Chapitre 16 : La colère d'El Lobo
Pendant ce temps, Zorro avait suivi la piste des brigands. Il rattrapa vite les retardataires. Apercevant le Renard à leurs trousses, ils sortirent leurs armes à feu et tirèrent. Les balles sifflèrent autour de Zorro mais il continua sa cavalcade effrénée. Il prit alors son fouet et désarçonna deux des bandits rapidement. Une explosion retentit, abrégeant la poursuite et provoquant une avalanche de pierre qui le força à s'arrêter pour ne pas finir enseveli. Lorsque l'avalanche cessa, il se fraya un passage parmi les rochers. Quand il arriva de l'autre côté de l'éboulis, les brigands avaient disparu. Zorro continua néanmoins son chemin.
…
Quand El Lobo arriva à son campement, sa rage subsistait et son inquiétude grandissait.
— Hernando ! hurla-t-il.
Celui-ci se leva illico, quelque chose n'allait pas.
El Lobo descendit de cheval et prit Salena dans ses bras.
— Hernando, répéta-t-il en avançant vers la cabane.
— Si, balbutia-t-il.
— J'ai besoin de toi immédiatement, dit-il en ouvrant la porte d'un coup de pied.
A l'intérieur, Isabella sursauta. Elle observa El Lobo déposer une señorita sur le lit. Son visage était blême.
— Señor ! s'exclama Hernando en reconnaissant Salena.
— Si tu tiens à ta vie et à celle de ta femme, fais qu'elle survive, dit El Lobo avant de sortir en un coup de vent.
Isabella le suivit du regard par la fenêtre. Au dehors, El Lobo s'attrapa la tête avant de crier de rage.
— Mama, murmura le petit.
— Pas maintenant, Diego, répondit-elle de la même manière en se baissant vers lui. Mama va aider le médecin si elle le peut.
Isabella se releva et s'approcha de lui.
— Don Hernando, puis-je vous aider ?
Surpris, il se tourna vers elle.
— Si… Ouvrez l'armoire à côté de vous, il y a une sacoche noire. Amenez la moi, por favor.
Isabella obéit et fournit le sac au médecin.
— Señora, avez-vous déjà eu à soigner des blessures par le passé ?
— Non, admit Isabella se sentant nauséeuse.
— En ce cas, si vous vous sentez mal, n'hésitez pas à aller prendre l'air à la fenêtre. Je ne vais pas vous dire de sortir, El Lobo n'apprécierait pas, ni ne comprendrait pourquoi. Enlevez ce linge, je vous prie.
Lorsque la señora obéit, elle remarqua sa blessure.
— Dios, murmura-t-elle. Que lui est-il arrivé ?
— Cette blessure… C'est un coup de feu, maugréa Hernando.
Il dégagea le tissu autour de la plaie.
— J'ignore comment elle a été blessée, expliqua-t-il commençant à la soigner. Isabella observa un moment, aidant le médecin, mais bien vite la nausée revint et elle recula vers la fenêtre.
— Veuillez m'excuser, balbutia-t-elle confuse.
— N'ayez pas honte, Señora. La première fois que j'ai vu ce genre de blessure, j'en ai été malade dès que mon regard s'y est posé, expliqua Hernando tentant de la réconforter.
Lorsqu'il eut fini de la soigner, il posa un linge fin et propre sur la plaie.
— Señora, pourriez-vous m'aider à poser un bandage ? Ce linge doit rester en place.
Isabella se retourna vers lui, tremblante. Quand elle nota que la blessure ne se voyait plus, elle se rapprocha de nouveau. Hernando lui expliqua ce qu'il convenait de faire.
— Gracias, Señora, dit-il une fois qu'il eut terminé.
— Je vous en prie… Qui est-ce ? demanda-t-elle finalement.
— Doña Salena De Castillos. Pouvez-vous la rhabiller, por favor ?
— Où allez-vous ? demanda-t-elle.
— Rendre compte à El Lobo, répondit-il en rangeant ses instruments.
Puis il recula et s'approcha de la porte. La main sur la poignée, il inspira longuement puis sortit de la cabane.
En la rhabillant, Isabella remarqua une cicatrice sur son bras droit.
— Qui êtes vous donc pour avoir mis cet homme dans cet état ?
Notant que la señorita avait le front brûlant, elle alla trouver un autre linge et l'humidifia avant de le lui passer sur son visage.
— Je croise les doigts pour vous, Señorita, murmura Isabella ressentant la douleur de la jeune femme.
— Mama ? appela Diego.
— Si.
— La señora, elle a mal ? interrogea-t-il.
— Je suppose que oui, mais pour le moment elle se repose. Il ne faut pas faire de bruit, expliqua Isabella au bord des larmes sans savoir pourquoi.
Salena se mit à gémir, bougeant la tête de droite à gauche.
Au moins elle est vivante.
— Diego… Diego attention, murmura Salena inconsciente.
Isabella écarquilla les yeux d'étonnement.
Diego ? Se pourrait-il que cela soit Diego De la Vega ? Que s'est-il donc passé ?
Au dehors, Hernando avançait vers El Lobo. Le voyant faire Don Sebastián alla à sa rencontre.
— Comment va-t-elle ? s'empressa-t-il de demander.
— Il est encore trop tôt pour le dire. Elle a perdu beaucoup de sang. Quand a-t-elle été blessée ?
— Juste avant notre retour… Je… C'est un accident, balbutia-t-il.
— Vous auriez dû la laisser à Los Angeles. Ses chances de survies auraient été plus grandes, commenta Hernando.
— Comment ! s'exclama El Lobo. Je vous interdis de me parler de la sorte, dit-il en le poussant.
