Chapitre 17 : Une erreur de trop
Tandis que Zorro parvenait au campement d'El Lobo, les lanciers s'apprêtaient à partir du pueblo de Los Angeles.
— Je viens avec vous, soutint Don Alejandro.
— Mon ami, faites attention à vous, appuya Avila.
— Vous devriez rentrer pour avertir Don Diego de la situation, déclara Toledano.
— Que voulez-vous qu'il fasse ? Il n'est pas homme à se battre, dit Alejandro. Il est donc inutile de l'embêter avec cette affaire.
— Pourtant il semble plutôt doué, souligna le capitán.
Les mots manquèrent soudainement à Don Alejandro.
— Señor Toledano, l'hacienda des De la Vega n'est pas sur notre route. Nous allons perdre du temps à aller avertir Don Diego, intervint Monastario. De plus, le señor De la Vega ne sera pas de trop pour nous épauler, rajouta-t-il ensuite.
Silencieusement, le vieil hidalgo remercia l'ancien capitán. Toledano observa l'échange entre ces deux hommes, ni l'un ni l'autre ne changerait d'avis.
— En route ! dit-il en faisant signe aux lanciers et ouvrant alors la voie. À sa droite et à sa gauche, se trouvaient respectivement Don Alejandro et Monastario.
L'avancée vers le campement se fit rapidement et en silence. Toutefois avide de réponses, Toledano se tourna vers l'ancien commandante.
— Dites-moi, Señor Monastario, j'ai lu vos annotations en marge des rapports du Sergent… Elles sont intéressantes en soi.
De quoi parle-t-il ? songea Alejandro restant impassible et attentif.
Monastario sourit narquois.
— Le Renard vous a-t-il jamais humilié ? demanda Enrique.
— Je n'ai eu rapport avec lui que quelque fois… La toute première, fut le jour de mon arrivée. Ensuite, je n'ai que peu revu ce bandit.
— Avez-vous eu l'occasion de croiser le fer avec lui ?
— Dans tous les sens du terme. J'ai croisé le fer avec et contre lui… C'est un escrimeur hors pair, sourit Toledano.
— Je parie qu'il est sorti gagnant à chacune de vos joutes.
Don Alejandro cacha un sourire.
— Détrompez-vous, Señor… Lors de notre dernière rencontre, j'ai désarmé le Renard.
Le señor De la Vega en perdit son sourire et se tourna vers le capitaine avec étonnement.
—Je vous félicite, Capitán Toledano, dit Monastario non moins étonné que Don Alejandro.
— Je n'ai aucun mérite, Señor… Ce jour là, Zorro était souffrant. Comment va votre blessure ?
— C'est juste une égratignure. Ne vous tourmentez point, j'ai connu bien pire.
— Le Renard ? interrogea Arturo sans y croire.
— Non. Zorro ne m'a jamais blessé physiquement. Sauf peut-être une fois, mais il ignorait alors qui était son adversaire… C'est mon… C'est mon orgueil et ma vanité qui ont été blessés. Comment va votre bras ? demanda-t-il pour changer de conversation.
— Une égratignure, répartit Toledano en souriant.
— Hâtons-nous ou Don Sebastián aura le temps de réorganiser ses troupes, fit remarquer Don Alejandro.
Toledano et Monastario approuvèrent les dires du señor De la Vega et la chevauchée reprit de plus belle.
…
Au moment où Zorro parvint à distance raisonnable de la seconde cabane, l'explosion retentit et le souffle le renversa à terre. Il se releva un peu sonné et se retourna pour évaluer l'étendu des dégâts.
Eh bien ! C'était juste, se dit-il avant de se hâter, il avait un loup à amadouer.
Le bruit de l'explosion n'était pas passé inaperçu aussi bien pour les lanciers qu'à l'autre campement.
El Lobo sourit. Malgré la mauvaise nouvelle d'Antonio, le Renard ne devait pas avoir survécu.
Dommage pour Antonio, pensa El Lobo avec ironie en regardant le corps maintenant inerte du bandit.
Un hululement l'alerta soudain sur l'approche d'intrus.
