Chapitre 8 : Rapports, rencontres et conséquences
Lorsque Diego entra dans le bureau, il eut la surprise d'y découvrir la señora Toledano.
— Buenas tardes, Señora, salua-t-il en s'inclinant.
— Buenas tardes, Don Diego. Comment vous portez-vous ?
— Bien, merci. Et vous-même ?
— Je vais bien, répondit-elle en souriant.
— Votre mari nous a caché votre venue, plaisanta Diego.
— Arturo parle très peu de sa vie privée, mais ce n'est certainement pas pour discuter de mon mari que vous êtes ici.
— En effet… J'ai des formalités à remplir avec le sergent.
— Oh… En ce cas, je vais vous laisser la place, dit Raquel en se levant et reposant alors les documents qu'elle avait en mains.
— Que lisiez-vous donc, si ce n'est pas indiscret ? demanda Diego avec curiosité.
— Señora, vous n'auriez pas dû lire ce rapport. Il est confidentiel, fit remarquer le sergent d'un ton qui se voulait plein de reproches mais qui ne lui ressemblait pas.
— De quoi s'agit-il, Sergent ? Vous attisez ma curiosité, fit Diego de plus en plus intrigué.
— C'est le rapport de « Zorro »… Vous savez, celui que le capitán Monastario vous a fait lire le jour où…
— Oh ! Je vois, sourit Diego amusé. Mais dites-moi, Sergent, ce rapport me semble plus étoffé que par le passé.
— C'est que… Voyez-vous, Don Diego, après le départ du capitán Monastario les agissements de Zorro ne se sont pas arrêtés et…
— Et vous avez continué de faire des rapports, c'est bien ça ?
— Tout à fait. J'avais sorti le dossier à la demande du vice-roi et du capitán Toledano.
Don Esteban, je veux bien mais pourquoi le capitán Toledano se soucierait-il du Renard ?
— Señores, salua Raquel se retirant dans la chambre et sortant alors Diego de ses pensées.
Le sergent prit alors place derrière le bureau et rangea le dossier dans un tiroir avant de sortir une feuille vierge, l'encrier et une plume.
— Asseyez-vous je vous prie, invita-t-il Diego à s'asseoir en lui indiquant les chaises face à lui.
Diego obéit sagement au sergent.
…
Lorsque Don Alejandro toqua à la porte du docteur Avila, celui-ci lui répondit directement. Don Alejandro ouvrit alors et aida Miguel à avancer, toujours soutenu par Salena. Quant à Bernardo, il attendait à la voiture.
— Buenas tardes, Don Alejandro, Señorita. Qu'est-il arrivé ? demanda le docteur Avila.
— Nous avons été attaqués par des brigands. Miguel s'est fait blessé à la jambe.
— Il n'y a pas d'autres blessés ?
— Non ! Fort heureusement les lanciers sont arrivés rapidement.
— Une chance pour votre fils, Señor. Je ne sais comment il a fait pour s'en sortir indemne, soutint Miguel.
— Comme vous le dites, Miguel, il a une nature chanceuse, argumenta Don Alejandro faisant sourire brièvement le docteur Avila.
— Señorita, pourriez-vous…
— Mais bien sûr, le coupa-t-elle devinant sa phrase.
Salena sortit de la pièce et alla s'asseoir dans la salle d'attente.
…
Lorsque Diego en eut fini avec le sergent et au moment de sortir du bureau, la porte s'ouvrit brusquement le faisant reculer avec précipitation.
— Oh ! Don Diego ! s'exclama le capitán en le découvrant.
— Capitán, salua-t-il.
Le sergent se leva et se mit au garde-à-vous.
— Repos, Sergent.
— Le dossier que vous m'aviez demandé est dans le premier tiroir, mi Capitán.
— Que fait-il dedans ? Je l'avais sorti !
— Le sergent a cru bon de le ranger afin d'avoir plus de place pour les formalités concernant l'arrestation du brigand, intervint Diego avant que le sergent n'eût le temps de répondre.
— Je vois.
— Capitán, Sergent, salua Diego en s'inclinant.
Alors sur le pas de la porte, Diego se figea brièvement sous les mots du capitán et il ne put réprimer une grimace d'apparaître.
— Don Diego, encore quelques leçons d'escrime auprès de votre père et vous pourriez rivaliser avec Zorro.
— Des leçons d'escrime ? Don Diego ? répéta le sergent niaisement. Voyons, Capitán, l'homme qui pourrait rivaliser avec le Renard n'est pas encore né, plaisanta-t-il par la suite faisant retrouver le sourire à Diego.
— Vous me flattez, Capitán, répondit le jeune don en se tournant vers l'officier avant de s'incliner avec respect.
— Il faut vraiment beaucoup de courage pour oser se jeter dans la gueule du loup, vous ne pensez pas ? demanda le capitán jaugeant la réaction de Diego.
— Du courage ? J'aurais tendance à dire de la témérité, souligna Diego. Maintenant, si vous le permettez, Capitán, Sergent, je vais me faire attendre, et ce n'est pas courtois auprès d'une señorita.
