Bonjour bonjour !

Oui je suis en retard, mais à ma défense mon ordi était cassé et j'ai dû en racheter un autre.

La bonne nouvelle par contre c'est que comme j'ai maintenant fini d'écrire le chapitre 18, il ne me reste que deux chapitres à écrire avant d'en avoir terminé avec cette fic, donc on va repasser sur le système que j'avais déjà utilisé avec Etranges Coïncidences:

Les chapitres paraîtront maintenant toutes les semaines si j'ai au moins deux reviews, sinon on restera au rythme de parution normal de une semaine sur deux.

Bonne lecture !


Chapitre 8 : Dissection (partie 2)

"C'est mon frère. Elle haussa les épaules. Je le connais quand même un peu, non ?"

Lindsey se rapprocha et, repoussant l'instinct qui voulait qu'elle ne quitte pas cette menace des yeux, elle se rassit pour faire mine de regarder la télé. Le crissement des vieux ressorts lui apprit qu'elle s'appuyait sur le dossier à sa gauche, mais elle se força à ne pas relever le nez.

"Tu es sûre ?"

Le journal était passé de l'arrestation du Sphinx à une enquête d'actualité sur la qualité du lait dans les produits alimentaires.

"… Oui."

Non.

"Donc tu sais pour l'homme en cage dans le laboratoire ? Pour le trafic de drogue qui renfloue toute cette petite sauterie et les nombreuses, très nombreuses Scarletts qui se sont succédées à ses côtés pendant les longues soirées d'hiver pour mourir aux premiers rayons du printemps ?"

Mais bien sûr. Rosemary voulait bien croire qu'il avait réussi à se trouver une copine, mais elle doutait qu'il les ait enchaînées parce que franchement, il était ni assez canon, ni assez riche. En plus Scarlett lui avait déjà dit que ça faisait six ans qu'elle était ici. Au final, parler à Lindsey c'était un coup pour rien, tout ce qu'elle allait faire c'était se moquer de son âge et lui raconter des salades. Rosemary commençait à avoir l'impression que Lindsey, c'était beaucoup de bruit pour pas grand-chose : elle faisait de son mieux pour apparaître comme quelqu'un d'intimidant mais si elle osait dire ou faire quoi que ce soit contre elle, Jonathan lui tomberait dessus comme une tonne de briques. C'est pourquoi elle serra les dents pour s'empêcher de bégayer et lui répondit sur le ton aigre qu'elle avait toujours rêvé d'employer au collège :

"Oh arrête de te la jouer." Lâcha-t-elle en levant les yeux au ciel. "Evidemment que je sais pour la drogue et pour les tests sur les humains, c'est partout dans les journaux, je sais lire. Et la prochaine fois que tu essayes de raconter n'importe quoi, essaye de trouver quelque chose de crédible ; Scarlett m'a déjà dit que ça fait six ans qu'elle travaille pour lui et qu'elle se prostituait avant. Je pensais que t'avais quelque chose d'intéressant à dire, mais si tu comptes juste brasser du vent pendant une demi-heure…"

Elle laissa sa phrase en suspend mais Lindsey ne dit rien. Ah ! Elle était séchée maintenant.

"Je pourrais te tuer." Sa voix était devenue froide et elle serrait le bord du canapé. "T'arracher les yeux là tout de suite-"

"Ouiiii, bien sûr." Dit-elle sarcastiquement. "Et dans une heure on te retrouve dehors pendue par les tripes. Si tu as de la chance."

Elle ressentit une joie mauvaise devant son rictus. Ca faisait du bien de pouvoir être intouchable pour une fois. La mâchoire de Lindsey se serra pendant quelques instants avant que son sourire mauvais lui revienne.

"Un. Six. Huit. Douze."

"Mais encore ?"

Elle s'assit à côté d'elle et s'affaissa dans le dossier avec un grand sourire malsain.

"Au fond du bouge que tu as dû traverser pour venir ici, il y a un renfoncement et dans ce renfoncement, il y a une porte cachée avec un digicode." Elle se tourna vers elle, essaya de poser son bras sur ses épaules, Rosemary retira le bras de ses épaules, et elle continua. "Et derrière cette porte, il y a le labo de ton frère et le cadavre de ton père."

Tiens elle était bonne celle-là.

"Bien tenté mais j'ai pas de père."

"Mais tu as une mère n'est-ce pas ? Tout le monde à une mère, et la tienne n'est pas là."