Les lanciers sont rapides, réalisa-t-il en perdant son sourire.
— Attendez mon signal, dit-il tandis qu'une ombre noire se faufilait sur le toit de la cabane et se cachait parmi les branches des arbres alentour.
Zorro observa El Lobo approcher de la cabane et le devina entrer. Il avait remarqué une lucarne ouverte et en profita pour pouvoir pénétrer à l'intérieur. La fenêtre donnait sur plusieurs poutres qui participaient au soutènement de la toiture.
— Que faites-vous à côté de ma douce ? demanda vivement El Lobo
Zorro serra ses poings de colère. Comment cet homme osait-il parler ainsi de Salena et à qui parlait-il ?
Isabella, pensa-t-il lorsqu'il vit une señora reculer, terrorisée
— Señor, la señora De la Cruz m'a aidé, expliqua un homme que Zorro ne pouvait pas voir.
— Hernando, je ne vous ai rien demandé, dit El Lobo avec cette même fureur.
L'homme se fit silencieux. Il sembla à Zorro que celui-ci se mettait à l'écart.
Isabella tremblait de peur, mais les mots murmurés par la jeune femme lui revinrent à l'esprit.
— Votre douce ? s'exclama-t-elle. Je doute qu'un homme tel que vous puisse être aimé, lâcha-t-elle avec ardeur.
Fébrile, Don Sebastián marcha vers elle.
Mais pourquoi ai-je dit ceci ? s'alarma-t-elle en le voyant faire.
Ni le bruit de la gifle, ni le cri de douleur n'échappèrent à Zorro qui ragea intérieurement. Isabella tomba à terre, le cœur palpitant. Le petit Diego se leva d'un bond et courut vers le méchant.
— Brute, s'exclama l'enfant.
Fulminant, El Lobo le repoussa violemment du revers de la main.
— Diego ! s'écria Isabella.
Alors qu'elle se releva pour s'approcher de son fils, El Lobo l'arrêta.
— C'en est assez de ma patience, Señora, dit-il en l'empoignant fermement.
Zorro le vit récupérer un objet dans le tiroir du bureau et le cacher derrière lui, mais ne parvint pas à savoir ce dont il s'agissait. Puis Don Sebastián mena Isabella à la porte de la cabane.
Révolté, Zorro se battit contre lui-même pour ne pas descendre.
El Lobo s'arrêta sur le pas de la porte et plaça son arme à feu sur la tempe de la señora.
Zorro remarqua ensuite l'enfant se mettre à bouger, à son plus grand soulagement. Saisi par la douleur, le petit se mit à pleurer tandis qu'au dehors les lanciers arrivaient.
— Dites-lui de se taire, pesta Don Sebastián.
— Vous lui avez fait mal, brute que vous êtes, rétorqua Isabella.
— Señora, gronda El Lobo.
— Señor, rendez-vous sans faire d'histoires ! ordonna Toledano lui faisant oublier la señora De la Cruz.
De Otsoa leva la tête et observa les lanciers devant lui. Il n'y avait qu'une poignée de soldats, le capitán Toledano, le señor De la Vega et… El Chivo.
— Vous êtes un marrant, Capitán. Croyez-vous réellement que je vais me rendre sans combattre ?
— Vous risqueriez la vie de vos hommes pour votre bon plaisir ? interrogea Monastario.
— Mes hommes sont bien plus efficaces que les soldats de Los Angeles, répartit El Lobo avant de siffler fermement.
Des balles se mirent à pleuvoir parmi les lanciers qui se dispersèrent aussitôt. Monastario resta sur place, regardant autour de lui et faisant ainsi une cible parfaite pour Don Sebastián.
Ôtant son arme de la tempe de la señora, il le visa alors.
— Adiós, El Chivo, murmura-t-il.
— Non ! s'exclama Isabella qui le poussa fermement.
Déstabilisé, El Lobo manqua sa cible. Cependant la balle se logea dans l'arbre proche de Monastario. Sa monture se cabra subitement, le faisant tomber à terre.
Don Sebastián se tourna vers Isabella qui avait de nouveau reculé.
— Señora, vous pouvez dire adieu à votre fils, rugit El Lobo en visant le petit.
