Chapitre 17
Précautionneusement, Ashley traversa la foule de voyageurs sortant du train, faisant bien attention à ne pas être trop bousculée. Ce serait bien sa veine si elle s'était attirée les foudres de Crane juste pour perdre son bébé quelques heures à peine après avoir pris la fuite. Inconsciemment elle porta une main à son bas-ventre en regardant autour d'elle sans reconnaître ni les quais propres, ni la façade neuve de la gare, encore moins les visages souriants des contrôleurs qui avaient laissé coulé quand elle leur avait dit avec des yeux larmoyants qu'elle n'avait pas eu le temps d'acheter son ticket. L'idée de cette escapade avait été que si elle ne savait pas où elle se rendait, il y avait des chances que le grand psychopathe ne pourrait pas savoir non plus. Pour plus de confusion elle était partie sans ses affaires, avec pour seule ressource la tonne de billets qui traînait dans son sac.
Crane ne s'était jamais vraiment inquiété de la partie plus financière du crime. Pour lui l'argent n'était qu'un moyen d'obtenir plus de matériaux et de matières premières pour ses inventions. C'est ainsi que Scarlett avait pu amasser dans son dos une grosse quantité de liquide en ajoutant sa propre marge au prix du Thrill qu'elle devait en vendre aux mafieux du coin. Comme Jonathan avait pu le remarquer plus tôt, ce n'était pas la loyauté qui l'étouffait. D'accord, elle était la seule femme assez truffe pour tomber amoureuse de cette espèce de sac à foin rachitique, donc elle revenait toujours. Néanmoins elle restait une fille des rues et ne manquait pas de pragmatisme : son beau n'avait aucun instinct de survie, ne partageait (probablement ?) pas ses sentiments et la payait une misère. S'il venait à mourir où qu'il décidait du jour au lendemain qu'il n'avait plus besoin de ses services elle aurait besoin de réserves pour rebondir, parce qu'il n'était pas question qu'elle recommence à vendre ses fesses dans le caniveau. Elle se souvenait encore du gros qui avait du fromage entre ses bourrelets...
L'image lui inspira un frisson de dégoût et elle marcha plus vite. Plus jamais ça. Avisant un panneau d'indication, elle entra dans le hall de la gare, évitant de peu le jingle dissonant du dirigeable publicitaire de Killer Moth.
C'était noir de monde. Malgré son adresse Ashley se retrouva pressée entre les gens qui comme elle regardaient les prochains départs annoncés. Il y avait un changement vers Detroit qui partait dans trois minutes. Si ses informations étaient correctes, Detroit c'était comme Gotham, mais avec plus de gangs et moins de tarés en collants. Tant pis, elle prendrait le premier changement disponible, ce n'était pas comme si elle avait l'embarras du choix non plus. Tant bien que mal, elle s'extriqua de la masse de badauds et se dirigea vers le chemin sous-terrain qui l'amènerait vers les quais. D'ordinaire elle ne se sentait jamais très bien dans les égouts, mais le couloir bien éclairé ne lui faisait ni chaud ni froid. Elle pouvait donc se concentrer sur d'autres choses, par exemple mourir de peur à l'idée que Jonathan la retrouve.
Avec des gestes tremblants, elle sortit quelques pastilles de miel et en mit trois dans sa bouche.
Peut-être que ce n'était que de la paranoïa, mais plus elle s'éloignait de Gotham et plus elle s'inquiétait. Et s'il avait été assez parano pour lui injecter une puce sous la peau ? Il allait l'écharper. Pendant des années elle avait eu l'honneur douteux de tenir la caméra quand il voulait utiliser les andouilles qu'il torturait comme exemple pour tout le monde, alors elle savait très bien ce qui lui arriverait. Si elle n'avait pas pris des anti-vomitifs avant de partir Ashley aurait déjà rendu son petit déjeuner. Mais elle devait le faire. Pour la toute petite crevette en train de flotter sous son bide, à laquelle elle s'était tellement attachée ces derniers mois, mais aussi pour elle-même qui risquait de crever avec.
Elle trottina sur les derniers mètres la séparant du train et sauta par dessus le trépied pour entrer, les portes se refermant derrière elle. Immédiatement Ashley alla trouver le contrôleur dans le premier wagon et tourna vers lui ses grands yeux bleus larmoyants.
"Hah, bonjour, hah ... "Elle haleta de sa voix artificiellement adoucie. "Je suis, hah, je suis désolée je..." Elle fit une pause pour inspirer et il sourit en la voyant aussi stressée. " Je suis arrivée en retard j'ai pas eu le temps..."
