Une semaine avait passée depuis que Diane avait été bannie du royaume et, tandis que Catherine et Henri attendaient toujours la réponse du Pape concernant l'annulation, les journées d'Henri étaient remplies d'une toute nouvelle activité...

-Et elle votre Majesté ? Elle est archiduchesse d'Autriche, très fortunée et fort bien

éduquée.

Robert Clairemont, l'un des plus proches conseillers du roi présentait face à lui un portrait d'une blondinette au teint pâle et au nez aquilin. Le roi gémit :

-Oh et quel âge a-t-elle ? 12 ans ? Parfait on lui trouvera une place dans la nursery des enfants !

Clairemont posa le tableau sur sa droite et en saisit un autre.

-Anne de Montreuil, elle n'est pas noble mais très riche, elle a à peu près votre âge et sa famille est très influente dans le sud de la France.

-Tout serait parfait si elle ne ressemblait pas à un cadavre en décomposition !

-Vous êtes dur, votre Majesté, peut-être le peintre qui a fait son portrait était..

Henri l'interrompit d'un geste de la main.

-Ne blâmons pas l'artiste. Même le plus doué des peintres ne peut transformer une truie en déesse ! Et je ne peux décemment pas épouser une femme qui me dégoûte avant même que je ne la rencontre.

Robert rajouta donc ce portrait à l'immense pile de ceux que Henri avait refusé depuis une semaine, trop petite, trop jeune, trop pauvre, trop maigre, trop laide, trop vielle...toutes les excuses étaient bonnes !

-Votre Majesté, peut-être que si vous me laissiez faire appel à d'autres personnes pour m'aider à dénicher la personne idéale, nous serions plus rapide et efficace.

-Non. Je ne veux pas qu'il s'ébruite le fait que je cherche une épouse, en tout cas pas tant que mon mariage n'est pas officiellement dissous !

S'il finit par l'être... pensa Henri.

Il n'avait pas abandonné l'idée de convaincre Catherine de rester mais il devait tout de même se préparer à l'éventualité.

-Continuez Clairemont.

Le jeune conseiller attrapa un nouveau portrait sans grande conviction...il commençait à avoir l'impression que le roi n'accepterait aucune de ses propositions, même si il lui présentait la femme parfaite.

A peine Robert eut-il montré le portrait à Henri que celui-ci explosa de rire.

-C'est ridicule

-Pourquoi ? Elle est jolie, pas trop jeune et l'influence politique des Médicis n'est plus à prouver ! Sans compter qu'il est pas secret que vous deux vous connaissez déjà très bien...

-Hortensa est aussi la cousine de Catherine ! Je n'échangerai pas une Médicis contre une autre ,et puis, Hortensa est déjà difficilement supportable le temps d'une nuit alors le temps d'une vie..

Henri grimaça à l'idée. Non, non, non.

En vérité, quand il y réfléchissait, Catherine pourrait être tellement embêtée de laisser sa couronne à sa cousine qu'elle déciderait de rester... Non. L'idée était stupide et puis il s'était juré de ne pas avoir recours à de foireuses manigances.

Il se retourna vers Robert Clairemont, attendant la prochaine proposition. Henri crut l'apercevoir souffler de frustration lorsqu'il attrapa un autre tableau et le lui présenta. La femme n'était pas moche, elle avait un nez fin, des yeux en amande et des pommettes saillantes. Ses cheveux fins, châtains et tout raides manquaient un peu de charme mais dans l'ensemble, cela allait.

-La duchesse de Sussex, anglaise et veuve, une femme connue pour sa grande piété et sa gentillesse. Elle possède des domaines viticoles dans toute l'Europe et une fortune colossale.

Clairemont eut un peu d'espoir car Henri n'avait pas encore exprimé un quelconque désaccord. Il n'avait pas encore rit ou ne s'était moqué de la femme.

-Je l'ai rencontré une fois...c'est vrai que c'est un excellent choix de fiancé...mais pas pour moi.

Robert soupira. Encore. Alors Henri se justifia :

-Je suis désolé mais j'ai passé une soirée assis à côté d'elle et c'était la femme la plus ennuyante que je n'avais jamais rencontré. Elle ne parlait jamais sauf pour évoquer la religion !

Henri commençait à s'agiter sur son trône, il avait la désagréable impression que Clairemont ne comprenait pas du tout ce qu'il voulait.

-Toutes les femmes que vous me montrez sont des potiches idiotes et silencieuses, des femmes que l'ont a éduqué à être insipides et muettes ! Ce n'est pas ce que je veux. Je veux une reine, une vraie ! Une femme avec du charisme, du caractère, une femme qui sache exprimer ses opinions. Quelqu'un aux côtés de qui je soit fier de régner, quelqu'un à qui je puisse confier mon pays et mes armées en sachant qu'elle a la force de caractère pour les dompter !

Le roi s'était levé dans la fougue de son discours. Il désigna de la main le tas de portraits à ses pieds :

-Ces femmes seront parfaites pour un duc ou un marquis mais pas pour un roi! Vous me connaissez depuis longtemps Robert, j'ai besoin d'avoir un certain respect, une certaine fascination, sinon cela ne peut pas marcher.

Clairemont sourit. C'était étrange de voir comment un homme comme Henri qui ne semblait voir les femmes que comme des conquêtes à accumuler, en réalité, croyait sincèrement qu'il y avait des femmes différentes, qu'il pouvait respecter et aimer.