— Non ! cria Isabella en se précipitant vers Diego pour le protéger de son corps.
Perché, Zorro perçut le danger et fit claquer son fouet, déviant le tir in extremis.
El Lobo leva la tête vers l'intrus, surpris et maugréant de cette interruption.
— Zorro ! s'exclama-t-il.
Isabella ouvrit les yeux et tourna sa tête à l'exclamation d'El Lobo.
Diego, sourit-elle en le découvrant.
Sans réfléchir, le señor De Otsoa pointa son arme vers le Renard et voulut tirer… Vainement. Son arme était vide. Rageant, il la jeta à terre et sortit son épée tandis que Zorro descendait de son perchoir. Hernando recula dans un coin de la pièce en le voyant.
Avec hargne, le Loup se jeta sur le Renard
— Il paraît que vous êtes bon escrimeur, nargua-t-il.
— Bon escrimeur ? C'est un affront rien que d'y penser, Señor, ironisa Zorro en augmentant sa cadence d'attaque.
Don Sebastián en perdit son sourire, le hors-la-loi jouait avec lui.
Bon sang ! songea-t-il devant la facilité avec laquelle le Renard parait et esquivait ses assauts.
Cependant, il n'avait pas joué sa dernière carte et tenta de déstabiliser son adversaire en le menant près de la señora De la Cruz. Il sentait la fatigue le gagner et savait qu'il devait agir rapidement pour avoir une chance de vaincre le cavalier noir.
— Vous ne valez pas grand-chose, Señor De Otsoa, gronda Zorro en le ramenant près de la porte d'entrée.
Au dehors les coups de feu continuaient à pleuvoir mais, grâce aux informations fournies par Monastario, les bandits se retrouvèrent mis en déroute. Les chevaux de frises censés ralentir les lanciers eurent l'effet contraire. Pensant pouvoir fuir en les contournant, les brigands furent pris à leurs propres pièges. En effet, d'autres soldats les attendaient de l'autre côté de l'obstacle.
Adossé à la porte, Don Sebastián pesta. Néanmoins la chance tourna dramatiquement en sa faveur lorsqu'un coup de feu brisa la fenêtre, faisant crier de surprise et de douleur Isabella. Zorro tourna sa tête vers elle avec inquiétude, oubliant momentanément son adversaire. Machiavélique, El Lobo effaça un rapide sourire et saisit sa dague, cachée dans son dos, de sa main gauche.
— Señora De la Cruz ? questionna Zorro en la voyant recroquevillée sur le sol.
Il la vit réagir et soupira de soulagement, mais il ressentit aussi une sensation de danger imminent.
— Señor Zorro ! appela soudainement Hernando tentant de le prévenir au moment où El Lobo frappait.
Zorro se retourna alors vers Don Sebastián et remarqua son sourire. Il devina le bras gauche de son adversaire à sa droite, puis il sentit plus qu'il ne la vit une lame mordre sa chair dans son dos, au niveau de son épaule. Son arme soudainement lourde tomba à terre. Étouffant sa douleur, il porta la main gauche à sa blessure tout en reculant forçant El Lobo à lâcher sa dague.
Dague qui resta dans la blessure…
— D… Dios, Zorro, s'apitoya Isabella manquant de se tromper.
Elle avait entendu l'appel d'Hernando. Vaseuse, elle s'était retournée et était devenue témoin du drame. Elle avait perçu la douleur de son ami et s'en sentit coupable.
Don Sebastián ricana de son succès. Mal en point, Zorro savait que cette blessure allait lui causer des ennuis si le combat s'éternisait.
— On fait moins le malin, railla El Lobo.
La vision de Zorro devint floue. Au dehors les coups de feu avaient cessé.
— La partie est terminée, Zorro.
— Pour vous, affirma le Renard en se ressaisissant et esquivant l'attaque de son adversaire.
Seulement, Zorro était désarmé et ne pouvait que se défendre. Il se retrouva acculé contre une des parois de la cabane. El Lobo sourit d'un air goguenard, il avait gagné.
— Adiós, Señor Zorro, dit-il en se jetant sur lui.