Il secoua la tête.
"Ah c'est terrible ça, va falloir vous mettre en prison."
Elle se figea et le fixa avec l'air d'une biche prise dans les phares d'une voiture.
"Mais oui, tout droit vers Belle Reeve." Dit-il, guilleret, en posant une main sur son épaule. "En attendant il reste de la place dans la cabine là-bas, vous m'y attendez et on va régler ça quand je passerais, d'accord ?"
Elle le remercia avec un grand sourire plein de fossettes et partit dans la direction qu'il lui avait indiquée. Les gens étaient toujours plus agréables quand on était une jeune femme toute mignonne. Le coup de la demoiselle en détresse marchait drôlement moins bien avant, quand elle avait au moins cinq piercings à chaque oreille, qu'elle empestait constamment l'alcool et qu'elle portait des jupes si courtes qu'au moindre mouvement on voyait les tatouages sous ses fesses. Parce que oui, Lindsey pouvait bien dire ce qu'elle voulait, ses vêtements s'étaient allongés. Mais bon, en même temps elle ne l'avait pas connue à cette époque-là, elle ne pouvait pas voir la différence.
Après avoir fermé la porte derrière elle, Ashley se laissa tomber sur la place la plus proche de la fenêtre et respira un peu. Chaque changement intempestif la rendrait un peu plus difficile à trouver et l'éloignerait de cette vie de merde. Elle retira ses talons hauts du bouts des pieds et se recroquevilla sur elle même, berçant son ventre en regardant les rails défiler.
Tout allait changer maintenant. Quand elle avait découvert qu'elle était enceinte elle avait tergiversé pendant des semaines et beaucoup pleuré. Les hormones lui pourrissant le cerveau, elle avait même envisagé un instant d'en parler à Crane. Heureusement qu'il était à Arkham. Quand il était revenu elle avait eu le temps de comprendre que c'était une idée de merde et qu'il allait falloir qu'elle se barre. Très honnêtement, son petit secret l'avait grandement calmée au fil des mois, comme un phare au loin qui lui disait pour la toute première fois que c'était pas grave que l'autre ahuri l'ignore tous les quatre matins, que Black Mask la tripote à chaque rencontre, qu'elle manque de se prendre des baffes régulièrement, que ses amis finissent tous par fuir ou crever, que tout le monde lui accorde autant de considération qu'à un reflux d'égout... C'était pas grave parce que tout ça, toute cette vie de merde qui n'en finissait pas et bah elle avait une date de péremption.
Dès que ça se verrait, elle avait décidé, elle se barrerait loin pour refaire sa vie avec son petit garçon. Dans un coin plus propre que Gotham, plus calme, avec un temps assez doux pour qu'il y ait un peu de neige en hiver et beaucoup de soleil le reste de l'année. Et en attendant, elle gagnerait du fric. Bon, okay, il y avait des moments où c'était passé prêt : pour l'écho des trois mois elle avait pleuré toute la nuit après avoir dû détruire le premier cliché du petit. Crane l'avait faite chier pendant une bonne semaine et elle avait failli craquer, mais au final Catwoman lui avait piqué un truc pour Ivy et il l'avait oubliée. Plus récemment en sentant une toute petite bosse sous son ventre, pas plus grosse qu'un bleu, elle s'était rongée les sangs devant l'énormité de ce qui se dressait devant elle, l'autre avait encore une fois fini par s'en rendre compte mais rebelote, il avait eu des emmerdes avec sa famille et il l'avait oubliée. Pour une fois, ça l'arrangeait qu'il l'oublie si facilement.
Ou peut-être pas si facilement que ça, à en croire l'apparition du grand roux maigre qui fit irruption dans sa cabine.
La porte claqua derrière lui et elle se pressa contre le mur dans un effort vain de s'éloigner de lui.
"Oh merde..."
Là était le mot. Ses cheveux en désordre et les plis sur ses vêtements ne rendirent son air que plus sombre quand il se pencha vers elle et lui souffla doucement :
"Si tu veux t'apitoyer sur ton sort attends au moins que je te donne une bonne raison de le faire."
Elle couina.
Ça y était, c'était fini, elle allait mourir. Son souffle s'accéléra, pour de vrai cette fois, et elle regarda dans tous les sens à la recherche d'une issue. Le contrôleur ! Le contrôleur allait bien finir par passer non ? Est-ce qu'elle pouvait gagner du temps ?