— Si elle meurt, vous ne pourrez vous en prendre qu'à vous-même, argumenta Hernando avec force.
— Non ! Car si elle meurt, vous la suivrez dans la tombe ainsi que votre femme et tous les autres prisonniers, ragea El Lobo. Yago ! appela-t-il ensuite. Yago ! répéta-t-il.
— Señor, se permit l'un des bandits. Yago n'est pas revenu.
— Que dis-tu ? s'étonna Don Sebastián.
— Il… Il a été retenu à Los Angeles par plusieurs lanciers lorsque vous avez donné le signal de départ.
El Lobo cria sa rage, rien n'allait comme il le souhaitait.
— Rassemblez les hommes immédiatement, nous devons nous préparer. Hernando, retourne avec la señorita et gare à toi s'il lui arrive malheur.
Hernando obéit silencieusement. Il était de toute façon plus prudent de rester dans la cabane.
El Chivo non plus n'est pas revenu… Risquerait-il la vie de sa chère nièce et de son morveux ? Elle l'a appelé Diego… Elle aurait pu choisir un autre nom… D'ailleurs quand j'y repense, De la Vega n'était pas là ! Curieux… Si Monastario arrive, la señora De la Cruz sera au premier rang. Pour l'heure, donnons les ordres, pensa Don Sebastián tandis que ses hommes se rassemblèrent devant lui.
— José, Luis, Antonio… Je veux que vous fassiez sauter le deuxième campement.
— Et les prisonniers ? questionna Luis.
— Je me moque des prisonniers… Faites-les sauter avec.
— Même Doña Angéla ? s'étonna José.
— Y compris Doña Angéla, râla El Lobo.
— Pourtant elle cuisine bien, fit remarquer Antonio.
— Obéissez sans discuter si vous tenez à votre vie ! fulmina Don Sebastián en sortant son arme et les visant.
— Bien, Chef ! dirent-ils subitement.
— Que tous les autres se préparent à l'arrivée imminente des lanciers.
Perché dans les arbres Zorro, finalement arrivé par un tout autre chemin, avait entendu toute la conversation. Il observa Don Sebastián retourner près de la cabane et remarqua les trois hommes venir dans sa direction.
Se faisant plus discret, il les regarda passer avant de descendre de sa cachette pour aller retrouver Tornado, puis il suivit le trio. Lorsqu'il arriva au second campement, les trois hommes étaient en train d'enfermer les otages dans une cabane assez importante.
— Et Angéla ? questionna José.
— Tu as entendu El Lobo ? rétorqua Antonio.
— Le patron est devenu fou depuis qu'il est revenu de Los Angeles, souligna Luis.
— Vous tenez à votre vie oui ou non ? demanda Antonio durement.
— Oui, mais…
— Alors, ne contredis pas les ordres du patron, José, ou tu finiras comme tous ses adversaires, argumenta Antonio.
Lorsque le dernier prisonnier fut à l'intérieur de la cabane, José, Luis et Antonio firent évacuer les gardes en faction et installèrent des barils de poudre autour et sous la cabane. Puis, avec le dernier baril, ils se créèrent une porte de sortie en laissant courir une traînée noire sur le sol aride…
Un des bandits s'apprêtait à tirer pour l'enflammer lorsque Zorro arriva. Faisant claquer son fouet, il dévia le coup de feu de Luis qui se tourna surpris.
— Zorro ! s'exclama-t-il en laissant tomber son arme.
Antonio le visa et le tir partit alors qu'un second coup de fouet résonnât.
— Allons, allons, Señores.
— José, tire sur la poudre, ordonna Antonio en sortant son épée avant de se précipiter vers Zorro.
A l'approche du bandit, Tornado se cabra, menaçant, forçant l'homme à reculer. Dans le même temps José dégaina son arme… Mais étant mal à l'aise, celle-ci lui échappa… Néanmoins le coup partit lorsque le pistolet toucha le sol, enflammant la traînée de poudre.
Antonio sourit tandis que Zorro grimaçât. Plus que jamais le temps jouait contre lui. Il fit de nouveau claquer son fouet pour désarmer Antonio avant de descendre de Tornado et de courir pour couper la traînée noire. La flammèche s'arrêta à son plus grand soulagement.
Se retournant, il constata que les trois bandits avaient filé.
Il faut que je sorte les prisonniers.
Rapide, il alla à la porte de la cabane et cassa le verrou d'un coup de pommeau. Une chance, le bois était vermoulu.
— Dépêchez-vous de sortir, dit-il autoritaire en ouvrant la porte et faisant signe aux occupants.
Hommes, femmes, enfants, le regardèrent incrédule.
— Zorro ! Gracias a Dios, entendit-il.
— Dépêchez-vous, insista-t-il en sortant de l'encadrement.
Un coup de feu à la fois lointain et proche attira son attention.
— Allez vous mettre à l'abri dans l'autre direction et attendez les lanciers, ordonna-t-il.
— Gracias, Zorro, répétèrent-ils tous.
La dernière personne à sortir, une señorita, s'arrêta près de lui, interloquée.
— Señor, nous vous devons une grande reconnaissance, dit-elle en s'inclinant.
— Voyons, Señorita, relevez-vous je vous prie, dit-il mal à l'aise.
— Mon frère saura vous remercier votre juste valeur.
— Nous verrons ça plus tard… Rejoignez les autres, il faut que je fasse exploser cette cabane afin que les bandits ne reviennent pas.
La señorita hocha la tête et obéit à ce mystérieux cavalier noir que certains avaient appelé Zorro. Se retournant brièvement avant de reprendre sa course, elle le vit allumer la mèche, près de la cabane et repartir dans l'autre sens.
