Chapitre 6 : Diverses réactions

Mais avant que Diego n'ouvrît la porte, Salena le retint.

— Diego, vous risquez d'attirer l'attention avec ce sang séché sur votre joue. Laissez-moi vous soigner.

— Je vais voir de qui il s'agit. Va avec Salena, sourit Don Alejandro.

Diego hocha la tête et entraîna Salena à sa suite.

— Capitán Toledano, buenos días, salua Don Alejandro tandis que l'officier entrât dans le patio.

— Buenos días, Señor De la Vega. Je ne vous dérange pas j'espère.

— Me déranger ? Bien sur que non ! Qu'est ce qui vous amène si loin du pueblo, seul ?

— Le sergent Garcia est revenu de patrouille avec un prisonnier. Or, il s'avère qu'il s'agit en réalité d'un bandit appréhendé par Zorro.

— Par Zorro ? Qu'a fait ce bandit ? interrogea Don Alejandro.

— J'y venais. Cet homme a voulu faire tomber la señorita De Castillos dans un guet-apens. Zorro est, semble-t-il, intervenu à temps. Le fait est que le Renard aurait dit au sergent qu'il avait envoyé la señorita chez vous, où elle serait en sécurité. J'aurais souhaité l'interroger pour en apprendre plus sur ce malfaiteur.

Diego, Diego, tu as été imprudent en parlant avec le sergent, songea Don Alejandro.

— Est-elle bien chez vous ? interrogea de nouveau le capitaine.

Visiblement Don Alejandro n'avait pas entendu la première question.

— Oh…. Pardonnez-moi. Oui, elle est arrivée il n'y a pas très longtemps accompagnée par Miguel.

— Miguel ? interrogea Toledano.

— Oui. Mais ne restons pas là, entrez je vous prie, l'invita-t-il à l'intérieur. Nous allions passer à table, vous nous ferez bien l'honneur de rester avec nous.

— Je vous remercie, Señor De la Vega, mais je ne voudrais pas abuser.

— Voyons, Capitán, vous n'abusez pas.

— En ce cas je vous remercie.

Une fois au salon.

— Je vous en prie prenez place, je vais faire chercher Salena et donner quelques ordres supplémentaires.

— Gracias. Oh, Diego est-il ici ? demanda le capitaine.

— Bien sur que oui, répondit Don Alejandro surpris par la question de l'officier. Ce maladroit n'a rien trouvé de mieux que de se faire du mal au moment où la señorita De Castillos arrivait.

— Oh… Rien de sérieux j'espère ?

— Non. Veuillez m'excuser un instant je vous prie.

Quelques instants après Don Alejandro revint et prit place à côté du capitán.

— Sans vouloir me mêler de ce qui ne me regarde pas, Don Diego et la señorita ont l'air assez proche.

— Leurs retrouvailles, il y a huit mois, les a rapprochés mais… Ce qui est arrivé à Diego, il y a six mois a dû être déclencheur d'une relation amicale plus sérieuse, expliqua Don Alejandro.

— Qu'est-il arrivé ? s'enquit Toledano intrigué.

— Il…

— Buenos días, Capitán, le salua Diego interrompant son père et entrant au salon bras dessus bras dessous avec Salena.

— Buenos… commença Toledano. Eh bien, Don Diego, on croirait que vous vous êtes pris une porte ! s'exclama-t-il ensuite sur le ton de la plaisanterie en découvrant le jeune De la Vega.

— Mais c'est malheureusement le cas, affirma Diego penaud. Merci encore, Salena, dit-il ensuite en relâchant son bras pour lui faire un baisemain avant de la relâcher complètement. Que nous vaut votre visite ?

Dire que j'ai failli avoir le même coquard, réalisa alors l'officier.

— Je venais aux nouvelles de la señorita De Castillos. Mais asseyez-vous je vous prie.

Diego tira une chaise pour Salena et prit place à ses côtés, tous deux faces au capitán.

— Tout d'abord, Señorita, je voulais m'assurer que vous étiez bien ici. Peu avant que je ne me décide à venir, le sergent Garcia est rentré de manœuvre et m'a fait son rapport. Vous auriez été prise pour cible… Est-ce exact ? interrogea Toledano tandis que Bernardo arrivait portant une bouteille de vin et des verres.

— Pour être franche, je ne pensais pas que Sancho me conduisait vers un piège… Mais plutôt vers Diego.

Toledano fronça les sourcils.

— Expliquez-vous, por favor.

