Chapitre 7 : Des ennuis en perspective
Un peu plus tard, les De la Vega, Bernardo et Miguel faisaient route vers la demeure d'Isabella. Don Alejandro et Miguel étaient à cheval bien que Diego ait expliqué qu'il y avait assez de places pour tout le monde dans la voiture. Don Alejandro avait prétexté préférer chevaucher et Miguel refusa tout bonnement, ne se sentant pas à sa place en voiture. Le trajet fut agréable et agrémenté de quelques rencontres avec des animaux sauvages.
Lorsqu'ils arrivèrent, l'endroit semblait désolé. Le silence oppressant poussa Salena à se rapprocher de Diego. Chacun mit pied à terre de son côté, Diego aidant galamment Salena à descendre de voiture.
— Est-ce qu'il y a quelqu'un ? héla Don Alejandro.
Pour toute réponse, des oiseaux s'envolèrent du champ voisin, créant un sentiment de malaise grandissant dans le cœur de Salena.
— Allons voir, Père. Monastario ne m'a pas envoyé ici sans raison, lui murmura-t-il.
— Séparons-nous pour les recherches, suggéra Don Alejandro.
Diego hocha la tête.
— Miguel, restez ici et surveillez les chevaux je vous prie.
— Bien, Patronne.
Diego fit signe à Bernardo de rester et de faire un tour dans les jardins. Ce dernier approuva silencieusement cette requête puis les De la Vega et Salena entrèrent dans la demeure. Ils trouvèrent le salon en désordre.
— Diego, souffla Salena mal à l'aise.
— Voulez-vous attendre dehors ? demanda-t-il.
Salena hocha la tête négativement.
— Restez près de moi, murmura-t-il en l'attrapant par la taille.
— Je vais voir les autres pièces, Diego. Essayez de voir ce que vous pourrez trouver ici.
— Bien, Père.
Tandis que Don Alejandro s'éloignait, Diego et Salena se rapprochèrent de divers bibelots à terre. Une feuille froissée attira l'attention de la señorita dont la curiosité l'emporta sur la crainte.
— Diego, par ici, dit-elle lui indiquant sa trouvaille.
Après avoir ramassé la feuille, ils la déplièrent avec délicatesse pour ne pas la déchirer ; mais ils ne purent lire que quelques mots. « Mexico… Vice-roi… Mort… Zorro… Los Angeles ». Un détail cependant attira l'attention de Diego. Le sceau estampillé en bas de page semblait ressembler à un loup.
— El Lobo, murmura Diego.
— Il serait derrière ce carnage ? interrogea Salena.
— Je ne sais pas, mais que fait cette lettre ici ?
— Sans doute la personne qui vous a envoyé ici a découvert quelque chose.
— C'est probable.
— Diego, appela son père à travers l'hacienda.
— Allons voir, Salena.
— Restez près de moi, Diego, murmura-t-elle.
— Toujours, rétorqua Diego avant de déposer un baiser sur son front lui faisant ainsi oublier son sentiment de malaise.
— Où êtes-vous, Père ?
— Je suis à l'étage, à gauche des escaliers, la deuxième porte à droite.
— Bien.
Bras dessus bras dessous, Diego et Salena se retrouvèrent bien vite auprès de Don Alejandro. Ce dernier était visiblement abattu. Il se trouvait dans la pièce qui devait être la chambre d'enfant.
— Dios ! s'exclama Salena en remarquant la tâche de sang sur le sol à côté du petit lit.
Elle se blottit alors dans les bras de Diego qui l'enlaça tendrement.
— Vous croyez que le petit Diego… commença le jeune don sans finir sa phrase.
Salena leva la tête vers lui à l'énonciation du prénom de l'enfant.
— Le petit Diego ? s'étonna-t-elle avec une pointe de jalousie.
— Oui. Je vous en ai parlé il y a quelques temps.
— Oh… Ce petit Diego.
— Tout à fait… Seriez-vous jalouse, ma chère Salena ? demanda-t-il avec un semblant de sourire la faisant rougir.
— Descendons, Fils, intervint Don Alejandro qui aurait souri si la situation n'était pas si grave.
Diego approuva l'idée de son père et ressortit alors, gardant précieusement Salena tout contre lui.
— Qu'en pensez-vous, Père ? demanda Diego une fois qu'ils furent à l'extérieur.
— Ton messager ne t'aurait pas envoyé ici pour faire une morbide découverte… Il y a eu lutte. Leurs affaires sont encore là… La seule explication que je trouve est que la señora De la Cruz a dû se faire enlever avec son fils… Quant à son oncle… Il semble être devenu le pion de leur ravisseur.
— J'en ai bien peur, affirma Diego. Rentrons, dit-il ensuite faisant signe à Bernardo de venir.
…
Certes l'aller s'était bien passé, mais le retour ne fut pas de tout repos. Ils se trouvaient à mi-chemin lorsque leur route fut coupée par plusieurs hommes armés et dont les visages étaient cachés en partie derrière des foulards. Contraints de s'arrêter, ils restèrent néanmoins sur le qui-vive…
— Tuez-les ! lança un des hommes.