"Bah oui, elle est en Géorgie."

"Ta mère est morte espèce de petite conne." Finit-elle par siffler entre ses dents, excédée par son attitude. "Ton frère était encore dans le coin parce qu'il la enterrée vivante avec l'aide de Molly et on te cherche parce qu'on a retrouvé son cadavre et que personne ne sait où tu es et où est ton père."

Ce fut au tour de Rosemary de se taire. Plus elle l'écoutait et plus elle pâlissait en réalisant que tout ce qu'elle disait tombait sous le sens. Ça avait été bizarre qu'il soit encore là. Ça avait été bizarre que sa mère parte inopinément en voyage pour un concert qui devait prétendument durer une semaine. C'était comme si son cœur avait remonté le long de sa colonne pour venir bloquer sa gorge. Mais ça n'était pas bizarre que Jonathan, qui détestait leur mère, finisse par décider de la tuer et de kidnapper sa petite sœur pour qui il avait de l'affection. Et si elle ne se trompait pas, que celui que Lindsey désignait comme son père était Lionel, alors ça expliquerait aussi pourquoi elle ne l'avait pas revu après être montée chercher ses affaires. Ils l'avaient tué parce qu'elle le trouvait louche.

Rosemary avait fait tuer Lionel.

"Ton père est en train de se faire ouvrir en deux pour que l'épouvantail puisse voir si sa viande est encore assez fraiche pour la vendre à des cannibales." Continua-t-elle, ravie devant l'effet que ses paroles avaient sur la petite. "On en a quelques-uns en ville, Cornelius Stirk, Pyg, le Cirque de Lestrange et toute leur petite famille. Tu penses que tu tiendrais combien de temps dans cette ville si tu ne pouvais pas aller pleurer dans les jupes de grand méchant Johnny ?"

"Plus longtemps que toi quand il apprendra que tu as craché le morceau", dit-elle froidement.

Elle eut à peine le temps de se lever que Lindsey l'avait attrapée rudement pour la retenir, son sourire oublié. Son expression était plus effrayée que menaçante.

"N'essaie même pas ou je te-"

"Ou tu me quoi ? Tu es pathétique." Dit-elle avec un sourire amer.

Ce n'était pas vrai mais elle voulait la blesser. Elle voulait qu'elle se sente aussi mal qu'elle. Que Lindsey ait peur pour sa vie, qu'elle fuit loin et ne revienne jamais.

"Si tu tentes quoi que ce soit sur moi il te retrouvera et il te torturera pendant des jours avant de te tuer. Ma mère est morte, je ne suis plus en Géorgie et tu n'as rien pour me menacer. Alors tu me lâche et tu t'enfuis tant que tu le peux encore."

Elle arracha sa main et fit un pas en arrière pour mieux se délecter de l'horreur qu'elle voyait sur son visage.

"Prends de l'avance."

Sans attendre de voir quelle serait sa réaction, elle sortit de la pièce. Il fallait qu'elle voit si c'était vrai. Après tout, si Lindsey mentait tout le temps, peut-être que c'était une autre de ses inventions non ? Il y avait encore une chance que sa mère soit en vie non ? Qu'elle puisse un jour revenir en Géorgie où tout était plus simple, qu'elle puisse s'allonger dans les prés ensoleillés, déambuler de nuit entre les rangées de maïs, à l'abri du danger, qu'elle puisse prendre sa maman dans ses bras au moins une fois. Elle ne ferma pas la porte de l'appartement. Peut-être que des rats y rentreraient, mais pour le moment ça lui était égal. Sa maman n'était pas morte. Elle ne pouvait pas être morte, elle était trop jeune et trop maquillée. Non ça ne faisait aucun sens mais c'était ce à quoi elle se rattachait. Tout son corps était cotonneux, elle se sentait pas les planches pourries craquer sous ses pas ou l'odeur de moisissure. Elle ne voyait que la lumière verte de la diode du digicode, qui ouvrirait la porte, qui lui montrerait une bonne fois pour toute que Lionel n'était pas là, que sa maman était en vie et que tout cela n'était qu'un tissus de mensonge.

La porte se ferma derrière elle.

