Chapitre 15 : A deux doigts d'une bêtise
Saisi, Don Alejandro tomba à genou, culpabilisant. Il avait tout vu mais, occupé à en découdre avec un bandit, il n'avait rien pu faire.
Non ! songea Diego avec force.
— Salena, s'écria-t-il en descendant de Tornado pour courir à ses côtés.
Cependant, quatre hommes armés lui barrèrent le chemin, le contraignant au combat.
Toledano tourna la tête à l'appel du Renard et le remarqua aux prises avec des bandits. Un peu plus loin, Don Alejandro était à terre. Le bandit à ses côtés venait de se relever et s'apprêtait à le frapper sournoisement. Alors il relâcha son bras blessé, ramassa son arme de sa main gauche et se fraya un passage vers le señor De la Vega.
Monastario observa El Lobo. Ce dernier laissa tomber son arme. Devant lui, la señorita semblait figée. Monastario devina la douleur sur son visage crispée. Aucun son ne parvenait à sortir mais son regard reflétait sa souffrance.
— Non… Pas vous, Doña Salena, murmura El Lobo. Non, réitéra-t-il tandis qu'elle s'effondrât. Ma douce, ouvrez les yeux, tenta-t-il vainement de la réveiller.
— Salena ! répéta avec véhémence Zorro toujours face aux quatre bandits.
Monastario ramassa son arme et s'approcha de lui.
Constatant que les événements lui échappaient, Don Sebastián fit signe à ses hommes de se replier. Il ramassa son pistolet, le rangea et prit Salena dans ses bras.
— Je ne vous laisserai pas entre les mains de ce hors-la-loi ni entre celles de De la Vega, lui murmura-t-il.
Le voyant faire, Zorro sentit son cœur lui manquer.
Non ! pensa-t-il.
Ses forces se décuplèrent sous l'effet de la colère et il parvint enfin à désarmer un des hommes tandis qu'un second tombât soudainement. Un des deux brigands restant se retourna.
— El Chivo, murmura-t-il en reconnaissant ses vêtements.
— Arrêtez de me prendre pour une chèvre, maugréa l'homme entre ses dents en engageant le combat contre lui.
Au moment où Zorro aperçut Don Sebastián déposer Salena sur un cheval, il perdit momentanément le fil du combat.
Salena, il faut que je passe coût que coûte.
Néanmoins la réalité se rappela vite à lui lorsqu'il décela la lame de son adversaire passer près de son bras gauche.
Ce n'est vraiment pas le moment de se faire blesser, qui plus est devant tant de témoins, réalisa-t-il. Reprends-toi, Diego, reprends-toi !
D'un geste vif, il désarma son adversaire tandis que Monastario en finît avec le sien. Mais ce fût trop tard, Don Sebastián était déjà sur le départ.
Le tumulte cessa et fit place à un silence pesant.
De son côté, Toledano était arrivé in extremis aux côtés de Don Alejandro et avait désarmé l'homme qui le menaçait. Cependant, il remarqua le vieil hidalgo porter la main à sa poitrine tandis que le silence se faisait entendre.
— Señor De la Vega ! s'exclama-t-il.
Le sang de Diego ne fit qu'un tour lorsqu'il entendît l'exclamation d'inquiétude du capitán et qu'il vit son père s'effondrer. Partagé entre l'envie de courir à ses côtés et celui de poursuivre Don Sebastián, Zorro contint sa rage. Mais tant bouleversé, il ne réfléchissait plus correctement et posa la main sur le nœud de son masque, prêt à le défaire.
— Señor, l'arrêta une voix qu'il ne connaissait que trop bien tandis que dans le même temps il sentît une main se poser sur la sienne et bloquer son mouvement.
— Si vous faites ceci, il aura gagné… Je ne pense pas que votre dulcinée, ou votre père, apprécierait votre geste dans cette situation… Et encore moins ma nièce.
Zorro s'apaisa mais ne fit pas mine de vouloir bouger.
— Vous savez, Señor, il est un petit garçon auquel sa mère a conté vos exploits contre un méchant tyran… Cet enfant, tout comme le peuple de Californie, croit en vous. Ne les décevez pas… Par ailleurs, je connais l'emplacement de leurs campements et j'ai eu le loisir de découvrir les différents pièges environnants. Mais je dois en faire part aux lanciers en priorité.
Monastario sentit le Renard se détendre complètement et il retira alors sa main de la sienne.
— Gracias, mi Capitán, dit Zorro le cœur serré.
