mains dans la sienne et caressait doucement ses doigts dans une légère danse. Elle aimait son toucher, elle l'aimait beaucoup plus qu'elle ne le devait. Pourquoi c'était si dur? Pourquoi le simple fait que son mari caresse sa main provoquait en elle un tel espoir douloureux?
Elle retira sa main de la sienne et la porta à son propre visage pour stopper les larmes, qui, bien qu'elle ne sache pas pourquoi, montaient en elle, impossibles à arrêter.
-Catherine? Allez vous bien? J'ai fais quelque chose qui...?
Dieu, tout semblait bien se passer, que lui arrivait-il? Elle pleurait, elle pleurait vraiment, pourtant Henri pouvait compter sur les doigts d'une main des larmes qu'il avait, au cours des 25 dernières années, vues s'échapper de ses beaux yeux caramels
Il s'approcha encore, prenant à nouveau sa main dans la sienne tandis qu'elle essayait de se cacher, en vain.
-Catherine, je vous en prie, je ne comprend pas, parlez-moi..
-Ce n'est rien, vous pouvez y aller...je...j'ai juste..
Elle essayait de s'arrêter, car, grand Dieu, elle avait surement l'air d'une idiote hyperémotive, mais impossible, son visage se tordait de sanglots, sans même qu'elle ne puisse y faire quoi que ce soit. Elle prit une grande inspiration pour calmer ses nerfs visiblement instables et déclara:
-Je ne sais pas ce qui...la journée a été émotionnellement riche, je suis fatiguée, j'ai bu bien trop de vin et maintenant vous...êtes là en train de...je ne sais pas trop quoi faire et...
-Ca va, je crois que je vous comprend. Ces dernières heures, jours, ont été particulièrement difficiles, à l'image de notre mariage ai-je envie de dire...
Il lui tendit la main dans l'espoir qu'elle la saisisse, lui permette de la réconforter, d'être là pour elle et de panser toutes les plaies béantes dont leur mariage avait criblé son âme. Mais au lieu de la saisir, elle marcha vers son lit en essuyant ses yeux:
-Vous devriez partir, Diane va vous attendre.
-Oh vous ne m'aurez pas cette fois, je ne vais nulle part tant que vous êtes dans cet état!
Il s'approcha encore d'elle.
-Partez Henri...
Chaque faiblesse montrée à autrui est une munition de plus pour mieux nous détruire par la suite, voilà une vérité que Catherine avait appris à ses dépends. Voilà aussi la raison pour laquelle elle mettait un point d'honneur à ne montrer ses faiblesses à personne. Surtout pas Henri.
Elle le vit s'approcher encore, il était dangereusement prêt.
-Catherine, venez-là
Il ouvrait les bras maintenant. Pauvre fou, s'il croyait qu'elle se blottirait contre lui comme une petite faiblarde qui a besoin de réconfort, alors il se trompait.
Mais quand ses mains fortes atteignirent ses épaules et qu'il l'attira avec précaution contre lui, enfouissant le corps tremblant de Catherine dans la chaleur réconfortante du sien, elle tressaillit. Elle ne put, alors, que constater à quel point elle ne pouvait empêcher ses petites mains à elle de se glisser dans son dos, son corps de se presser contre le sien, et sa tête de se blottir contre son torse.
Ils restèrent là durant un long moment, lui, traçant des cercles réconfortants dans son dos et respirant sa douce odeur, et elle, oubliant totalement ses grands principes de de méfiance au rythme des caresses légères de son mari contre sa nuque.
Puis elle sentit sa main glisser vers les lacets de sa robe qu'il dénouait très doucement, d'une manière bien trop familière. Sans briser leur étreinte, elle dit doucement:
-Henri je ne suis pas sure que l'on devrait...
-Chut, je n'essaie pas de vous amener au lit...enfin si mais simplement parce que vous devez vous reposer, vous êtes épuisée et vous tremblez de froid.
Il avait raison, elle aurait pu s'écrouler par terre tant elle était fatiguée, et puis les légères caresses avaient tendance à la rendre légèrement somnolente. Elle le laissa la guider vers son lit, tandis qu'il défaisait doucement sa robe.
Il l'allongea ensuite dans le matelas moelleux, tandis qu'il s'attaquait au laçage de son corset. Le visage d'Henri se tordit un peu en constatant qu'elle portait un corset de style échancré et lacé sur le devant, évidemment il adorait quand elle portait cela...dans des circonstances différentes car dans la situation présente cela rendait sa tâche semblable à de la torture. Il délaça le tout lentement, les yeux plantés sur les deux seins généreux qu'il libérait peu à peu de leur prison.
Après tout, être un gentilhomme en ne tentant aucune action n'empêchait pas de regarder, ni de laisser son imagination divaguer...
Il ne put réprimer un sourire en entendant la respiration de Catherine s'accélérer quand il libéra finalement sa poitrine, ce qui lui signifia qu'elle n'était pas encore totalement au pays des rêves...chose qui fut confirmée quand elle chuchota:
-Je pense que vous pouvez vous arrêter là...
Il balaya de ses yeux son corps maintenant seulement vêtu d'une fine chemise blanche et sourit. Il s'assit alors sur son lit et s'attaqua alors à ses cheveux qu'il dénoua avec précaution, prenant soin de n'oublier aucune épingle, puis passa ses mains dans ses tourbillons dorés pour les libérer.
Ce soir là, le roi et la reine s'endormirent côte à côte, profitant des rares secondes paisibles que Dieu leur avait donné. Sans cris, sans larmes, sans mensonges.
Pas de mensonge, mais pas toute la vérité non plus...car si Henri lui avait parlé de sa lettre d'excuses, il en avait passé sous-silence une partie, celle où il lui disait qu'il l'aimait, qu'il aurait tout donné pour elle et qu'elle était l'amour de sa vie, mais ces lignes là, évidement, jamais Catherine ne les lirait.
Quelques doux moments pour notre couple royal...rien de tout ça n'a résolu leurs problèmes mais je voulais montrer qu'ils prennent conscience tout les deux qu'ils sont en train de se détruire mutuellement par leurs actions. Je voulais aussi Catherine qui laisse voir un peu à son mari la douleur qu'elle ressent, et je voulais Henri un peu plus doux...J'espère que cela ne parait pas trop saccadé, j'ai écrit la majeure partie de ce chapitre au crayon de couleur, dans un magasine people qu'il y avait dans mon avion donc...