— Je ne vous retiendrai pas, Don Diego, et merci de votre participation.
— Non, Capitán, merci de votre intervention.
Toledano sourit tandis que Diego sortît finalement de la pièce.
— Sergent !
— Si, mi Capitán ?
— Les préparatifs se passent bien ? interrogea Arturo.
— Si, il ne reste plus que la partie avec Don Diego, affirma Garcia.
— Bien, vous pouvez disposer.
Garcia le salua, cependant il s'arrêta avant d'ouvrir la porte.
— Qu'y a-t-il, Sergent ? demanda Toledano devant sa réaction.
Garcia se retourna et regarda son supérieur.
— Sauf votre respect, Capitán, pourquoi avoir dit ceci à Don Diego ?
— Arturo, vous êtes revenu, l'interrompit Raquel.
— Sergent…
— Si !
Les mots furent inutiles pour Garcia qui sortit aussitôt de la pièce.
— Vous nous écoutiez, très chère ? demanda Toledano une fois que le sergent eut refermé la porte.
— Ce n'est que fortuitement que j'ai ouï votre conversation avec Don Diego. Et je dois admettre que je suis tout autant surprise que le sergent. Cacheriez-vous quelques secrets, très cher ? demanda Raquel avec intérêt.
— Le jeune De la Vega m'intéresse beaucoup, je l'admets… Il semble toujours se trouver au bon endroit au bon moment.
Raquel grimaça, un souvenir honteux en tête.
— Qu'avez-vous, ma chère ? demanda Toledano devant sa mine pensive.
— Oh, rien de particulier… Cependant… Cette affaire doit apparaître dans le rapport du sergent, soupira-t-elle.
— Expliquez-vous, je vous prie.
— Cela s'est passé durant votre absence… Avec le sergent, nous avons voulu piéger Zorro… et pour ce faire… nous avons arrêté Don Diego De la Vega sur la présomption qu'il était lui-même ce hors-la-loi.
— Vous avez fait quoi ? s'exclama Toledano surpris.
— Je sais, très cher, ce n'était pas très intelligent de ma part, et je n'en suis pas fière… Le fait est que Zorro a délivré Don Diego, comme attendu, mais nous n'avons pas pu l'attraper.
Il doit y avoir une explication, songea le capitán.
— Y avait-il un autre prisonnier ?
— Non… Don Diego était seul… Par contre, le cheval du Renard était dans l'enceinte du cuartel.
— Le cheval du Renard ? s'étonna Toledano.
— Si… Une personne à qui je parlais, mais dont je ne me souviens plus le nom, avait fait une remarque concernant la connivence entre le jeune De la Vega et l'équidé.
Le capitán sourit, à la fois amusé et de nouveau confiant.
— Ma chère, que diriez-vous d'aller prendre un rafraîchissement à la taverne. Cela vous changerait les idées, après tout le voyage a dû être ennuyeux.
— Oh, détrompez-vous. J'ai fait la connaissance de deux señoritas qui venaient rejoindre leur père respectifs.
— Ici à Los Angeles ?
— Tout à fait.
— Sont-ce des personnes que nous connaissons ? demanda Toledano intrigué.
— C'est la première fois que je rencontrai Doña Constancia et Doña Leonar. Nous avons parlé tout du long.
— De quoi avez-vous donc parlé ? questionna le capitán en souriant.
— Oh… Vous savez ce que c'est, très cher… Le commérage entre femmes… Il est souvent question de famille, d'amis, de légende…
— Ne tournez pas autour du pot, je vous prie. Auriez-vous peur que je ne sois jaloux ? ironisa Toledano.
— Je vous connais, Arturo. Cependant, je pense aussi savoir qu'il ne risquera rien.
— Qui donc ?
— Don Diego, affirma Raquel.
— Don Diego ? Pourquoi me parlez-vous de lui ?
— Il a été le sujet principal de discussion.
— Ah ! Voyez-vous ça ! s'exclama le capitán avant de rire de bon cœur. Vous me raconterez plus tard. Allons prendre ce rafraîchissement, ma douce.
Raquel sourit et attrapa le bras, galamment offert, de son mari.
…
Dans la taverne, Diego assit dans un coin, observait les clients. Il n'y avait rien d'inhabituel. Puis il remarqua le capitán et sa femme entrer. Il leur fit un signe de tête pour les saluer que le capitán lui rendit avant d'aller s'asseoir quelques tables face à Diego.
— Arturo, vous êtes incorrigible, lui fit remarquer Raquel en devinant son manège.
Appuyé contre la balustrade de l'étage après être sorti d'une des chambres, le vice-roi remarqua lui aussi le jeu du capitán. Puis Don Alejandro, Bernardo et Salena entrèrent. Diego se leva alors et leur fit signe. Sitôt qu'ils furent à ses côtés, Diego proposa une chaise à la señorita avec un sourire radieux.