-Je comprend, votre Majesté, mais n'est-ce pas là l'intérêt de prendre des maîtresses ? Si votre femme vous ennuie et vous déplaît, trouvez juste une amante qui remplira son rôle à sa place.

Henri ne répondit pas immédiatement, il y eut un long silence, puis il dit doucement :

-Aucune maîtresse ne peut remplacer une épouse.

-Est-ce la raison pour laquelle Diane de Poitiers à quitté la cour de France ?

Robert regretta d'avoir posé la question à l'instant même où elle franchit ses lèvres. Le roi n'avait pas à se justifier de ses actions devant qui que ce soit. Henri, cependant, fit une tête bizarre mais répondit à la question sans s'offusquer.

-C'est plus compliqué, mais, oui en quelques sortes.

Robert Clairemont quitta la salle quelques instants plus tard, de toute évidence il fallait qu'il continue à chercher.

Dans le couloir, il croisa la reine de France qui marchait avec ce qu'il supposa être un ami à elle. Il la regarda passer, l'air royal, le menton et levé et les yeux pleins de fougue et de détermination. Il comprit alors ce que voulait dire le roi: ça c'était une reine !


Catherine et Narcisse prenaient le thé dans le jardin nord du château, l'air était frais mais agréable et les fleurs de printemps commençaient doucement à apparaître.

-Vous voyez, ici c'est partie sud du domaine, en été, on peut y regarder les couchers de soleil sur la mer, c'est d'une telle beauté que j'y reste parfois des heures entières.

Sur la table devant eux, au milieu des tasses de thé et des gâteaux sucrés se trouvaient les plans des différents châteaux et domaines de Narcisse. Celui-ci parlait de ses propriétés avec une telle passion qu'il était difficile de résister à l'envie de les visiter.

-Mes châteaux en bord de mer sont mes préférés. Le bruit des vagues et l'air frais de la mer me rassure toujours. J'aime même me baigner !

-Vous vous baignez ? Dans l'océan ? N'est-ce pas dangereux ?

Narcisse sourit.

-Vous ne l'avez jamais fait ? Vous ne savez pas ce que vous loupez. Je vous y amènerai !

Catherine reprit une gorgée de thé, le sourire aux lèvres. Stéphan voulait tout lui montrer, tout lui faire visiter, c'était presque attachant ce désir qu'il avait de lui faire découvrir toutes les merveilles qui puisses exister.

Narcisse croqua dans un biscuit et s'exclama :

-J'espère vraiment que l'on pourra emménager chez moi avant le début des vendanges, la côte est tellement plus agréable en été !

Narcisse plaça légèrement une main sur son épaule, tout en attrapant un autre plan dans la pile.

-Mais, vous connaissant, le château que vous allez préférer est celui-ci. Il est situé en Provence, dans le sud de la France, je suis certain que l'air chaud et le chant des cigales vous rappellera l'Italie. Et puis, le domaine est si grand que l'on peut chevaucher durant plusieurs jours sans jamais repasser par le même endroit !

Cet homme était un conteur né. Il voulait vraiment que Catherine visite toutes ses propriétés, il l'imaginait déjà, cheveux au vent, chevauchant à ses côtés sous un coucher de soleil.

-Dans ces immenses forêts, il y a tellement de lieux magiques, ruisseaux, lacs, clairières et puis c'est l'endroit parfait pour cacher un cadavre !

Il lui donna un clin d'œil, alors elle comprit qu'il plaisantait...enfin si il plaisantait vraiment...

-Il y a aussi des couloirs entiers recouverts de peintures et d'œuvres d'art. Ce sera l'endroit parfait pour vos activités de mécénat ! Enfin si vous souhaitez les poursuivre

-Bien-sur ! Je n'abandonnerais mes artistes pour rien au monde !

Narcisse prit sa main, elle frissonna presque au contact, il la plaça doucement sur une partie précise du plan.

-Voici la véritable petite merveille de ce château si cher à mon cœur. Cette salle est un petit bijou imaginé par un architecte napolitain, la particularité qui la rend unique c'est qu'elle ne possède pas de plafond mais un dôme entièrement fait de verre ! Dormir là-bas la nuit est une expérience indescriptible, on ne voit que les étoiles au dessus de notre tête, et, je ne parle même pas d'y faire l'amour...

Il leva un sourcil un peu lubrique et Catherine roula des yeux en souriant. Il tenait toujours sa main mais cela ne la dérangeait pas, c'était même plutôt agréable.

-Votre majesté ?

Catherine libéra sa main de celle de Stéphan le plus rapidement qu'elle put, en priant pour que le serviteur n'ait rien vu.

-Oui ?

-L'une de vos dames de compagnie m'a envoyé vous dire que vous devriez vous rendre dans la salle du trône au plus vite.

Catherine et Narcisse partagèrent une œillade intriguée.

-Bien nous y allons immédiatement alors. Envoyez des domestiques pour débarrasser la table de notre thé.

.

Cela me brise me cœur d'écrire à propos d'Henri et Catherine qui commencent à organiser leur vies séparément, mais ne vous inquiétez pas, l'histoire n'est pas encore finie!

Merci à ceux qui me soutiennent, vous ne savez pas à quel point vous m'encouragez!