Cet imbécile ne devait par être présent lorsqu'El Lobo a donné ses ordres, songea un des hommes légèrement en retrait.
À ces mots, Miguel et Don Alejandro chargèrent les bandits qui ne purent viser correctement tandis qu'ils tiraient.
Ils ont vraiment tout à apprendre, ricana silencieusement l'homme en retrait. Puis à son tour il sortit son sabre et chargea vers la voiture en même temps que d'autres bandits.
En un clin d'œil l'un d'eux s'arrêta du côté de Salena et l'attrapa tandis que Diego évitait les assauts d'un autre.
— Salena ! s'exclama-t-il en l'entendant crier et appeler à l'aide.
Diego parvint à assommer et à désarmer son adversaire rapidement.
— Bernardo, va te mettre à l'abri, dit-il à son ami.
Bernardo approuva d'un hochement de tête et descendit de la voiture avant de se diriger vers quelques fourrés. Diego, arme en main, localisa rapidement Salena qui se démenait sur le cheval de son ravisseur.
— Furie, vociféra-t-il, vas-tu te calmer ?
Pour toute réponse, Salena attrapa la main de son ravisseur et la lui mordit lui faisant lâcher un cri de douleur intense ; faisant sourire Diego. L'homme retira prestement sa main, libérant ainsi Salena qui n'hésita pas à sauter en bas du cheval mais fut surprise de se retrouver dans les bras de Diego qui venait de poser l'arme pour ne pas la blesser.
— Tout va bien, Salena ?
— Si, gracias, répondit-elle se perdant dans son regard
Des cris derrière eux les descendirent de leur nuage. Diego se tourna et esquiva l'attaque facilement, se baissant alors et récupérant l'arme au sol. Salena s'accroupit, faisant ainsi un croc en jambe à son assaillant et récupérant son arme avant qu'il n'ait eu le temps de comprendre quoi que ce soit.
L'homme qui observait sans se battre, malgré son sabre en main, nota que les attaquants, du jeune De la Vega et de la señorita, semblaient avoir oublié l'ordre d'El Lobo. Maugréant tout bas car devant s'impliquer il leur rappela.
— Baboso ! El Lobo veut la señorita et ce jeune freluquet vivants.
L'effet escompté sur les De la Vega ne se fit pas attendre et ils regardèrent rapidement le donneur d'ordre… masqué comme tous les autres. Puis l'homme descendit de cheval et s'approcha du jeune « couple ».
Eh bien, De la Vega, vous ne cachez pas votre jeu devant la señorita ? Connaîtrait-elle votre secret, songea-t-il en avançant.
Salena l'apercevant s'interposa entre lui et Diego.
Non mais dites-moi que je rêve ! C'est une plaisanterie, s'étonna le bandit la voyant faire.
Celui-ci semblait hésitant mais devant la hardiesse de la señorita, il n'eut d'autre choix que de se battre pour ne pas passer pour un pleutre. Diego entendit le fer résonner derrière-lui.
— Salena… Faites attention à vous.
— Ne vous inquiétez pas, Diego, sourit-elle en s'adossant à lui.
Don Alejandro et Miguel avaient été obligés de continuer à se battre à terre. Et, bien que Miguel ne soit pas expert, il s'en sortait plutôt bien. Dans son coin, Bernardo remarqua un bandit qui filait hors de la zone de combat, un fusil en main. Méfiant, Bernardo décida de le suivre.
Dans le même temps, des lanciers menés par Toledano arrivèrent à proximité. Le capitán fit arrêter ses hommes et observa le combat. Les bandits masqués, bien que plus nombreux, étaient déjà en déroute. Puis il reconnut les De la Vega. Don Alejandro s'approchait d'un homme qui venait de tomber à terre, touché à une jambe semblait-il, et le protégeait des autres attaques. Son regard se pose ensuite sur Salena et le jeune De la Vega.
— Eh bien, lanciers, il me semble que la señorita a été à bonne école, dit-il avec stupéfaction devant sa prouesse.
Il s'attarda alors sur Don Diego au moment où la señorita et lui intervertissaient leur place. Le jeune don fit montre de bonnes qualités d'escrime en dépit de l'étiquette qui lui collait à la peau au pueblo. Le capitán sourit devant la fougue de Diego et donna ensuite l'ordre de charger.
— De la Vega, salua le nouvel adversaire de Diego en l'apercevant et se fendant sans retenu.
— Señor, répondit Diego parant avec nonchalance.
— Vous avez un beau coquard, fit remarquer son adversaire croisant de nouveau le fer avec lui.
— Vous savez... commença le jeune don.
— Quoi donc ? demanda l'homme baissant alors sa garde.
— Vous aussi ! s'exclama De la Vega changeant son arme de main avant de le frapper d'un direct du droit, l'envoyant à terre.
— De la Vega ! ragea l'homme.
— Moi aussi je suis ravi de vous revoir, Señor, ironisa Diego.
Soudain le bruit de sabots attira l'attention des combattants et ils remarquèrent l'arrivée imminente des lanciers.