— Don Diego est amoureux ou je ne suis plus une femme, affirma Raquel surprenant son mari.
— Vous savez, très chère, il n'est nul besoin d'être femme quand on a l'amour devant soi, dit le capitán souriant la faisant rosir.
— Comment va Miguel ? demanda Diego.
— Il va bien, le docteur lui a conseillé quelques jours de repos.
— Où est-il ? s'enquit le jeune don.
— Il n'a pas voulu venir, répondit Salena
— Oh !
Diego regarda Bernardo et lui fit un signe de tête pour aller vers l'extérieur. Bernardo hocha la tête et sortit de la taverne, se faisant basculer au passage par Don Sebastián qui arrivait.
— Faites attention où vous allez, gronda le jeune don qui savait pertinemment que Bernardo n'entendait rien.
Diego le regarda tandis que Bernardo haussât les épaules après avoir frotté sa veste froissée.
— Buenas tardes, Don Diego, salua-t-il poliment.
— Don Sebastián, répondit le jeune De la Vega lui rendant son salut.
— Señorita, c'est toujours un plaisir de vous voir, sourit-il en s'approchant d'elle.
Au moment où il voulut attraper sa main pour la lui baiser, Salena recula et se réfugia dans les bras de Diego qui mit aussitôt son bras autour de son épaule. Le geste n'échappa pas à Toledano qui observait la scène avec attention.
L'homme ragea silencieusement, faisant bonne figure, du moins le tenta-t-il, il s'essaya un commentaire.
— Eh bien, Señorita, vous sautez toujours sur le premier idiot qui passe ?
— Señor ! l'avertit le capitán avant que les choses ne dégénèrent.
Il avait remarqué poindre la colère de Diego et il ne voulait pas, du moins aujourd'hui, avoir à le raisonner. De toute façon l'homme était dans son tort. Don Sebastián se retourna vers l'officier et le regarda longuement tandis que Diego desserra sa mâchoire crispée. Grinçant des dents à son tour, Don Sebastián se tourna de nouveau vers Salena.
— Señorita, veuillez m'excuser, dit-il malgré lui en s'inclinant, avant d'aller s'asseoir un peu plus loin.
D'un signe de tête, Diego remercia le capitán mais ne relâcha pas pour autant Salena. Don Alejandro, outré par l'action de Don Sebastián, le remarqua néanmoins et en tira parti.
— Vous devriez songer à vous marier tous deux, leur chuchota-t-il avec sérieux et le regard étincelant.
Diego et Salena se regardèrent perplexe et rouge de confusion avant de reprendre quelque peu de distance l'un l'autre, faisant rire de plus belle Don Alejandro.
— Père ! s'exclama Diego tentant de reprendre contenance.
Néanmoins il fut surpris par la réaction de Salena qui se mit à rire, suivant l'exemple de Don Alejandro. Entraîné, Diego les rejoignit tandis qu'une autre personne arrivât, la tête basse, sa main droite bandée. Il se figea légèrement en apercevant les De la Vega et Don Sebastián. Respirant un bon coup, il s'approcha, avec détermination et crainte, de ce dernier.
— Don Hernando, l'accueillit Don Sébastian à bras ouverts, cependant Diego décela l'ironie dans sa voix et remarqua le malaise du nouvel arrivant.
— Asseyez-vous, voyons.
— Gracias, Señor.
Les deux hommes se mirent à discuter, commençant par des formalités polies, mais à la question : « que vous est-il arrivé ? », Diego prêta une oreille attentive sans en donner l'air.
— Je me suis fait mordre par un coyote, balbutia l'homme.
— Un coyote, voyez-vous ça ! Ce coyote a-t-il eu son compte ?
— Non, d'autres sont arrivés et m'ont obligé à fuir.
Brièvement, Don Sebastián tourna sa tête vers la tablée des De la Vega.
— Ils ont échoué à ce que j'ai pu constater.
— Les De la Vega sont une menace, chuchota Hernando si faiblement que Diego cru l'avoir imaginé. Pedro n'est toujours pas revenu de la chasse, Señor.
— Vous avez une autre bonne nouvelle à m'annoncer, ironisa Don Sebastián grinçant des dents et serrant ses poings de rage et de frustration.
— L'ens… L'enseigne d'Othello a été blessé durant la battue, murmura Hernando semi-énigmatique tandis qu'il eût l'impression que son cœur allait s'arrêter devant le regard noir du jeune don.
Don Sébastian frappa soudainement la table, les verres tremblèrent et le silence se fit dans la taverne. Diego fronça les sourcils et chacun regarda le jeune don avec curiosité. Celui-ci se leva brusquement et sortit non moins vivement, Don Hernando sur ses pas.
— Quel mouche l'a piqué ? questionna Don Alejandro.
— Je crains de ne pouvoir vous répondre, Père… Vous disiez ? reprit-il par la suite tandis que chacun reprenait ses conversations.
Le vice-roi décida alors de descendre avec sa fille qui venait de le rejoindre.
