Chapitre 18 : Une victoire au goût amer

Zorro se laissa glisser le long du mur pour esquiver l'assaut. Emporté par sa fougue, El Lobo ne put s'arrêter et son arme s'enfonça dans un rondin de bois. Bien plantée dans la paroi, Don Sebastián ne parvint pas à l'en dégager et en oublia momentanément Zorro, dont la condition s'était un tantinet détérioré. En s'appuyant contre le mur, il avait involontairement introduit un peu plus la dague dans son épaule. Il se sentait nauséeux tant la douleur le tenaillait.

Profitant de l'instant qui lui était offert, il se déplaça vers son épée et la récupéra de sa main gauche. En se relevant, il entendit El Lobo exulter après avoir récupérer son arme.

— A nous deux, Zorro, dit-il en baissant son regard croyant trouver le Renard toujours devant lui. Non ! Ce n'est pas possible, murmura-t-il en constatant sa disparition.

Zorro aurait bien ri de la situation mais son état ne s'y prêtait guère. Le visage qu'El Lobo afficha lorsqu'il le trouva derrière lui fut tout autant comique que saugrenu.

— Diablo ! grogna-t-il.

Du coin de l'œil Zorro remarqua Isabella se lever aidant le petit Diego à faire de même avant de s'attraper son côté gauche fermement. Puis ils se mirent en retrait, rejoignant Hernando qui s'occupât d'elle. Il la fit asseoir au bas du lit pour ne pas gêner la señorita De Castillos qui commençait à bouger.

— Vilaine entaille, murmura le médecin.

— Mama, pleurnicha le petit en apercevant sa blessure.

— Mama va bien, Diego. Ce n'est rien je t'assure. C'est juste une petite coupure, lui expliqua-t-elle.

Hernando n'en dit rien et félicita silencieusement le courage de la señora.

El Lobo observa son ennemi et remarqua qu'au dehors le bruit avait cessé. Zorro recula vers la porte, une idée en tête.

— Vous n'avez aucune échappatoire, Zorro, dit El Lobo avançant vers lui fermement.

— Vous croyez ? demanda-t-il en s'arrêtant à un pas de la sortie et pointant son épée vers lui.

—Vous tenez à peine sur vos jambes, Señor, ricana Don Sebastián avant de s'élancer vers lui.

Zorro para l'attaque sans trop de difficultés et, prenant sur ses réserves, désarma le señor De Otsoa en deux temps trois mouvements, le laissant pantois. Sans attendre, le Renard plaça sa lame sous la gorge du bandit.

— Señor, la sortie est par ici, souligna-t-il en lui désignant la porte d'un bref mouvement de tête.

— Je ne…

Il s'arrêta subitement lorsque le Renard appuya davantage sa lame, l'entaillant très légèrement.

— Ne poussez pas plus votre chance, Don Sebastián, gronda le « hors-la-loi »

El Lobo déglutit une fois que la lame se retira et acquiesça. Malgré cela, il demeurait rongé par la rancœur et la colère.

— Je me vengerai, grommela-t-il en sortant.

Sitôt qu'il fût dehors, Zorro referma la porte derrière El Lobo et la verrouilla pour avoir le temps de récupérer un peu.

Au dehors, Don Sebastián se retourna et tambourina à la porte, attirant l'attention de Toledano, Don Alejandro et Monastario.

— Señor ! l'interpella Toledano.

Isabella, pensa Monastario.

Remarquant la vitre brisée, il courut vers la cabane.

Silencieux, Don Alejandro s'approcha de Don Sebastián, rejoignant ainsi Toledano.

A l'intérieur, Diego s'était appuyé à la porte, le souffle court. La douleur était telle qu'il en lâcha de nouveau son arme, inquiétant Hernando, Isabella et le petit Diego qui s'était arrêté de pleurer.

— Zorro ? interrogea Isabella, sa voix cachant mal douleur et inquiétude.

Le Renard ferma les yeux un court instant avant de se ressaisir. Lentement, il se baissa, ramassa son arme et la rangea. Puis il se tourna et s'avança.

— Señor, je vous dois la vie. Gracias, dit Zorro en s'inclinant légèrement.

— Señor, vous ne me devez rien, répartit Hernando.

— Buenas tardes, Doña Isabella, il y avait longtemps que nous nous étions vus.