"É-écoute-" commença-t-elle maladroitement. "C'est pas ma faute, c'est la faute à Tetch."
"Oh ?"
Jonathan s'assit à côté d'elle et posa son bras en travers du dossier, la faisant reculer un peu plus contre la vitre. A dire vrai, il n'en avait que faire de ses arguments. Après avoir passé une heure dans une cabine de dirigeable avec Killer Moth et ses acolytes bons à enfermer -surtout celui qui sentait le chou et répétait toujours la même phrase en boucle- tout ce qu'il se demandait maintenant, c'est s'il allait ouvrir le ventre au scalpel ou au couteau de cuisine. L'un avait la précision, l'autre le charme... La seule raison pour laquelle il s'approchait de cette raclure et la laissait parler, c'était qu'il voulait se nourrir de sa peur pour combler le trou béant dans sa cage thoracique.
Et parce que le train n'avait pas d'arrêt avant une demi-heure.
"Ben… Tu sais comment il laisse des trucs des fois quand y vient ?"
Elle frémit quand il prit une de ses mèches brunes pour la caresser, tirant pour lui faire mal. Il se souvenait. Il se souvenait des filles-lapines hypnotisées qu'elle l'avait aidé à délivrer dans le dos du chapelier. Des thés où Jervis l'habillait en soubrette et l'obligeait à rester silencieusement dans un coin pendant qu'il se moquait d'elle. De l'acceptation graduelle de l'anglais. De sa joie en voyant Sayonara le chaton. Est-ce qu'elle s'en souvenait elle ? Elle s'en souvenait quand elle allait voir ailleurs ?
Il arracha quelques cheveux. Ashley serra les dents et continua.
"Ben il avait laissé du thé une fois, que lui il aimait pas parce qu'y avait de la bergamote dedans..."
Oui, il faisait souvent ça. Laisser des biscuits et du thé d'excellente qualité que lui ' n'aimait pas' de façon à lui faire un cadeau sans en avoir l'air. Pourquoi ? Pour essayer de lui faire plaisir, parce qu'ils étaient partis sur un très mauvais pied et qu'elle était difficile à apprivoiser. Mais ça, elle s'en fichait, n'est-ce pas ?
"Sauf que … Bah..." Elle s'écrasa un peu plus en voyant son air meurtrier. "Avec la bergamote y'avait du millepertuis."
Au dernier mot, il laissa tomber la mèche de cheveux qu'il était en train de tirer et son expression perdit tout son venin. La réalisation lui tordit les entrailles. Le millepertuis était fortement contre-indiqué pour les femmes prenant la pilule parce qu'il en annulait les effets contraceptifs. Et ce n'était pas non plus comme si elle n'en avait pris qu'une seule fois : étant complètement accro aux infusions, Ashley avait dû en boire tous les jours, plusieurs fois par jours, et ce jusqu'à épuisement de son stock. Il ferma les yeux et, se détournant de la brune, se prit la tête entre les mains.
Jervis était neurologue, pas pharmacologue, il n'avait jamais pris de cours de botanique.
La blâmer aurait été ridicule, elle pensait que 'myxomatose' était une insulte étrangère.
Il n'avait pas été à Arkham lors de la conception et si sa contraception était défectueuse il était donc très possible que ce soit bien lui le père. En sachant qu'il était incapable d'être complètement autonome sans finir à l'asile psychiatrique tous les trois mois, c'était probablement la chose la plus effrayante qu'il avait pu entendre de l'année. Qu'est-ce qu'il pourrait bien faire avec un... Petit presque humain maladroit qui aurait besoin qu'on fasse attention à lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? Sans compter que si Harley apprenait qu'il avait réussi à se reproduire, il y avait de grandes chances qu'elle décide de jouer les baby-sitter et le massacre dans la foulée avant que Jonathan n'ait pu le faire. Et les produits chimiques qu'il laissait traîner partout ? Rosemary avait dit qu'elle avait trouvé une bombe de toxine sous le canapé, si c'était le bambin qui l'avait trouvée il n'aurait pas fait long feu. Non, il ne lui donnait pas plus d'un an pour mourir dans d'atroces souffrances et briser le cœur d'Ashley.
Celle-ci, visiblement blessée que la nouvelle le fasse réagir ainsi, avait croisé les bras et regardait par la fenêtre d'un air rageur, enfoncée le plus profondément possible dans le dossier.