— Ne tardez pas à rentrer avant que la situation ne se complique pour vous.
— Et pour vous ? questionna Zorro.
— Comme je vous le disais, mes informations concernant les camps d'El Lobo devraient m'être bénéfiques. Dans le cas contraire, je vous remercie de bien vouloir prendre soin d'Isabella et du petit Diego… Je sais que vous réussirez à tous les délivrer.
— Je n'y manquerai pas, répondit Zorro avant de siffler Tornado.
Chacun tourna la tête vers lui et certains lanciers le remarquèrent alors.
— C'est Zorro ! s'exclamèrent-ils.
— Laissez-le partir, ordonna Toledano, il nous est venu en aide.
Alors que Zorro partît au triple galop, Monastario s'effondra à genou, à bout de force. Toledano observait avec intérêt cet homme dont le visage était toujours masqué par un foulard. Parallèlement, Don Alejandro reprit connaissance.
— Tout va bien mon ami ? demanda le docteur Avila.
— Oui, répondit-il néanmoins le souffle court.
Autour de lui les soldats et les citoyens faisaient le tour de la plaza, aidant leurs amis et menant les brigands en cellule. En se relevant, aidé par le docteur Avila, Don Alejandro remarqua le sergent
Garcia poser la main sur Monastario.
— Sergent Garcia, laissez cet homme, je réponds de lui, dit-il assez fermement.
— Señor De la Vega, ne vous sentez pas obligé, dit l'homme encore à genou et levant la tête vers lui.
— Ca… Capitán Monastario, balbutia Garcia reconnaissant alors sa voix.
Oh ! Je comprends mieux pourquoi cet homme est si doué à l'escrime, songea Toledano.
— Baboso ! Combien de fois faudra-t-il vous le répéter ? Je ne suis plus votre capitán ! râla Monastario avec arrogance.
— Il me semble que quelques explications s'imposent, dit le vice-roi en sortant de son abri.
— Arturo ! s'écria Raquel en courant vers lui pour l'embrasser.
Embarrassé, Toledano se racla la gorge.
— Tout va bien ma chère ?
— Dieu merci vous êtes sauf, dit-elle en posant ses mains sur ses épaules le faisant alors grimacer. Arturo ?
— Ce n'est rien qu'une égratignure que le docteur regardera après avoir pris soin de mon adversaire, dit-il le désignant d'un mouvement de tête.
Monastario, soutenu par le sergent, se rapprocha.
— Pourquoi aider ce brigand ? demanda-t-elle de façon hautaine.
Enrique retira finalement le foulard qui lui couvrait le visage.
— Ce n'est pas un brigand, appuya Garcia, c'est le capitán… Je veux dire, Señor Enrique Sanchez Monastario, se rectifia-t-il.
Monastario ? Ce serait l'ancien comandante ? réalisa Raquel en le dévisageant.
— Nous serions mieux à l'intérieur pour discuter, intervint le gouverneur.
— Si je puis vous accompagner pour soigner les blessés, suggéra Avila.
— Je n'y vois pas d'inconvénients, souligna Don Esteban.
— Don Alejandro, venez vous aussi. Cette chaleur n'est pas bonne pour votre santé, si je puis me permettre, rajouta Toledano.
— Et que fait-on des fuyards ? interrogea-t-il.
— Nous n'allons pas les laisser filer bien longtemps, mais se précipiter n'est pas bon non plus… Il m'est avis que Zorro va suivre leurs traces.
Diego, sois prudent, pensa Don Alejandro.
— Et à quoi nous sert de savoir que ce hors-la-loi va les poursuivre ? questionna le gouverneur. Ce n'est pas à un desperado de faire la loi, continua-t-il.
— Si l'homme sous le masque est sage, il verra qu'il ne pourra rien faire seul, argumenta Don Alejandro.
— Nous perdons du temps à débattre du Renard, fit remarquer Monastario. Par ailleurs, je connais l'emplacement de leurs caches, rajouta-t-il à mi-voix.
— Suivez-moi, lança le vice-roi ouvrant la marche vers la caserne. Constancia ?
— Oui, Père.
— La discussion va être militaire. Va à la taverne avec tes amies.
— Si, répondit-elle obligée.
La señora Toledano aurait bien rajouté quelque chose, mais devant le regard de son mari, elle se ravisa
— Señoritas, dit-elle alors pour les interpeller.
Constancia et Leonar la suivirent à la taverne.
— Sergent Garcia, Caporal Reyes, appela Toledano.
— Si, Capitán !
