Narcisse avait rejoint son lieu favori pour réfléchir et organiser ses idées: le toit du château.
Il était perturbé. Quelques minutes auparavant, alors qu'il attendait la fin de l'entrevue privée du roi et de la reine, il avait vu Catherine sortir en courant, totalement bouleversée. La reine avait une respiration saccadée, les yeux brillants comme si elle retenait ses larmes et, il avait pu apercevoir à plusieurs mètres de distance qu'elle tremblait. Il ne savait pas ce que Catherine et Henri s'étaient dit mais il était certain que cela avait chamboulé Catherine.
Égoïstement peut-être, sa première inquiétude était la possibilité que Catherine revienne sur sa décision. Elle et son mari avaient été amoureux autrefois, il le savait, et même si c'était d'une manière étrange et totalement tordue, Narcisse était persuadé que le roi et la reine partageaient toujours un lien très fort, de l'amour même.
Pourquoi pensait-il cela? L'instinct ou un sens aigu de l'observation peut-être...
Henri Valois faisait savoir à qui voulait bien l'entendre à quel point il aimait sa maîtresse Madame de Poitiers et était indifférent envers sa femme perfide et froide. Cependant, les jours que Narcisse avait passés dans la prison du château, avec le roi qui lui avait rendu visite plusieurs fois pour le frapper, lui expliquer qu'il avait signé son propre arrêt de mort en devenant l'amant de la reine, ou simplement les moments où Henri venait pour regarder souffrir de famine l'avaient sérieusement fait douter de l'indifférence du roi envers sa femme.
Un homme qui ne ressent rien pour sa femme ne réagit pas de cette façon. Un homme qui n'aime pas sa femme ne prend pas autant de plaisir à mettre une raclée à son amant qui est enchaîné dans une cellule. Un homme qui n'a pas de sentiments pour sa femme ne porte pas un regard aussi empli de douleur et de haine à chaque fois qu'il la regarde avec un autre.
L'expérience avait appris à Narcisse une chose : le contraire de l'amour n'est pas la haine mais l'indifférence. La haine n'était selon lui qu'un substitut par défaut de l'amour, la seule manière parfois d'exprimer un trop plein de sentiments douloureux, frustrants et incompris.
Et Dieu savait à quel point Catherine et son mari se haïssaient parfois.
Narcisse savait que la situation était douloureuse pour Catherine, bien qu'elle ne le disait pas. Il ne voulait juste prendre cette femme forte et incroyable dans ses bras, l'amener loin de ce château et de tout ce qui la faisait souffrir et la soustraire à l'influence néfaste et destructrice de son mari infidèle. Une chose qui serait bientôt possible, du moins il l'espérait.
Narcisse était un fin stratège, il manipulait les gens aisément et était reconnu par tous comme très intelligent mais il avait un défaut: une capacité incroyable à se faire des ennemis. Il était haï par tellement de gens, parce qu'il couchait avec leur filles, leur volait leurs terres, disait à leurs femmes qu'ils les trompaient...mais tout ces ducs, marquis, contes, barons étaient si peu puissants, riches et ingénieux par rapport à lui qu'il s'en sortait toujours indemne. Mais quand tu couches avec la femme du roi de France, tu te fais un ennemi plutôt difficile à abattre...
Au début, Narcisse s'était convaincu que c'était cela qui lui plaisait tellement chez Catherine, qu'elle soit inaccessible et représente un certain danger. Aujourd'hui cependant, il aurait donné n'importe quoi pour qu'elle ne soit pas si inaccessible. Inaccessible, elle ne le serait plus si elle dissolvait son mariage mais cela semblait à Narcisse si loin, si compliqué, plus semblable à un merveilleux rêve qu'à la réalité. Il gardait cependant espoir, il attendrait le temps qu'il faudrait mais il allait l'épouser.
Il ne pourrait jamais continuer sa vie tranquillement en oubliant simplement qu'il aurait pu peut-être un jour appeler cette femme extraordinaire magnifique et puissante sa femme. S'il laissait passer sa chance, il mènerait une vie terne et pleine de regrets alors qu'il avait la possibilité de vivre une vie complexe et passionnante aux côtés d'une femme complexe et passionnante.
Car Narcisse savait qu'il n'avait pas lui-même un caractère très facile, il était manipulateur, buté et rancunier donc sa relation avec Catherine serait sûrement tumultueuse mais une chose était certaine: jamais il ne la ferait souffrir intentionnellement en la trompant ou en la trahissant. Et jamais il ne considérerait une femme aussi incroyablement intelligente et ingénieuse comme sa propriété.
Catherine savait cela n'est-ce-pas? Oh, il fallait qu'il lui parle!
...
Une onde de choc, une moue de déception puis un petit air renfrogné, voilà ce qui parcourut simultanément le visage du roi et du seigneur Narcisse lorsqu'il tombèrent nez à nez dans le couloir qui menait aux chambres de Catherine.
Les deux hommes se dévisagèrent sans un mot. Il valait mieux ne rien dire.
Ils restèrent là quelques secondes à attendre que la servante de Catherine sorte et celle-ci écarquilla les yeux en découvrant les deux hommes qui attendaient dans une ambiance glaciale. Décidant qu'il n'allait pas pouvoir empêcher le roi d'entrer dans les chambre de sa femme juste parce qu'il voulait lui parler seul à seul, Narcisse tenta autre chose.
-S'il vous plait Antoinette, dîtes à la reine que j'aimerais qu'elle me rejoigne à l'endroit habituel quand elle aura terminé avec le roi.
Henri cligna des yeux. Pourquoi voulait-il la voir? Que signifiait-il par «l'endroit habituel», y avait-il un endroit dans ce château qui était leur petit lieu de rendez-vous? Et pourquoi diable ce bâtard connaissait il le prénom de la femme de chambre de Catherine?!
Quand le roi se retourna pour lancer un regard assassin à Narcisse, celui-ci était déjà en train de s'en aller, un sourire narquois aux lèvres, ravi de voir à quel point Henri semblait furieux.
Ce chapitre est très court, je sais et je suis désolé. Je m'excuse aussi parce que je sais que ces derniers chapitres ont été beaucoup de réflexion et d'apitoiement et peu d'action et de dialogues. Je suis un peu obsédée par la psychologie alors je m'emballe parfois sur les introspections de personnages et réflexions torturées sur le sens de leurs vies et de leurs relations... Faute avouée à moitié pardonnée?
Restez à l'écoute, je posterai rapidement un nouveau chapitre bien plus long