— Señor… Ne forcez pas, le réprimanda-t-elle.

Diego sourit et se tourna vers Salena. D'un geste tendre, il lui caressa son visage.

— Va-t-elle s'en sortir ? demanda-t-il.

— Pour être franc, je ne saurais vous dire… Elle a perdu beaucoup de sang… Cependant, je puis vous assurer qu'elle a plus de couleurs que lorsqu'elle est arrivée. Que s'est-il passé ? demanda Hernando.

— Il y a eut un soulèvement à Los Angeles… Je l'ai vu lutter avec Don Sebastián. Puis il y a eut un coup de feu et elle s'est effondrée, expliqua Zorro avant de déposer un baiser sur son front.

— Qui est-elle ? demanda Isabella.

— Une amie, répondit le Renard en grimaçant.

— Elle est plus que ça, n'est ce pas ?

— Je pense que mon père a raison, répondit-il énigmatique avant de vaciller, prenant appui sur le chevet du lit.

Isabella le regarda avec confusion, ne comprenant pas ses mots.

— Señor, laissez-moi m'occuper de vous ! se permit Hernando.

— Je ne puis rester ici, les lanciers vont entrer d'une minute à l'autre, dit Zorro luttant contre les vertiges qui le harcelaient. Dites-leur que les otages du second campement sont tous sains et saufs et qu'ils les attendent à l'abri.

— Gracias, souffla Hernando avant de comprendre. Mais… Vous ne pourrez pas grimper avec cette blessure.

— Je ne vois malheureusement aucune autre issue.

Soudain, il sentit une traction sur son pantalon et il baissa le visage.

— Buenas tardes, dit-il.

— Señor Zorro, c'est vrai que vous avez sauvé Los Angeles d'un méchant tyran ? demanda le petit Diego.

— Oui, c'est exact.

— Vous avez aussi sauvé l'oncle Rique ?

— Oui, en effet, répondit Zorro.

— Et qui vous sauvera vous ? demanda l'enfant.

Pris de court, Zorro ne sut quoi répondre. Il réfléchit un court instant alors que l'on toquât une première fois à la porte.

— Ne t'inquiète pas pour ça, Diego. Señora, Señor, merci de prendre soin de la señorita De Castillos.

Nauséeux, Zorro remarqua une échelle et s'en servit tant bien que mal pour remonter vers la lucarne.

— Ouvrez ! fit soudain la voix d'un homme inconnu à Isabella.

Cette dernière ne bougea pas, Zorro n'était pas encore à l'abri.

— Isabella, appela alors Monastario.

Là, elle s'assura que Zorro n'était pas visible et avança vers la porte.

— Señora, faites attention à vous, souffla Hernando. Vous devriez éviter de bouger.

— Ne vous inquiétez pas, Don Hernando.

— Isabella ? répéta Enrique avec inquiétude.

— J'arrive, répondit-elle.

Sitôt la porte ouverte, Monastario enlaça sa nièce qui cacha une grimace. Le petit Diego, l'apercevant, courut dans ses bras.

— Oncle Rique ! s'écria-t-il.

— Alors, Diego, tu as bien… Qu'as-tu au visage ? s'exclama Monastario relâchant sa nièce pour se pencher vers son petit neveu.

Le petit baissa la tête, penaud.

— Señora, dit Toledano en entrant à son tour.

— Señor, répondit-elle légèrement pâle.

— Capitán Toledano, salua Hernando pour se manifester.

— Señor… N'étiez vous point à la taverne il y a quelques jours avec le señor De Otsoa ? demanda Arturo en avançant vers lui. Son visage lui semblait familier.

— Si, Señor… Je suis médecin… Ma femme, tout comme les autres otages, attend votre venue dans ce qui reste du second campement.

— Ce qui… Que s'est-il passé ? demanda Toledano avec confusion.

— El Lobo a ordonné sa destruction… Un messager est venu me dire que l'ordre avait bien été suivi mais que les prisonniers avaient été mis à l'abri, mentit Hernando bien facilement.

C'était donc ça !

— Combien êtes-vous ? demanda le capitaine.

— Si vous comptez El Chivo… Pardonnez-moi, dit-il en s'interrompant. Si vous comptez le señor Monastario, la señora De la Cruz et son fils, ainsi que moi-même, nous sommes une quinzaine.

— Salena ! s'exclama Don Alejandro en entrant à son tour.

