Trouver le bonheur. Voilà un un idéal qui avait toujours parût idiot à Catherine. Essayer d'être heureux, de trouver de la joie dans des choses simples, elle avait toujours considéré cela comme un objectif pour les gens faibles et idiots. Et pourtant, cela faisait maintenant plusieurs heures qu'elle était assise sur le toit de son château, seule, à sérieusement envisager la possibilité d'échanger tout ses biens contre une chance de trouver ce bonheur.
Bien-sûr, elle ne perdrait pas tout. Elle prendrait possession du duché de Narcisse qui était le deuxième plus puissant du pays, elle serait toujours duchesse d'Urbino, comtesse de Bretagne et potentiellement Reine Mère dans le futur, et, par dessus tout, elle serait toujours l'héritière des Médicis, c'est-à-dire immensément riche.
Son argent était tellement abondant qu'il finançait toute la cour de France tout en lui permettant, à elle, une situation financière des plus confortables. Alors si cette fortune ne servait plus à alimenter le pays, Catherine pourrait considérablement augmenter ses activités de mécénat artistique et ses projets en tout genre, tout en maintenant un train de vie au moins aussi faste que celui qu'elle avait, ici à la cour.
Financièrement, elle savait qu'elle serait plus riche si elle n'était plus reine de France.
Mais, ne plus être reine, jamais elle n'avait imaginé qu'elle trouverait un jour cette possibilité attrayante.
Catherine tourna la tête et plongea, à nouveau, son regard dans les étendues de verdures qui s'étalaient devant elle. Son territoire. Elle n'aurait aucun mal à se séparer de ces terres qu'elle ne connaissait même pas, ce qu'elle redoutait de perdre c'était l'influence, le pouvoir. Le roi et ses conseillers dirigeaient la France, certes, officiellement du moins, mais c'était Catherine qui maintenait le pays à flot et elle avait la douloureuse impression que, dans le cas ou elle ne lutterait plus pour ce pays, la France s'écroulerait. Catherine tempérait les décisions d'Henri, tirait les ficelles durant les réunions du conseil, planifiait les assassinats qui devaient être planifiés...et tout cela car elle aimait la France. La France qui n'était même pas son pays de naissance, mais qui était devenue sa maison à l'instant même où elle y avait posé le pied. Pour le meilleur et pour le pire.
Catherine lâcha ses cheveux pour les laisser s'envoler dans le vent.
La France survivrait sans elle. Elle le savait. C'était de fausses excuses. Elle était tombée amoureuse de la France en même temps qu'elle était tombée amoureuse de Henri. Et si cela lui ferait un pincement au cœur de quitter le trône de France, l'idée même de quitter son mari pour ne jamais le revoir provoquait en elle un sentiment douloureux inexplicable. Annuler son mariage avec Henri, annuler 25 ans de sa vie...
25 ans de douleur, de solitude et d'humiliation! lui cria une petite voix dans sa tête.
Le tout au profit de Diane en plus! Cette pétasse recevrait un trône, le mari qu'elle avait toujours voulu, une respectabilité... Pourquoi? Pour la récompenser d'avoir été une briseuse de ménage, ambitieuse et vicieuse?
Elle glissa ses doigts contre sa nuque pour la masser. Le soleil était haut dans le ciel, elle était assise sur ce toit depuis bien trop longtemps, il était temps qu'elle retourne au château, à sa vie. De toute manière, il allait falloir qu'elle réfléchisse avant de donner une réponse à Narcisse. Catherine balaya donc du regard une dernière fois la vue époustouflante devant elle puis emprunta prudemment l'échelle en bois pour rejoindre l'intérieur de Fontainebleau.
Elle passa une journée terrible, sa tête la faisait atrocement souffrir à force de trop cogiter sur son avenir et le soupçon de culpabilité qui s'était glissé en elle l'avait poussé à éviter son mari durant toute la journée. Elle ne pouvait décemment pas discuter tranquillement de la pluie et du beau temps avec Henri alors qu'elle réfléchissait à annuler leur mariage pour épouser un autre homme.
Elle essayait de s'empêcher de culpabiliser en se rappelant que Henri, lui, n'avait pas fait preuve d'autant de retenue et de délicatesse durant ses nombreuses années de frasques et d'adultère. Mais, elle avait beau se dire ce qu'elle voulait, elle se sentait comme une petite menteuse adultère et comploteuse...
Et malheureusement, Henri, qui se réjouissait d'habitude de ne pas avoir sa femme dans les pattes, avait tout à coup décidé que sa présence à ses côtés était primordiale et l'avait envoyée chercher par un serviteur. Catherine n'avait pas trop le choix...
-Catherine, vous voilà !
-Vous m'avez envoyé chercher?