— J'étais chez moi, en train de lire dans le jardin lorsque Sancho est arrivé en toute hâte. Il m'a dit avoir aperçu Don Diego en difficulté. J'ai aussitôt fait appel à Miguel pour qu'il m'accompagne.

— Qui est Miguel ?

— C'est un vaquero qui travaille dans ma famille depuis longtemps… Je devais avoir dix ans la première fois que je l'ai rencontré.

— Ensuite, que s'est-il passé ? pressa le capitaine.

— Nous avons suivi Sancho qui, j'y pense maintenant, semblait réticent à ce que Miguel vienne avec nous. Après avoir chevauché un bon moment, nous avons rencontré Zorro qui nous a salués. Nous avons discuté un instant et Sancho a subitement pris la fuite après que le Renard nous ait assuré que Don Diego n'était pas dans les parages. Miguel s'est lancé à sa poursuite et comme Zorro ne voulait pas me laisser seule, nous sommes partis à sa suite… Puis, lorsque j'ai rejoint Miguel, qui s'était arrêté, nous nous sommes dirigés chez les De la Vega où Zorro nous avait conseillé de nous rendre.

— Vous suivez souvent les conseils d'un hors-la-loi ? interrogea Toledano malin.

Sous la table, Diego prit la main de Salena dans la sienne et la lui serra, lui signifiant ainsi de ne pas hésiter à répondre. Dans le même temps, Don Alejandro observait les réactions de Toledano et de son fils.

— Señor, cet homme m'a sauvé la vie il y a huit mois, au détriment de la sienne. Je ne sais qui il est, mais je lui dois tout.

Huit mois ? C'est intéressant, sourit le capitán.

— Ce Sancho, quand et comment l'avez-vous rencontré ?

— Cela doit faire deux-trois mois… Je l'ai rencontré par hasard. Il était avec son fils et cherchait du travail. Je l'ai engagé et n'ai jamais eu à m'en plaindre.

— Deux-trois mois et vous le croyez sur parole ? s'étonna Toledano.

Salena se sentit rougir et chercha de l'aide dans le regard de Diego. Ressentant l'embarras de son amie, Diego lui serra de nouveau la main.

— Capitán, je suppose que vous vous inquiéteriez aussi si un ami était en difficulté, n'est ce pas ? intervint le jeune De la Vega.

— En effet, mais de là à croire un inconnu… Connaîtriez-vous une personne répondant au nom d'El Lobo, Señorita ?

— El Lobo ? répéta-t-elle avec surprise.

— Qui est-ce ? s'enquit Don Alejandro.

— C'est bien ce que j'aurais aimé savoir… Votre vaquero, Sancho, en a une peur bleue.

— Que voulez-vous dire ? demanda Salena.

— J'ai bien peur que cela ne soit là des mots pour les oreilles d'une señorita, souligna le capitán.

— Señor… N'ayez pas peur des mots avec moi… J'ai… J'ai assisté au meurtre de mes parents, j'ai vécu comme une vagabonde durant des semaines… Alors, ce ne sont pas quelques mots que je craindrais, s'offusqua Salena.

— Veuillez m'excuser, Señorita. Je n'en savais rien, dit-il en s'inclinant.

— Je vous en prie, Señor, relevez-vous, dit-elle mal à l'aise.

— Votre vaquero ne cesse d'implorer d'être tué car selon lui de toute façon il mourra.

— Vous ne pensez tout de même pas à… intervint Don Alejandro.

— Non, bien sur que non… J'ai pensé à une mise en scène. Cependant, seul, je ne peux rien faire. Le sergent est d'accord avec moi sur le principe mais grâce à lui j'ai pu voir qu'il manquait un élément pour ne pas attirer l'attention.

— Oh… Quel est-il ? demanda le jeune De la Vega.

— Vous, Don Diego ! affirma le capitán.

— Moi ? interrogea Diego, surpris.

— Oui, vous ! J'ai ouï dire que vous entreteniez de bonnes relations avec Padre Felipe.

— En effet, je vais le voir régulièrement, mais pourquoi cet intérêt soudain ?

— J'aimerais votre coopération dans cette histoire. Je suis conscient que pour un homme comme vous c'est beaucoup demander, pourtant je ne peux faire autrement… J'aurais bien demandé au Renard de m'aider, mais je ne sais comment le joindre, plaisanta-t-il à moitié observant Diego avec attention.

Ce fut au tour de Salena de serrer la main de Diego qu'elle avait senti se tendre sous les mots du capitán.

— Puis-je en apprendre davantage ? demanda Diego tandis que les serviteurs apportent le repas.