Une fois à l'intérieur l'odeur de fer et de poussière la prit à la gorge et dans la pénombre elle ne voyait rien de ce qui était autour d'elle, juste la lumière qui s'échappait du bas de la porte un peu plus loin. Elle resta immobile un instant, choquée par ses propres actions et pétrifiée par la peur de l'inconnu. Puis elle essuya ses larmes, qu'elle n'avait pas remarquées avant, et avança d'un pas vif vers la lumière, ignorant ce qui semblait être des cellules sur les côtés. Le bruit des mouches dans l'une d'elle qui était si puissant qu'on aurait dit que quelqu'un avait coincé un morceau de plastique dans un ventilateur. Rosemary ouvrit la porte et entra sans hésitation.

Éblouie par la lumière au départ elle ne vit que du blanc. Elle dû cligner une ou deux fois avant que la pièce ne lui apparaisse clairement.

Il y avait de nombreuses armoires et étagères en métal plus ou moins rouillées contre les murs, où étaient empilés des centaines de pots, de bocaux, de fioles et de bouteilles de toutes formes et de toutes tailles. Certains avaient des étiquettes, d'autres non, les marquages étaient parfois presque effacés ou faits à la main mais elle en reconnaissait très peu. Elle se souvenait avoir entendu parler de choses comme le chlorosulfate ou le potassium en cours de chimie alors elle se dit qu'il devait faire ses expériences avec ça. Le centre de la pièce était occupé par une très longue table en bois recouverte de brûlures, de formules chimiques écrites au feutre noir, de papiers et d'un grand nombre d'erlenmeyers, de condensateurs, de brûleurs, de colonnes à froid bien plus grosses que celles qu'elle utilisait en classe et de beaucoup d'autres machines pleines de boutons qu'elle ne reconnaissait pas. Elle avança jusqu'au fond sans faire attention au bruit qu'elle faisait, regardant autour d'elle sans trouver son frère. Pourtant sa voix avait l'air de venir du fond ?

Arrivant au bout de la pièce elle vit que le laboratoire continuait comme un L et regarda à gauche. Il y avait la trois cages où des lapins gisaient -non dormaient, ils respiraient encore- un énorme sac de toile remplit de petites roses bleues, une vielle cuisinière sur laquelle bouillaient deux faitouts et des rideaux de plastique à lamelles larges à travers lesquels elle pouvait voir la forme mince de Jonathan se penchant sur une table, du blanc, du rouge et sous lesquels dépassaient une traînée de sang. C'est là qu'elle se dirigea, notant absentement que le minuteur indiquait qu'il faudrait encore une demi-heure de cuisson. Mettant ses mains entre deux lamelles Rosemary prit une grande inspiration et les écarta.

C'était rouge.

C'était bien Lionel. C'était son visage. Ses yeux vitreux la regardaient depuis la table d'opération mais ce ne fut pas ce qui retint son attention. Non, ce fut ses côtes écartées sur ses organes, ses intestins repoussés entre ses jambes, la petite table à roulette en métal supportant des ustensiles divers et variés comme une cuvette en forme de haricot, des scalpels, deux scies et même un sécateur, tous maculés de sang. Elle ne vit même pas le tableau blanc recouvert des notes quasi illisibles de son frère ou les bidons et autres bombonnes. Beaucoup auraient tué pour avoir l'un ou l'autre. Et son frère, vêtu d'une blouse blanche qui ne l'était plus tant que ça, les bras couverts de sang jusqu'aux coudes, chantait toujours en faisant une incision dans l'estomac.

Elle avait cru qu'il y aurait plus de sang. Quand Karen l'avait emmenée à l'abattoir pour lui montrer comment vider un cochon, il y en avait eu beaucoup plus que ça.

Rosemary contourna la table d'opération et posa son pistolet entre la cuvette en forme de haricot et le sécateur avant de se pencher un peu pour voir ce qu'il faisait.

"Que voulait Sionis ?"

"Je ne sais pas. Et je ne sais pas qui est Sionis."

Elle vit le scalpel s'immobiliser et regarda vers les poumons de Lionel en cherchant la balle.

" Sionis", dit-il lentement, "c'est Roman Sionis. Black Mask."

"Ah."

Bon à savoir. Elle n'eut pas besoin de le regarder pour savoir qu'il lâcha la lame, posa ses mains contre la table d'opération et la regarda fixement. Elle évita son regard, se sentant à la fois horriblement mal et incroyablement calme. Comme si sa conscience était très loin à l'arrière de sa tête et que son corps agissait tout seul, comme un automate. De son côté, Jonathan se pinçait l'arête du nez.

"Dis-moi que ce n'est pas la faute de Lindsey."

"Ce n'est pas la faute de Lindsey."