Il posa sa main sur son genou. Qu'elle le veuille ou non il n'y avait qu'une seule solution viable à ce problème. Se préparant à ses hurlements, il commença doucement :
"Il faut que tu avortes."
Elle ne bougea pas d'un centimètre.
"Non." Elle le coupa en le voyant ouvrir la bouche. "Je vais me barrer de Gotham et vivre avec lui et pas faire de vague et si ça t'emmerde c'est tant pis. T'façon là c'est trop avancé pour que j'avorte."
Si elle voyait déjà le fœtus comme une personne, elle le défendrait bec et ongles. Jonathan la prit dans ses bras. S'il utilisait l'affection qu'elle avait pour lui, Jonathan, qui était là et bien vivant, il pourrait s'en sortir.
"Tu n'iras pas loin." Il évita sa main et frotta sa tête contre ses cheveux. "Ne fais pas ça, je suis désolé mais ce n'est pas ma faute si tu es trop impliquée pour partir. Black Mask a l'habitude de te voir, tu fais partie du petit monde du Chapelier … Aussi loin que tu te caches, il y aura forcément quelqu'un qui viendra après toi pour se débarrasser d'une brèche poten-"
"T'es pas désolé et c'est que des conneries." Trancha-t-elle. "Je suis une pute, tout le monde s'en fout de moi, pour une fois que ça sert à quelque chose !" S'exclama-t-elle amèrement. "Si je pars y penseront juste que tu m'as foutue dehors pour en prendre une plus fraîche, si y pensent pas direct que tu m'as flinguée pour faire de la place."
Ah, son manque de confiance habituel. Elle partait d'un endroit où elle pensait qu'on ne l'appréciait pas pour aller voir si l'herbe était plus verte ailleurs. S'il lui disait qu'elle était utile et qu'ils tenaient tous un peu à elle, Ashley ne le croirait pas. Sans doute parce que c'était faux pour certains. Mais s'il jouait sur ses doutes par contre...
"Ils ne te connaissent pas très bien c'est vrai... Mais moi ils me connaissent. Si tu disparais ils vont se poser des questions, ne serait-ce que parce qu'on t'associe à moi. Et puisque tu n'es qu'une intermédiaire, s'ils viennent pour toi, pour se débarrasser d'une brèche potentielle que j'aurais laissée s'échapper en la pensant inoffensive, ils ne prendront pas la peine de me prévenir ou de me demander pourquoi je t'ai laissée filer." Il la serra un peu plus fort en voyant ses yeux briller de larmes contenues. "Tu peux penser ce que tu veux de moi, mais je ne tiens pas à apprendre un an après que tu as été abattue au détour d'une ruelle."
Elle ne répondit pas, mais il vit sa mâchoire se serrer. Il l'embrassa sur le front et caressa sa joue.
"On connaît tous les deux des gens qui peuvent faire ça sans dou-"
"Mais fous-moi la paix avec ça !" Cria-t-elle soudainement. "Je veux pas et t'façon c'est dangereux d'avorter trop de fois !"
Il avait fait une erreur. Dans son empressement il avait abordé l'avortement trop tôt. Elle se débattit pour le repousser, refusant qu'il la prenne sur ses genoux, giflant ses mains quand il voulu toucher son visage. Sa patience avait des limites.
"Ashley, ne soit pas bornée-"
"C'est toi qui es borné ! Je te demande rien que je sache !"
Il frappa du poing contre la vitre à quelques centimètres de son oreille et elle poussa un cri avant de fondre en larmes. Elle ne pleurait pas aussi facilement d'habitude, ce qui le mit vaguement mal à l'aise. Les hormones sans doute. Au moins elle n'essayait plus de le frapper. Sa main se détendit et il la posa sur sa tête, cachée entre ses genoux alors qu'elle s'était repliée sur elle-même.
"Tu me demandes de te laisser partir, si ce n'est de te laisser mourir. C'est beaucoup, je trouve."
Ashley renifla pathétiquement.
"Qu'est-ce tu t'en fous ?" Gémit-elle entre deux sanglots. "Trouve-toi une autre pute pour te supporter, moi j'en peux plus de cette vie de merde. Bordel je veux vivre moi ! Je veux voir du soleil, je veux être en sécurité avec mon bébé loin de- de... Loin du smilex et des cobayes et des explosions à tout va je..."
