Catherine fit rapidement volte-face dans l'espoir de s'éloigner rapidement de cette chambre qu'elle aurait préféré ne jamais avoir approché. Elle se sentait si idiote ! Narcisse rirait sûrement en lisant sa lettre, sachant que sa pire ennemie Diane était dans ses appartement, très probablement même dans son lit. Cette harpie devait vraiment toujours tout avoir, et tout gâcher !
Dans un mélange amer d'agacement et de déception, d'une pointe de jalousie aussi peut-être, Catherine décida de tuer le temps qu'elle avait avant sa prochaine réunion en inondant son esprit de solfège et de gammes. La musique apaisait toujours son esprit troublé.
Ses pensée s'envolaient au fur a mesure que ses doigts glissaient avec fluidité sur les touches, créant une mélodie divine. Le piano était, comme la peinture et l'écriture, des arts pour lesquels Catherine était très douée, c'était d'ailleurs ce qui, chez elle, avait séduit François 1er, à l'époque. Il avait aimé le goût des arts de la petite florentine qu'il avait rencontré!
Elle avait toujours une pensée pour son beau-père lorsque elle peignait ou jouait de la musique. Son beau-père et ami, car elle l'appréciait beaucoup et réciproquement. Elle se rappellerait toujours du jour où le roi François lui avait dit durant un banquet en famille que si elle n'était pas son amie et la femme de son fils, il l'aurait prise pour maîtresse. Le cataclysme qui avait suivi cette déclaration avait été incomparable...
-Tu as toujours été divinement douée et ce morceau est somptueux.
-Henri?
Catherine dévisagea son mari qui se tenait dans l'ouverture de la porte.
-Je ne t'avais pas vu. Tu m'écoutes depuis longtemps?
- Bien sur tu ne vois personne, tu es toujours si concentrée quand tu joues.
Les yeux mi-clos, la bouche entrouverte dans sa concentration et un ballet d'émotions se jouant sur son visage...elle était une vision divine lorsqu'elle était au piano. Elle semblait ressentir au plus profond d'elle-même chaque émotion qui se traduisait par la musique, tout en pensant à sa propre vie. Henri admirait cela. Il l'admirait. Il aurait tout donné pour savoir ce a quoi elle pensait en jouant cet air mélancolique.
-Serait-il exagéré de ma part de vous demander à quoi vous pensiez?
-Cela risque de vous surprendre mais...(elle hésita) Je pensais à votre père en fait.
Henri grimaça : «François ? Un meilleur roi que père mais disons qu'il avait le mérite d'être l'une des seules personnes dans ce château qui partageait à ce point vos goûts artistique.»
Catherine rit en repliant sa partition, elle savait qu'Henri avait beaucoup de haine contre feu son père, trouver quelque chose de a peu près agréable à dire avait du être pour lui un supplice.
-Non non Catherine, ne rangez pas, continuez à jouer, j'aime vous écouter
-Cela me déconcentre d'avoir des spectateurs.
-Je ne suis pas un spectateur, je suis votre mari ma chère
Tenant toujours ses partitions contre elle, elle dévisagea son mari longuement, les yeux pleins d'interrogation.
-Qu'est ce que tu fais vraiment là, Henri?
Etre directe. Voilà la meilleure stratégie de Catherine lorsque son époux avait ce genre d'attitude étrange, arborant un petit sourire en coin et flirtant sans but précis.
-Et bien, nous avons quelques heures de libres avant notre réunion du conseil alors je pensais que peut-être, nous pourrions dépenser agréablement ce temps ensemble...
Quand sa femme écarquilla les yeux, presque rougissante, il crut bon de rajouter :
-..je parle d'une promenade ou d'une partie d'échec
Il réprima un sourire lorsqu'elle se leva pour reprendre une certaine contenance
-J'avais compris Henri
-Je n'en doute pas, alors c'est oui?
-Vous savez que notre grand chancelier a été assassiné?
-Bien sur
-Vous ne devriez pas en parler avec vos conseillers au lieu de vous promener avec moi?
-Je suis sur que vous avez déjà un plan
-En effet
-Alors pourquoi irai-je faire faire à mes conseillers un travail que vous faites déjà si bien?
Catherine rit doucement.
-Je vois...votre reine, votre femme, la mère de vos enfants et votre assassin personnel. Je suis flattée.
-Assassin? Cela signifie que cela va être...sanglant?
Ces roulaient sur sa langue comme les plus scandaleux de tous. Mais au lieu de se concentrer sur la façon dont les paroles de son mari sonnaient torrides, Catherine répondit simplement:
-Des accidents peuvent se produire.
-Le meurtre vous va bien, vous êtes magnifique aujourd'hui...
Henri lui avait dit le matin même qu'il ne s'imaginerait rien même si ils avaient dormi ensemble la veille. Il avait une manière bien a lui de le ne rien s'imaginer...