"D'accord, merci, tu peux me dire la vérité maintenant ?"

"C'est la faute de Lindsey."

Elle se tourna vers lui et il aurait été difficile de dire lequel des deux avait le regard le plus insondable. Pour le moment il n'avait pas l'air fâché.

"Est-ce que tu as tué maman ?"

Il haussa un sourcil. Visiblement il ne s'était pas attendu à une telle question. Ceci dit elle ne s'y était pas attendue non plus. Jonathan se redressa lentement et croisa ses bras sur son torse. A cause de sa taille on aurait presque dit qu'il la toisait mais elle le connaissait mieux que ça. Il était en train de l'évaluer.

"Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?"

Elle lui récapitula toute la discussion qu'elle avait eue avec Lindsey sans la moindre inflexion dans la voix. Il attendit quelques instants sans rien dire puis se retourna vers le cadavre et reprit son scalpel.

"Désolé de te décevoir mais ce n'était pas moi. Karen a fait de mauvais choix et c'est pour ça que nous en sommes là."

Il fit un petit coup de tête vers la gauche.

"Il y a des blouses dans l'armoire."

Elle ne bougea pas. Quand il comprit qu'elle ne ferait rien tant qu'il n'aurait pas répondu il souffla doucement.

"La crise d'adolescence ne commence pas avant treize ans, non ?"

"Où est maman ?"

Rosemary croisa ses bras, remarquant au passage qu'elle tremblait toujours bien qu'elle se sente très calme maintenant. Peut-être trop calme. Définitivement trop calme si on considérait le fait qu'elle était à exactement huit centimètres du cadavre du petit ami de sa mère qu'elle avait fait assassiner pour une raison idiote et qu'elle marchait dans son sang en parlant avec un super vilain. Le criminel en question finit d'ailleurs par répondre en finissant son incision.

"Je commence à penser que les femmes sont comme des policiers", nota-t-il avec une certaine aigreur. "Vous avez beau avoir toutes les preuves du monde vous voulez tout de même une confession. Selon toi pourquoi est-ce que Lionel est mort ? Et passe-moi les pinces à... celles qui ont des dents s'il te plait."

Elle obéît machinalement en réfléchissant, ce qui était un peu difficile là tout de suite. Son crâne lui donnait l'impression d'être remplit de coton.

"Parce que je t'ai dit qu'il me faisait peur." Murmura-t-elle dans un souffle. "Parce qu'il voulait tout le temps être proche de moi et parce que je voulais pas rester seule avec lui pendant une semaine."

Il posa les pinces sur deux gros tubes aux bords de l'estomac et continua à couper des choses autour.

"Non. Je l'ai tué parce qu'il avait plusieurs condamnations pour harcèlement sexuel envers des mineures, outrage à la pudeur et détention de pornographie infantile. C'était tout naturel que tu aies peur de lui, ça s'appelle l'instinct de survie."

Sa bouche s'ouvrit sans qu'elle ne sache pas tout à fait pourquoi. Ses yeux se brouillèrent à nouveau de larmes et son corps semblait trop lourd pour elle. Pourtant aucune pensée ne lui traversa l'esprit, juste une horreur sans nom.

"Va me chercher la balance s'il te plait." Dit-il, la faisant sursauter.

Elle alla la chercher dans l'armoire et après une courte hésitation elle récupéra une blouse tant qu'elle y était pour qu'il continue. Elle voulait savoir.

"Merci", dit-il en posant l'estomac dessus. "Pour ce qui est arrivé à Karen je ne peux que spéculer, mais je pense qu'il s'est débarrassé d'elle et voulait t'emmener avec lui hors de l'état. Tu as lu Lolita ?"

"Non."

"Parfait, ne lit jamais ça."

Il nota le poids pendant qu'elle mettait la blouse et contournait le corps pour aller en face de lui. Plus il parlait et mieux elle se sentait, oubliant presque que cette situation n'avait rien de normal. Parce que pouvoir parler en face à face avec lui en faisant quelque chose ensemble ça la rassurait énormément et lui faisait beaucoup de bien. Peut-être parce qu'il était la seule chose qui la raccrochait à sa vie d'avant. Elle pointa le cœur, qui semblait être en mauvais état.

"La balle est toujours là ?"

Il prit une baguette fine en plexiglass sur la table et l'inséra dans un trou jusqu'à ce qu'il touche quelque chose avec un petit Tac.

"Non, elle est passée à travers et s'est logée dans la colonne."