Ses sanglots redoublèrent d'intensité et il ne parvint plus à comprendre ce qu'elle disait. S'il était doué pour rendre les gens fous, il n'était pas très doué pour les consoler. Il posa une main dans son dos qui n'eut aucun effet. Jonathan soupira. Il ne pouvait pas jurer qu'on lui ferait du mal si elle partait, son désir de la garder près de lui était purement égoïste. Ça ne voulait pas dire qu'il appréciait la voir dans cet état. Elle continua de déblatérer dans le vide, à moitié hystérique et cette fois-ci le bon docteur garda le silence. Qu'est-ce qu'il pourrait bien faire sans elle ? Ça faisait tellement longtemps qu'il avait prit l'habitude de l'avoir à ses côtés, qu'elle faisait en sorte qu'il se sente confortable, qu'il ait toujours assez d'argent pour des matières premières et qu'il soit assez calme pour continuer ses expériences, que ce soit en reformulant les mauvaises nouvelles pour les faire paraître moins grave, en rencontrant les mafieux quand il n'avait pas la patience de la faire, en le supportant durant ses pires humeurs ou, dans les cas extrêmes, en mettant des médicaments dans sa nourriture. Il fermait les yeux là-dessus parce que dans un sens, elle le faisait un peu aussi parce qu'elle s'inquiétait pour lui.
"… 'Fin merde quoi …" Elle renifla. "Il est de toi, ce serait con."
Il déglutit. Oh c'était bas ça, c'était très bas.
Pour être parfaitement honnête, il voulait vraiment avoir une famille. De loin. C'était pour ça qu'il s'était occupé de Rosemary et ne l'avait ramenée à Gotham qu'en cas d'extrême urgence. Il la préférait assez loin pour qu'elle ne le déteste pas en voyant de près ce qu'il faisait réellement. Mais le destin en avait voulu autrement et après seulement quelques semaines elle ignorait un message sur deux.
"Ashley..." Il souffla. "Tu sais que je ne peux pas te laisser partir. Et après on ferait quoi d'un enfant ? Harley a abandonné la sienne, Catwoman aussi-"
"Catwoman est une conne et Joker est un salaud."
"Certes." Il admit.
Elle se frotta les yeux. Elle tremblait encore un peu mais ses pleurs s'étaient calmés. Elle se rassit correctement et, voyant cela comme une invitation, il repassa son bras en travers de ses épaules. La brune appuya sa tête contre lui et serra sa main. Il la serra en retour. Il n'était pas question qu'elle avorte, n'est-ce pas ?
"Chépa." Elle admit d'une toute petite voix. "Chépa quoi faire si je devais rester. C'est pour ça que je voulais partir."
"Non."
"Ouais j'ai compris t'inquiètes."
Si elle râlait, c'est qu'elle devait aller mieux.
"Chépa. J'me dis on peut pas faire pire que nos parents, non ?"
Il se demandait quand est-ce qu'elle allait lui sortir cet argument-là. Jonathan était surpris qu'elle ai attendu aussi longtemps, c'était pourtant le plus facile. D'un côté c'était vrai qu'ils ne risquaient pas ni l'un ni l'autre de torturer ou violer leur enfant. D'un autre côté...
"Je pense que si. Imagine que l'un de nous laisse encore traîner une bouteille de toxine ? Au moins ils n'ont pas réussi à nous tuer."
Complimenter Mamie Keeny lui laissa un goût amer sur la langue.
"Ben c'est pas faute d'avoir essayé." Répliqua-t-elle acidement.
Ils gardèrent le silence un instant, contemplatifs.
"Chépa." Finit-elle par dire. "Je pense que ça pourrait aller. Les gosses à Merlyn y sont en vie."
"Seulement parce que sa femme restait à la maison."
"J'vais pas trop me fritter avec Batman non plus hein..."
"Et ils le détestent."
Ça, c'était quelque chose qu'il s'était déjà promis d'éviter avec Rosemary et il n'était pas certain du résultat. Il ne voulait pas s'attacher à quelqu'un et se dévouer à lui pendant des années ne serait-ce que pour le voir se retourner contre lui, rejetant tout à son visage avec ingratitude. Ça se finirait en meurtre et il le regretterait amèrement. Ashley grimpa sur ses genoux et le serra fort dans ses bras.
"Appelle Rosemary."
"Quoi ?"
"Appelle ta sœur."
Il la regarda en relevant un sourcil.
"Je ne vois pas le rapport." Mentit-il.
La brune haussa une épaule et reposa sa joue contre son torse. Il mit une main contre son visage et elle s'y frotta comme un petit chat. Jonathan se doutait d'où elle voulait en venir...