— Voici mon plan…

Pendant ce temps au campement des bandits.

— El Chivo ! appela El Lobo.

Monastario cacha la rage qu'il ressentait à cette appellation et s'approcha.

— Qu'y a-t-il ? demanda-t-il durement.

— Yago vient de me faire part de votre combat… Pourquoi ne pas avoir achevé Zorro ?

— Son cheval était furieux. Il m'eut été difficile d'approcher sans risque.

— Puisque vous parlez de risque, n'oubliez pas celui qui pèse sur votre… famille.

Monastario serra la mâchoire de colère.

— Vous n'en menez pas large, Señor. Vous craignez de vous impliquer personnellement, osa-t-il dire à son interlocuteur.

— Comment osez-vous ? s'écria El Lobo avant de le frapper au visage.

Monastario demeura impassible, fier malgré tout et cacha un sourire.

Il n'y a que la vérité qui blesse, songea-t-il tournant de nouveau son visage vers El Lobo.

— Señor, encore un mot de ce genre et vous pourrez dire adieu à votre nièce et à son fils. De plus, je puis vous assurer que vous serez au premier plan pour assister à leur mort, expliqua El Lobo d'un sourire diabolique.

Pourvu que Don Diego ait compris le message, pensa-t-il serrant de nouveau les poings de rage.

— Señor, interpella un cavalier en arrivant.

— El Chivo, pour aujourd'hui encore, vivez ! Mais pour demain… Je veux des résultats, murmura El Lobo durement. Qu'y a-t-il ? demanda-t-il ensuite en se tournant vers le cavalier.

— C'est au sujet de Sancho.

— Viens dans la cabane, Pedro, lui ordonna-t-il faisant signe de le suivre.

Lorsqu'ils entrèrent, Isabella attrapa son fils dans ses bras et elle ressentit un frisson glacial.

— Ne vous inquiétez pas, Señora, je ne suis pas là pour vous… aujourd'hui, ironisa El Lobo d'un air moqueur avant de s'asseoir.

— Je t'en prie, Pedro, assieds-toi.

— Gracias, Señor.

— Alors, quoi de neuf ?

— Sancho s'est fait prendre.

— Comment ça ? s'étonna El Lobo.

— J'ignore les détails… De loin, j'ai aperçu Zorro discuter avec le gros sergent.

Isabella prêta l'oreille en entendant le nom de Zorro.

Diego, songea-t-elle avec espoir.

— Il lui a remis Sancho qui était ligoté sur son cheval, inconscient.

— Quel imbécile… Qu'as-tu fait ensuite ?

— J'ai suivi les lanciers au pueblo. Ils ont enfermé Sancho en cellule. Puis le capitaine est parti après avoir discuté avec le prisonnier.

— Où est-il allé ?

— Chez les De la Vega, affirma Pedro.

— Les De la Vega… Cela fait trop longtemps qu'ils sont dans mes jambes… En particulier Diego De la Vega… Merci pour tout, Pedro. Tu peux sortir.

Pedro le salua et sortit de la cabane.

Discrètement, Isabella observa son geôlier perdu dans ses pensées.

— De la Vega, l'entendit-elle murmurer. Je ne sais s'il est pire que Zorro pour se mêler des affaires des autres… Peut-être est-il plus facile de l'éliminer en premier.

Isabella cacha un sourire. Si cet homme pensait que Diego était faible, il allait avoir une bonne surprise. Soudain l'homme se leva et sortant de la cabane, il alla trouver El Chivo appelant Pedro dans le même temps ainsi que Yago. Perplexe, Monastario se rapprocha de nouveau d'El Lobo.

Sitôt le repas fini, le capitán Toledano remercia ses hôtes et repartit. Puis Don Alejandro interrogea son fils, revenant sur sa conversation.

— Que voulais-tu dire au sujet de la señora De la Cruz ?

— Monastario m'a conseillé d'aller la voir. Ce qui est assez étonnant du reste car si j'en crois le sergent Garcia, elle serait partie en voyage avec son fils et son oncle.

— Nous ferions mieux d'aller voir, Fils, dit Don Alejandro gravement.

— Señores ? se manifesta Salena.

— Père, peut-être pourrions-nous y aller tous ensemble. Je n'ai pas encore fait les présentations.

— Je ne sais pas si c'est une bonne idée, répondit Don Alejandro pensif.

— Père, je préfère savoir Salena avec nous plutôt que seule à l'hacienda, bien qu'elle ne risque rien ici.

— Soit, capitula le vieil hidalgo en soupirant.