Zorro sentit un poids disparaître de ses épaules en apercevant son père qui semblait en bonne santé.

— Señor Monastario, vous avez été inspiré de faire amener trois charrettes, dit Toledano en se retournant.

Ce faisant, son regard se posa momentanément sur une tâche fraîche de sang et il fronça les sourcils, intrigué. Puis lorsqu'il releva la tête, il remarqua le visage blême et troublé de Monastario alors que son petit neveu lui chuchotait à l'oreille.

— Señores, la señorita De Castillos n'est pas transportable sur un cheval et la señora De la Cruz non plus, énonça Hernando faisant relever la tête de Monastario qui regarda sa nièce avec inquiétude.

— Isabella ? questionna-t-il découvrant sa blessure bandée.

— Ce n'est qu'une coupure... La vitre a volé en éclat, expliqua-t-elle l'air contrite.

— Nous allons nous servir d'une charrette pour déplacer les señoras. Les anciens otages se répartiront sur les deux autres et nos prisonniers iront à pied, souligna Toledano avant de retourner à la porte.

— Sergent Garcia, appela-t-il.

— Oui, mi Capitán.

— Veuillez faire approcher une charrette !

— Si !

Toledano retourna ensuite auprès de la señorita De Castillos.

— Veuillez m'excuser, Don Alejandro, dit-il pour pouvoir s'approcher davantage.

Avec précaution, Arturo pris Salena dans ses bras.

— Diego, murmura-t-elle surprenant chacun et les faisant sourire.

Mal à l'aise, Toledano se racla la gorge. De sa cachette, Zorro avait tout vu et se retrouva partagé entre jalousie et soulagement. Mais sa propre douleur se rappela vite à lui et il dut se faire force pour ne pas laisser échapper ne serait-ce qu'un soupir. Puis il remarqua Monastario se tourner vers l'extérieur. Les lanciers venaient de finir d'attacher les bandits.

— Capitán Toledano, dit Enrique.

— Qu'y a-t-il ? demanda ce dernier tandis qu'il arrivât à ses côtés, la señorita De Castillos dans ses bras.

— Nous devrions nous hâter… Un orage approche, prétexta Monastario pendant qu'il observait le ciel se noircir comme pour prouver ses dires.

Néanmoins la cause réelle demeurait ce que le petit Diego lui avait soufflé à propos du Renard.

Déposant avec précaution la señorita dans la charrette, Toledano approuva.

— Sergent Garcia, Caporal Reyes, retournez au cuartel avec les prisonniers. Que quatre autres lanciers escortent les charrettes et me suivent.

— A vos ordres, Capitán, salua Garcia avant de faire signe aux hommes de partir.

— Señor Monastario, savez-vous où se trouve le second campement ?

— Si.

— Alors je vous prie de bien vouloir m'y conduire. Je sais que vous préféreriez rester avec votre nièce, mais je vous serais gré de bien vouloir patienter un peu plus.

— Je vous y conduirai… Señor De la Vega, puis-je vous demander une faveur ? interrogea-t-il ensuite.

— Que puis-je pour vous, Señor Monastario ?

— Je suppose que vous allez rapatrier la señorita De Castillos chez vous, n'est ce pas ?

— C'est exact. Doña Salena y sera comme chez elle. Pourquoi cette question ?

— En fait, je voudrais savoir si vous pouviez accueillir la señora De la Cruz et son fils en attendant mon retour ?

— Doña Isabella est toujours la bienvenue à l'hacienda, Señor. Ce sera avec plaisir que je l'y recevrai.

Inquiet pour Zorro, Hernando, le dernier à sortir, se tourna pour fermer la porte de la cabane. Il le remarqua alors allongé sur une poutre. Il semblait inerte, mais un geste de sa part le rassura et il finit son mouvement.

— Pourquoi avez-vous fermé ? demanda Don Alejandro.

— Par habitude, répliqua Hernando. Capitán Toledano, ma femme Doña Lucinda fait partie des otages. Auriez-vous l'amabilité de la conduire chez le señor De la Vega s'il n'y voit pas d'inconvénients ?

— Don Alejandro ? interrogea Arturo.

— Mais bien sur !

— En ce cas, je l'accompagnerai. Hâtez-vous, Señores ! dit-il ensuite tandis que le vent se fit violent.