Après que son mari ait quitté ses appartements, la reine de France resta plusieurs secondes assise dans son fauteuil en silence. Il avait accepté. Il n'avait pas agit de la manière à laquelle elle s'attendait, il ne s'était pas montré méchant ou vexé et n'avait même pas essayé de la blesser en se déclarant heureux de la voir partir pour laisser sa place à Diane. Non, il n'avait rien fait de tout cela. Il s'était montré étrangement bienveillant et gentil.
-Votre Majesté, le duc Narcisse m'a demandé de vous informer qu'il souhaitait que vous le rejoigniez après votre entrevue avec le roi.
-A-t-il précisé le lieu du rendez-vous?
-Il m'a dit «l'endroit habituel» et a expliqué que sa Majesté comprendrait.
Catherine congédia sa servante Antoinette d'un geste du poignet. Elle resta perplexe, Narcisse parlait-il du toit du château? Certainement, en tout cas c'était le seul endroit qui lui venait à l'esprit...
Elle verrait bien.
Elle traversa rapidement le château pour rejoindre la tour d'astronomie, tout en se repassant en boucle dans son esprit sa conversation avec Henri.
Ensuite, tout comme Narcisse le lui avait montré quelques jours auparavant, elle déplaça la porte, gravit l'échelle et arriva sur le toit du château. Elle aperçut instantanément Stéphan qui était assis un peu plus bas, de dos. Catherine le rejoignit donc délicatement et si silencieusement qu'il sursauta presque quand il remarqua sa présence.
-Catherine, je n'étais plus certain que vous viendriez...
-Je suis navrée, ma conversation avec Henri s'est un peu éternisée, mais me voilà!
Narcisse ne répondit rien, attendant qu'elle lui raconte sa discussion avec le roi mais elle n'en fit rien. Tant pis, il lui demanderai plus tard.
-Vous arrivez juste à temps pour le coucher du soleil.
Catherine sourit. Un sourire qu'il adorait contempler.
-Oh, vous m'avez donc fait venir pour admirer un coucher de soleil? Soyez prudent, je pourrais croire que vous essayez de me séduire...
-Et si vous n'effacez pas ce sourire de votre visage, je pourrais croire que cette idée vous plait...
Ils rirent tout en contemplant les ombres dorés et chatoyantes qui s'étalaient sur le paysage devant eux.
-Dites moi Stéphan, m'avez vous fait venir simplement pour avoir le plaisir de partager ma compagnie ou y-a-t-il quelque chose dont vous voulez me parler?
-Et bien, votre compagnie m'est fort agréable, et puis je voulais voir comment vous alliez après cette journée...
Catherine fut presque surprise. Elle n'avait pas vraiment l'habitude que qui que ce soit se préoccupe de comment elle allait.
-Je vais bien, merci. En fait, Henri est venu me voir pour me dire qu'il acceptait l'annulation et que je pouvais amener avec moi les enfants.
Un immense sourire s'était gravé sur ses traits à la mention du fait qu'elle garderait ses enfants.
-Je suis content, pour nous, et pour vos enfants.
-Je suis contente aussi.
Narcisse prit sa main dans la sienne et se rapprocha d'elle pour l'embrasser, comme pour sceller la perspective de la nouvelle vie qu'ils auraient ensemble. Ce fut un baiser court, mais passionné, ses mains couraient dans ses cheveux tandis que sa bouche épousait amoureusement la sienne mais ils se séparèrent rapidement, avant de faire quelque chose de stupide sur ce toit...
Catherine garda sa main dans la sienne puis lui gifla soudaienement le bras:
-Stéphan! Vous m'avez fait louper la disparition du soleil!
Narcisse éclata de dire.
-Tant pis, on reviendra demain!
Catherine parla alors plus sérieusement :
-Justement, si vous voulez à nouveau me donner rendez-vous quelque part, soyez plus prudent. Si toutes mes servantes viennent à savoir que nous avons des rendez-vous réguliers, elles vont se poser des questions et en moins d'une journée, des rumeurs circuleront dans tout le château.
Narcisse n'apprécia pas beaucoup le ton de cette phrase qui sous-entendait qu'elle voulait à tout prix garder leur relation secrète.
-Votre mariage va être annulé et nous allons nous marier alors les gens l'apprendrons bien un jour où l'autre !
-Bien sûr mais...
Narcisse l'interrompit, visiblement désormais vexé :
-Mais quoi? Vous préferez assurer vos arrières car il n'est pas exclut que vous changiez d'avis? Est-ce bien ce que vous voulez dire?
-Je n'ai pas dit cela. Seulement, je suis encore marié et je n'exposerai pas notre relation à la cour tant que ce sera encore le cas !
Narcisse se leva, le regard fixé sur l'horizon désormais sombre en raison de l'heure assez tardive.
-Vous lui montrez bien plus de respect qu'il ne le mérite après le comportement qu'il a eu avec vous.
-Pardon ?
