-Sortez !
Alors, les trois se dirigèrent prudemment vers la sortie, décidant de ne pas contredire leur roi car celui-ci semblait irrité et...bizarre.
-...pas vous Catherine, vous restez.
Diane et Narcisse claquèrent la porte en sortant tandis que la reine s'approcha doucement vers son mari, dans un long silence pesant.
-Henri, je..
-C'est vous qui avait eu cette idée?
-Qu-quoi ?
-Je vous demande si vous avez décidez que vous alliez annuler notre mariage pour épouser votre amant ou si c'est lui qui a eu cette idée.
-Quelle importance?
-Cela m'importe.
-En fait c'est vous Henri.
-Pardon ?
-C'est votre idée, enfin celle de Diane mais, selon ses dires, cette idée lui est venue le jour où vous lui avez dit que vous alliez me répudier pour adultère et l'épouser.
Henri expira bruyamment. Catherine n'était pas censé être au courant un jour de cela.
-Je lui ai dis cela juste après avoir appris que vous m'aviez été infidèle. Et, je n'ai jamais mis ce plan à exécution. C'est donc une vengeance?
-Une vengeance impliquerait que mon but soit de vous faire du mal. Hors, me dégager du paysage et épouser votre Diane bien-aimée, c'est tout ce que vous avez jamais souhaité non ?
Si seulement vous saviez à quel point cela ne l'est pas Catherine...
Henri se leva de sa chaise et vint se placer devant elle. Il mordait presque ses lèvres pour les empecher de trembler tant la phrase qu'il s'apprêtait à prononcer le faisait souffrir.
-Donc vous aimez tellement ce gars que vous êtes prêtes à absolument tout abandonner pour lui?
Catherine se sentait si mal. Henri essayait de garder un ton neutre mais elle voyait clairement à quel point il était blessé. Mais pourquoi? Elle savait qu'il ne l'aimait plus. Alors pourquoi? Pourquoi n'acceptait-il pas qu'elle ne lui appartienne plus? Encore ce foutu ego?
-Ecoutez Henri, ne rendez pas les choses difficiles. Nous ne sommes pas, ou du moins, plus amoureux, nous passons notre temps à nous blesser l'un-l'autre.
Henri ouvrit la bouche pour répondre mais elle lui fit signe de la laisser finir. « Peut-être que cela ne vous affecte pas, que vous le supportez parce que je ne suis pour vous qu'un élément décoratif officiel et que vous avez votre vie, vos maîtresses à côté.» sa voix commençait à trembler mais elle continua «mais justement, je ne suis pas qu'un élément décoratif, je suis une femme et, en tant que telle je sais que j'appartiendrais toujours à un homme, mais, je ne supporte plus d'être enchaînée à quelqu'un qui ne veut pas de moi»
Henri avait mal d'entendre à quel point sa femme se sentait mal-aimée. Elle s'approcha encore de lui et posa une main suppliante sur son bras «Je sais que cette idée ne vous plait pas mais j'ai trouvé quelqu'un qui veut vraiment que je sois à lui, et, vous, vous voulez que Diane sois officiellement votre. Alors, s'il vous reste une once de compassion pour moi au fond de votre cœur, acceptez parce que je suis malheureuse Henri...»
Ses derniers mots étaient presque une prière et Henri voulut la prendre dans ses bras mais, elle était déjà partie, laissant une pièce froide et vide. Froide et vide, voilà ce qui qualifierait la vie d'Henri le jour où sa femme le quitterait.
Un cri strident rempli de rage, de douleur et de frustration sortit de la gorge du roi. Il attrapa le vase florentin en marbre qui ornait le bureau et le fracassa au sol. Et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la pièce avait été saccagé.
Henri se retrouvait debout dans une mer de débris, au milieu des morceaux de meubles, de vases, de papier et petit à petit, la fureur se transformant en souffrance, il tomba douloureusement à genoux ,au sol, le visage ravagé par d'incontrôlables larmes.
...
Le roi de France était assis par terre, au milieu de son bureau. Il n'avait pas eu la force de bouger après le départ de se femme, s'il pouvait encore l'appeler ainsi.
Il avait voulu se plonger dans les papiers pour regarder si leur idée était réalisable, se renseigner si le Pape y serait favorable, étudier les conséquences financières...mais Henri ne pouvait tout simplement pas réfléchir, ne pouvait pas non plus contrôler les innombrables souvenirs de sa vie heureuse avec sa femme qui défilaient dans sa tête.
Il repensait au jour de leur mariage, à quel point elle était belle. Ils étaient si jeunes, il ne se doutait pas, à l'époque, à quel point cette petite fille têtue au sourire ravageur et aux courbes renversantes allait devenir une reine incroyable, une mère attentive, une femme indomptable qui bouleverserait toute sa vie et ses certitudes. Le jour où il l'avait vue s'avancer vers l'autel, il avait compris qu'elle était...spéciale, qu'elle avait un truc. Mais il ne se doutait pas à quel point ce truc indescriptible qu'elle avait en plus le ferait tomber fou amoureux d'elle, douloureusement amoureux d'elle.