Elle pencha la tête sur le côté en tendant sa main pour qu'il lui passe le bâton. Il l'inclina vers elle avec un bruit mouillé, comme une éponge couverte de liquide visqueux.

"Je croyais que le cœur était à gauche ?"

Il lui fit un sourire. Pas cruel ou sarcastique, juste calme. Content de lui enseigner quelque chose aussi, peut-être. Se tournant un instant vers la tête de Lionel, elle ignora le nœud qui lui tordait l'estomac en voyant ses yeux vides et prit le bâton en se penchant pour regarder le cœur de plus près. Il était plus petit que celui d'un cochon en tout cas.

Tac Tac Tac

"On croit toujours que le cœur est plus à gauche qu'il ne l'est vraiment. Là il est abîmé donc tu ne le vois pas bien mais normalement il est assez penché, c'est ce qui donne cette impression."

Elle retira le bâton pour toucher avec ses doigts, essayant de le bouger. C'était tout aussi visqueux que ça en avait l'air. Comprenant ce qu'elle cherchait à faire il lui tendit un scalpel un peu moins couvert de sang que le sien et lui indiqua comment faire pour le dégager. Pour pouvoir voir ce qu'elle faisait il contourna la table à son tour et posa ses mains sur ses épaules, regardant ce qu'elle faisait de plus haut. Sur le ton de quelqu'un qui parlait du temps elle lui demanda:

"C'est toi qui l'a tué ?"

"Non, c'est Molly."

C'était grave si à ce stade-là elle n'était même plus surprise ?

"Est-ce que Molly travaille pour toi aussi ?"

"Coupe un peu plus à gauche, là tu abîme l'aorte. Ici, oui. Et j'aimerais bien que Molly travaille pour moi mais non. Elle est interne à l'hôpital de Boston et elle va à la fac de médecine. C'est une héroïne là-bas."

Ah ça par contre ça la surprenait.

Elle fit une pause et releva la tête pour le regarder avec de grands yeux.

"Ca te gêne pas ?"

Il la poussa un peu avec son menton pour qu'elle rabaisse la tête vers le cadavre.

"Pas vraiment, elle ne fait rien ici et je sors rarement de Gotham. Molly tue des violeurs et des pédophiles dans son temps libre et laisse les preuves à la police. Je ne trouve pas ça très héroïque mais j'imagine que je suis un peu vieux jeu. Quand on me dit héros j'imagine plutôt Superman en train de me sermonner parce sa cape est déchirée et que c'est sa mère qui l'a lui a cousue."

Elle poussa un petit rire nerveux qui lui fit mal à la gorge et il posa sa tête sur la sienne.

"J'étais tellement abasourdi qu'il a fallu que Jervis lui pose une puce pour que je réalise qu'il fallait que je bouge. Je ne m'en suis jamais remis. Je crois que tu peux l'enlever maintenant."

Elle hésita un instant, surtout en sentant le regard de Lionel, mais son frère lui frotta doucement les épaules avec ses pouces et elle tira l'organe à deux mains d'un coup sec avant de le poser à côté de sa tête. Rosemary se sentait nauséeuse en le regardant dans les yeux mais il n'y avait pas de place ailleurs, ses intestins trainaient un peu partout, ce pour quoi elle était reconnaissante dans un sens, puisque ça cachait ses parties intimes. Une fois que ce fut retiré elle fouilla un peu du bout des doigts pour retrouver la balle. Voyant qu'elle n'arriverait à rien elle reprit le scalpel et commença à charcuter son chemin à travers les muscles, se concentrant sur la chaleur de Jonathan pour ne pas réfléchir au fait qu'elle venait d'arracher le cœur du petit ami de sa mère. Littéralement. En fait quand ils parlaient c'était bien.

"Tu vas te plaire ici. Ça va prendre du temps mais tu finiras par t'y faire. Je ne t'aurais pas emmenée sinon."

Tout en hochant la tête elle rabaissa les yeux vers ce qui ressemblait de plus en plus à une charpie sanglante et gratta l'os pour déloger la balle. Elle y tenait. Elle ne savait pas pourquoi mais c'était important. Enfin, après moult bruits répugnants, elle délogea la balle. Dans le creux de sa main ça semblait si petit. Après l'avoir regardée pendant quelques secondes Rosemary la lâcha dans la cuvette, sentant qu'elle avait fait ce qu'elle devait faire.

Ensuite elle se retourna et se jeta dans les bras de son frère pour fondre en larmes.