-Votre mari. J'imagine que c'est par respect envers lui que vous ne voulez pas exposer notre relation, et bien il ne mérite pas tant de respect de votre part.
Le ton était redescendu, il avait parlé tout à fait calmement. Catherine cependant, répondit d'une voix un peu amère.
-Pour lui mais aussi pour vous, parce que la seule raison pour laquelle Henri n'a pas pris votre tête est qu'il ne voulait pas que notre liaison s'ébruite, je vous laisse donc deviner la première chose qu'il ferait, encouragé par tout les nobles, si cela se savait.
Catherine se leva à son tour pour lui faire face et ajouta :
-Alors cessez de faire l'enfant, j'essaie de vous protéger.
Ce soir là, Catherine ne put s'endormir avant le petit matin, préoccupée par sa discussion avec Henri plus tôt dans la journée mais aussi par sa dispute avec Stéphan. Elle se doutait que la raison pour laquelle il souhaitait exposer leur relation au grand jour n'était pas qu'il voulait pouvoir profiter d'elle ouvertement. Il voulait, premièrement, se venger du roi en le faisant passer pour un mari cocu devant tout son peuple et deuxièmement, officialiser ses fiançailles avec Catherine pour avoir l'assurance qu'elle ne ferait pas machine arrière. Deux choses qui déplaisaient plus que fortement à Catherine. En aucun cas elle ne désirait humilier son mari ou risquer d'énerver le pape qui n'avait même pas encore accepté l'annulation du mariage.
Sans parler du fait qu'il fallait encore qu'elle en parle à ses enfants...
Narcisse attendrait, qu'il le veuille ou non. Elle espérait seulement qu'il ne lancerait aucune rumeur dans son dos. Elle ne pouvait que lui faire confiance.
Un mot qui n'entrait malheureusement pas dans son vocabulaire: confiance.
Après une très courte nuit de sommeil, Catherine fut réveillée à l'aube par des chuchotements dans son anti-chambre.
-La reine dort, vous pourrez lui parler quand..
-Elle sera heureuse d'avoir été réveillée pour entendre ce que j'ai à lui dire alors ouvrez moi cette porte!
Catherine reconnut la voix agitée de sa fille cadette alors elle cria aussi fort que sa voix endormie le permettait: «Laissez-la entrer»
Tant qu'à être réveillée...
Claude entra presque en courant dans les chambres de sa mère, tout en donnant à ses servantes un petit regard victorieux.
-Mère, vous n'allez pas en revenir !
La jeune fille semblait très agitée, pratiquement euphorique :
-La fille du duc de Bourgogne m'a appris qu'elle avait parlé avec la fille de la cousine du meilleur ami du duc de Toulouse qui avait elle-même parlé avec l'oncle de la femme de..
-Abrégez Claude !
-Diane est partie.
-Quoi ?
-Diane est partie !
-Et ? C'est pour ça que vous me réveillez ?
-Vous ne comprenez pas Mère, elle n'est pas partie en voyage à Paris ou à Anet, elle a été bannie du royaume de France ! Toute la cour en parle !
Bannie ? Mais par qui ? Question stupide, il n'y avait qu'une personne qui pouvait bannir quelqu'un du royaume. C'était totalement illogique et incompréhensible...
-Avez-vous vérifié cette information Claude?
Catherine avait du mal à le croire. La jeune fille, cependant acquiesça d'un vigoureux hochement de tête «oui Mère, la fille de la cousine du.. » elle se reprit en voyant le regard de sa mère «..je connais quelqu'un qui a vu le document de bannissement de ses propres yeux. Diane a passé la frontière espagnole il n'y a même pas une heure. »
La jubilation de Claude face à cette nouvelle était touchante mais Catherine détestait le fait qu'Henri, en exposant ses frasques extraconjugales à tous, avait, même sans le vouloir, mêlé leurs enfants à leur vie de couple. Elle détestait que Claude se sente abandonnée pour Diane, elle détestait que même ses enfants compatissent à son humiliation et elle détestait qu'ils soient mêlés à toutes ces histoires sordides de tromperies.
Mais elle s'y était habituée. Tout comme elle s'était habituée à faire face à la présence constante de la maîtresse de son époux. Et aujourd'hui, alors qu'Henri était sur le point de légitimer enfin sa Diane chérie, il la renvoyait de sa vie et du pays ? Cela n'avait aucun sens !
Catherine sortit de son lit avec colère et sonna pour que ses dames arrivent afin de la préparer. Elle appela ensuite pour sa dame d'honneur préférée:
-Charlotte, puis-je savoir ce que diable mon époux a-il encore manigancé ?!
Bonjour et désolé pour ceux qui espéraient voir Henri dans ce chapitre .. .mais ne vous inquiétez pas! Il sera plus présent dans le prochain. J'espère que ce chapitre vous a plu quand même. La suite? La confrontation entre H&C à propos de départ de Diane bien sûr!