"Elle s'inquiétait tout à l'heure, appelle là pour lui dire que ça va."
Sale bête, elle le tenait. Il aimait Rosemary et elle aimait Ashley -d'une façon pas assez platonique selon lui- donc elle répondrait au téléphone ne serait-ce que pour s'enquérir de sa santé et Crane pourrait enfin lui parler, réduisant ses doutes. D'accord, elle ne le détestait pas et ne risquait pas de se retourner contre lui si la première amie qu'elle se faisant en arrivant à Gotham était une princesse de la mafia italienne. Intellectuellement il le savait, mais ça ne l'empêchait pas de s'inquiéter. D'une main il sortit son téléphone tandis qu'il serrait Ashley contre lui de l'autre. Il composa le numéro pendant qu'elle l'embrassait silencieusement dans le cou.
"Allo Rosemary ? Non attends... Ça va. Oui, ça va aller."
Mon dieu ce chapitre doit avoir été un des plus durs à écrire et je persiste à croire qu'il fait trop expéditif. Désolée pour le retard, mais ces derniers temps Eve a rencontré la vie active :/. J'ai enchaîné déménagement, CDD, re-déménagement et bientôt CDI avec déménagement à l'étranger, mais maintenant que je sais ce que je vais faire, ça devrait être bon et je commence qu'en octobre donc j'ai quelques semaines de pause. A plus tard et bonne rentrée pour ceux qui font encore ça (PARCE QUE MOI J'AI FINI ! MWAHAHAHAHAHAA !).
-N'ingérez JAMAIS de millepertuis si vous prenez la pilule ! Et faites attention si vous achetez des mélanges aromatiques un peu spéciaux pour des tisanes : s'il y a du millepertuis dedans vous êtes foutues. Ma mère a été infirmière scolaire et elle pensait toujours à le mentionner parce que ce n'est pas écrit sur les notices et ça peut sembler stupide qu'une petite tisane puisse mettre à genoux un traitement aux hormones, mais si. Le millepertuis est une plante très puissante, elle est notamment utilisée comme traitement contre la dépression et l'anxiété, dans une certaine mesure. L'euphitose contient du millepertuis.
- Les enfants de Merlyn, Marvin et Mary, sont des jumeaux qui bossaient pour les Teen Titans et semblaient être en froid avec leur paternel.
-Si vous regardez bien, dans presque chaque chapitre où elle apparaît Ashley boit du thé, même si Crane fume on ne la voit jamais fumer avec lui et dans le chapitre où elle et Gimpy aident Rosemary à déménager elle se plaint avoir mal dans le bas du dos (parce qu'elle est au deuxième trimestre et que son bébé pousse pour aller vers le ventre), d'être fatiguée, et elle dit que Gimpy ne la laisse plus monter les escaliers, parce que si Crane ne fait pas si attention que ça à Scarlett à moins qu'il n'y ait des problèmes, c'est son ami et lui fait attention à elle, ergo, il sait. C'est aussi pour ça qu'elle avait autant d'argent en petites coupures à donner à Rosemary dans le chapitre 13, ce n'était pas spécialement parce que ça fait parti de son travail, mais parce qu'elle attendait une occasion de s'enfuir. Et en parlant du chapitre 13, le dirigeable de Killer Moth y est aussi mentionné !
-Pour la différence de POV entre Ashley et Crane, dîtes-vous que l'un est un psychiatre très doué pour lire les gens mais qui peut avoir du mal avec les interactions sociales, tandis que l'autre a arrêté son éducation au début du collège, doit pas avoir plus de vingt-cinq ans, est tout de même souvent rabaissée au taf et pour laquelle les gens ont initialement très peu de respect parce que, voilà, c'est Scarlett. Ils ont tous les deux de grosses insécurités, mais ce ne sont pas les mêmes. Crane a peur que les gens le rejettent/le désavouent et préfère les manipuler ou les tuer plutôt que de les laisser faire (ce qui est un GROS, GROS indice pour le reste). Ashley manque cruellement de confiance en elle ce qui fait que même une fois que les gens acquièrent une mesure de respect pour elle (ou pas, comme avec Black Mask ou Lindsey) elle est incapable de le voir, et en conclu qu'ils agissent juste différemment pour d'autres raisons. D'où les différences d'interprétations de l'un à l'autre. Ah et ni l'un ni l'autre n'aime Catwoman parce qu'elle leur a régulièrement tapé dessus. Donc ils sont d'accord.