-Evidemment. Je ne vous ai pas vu de la journée et, grâce à mes informateurs, j'ai appris ce matin à propos de vos petites manigances avec le seigneur Narcisse.
Le sang de Catherine se glaça dans ses veines. Comment avait il pu apprendre aussi vite? Diane devait lui en avoir parlé...
Mais pourquoi semblait-il aussi...normal? Ne devrait-il pas être furieux ou choqué ou au moins...surpris? Ou bien peut-être était il simplement joyeux de savoir qu'il allait enfin pouvoir se débarrasser d'elle.
-Catherine? Vous allez bien? Vous ne culpabilisez pas j'espère... Enfin, je veux dire, ce n'est pas la première vie que vous prenez, et c'est loin d'être la plus innocente. Il n'y a pas une seule personne dans toute l'Europe qui s'attriste de la mort de ce crétin de duc de Guise !
-Oh, et bien...ravie d'avoir rendu service à la nation !
Quelle sotte! Evidemment qu'Henri n'était pas encore au courant pour cette histoire d'annulation de mariage, il parlait de l'assassinat de Christian de Guise. Avec toutes les émotions de la journée, Catherine avait complètement oublié qu'elle avait fait assassiner cet idiot la nuit dernière.
A quel moment en était-elle arrivé à ne plus se rappeler qui est ce qu'elle avait empoisonné la veille?
-Catherine vous êtes avec moi?
Catherine sursauta.
-Qu'est ce qui vous arrive? Vous avez dormi cette nuit? J'ai l'impression que vous êtes complètement ailleurs.
-Je suis là. Il y a autre chose?
-C'est à cause de notre discussion d'hier?
-Quoi? Non.
-Alors qu'y a-t-il?
-Rien je vous dis
-Vous pouvez me parler
-Vous devenez ridicule Henri! Allez chercher la prochaine jupe que vous allez soulever au lieu de vous improviser mari inquiet. Nous nous en porterons tout les deux mieux!
Sur ce, elle se retourna et quitta le bureau privé d'Henri en une fraction de seconde, ses jupes fouettant contre le carrelage froid et laissant Henri cloué sur son siège, abasourdi devant le comportement étrange de sa femme.
Catherine, elle, entra dans ses appartements en claquant la porte, pour se retrouver nez à nez avec une jeune servante qui tenta une révérence désastreuse.
-Votre majesté, voilà le jus raisin que vous aviez demandé.
-Du jus de raisin? J'avais demandé du thé! Avez-vous la mémoire courte ou bien êtes-vous juste trop idiote pour faire la différence entre du jus et du thé?!
Quelle empotée incompétente!
La jeune servant blondinette qui devait à peine être en âge de se marier se décomposa au point qu'on aurait pu croire qu'elle allait pleurer.
-Votre majesté, acceptez m..mes plus sincères excuses, ce..cette erreur va être corrigée immédiatement.
Catherine observa les yeux de la jeune fille se remplir de larmes alors qu'elle se dirigeait vers la porte avec son plateau à la main.
-Attendez! Oubliez le thé et apportez moi un verre de vin...ou plutôt une bouteille!
La servante hocha la tête de partit en courant pour s'exécuter. Catherine s'assit sur sa chaise longue en prenant sa tête dans ses main. C'était toujours comme ça, elle devenait exécrable quand elle était préoccupée, mais, elle savait qu'hurler sur Henri ou bien sur une servante à cause d'un jus n'était pas la solution.
Il lui fallait un verre d'alcool, ou plusieurs, afin d'embrumer son esprit et de lui permettre de se détendre un peu. Elle allait devenir folle si elle continuait à faire des listes dans sa tête de raisons pour lesquelles elle devrait accepter la proposition de Narcisse, ou la refuser.
Ce soir là elle n'alla donc même pas dîner, et se contenta d'enchaîner les verres d'un vin rouge succulent. Chaque gorgée qu'elle faisait tournoyer dans sa bouche brûlait un peu sa gorge mais elle pouvait sentir l'alcool se répandre dans son corps comme un anesthésiant puissant. La chaleur lui montait, sa peau était brûlante et son esprit un peu brumeux mais elle se sentait mieux.
Elle avait renvoyé toutes ses domestiques et enlevé ses bijoux et détaché ses cheveux. Catherine supportait généralement bien l'alcool, et heureusement, car il fallait être capable d'enchaîner les verres lors des événements officiels, mais là, elle avait déjà bien entamé sa seconde bouteille et ses sens n'étaient plus très aiguisés.
C'est alors que lui vint la brillante idée de sortir faire une promenade. Elle adorait le château de nuit.
Désolé si il n'y a pas beaucoup d'action dans ce chapitre un peu court, c'est surtout les hésitations de notre belle reine. J'espère que cela vous a plu quand même...A très vite!