Mais lorsqu'il s'approcha encore d'elle plaçant son visage à quelques centimètres du sien, Catherine ne bougea pourtant pas. Elle posa simplement sa petite main sur son torse, n'ayant pas encore décidé si elle s'en servirait pour l'attirer à elle ou pour le repousser. Henri ne fit aucun mouvement, il resta juste contre elle et chuchota doucement«Ton cœur bat si vite quand je suis près de toi»
N'essayant alors même plus de contrôler sa respiration laborieuse, elle alla coller son visage à celui de son mari. Il respirait fort mais ne bougeait toujours pas alors elle captura doucement ses lèvres sans les siennes dans une danse lente et étrangement intime. La main d'Henri glissa alors lentement pour pénétrer dans ses cheveux tandis que sa bouche suivait son rythme doux.
C'était un baiser inhabituel, leurs mains n'étaient pas partout l'un sur l'autre dans le feu de leur passion, ils ne déchiraient pas leurs vêtement pour assouvir un besoin féroce et animal. C'était lent et doux mais terriblement sensuel. Leurs souffles se mélangeaient, leurs lèvres se caressaient dans de légers gémissements et leurs langues se frôlaient, provocant à chacun d'eux des frissons d'excitation incontrôlables. Doucement, tortueusement, Henri commença à faire courir sa langue le long de sa mâchoire, puis dans le creux de cou alors elle renversa sa tête pour lui donner un meilleur accès quand il commença à déposer de petit baisers humides sur la courbe naissante de son sein.
Pour la non-proximité avec Henri. C'était raté, mais elle ne pouvait même pas lui en vouloir, c'était elle qui avait initié ce baiser. Et elle ne pouvait rien y faire, avec Henri un baiser ne suffisait jamais, il suffisait d'une seule caresse pour qu'elle ait terriblement envie de lui. Alors voilà, elle allait faire l'amour dans cette salle de musi..
Oh non.
«Henri, Henri arrêtez! »
Il se redressa de sa tâche qui consistait à détacher sa robe avec ses dents et la dévisagea, inquiet :
-Qu'y a t-il, vous ne voulez pas...je suis désolé je..
-Non Henri tout va bien simplement je...pas ici
Il regarda autour de lui et déposa un petit baiser sur ses lèvres pour apaiser ses craintes
-Chérie on peut faire tout ce qu'on veut absolument où l'on veut, c'est notre château
Elle caressa sa joue de sa main, cherchant ses mots
-Je sais simplement je... dans cette salle de musique je..si vous saviez ce que...croyez-moi sur parole, vous n'avez pas envie de faire l'amour içi!
Il la tenait toujours dans ses bras , essayant de comprendre ses mots. Il voulait bien faire l'amour avec elle n'importe où, que pouvait-il bien s'être passé de si terrible dans cette salle...
Brusquement, il lâcha son étreinte et se recula comme si elle l'avait brûlé.
-Est ce que tu es en train d'essayer de me dire que tu as fait ça..ici..avec lui?
-Henri je...
-Où d'autre?
-Qu-quoi? Arrêtez s'il vous plait..
-Où d'autre?
-Je ne parlerai pas de ça avec vous. C'est totalement malsain.
Henri soupira et se rapprocha d'elle pour prendre doucement sa main, avec une certaine hésitation
-Je ne veux pas que l'on se dispute mais j'ai besoin de savoir sinon je ne pourrais plus jamais me promener dans une seule pièce de ce château l'esprit tranquille.
Catherine lâcha sa main. Égoïstement elle ne détestait pas totalement l'idée qu'il soit tourmenté par son imagination. Tout comme elle l'avait été durant longtemps. De toute façon elle savait qu'Henri n'était plus amoureux d'elle depuis longtemps, alors elle ne blessait pas son cœur mais seulement son ego n'est ce pas?
Elle énumera alors froidement:
-La salle de musique, le pavillon de chasse et la 8e chambre inoccupée dans l'aile ouest.
Il la regarda pendant plusieurs longues secondes durant lesquelles elle put apercevoir un mélange de colère mais aussi de compréhension.
Il déposa un baiser chaste sur son front et se retourna pour partir en disant :
-Merci pour votre honnêteté. Ces pièces seront brûlées avant demain matin.
Les charnières grincèrent sous le poids de la porte qui claquait. Catherine soupira en s'affaissant sur le piano derrière elle. Comment ce qui était censé être un moment de détente avait-il pu se terminer ainsi ?
La seule chose qu'elle espérait était que les derniers mots prononcés par Henri étaient une tentative de plaisanterie...
Je commence à apercevoir l'endroit exact où je vais amener cette histoire. Pour le moment, je veux vraiment montrer qu'il est difficile pour notre couple royal d'aller de l'avant après ce qu'il s'est passé. J'espère que le chapitre vous a plu: dans le prochain nous en apprendrons plus sur la réelle raison pour laquelle Diane et Narcisse se voient car vous vous doutez bien qu'ils ne sont pas amants...en même temps, entre nous, quel immense idiot il faut être pour se contenter de Diane quand on a eu Catherine (coucou Henri!). Des bisous!