— Accompagnez-les à la taverne et veillez bien sur elles.
— Si, mi Capitán, salua Garcia en faisant claquer ses bottes avant d'obéir.
— Vous ne craignez pas qu'ils profitent de la situation pour se rafraîchir ? interrogea Monastario.
— En ce cas de figure, Señor, c'est le devoir de soldat qui prédomine, appuya le gouverneur.
Oui, mais connaissant le penchant du sergent pour la boisson, le señor Monastario n'a pas tort, se garda de rajouter Toledano.
Peu après dans le bureau du comandante tandis que le docteur Avila soignât l'ancien capitán.
— Señor Monastario, pouvez-vous nous expliquer en quoi vous êtes impliqué dans cette affaire ?
— Sans doute en ai-je trop découvert par le passé… Cet homme, accompagné d'autres bandits, a fait irruption chez ma nièce… Après avoir combattu un temps, j'ai été dans l'obligation de capituler… El Lobo m'a forcé à prendre les armes contre vous, Vice-roi.
— Pourquoi lui avoir obéi ?
— J'aurais préféré mourir que de subir cet affront, dit-il avec rage, mais si je n'obéissais pas, ils mouraient.
— Ils ? interrogea le gouverneur.
— Ma nièce, Doña Isabella De la Cruz, et son fils, Diego.
— Diego ? répéta le vice-roi avec surprise.
— Si.
— Don Alejandro, comment saviez-vous qu'il s'agissait du señor Monastario malgré son foulard ? interrogea Toledano.
— J'ai reconnu sa voix lorsqu'il a remercié le Renard, expliqua-t-il.
— C'était déjà vous chez les De la Vega ? demanda ensuite Arturo.
— En effet, Señor, sourit Monastario.
— Je vous ai vu discuter avec le Renard peu auparavant… Pourquoi ne pas l'avoir retenu ? s'enquit Arturo.
— Zorro et moi avons toujours des comptes à régler, répartit-il hautain. Mais j'ai appris à agir honorablement en partie grâce à lui… Qu'il le veuille ou non, je lui suis redevable de ma vie.
A l'écoute du propos de Monastario, Don Alejandro contint difficilement sa colère et son ressentiment, toutefois il resta plus que surpris par la fin de sa phrase.
— Cet homme, Don Sebastián De Otsoa, quel est son plan ? demanda le gouverneur.
— El Lobo est en liaison avec Santa Anna. Il voulait lui acheter la Californie. Santa Anna a voulu testé l'homme en lui proposant un marché. Se débarrasser de vous, Vice-roi, et éliminer Zorro dont un de ses proches l'a persuadé qu'il serait une gêne, une menace, dans sa conquête. Ce contre quoi il obtenait Los Angeles… El Lobo a accepté, mais insidieusement, il a fait enlever une personne chère à Santa Anna, l'obligeant à revoir le marché.
— Comment savez-vous tout ceci ? interrogea Toledano.
— Un des hommes de mains de Santa Anna est une vieille connaissance. Il m'a demandé d'enquêter discrètement sur un certain Don De Otsoa. Lorsque j'ai su tout ça, j'ai réussi à persuader mon ami que Zorro pourrait aider Santa Anna à retrouver la personne chère à ses yeux, mais qu'il devait renoncer à son plan violent d'invasion. Et le jour où je devais faire part de mes découvertes au sergent Garcia, alors en charge du cuartel, j'ai été … enlevé, vais-je dire.
— Donc Don Sebastián aurait un atout dans sa manche contre Santa Anna.
— Oui. Et si le peuple de Los Angeles veut croire en son lendemain, il faut faire confiance au Renard.
— Et c'est vous qui dites ça ! s'exclama Don Alejandro.
Monastario grimaça, l'exclamation du don était justifié.
— Señor De la Vega, un jour votre vie était entre ses mains et vous lui avez fait confiance, tenta-t-il cependant.
— Il combattait contre vos injustices, répartit le vieil hidalgo.
— Don Alejandro, mon ami, ne vous emportez point, lui dit le docteur Avila. Vous devriez rentrer vous reposer.
— Et laisser Salena entre les griffes de Don Sebastián !
— Don Alejandro, intervint Don Esteban, nous n'allons pas la y laisser bien longtemps… Señor Monastario, pouvez-vous nous parler de sa cache ?
— Bien sûr.
Monastario alla récupérer une carte et indiqua ce qu'il savait, commençant par la position des campements tandis que le docteur Avila soignât à son tour Toledano.