J'ai tellement merdé...
Henri n'était jamais tombé amoureux, il n'avait même jamais prononcé ou entendu un «je t'aime» que ce soit de la part des femmes ou de ses parents. Et au moment où il avait compris qu'il était fou de cette petite italienne, qu'il se réveillait le sourire aux lèvres chaque matin à l'idée de la voir, que son odeur lui était devenue indispensable, que la simple idée de voir un homme la regarder lui donnait des envies de meurtre...il avait pris peur.
Il avait eu peur parce qu'il s'était rendu compte qu'il aimait profondément une femme qui ne voulait pas s'ouvrir à lui, qui montait des barrières pour protéger son cœur, ses secrets.
A partir de là, il avait développé une certaine haine envers elle, oui, il la détestait pour être si belle et pour l'avoir fait tomber amoureux d'elle alors qu'elle se refuserait toujours à lui faire confiance, à le laisser la connaître et à le laisser l'aimer. Et, pris dans le tourbillon du pouvoir et de la facilité, Henri avait fermé son cœur et décidé qu'il ne l'aimerait plus.
Cela ne marchait pas comme ça, la preuve, des années et des années après, il était toujours fou d'elle.
Quelque part, durant tout ce temps où il s'était convaincu qu'il était indifférent à elle, Catherine était toujours là, près de lui, sa reine, son épouse, son amante , la mère de ses enfants.
Et aujourd'hui, il allait la perdre. Il s'était senti la perdre le jour où il avait appris sa relation avec Narcisse mais, aujourd'hui, dans ce bureau, elle avait dit à voix haute ce qu'il aurait préféré ne jamais entendre : elle voulait définitivement partir, avec un autre.
Henri ne pouvait pas imaginer sa vie sans elle. C'était simple: la place de ses yeux étaient dans les siens, la place de ses jambes étaient autour de sa taille, la place de sa bouche était contre la sienne...
Et la place de Catherine n'était surtout pas avec un autre homme. Henri avait mal au ventre à l'idée des mains d'un autre sur sa femme. Il avait des images en tête, des images auxquelles il aurait préféré ne jamais penser. Plusieurs fois ces dernières semaines il s'était réveillé, en sueur, de rêves dans lesquels il voyait, impuissant, sa Catherine avec un autre.
Elle doit dire à, Narcisse qu'elle l'aime, elle doit poser ses lèvres sur les siennes dès qu'elle le peut, elle doit gémir bruyamment son nom quand il lui fait l'amour... voilà les pensées qui dévoraient l'esprit du roi de France.
Elle allait partir et se marier avec Narcisse.
Le temps passait trop vite, hier il entendait son rire et demain son absence résonnerait dans les murs.
Il avait un peu de temps avant qu'elle ne parte, le temps que le Vatican accepte l'annulation du mariage, qu'elle organise son départ, qu'ils négocient les termes de la rupture...et il s'en réjouissait. Car, même s'il comprenait qu'elle voulais juste trouver un échappatoire, être heureuse, avoir un avenir, ce que tout homme amoureux souhaiterais pour celle qu'il aime, une partie de lui espérait égoïstement qu'il restait une chance qu'il puisse la reconquérir et lui rappeler qu'il y avait un temps où il avait su la rendre heureuse...
D'un autre côté si elle voulait partir, il ne la retiendrait pas de force.
Oh, il fallait qu'il lui parle.
Coucou tout le monde. Je prie de tout mon cœur pour que ce chapitre vous plaise. Tout d'abord je tient à vous signaler que, non, je ne prend pas la défense d'Henri en essayant de lui trouver des raisons d'avoir eu le comportement minable qu'il a eu durant son mariage. Mais, le fait est que je ne peux pas concevoir que la raison pour laquelle il l'a faite tant souffrir est juste que il s'ennuyait avec sa femme et voulait s'amuser avec d'autres. De 1 parce que Catherine est tout sauf ennuyante, et de 2 parce que si la situation était aussi simple la relation C&H ne serait pas si torturée et passionnante.
Bref, Henri est dans la merde, il va devoir sacrément se bouger!
Je ne sais pas si vous avez remarqué mais dans cette histoire, j'ai donné à Henri la mauvaise manie de casser des objets quand il est énervé/triste/frustré, je trouve que c'est typiquement le genre de comportement d'une personne qui ne sait pas gérer ses émotions et je vois bien Henri faire ça (RIP les vases de Fontainebleau)
Je crois que je me suis un peu emballée car ma note d'éditeur sera bientôt aussi longue que le chapitre lui-même... oups, bisous à vous!