Dans les fourrées, le bandit isolé s'était installé et s'apprêtait à faire feu. Son ordre était simple… Éliminer El Chivo… Et ce dernier, face au jeune De la Vega, faisait une cible parfaite… Pourtant, au moment où il appuya sur la gâchette, il s'effondra. Malgré le coup de feu qui résonna, Bernardo se félicita et reposa le morceau de bois qu'il venait d'utiliser pour assommer le tireur. La balle siffla entre les visages de Diego et de Monastario, alors qu'ils se tournaient suite à la détonation, et ricocha sur le rocher derrière eux, revenant sur l'adversaire de Salena.
Blessé soudainement à l'épaule sans savoir comment, il décida de partir avant qu'il ne soit trop tard. Monastario savait qu'il devait faire de même, mais il ne put s'empêcher un dernier commentaire.
— Don Diego… Je vous remercie.
Salena se retourna surprise et regarda filer le bandit tandis que Diego prenait appui sur l'arme qu'il tenait en main et observa les lanciers arriver.
Toledano s'arrêta mais fit signe à ses hommes de poursuivre les bandits.
— Tout va bien, Señores, Señorita ? demanda-t-il en fixant Don Diego.
— Si, gracias, répondit ce dernier tandis que Don Alejandro aidât le vaquero à se relever, attirant l'attention de l'officier.
— Miguel ! s'exclama Salena avec inquiétude, lâchant son arme et courant vers lui.
C'est donc lui, réalisa le capitán.
— Je ne savais pas que vous étiez si bon escrimeur, Don Diego, dit-il d'un air malin.
— Mon père m'a donné quelques leçons, expliqua Diego avec le sourire mais se remémorant une ancienne conversation avec le capitán.
Il a dû me voir de loin, c'est mauvais pour moi.
Puis Toledano se tourna vers Don Alejandro et Diego sentit un poids disparaître de ses épaules.
— Señores ? s'enquit-il.
— Ce n'est rien de grave, Señor, répondit Miguel s'avançant en boitant, soutenu par Don Alejandro et Salena.
— Faites attention à vous, Señores, Señorita, salua-t-il.
— Capitán, il me semble que nous allons nous revoir plus vite que vous ne le pensez, fit remarquer Diego tandis qu'il apercevait Bernardo arriver, traînant derrière lui le bandit qu'il avait assommé.
— En effet… Puis-je vous demander de l'emmener au cuartel ? Je dois rattraper mes hommes.
— Mais bien sûr, Capitán, répondit Diego
— Gracias, dit-il avant de s'élancer.
— Miguel, il est hors de question que vous chevauchiez avec cette blessure. Alors montez dans la voiture, dit Salena plus durement qu'elle ne l'aurait souhaité.
— Si, Patrona, répondit Miguel sans rechigner.
Diego aida Miguel à monter en voiture puis fit de même avec Salena avant de faire signe à Bernardo de conduire le véhicule.
— Et vous, Diego ? demanda Salena.
— Je vais monter à cheval derrière le bandit que Bernardo a solidement attaché.
C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent au pueblo.
— Père, je vais porter ce brigand au sergent. Je pense que le capitán ne devrait pas tarder à revenir.
— Bien, Fils. Quant à moi, j'emmène Miguel voir le docteur Avila. Salena restera avec nous.
— Très bien. Je vous rejoindrai un peu plus tard à la taverne.
Diego se dirigea donc vers le cuartel où il trouva le sergent en faction.
— Buenas tardes, Sergent Garcia.
— Buenas tardes, Don Diego. Que nous apportez-vous là ? demanda-t-il en remarquant l'homme attaché.
— Un des bandits qui nous a attaqués. Mais grâce à l'intervention du capitán tout s'est bien terminé.
— Le capitán ?
— Oui, il ne devrait pas tarder à arriver, expliqua Diego descendant de cheval. Il nous a demandés de vous conduire ce prisonnier.
Le sergent fit signe aux lanciers présents de s'occuper du prisonnier tandis que Diego regardât vers les cellules.
— Qui est cet homme ? demanda-t-il.
— Il s'appelle Sancho. A en croire Zorro, il aurait voulu piéger la señorita De Castillos.
— C'est donc lui.
— Le capitán vous a-t-il fait part de…
Diego l'interrompit.
— Sergent, je crains que l'endroit soit mal choisi pour en discuter… Par ailleurs, ne mettez par ce nouveau bandit dans la même cellule que lui. J'ai peur que cela finisse mal pour l'un d'eux.
— Vous croyez ? interrogea le sergent surpris.
— Croyez en mon intuition.
— Bien… dit-il en faisant signe à ses hommes de l'enfermer le plus loin possible. Oh, Don Diego, avant que je n'oublie, veuillez me suivre dans le bureau, por favor.
— A quel sujet ? questionna Diego, perplexe.
— Rien de bien méchant je vous rassure tout de suite… Mais comme c'est vous qui m'avez amené ce nouveau prisonnier, j'ai besoin de vous pour les formalités.
— Mais certainement, Sergent.
Capitán Toledano, tenteriez-vous de me piéger ? se questionna Diego en suivant le Sergent tandis que les lanciers enferment le bandit deux cellules plus loin que celle de Sancho.