Sa crise dura une plus d'une vingtaine de minutes, pendant lesquelles elle parla de façon totalement incohérente de tout ce qui n'allait pas, de ce qui allait mais qui ne devrait pas aller, de sa culpabilité, de sa colère, de sa tristesse, de son sentiment de trahison devant tout ça. Le fait que le câlin les avait tous les deux couverts de sang ne fit qu'empirer son hystérie. Au bout d'un moment ses hoquets l'empêchèrent de parler, elle se mit à tousser et rien ne la calmait. Accablée par l'horreur, elle sentit à peine quand son frère la força à s'asseoir par terre, mit sa tête entre ses genoux et pressa sur son ventre pour lui faire reprendre une respiration normale. Lionel était mort à cause d'elle. Lionel était un pédophile. Elle avait arraché le cœur de Lionel. Lionel avait tué sa maman. Sa maman était morte. Ils étaient encore à côté du cadavre de Lionel. Toutes ses pensées empoisonnaient son cerveau, tournant encore et encore dans son esprit sans qu'elle ne puisse y réchapper.

Sa maman était morte.

Elle ne reviendrait jamais en Géorgie.

Sa maman était morte.


Et voilà, maintenant vous savez pourquoi Lionel agissait comme ça et pourquoi Rosemary a été droguée : pour qu'elle s'endorme vite fait histoire qu'ils puissent aller chercher son cadavre dans le coffre et le planquer dans le labo. Merci à BlueVassilissa pour la review et à la prochaine !

- Changements : Rosemary n'apprend pas avant ce chapitre-là que sa mère a disparu et que Lionel et mort, pour renforcer son choc. Et j'ai mis un code sur la porte parce que réflexion faite, un super laboratoire de criminel dans lequel on entre comme dans un moulin ça faisait con. Ah et Lindsey est encore plus mauvaise que la dernière fois parce qu'elle est cool comme ça. Après ce chapitre je ne noterais plus les différences parce que c'était aussi loin que j'étais arrivée la dernière fois.

- Je ne sais pas si ce que fait Crane vers la fin est une vraie méthode de médecin pour calmer une attaque de panique, mais je l'aie vue utilisée.

- Dans Lolita de Nabokov, le protagoniste pédophile profite de la mort accidentelle de sa femme, Charlotte Haze, pour entraîner sa belle-fille de onze ans Dolores Haze dans un road trip à travers les Etats-Unis pendant lequel il la violera quotidiennement. Elle ne parviendra pas à s'enfuir avant ses quinze ans, vers lesquels il projetait de la mettre enceinte avec Lolita 2, qu'il violerait à son tour quand Dolores aurait vieilli et ne serait plus intéressante. Dans ces conditions, je pense que vous pouvez comprendre pourquoi Crane ne veut pas que sa petite sœur lise ça. Moi je l'ai lu et juste… Beurk.

- Si vous reconnaissez le passage sur la description du labo et un peu lors de la dissection c'est normal. C'est parce que de toute la fic c'était l'un des seuls morceaux dont j'étais vraiment fière, donc je l'ai repris. Et souvenez-vous : c'est pas du plagiat si on se plagie soi-même !

- J'ai donné un costume inspiré du Baron Samedi à Lindsey parce que j'écoutais du Christophe Mae quand je travaillais sur elle, la chanson sur le bayou là. A l'origine on ne voyait jamais personne en costume dans cette fic (c'était voulu) mais j'ai décidé que Lindsey, elle, apparaîtrait en costume car le Baron Samedi est ce qu'on appelle un psychopompe, une entité qui guide les âmes vers la mort. Comme c'est elle qui envoie Rosemary à la cave j'avais trouvé ça approprié.

- Ce n'est pas très connu mais les pistolets avec silencieux qui étouffent complètement les bruits ça a existé, et c'était même pas fait pas des américains ! C'était le Nagant (18)45 belge, très utilisé par l'armée russe et en particulier le NKVD (services secrets soviétiques) parce qu'il est tellement petit qu'il tient dans la paume de la main et ça reste l'un des pistolets les plus silencieux qui ai jamais existé. De nos jours, la société Nagant n'existe plus mais leurs bâtiments de production ont étés rachetés par l'armée belge. Donc franchement avec toutes les armes bizarres, rares, occultes etc de l'univers DC est-ce que ça vous surprend vraiment que Molly ai pu se trouver un vieux Nagant et le retaper ?