Chapitre 22 : Discussions
— Señor, comme convenu je mets une calèche à votre disposition. Ainsi, vous pourrez vous rendre au pueblo, affirma Don Alejandro en se tournant vers Don Hernando et Doña Lucinda.
— Gracias, Señor De la Vega, fit Hernando en s'inclinant.
— Señor, Monastario, pouvez-vous m'accompagner je vous prie… Nous allons avoir besoin de vous au cuartel, déclara Toledano.
— Si. Señor De la Vega... commença-t-il.
— Bien sûr, que vous ai-je dit plus tôt ? l'interrompit Don Alejandro en devinant sa question silencieuse.
— Gracias.
Tandis que le capitaine Toledano, le sergent Garcia et le señor Monastario sortaient, Hernando s'attarda un peu plus.
— Don Diego… Vous devriez vous reposer. Je vais prévenir le Docteur Avila de votre état. Je sais qu'il connaît certains baumes efficaces pour améliorer la cicatrisation et atténuer les douleurs. Croyez-moi, vous allez en avoir besoin.
— Gracias, Señor. Cependant, il est inutile de le déranger pour cela… Bernardo, mon serviteur, connaît lui aussi ces remèdes.
— Il est nul besoin de me remercier, Señor, affirma Hernando en posant une main sur son épaule gauche en le regardant fermement dans les yeux. Une dernière chose, jeune homme, surtout n'essayez pas de bouger votre bras droit ou de forcer dessus. Vous risqueriez de le regretter aussitôt.
— Je suivrai vos conseils, dit Diego en souriant légèrement.
Hernando le relâcha et se tourna vers Salena.
— Quant à vous, Señorita, je vous sais entre de bonnes mains. Sachez que je suis désolé d'avoir eu à vous… malmener par le passé.
— Je… Gracias, Señor, dit-elle mal à l'aise.
— Señores, Señorita, Señora, salua-t-il avant de sortir entraînant sa femme à sa suite, bras dessus-dessous.
Après les avoir saluer, Toledano, Garcia, Monastario, Hernando et Lucinda partirent pour Los Angeles.
— Diego.
— Oui, Père.
— Salena et toi avez besoin de repos…
— Don Alejandro, Doña Salena et moi-même n'avons pas fini de faire connaissance, intervint Isabella.
— En effet, sourit Salena. Elle avait compris que le vieil hidalgo devait parler à son fils en privé. Diego, reposez-vous… Je vais faire de même, grimaça-t-elle bien malgré elle et portant une main à sa blessure.
— Salena ! s'exclama Diego en la voyant vaciller.
Elle s'agrippa à lui fermement.
— Je vais bien, Diego. J'ai juste besoin de repos, dit-elle en forçant un sourire.
— Père, permettez-moi de raccompagner Salena dans sa chambre.
— Soit. Doña Isabella, restez bien avec eux je vous prie.
— Bien sûr, sourit Isabella.
Diego aida Salena à se lever et enroula son bras gauche autour de sa taille pour l'aider à marcher.
Peu après…
— Reposez-vous, mi corazón, dit-il en lui caressant le visage du revers de sa main avant de déposer un doux baiser sur ses lèvres.
Après échange de regard silencieux mais remplis de promesse, Diego se dirigea vers la porte de la chambre pour laisser les deux jeunes femmes entre elles.
— Isabella, ne culpabilisez pas, murmura Diego en passant à ses côtés.
— Pourtant…
— Pourtant rien… J'ai fait une erreur de jugement… Merci de vous occuper de Salena.
— Des félicitations s'imposent je présume.
— Lorsque tout sera fait dans les formes, dit Diego gaiement pour cacher sa douleur, néanmoins…
— Oncle Zo… Oncle Diego ? l'interpella l'enfant.
Oncle Diego ? reprit le jeune don silencieusement. Quant à ce Zo… A-t-il voulu dire Zorro ?
— Qu'y a-t-il à ton service ? demanda-t-il en s'accroupissant pour être à sa hauteur.
— Comment fais-tu pour ne pas avoir mal ?
— Vois-tu mon jeune ami, ce n'est pas que je n'ai pas mal… C'est qu'en un sens je cache ma douleur pour ne pas inquiéter ma famille et mes amis. Cependant, parfois il vaut mieux montrer sa douleur pour éviter de souffrir trop longtemps. Tu comprends ?
— Je crois que oui.
— Bien, alors n'hésite pas à aller voir Bernardo pour qu'il te mette un peu de crème sur le visage… Tu as été frappé ?
— Oui, répondit le petit Diego penaud.
— Mais tu as été brave je crois savoir, dit le jeune don en se relevant.
— Un vrai petit homme, intervint Isabella.
Diego lui ébouriffa les cheveux et rejoignit Bernardo qui l'attendait dans le couloir.
— J'aurais besoin d'un peu d'aide mon ami, lui murmura-t-il.
Bernardo s'empressa de se placer à sa gauche et l'aida à avancer.
— Gracias. Je t'en ai beaucoup demandé, j'en suis conscient.
Lorsqu'ils arrivèrent dans la chambre de Diego, Alejandro les attendait patiemment. Une fois que son fils fut confortablement installé, il n'y alla pas par quatre chemins.
— Diego, j'étais avec le capitaine Toledano lorsque Don Sebastián s'est vanté d'avoir grièvement blessé le Renard. Ne pas te voir dans la cabane agonisant aurait dû être un réconfort, mais au fond de moi je n'étais pas plus rassuré. Peux-tu imaginer un instant ce que j'ai pu ressentir lorsqu'arrivant à l'hacienda je ne t'ai pas trouvé ?
— Je suis désolé, balbutia Diego rouge de confusion.
Il avait l'impression d'être un enfant de dix ans auquel son père faisait la leçon.
— Diego, je n'ai qu'un seul fils… soupira Alejandro. Maintenant, explique-moi ce qui s'est passé et comment tu t'es retrouvé avec Monastario je te prie.
Diego lui narra sa mésaventure du début à la fin, omettant toutefois avoir obligé Bernardo à retirer le poignard. Mais Don Alejandro ne fut pas dupe d'autant que Bernardo cachait mal sa gêne.
— Diego, Diego… Tu as eu de la chance que Monastario t'aperçoive. Par ailleurs, Zorro a tenu un discours étonnant ce matin. D'où tient-il ses renseignements ?
— J'ai reçu une missive de Marcos.
— Oh. Tu vas chercher l'information assez loin.
— Père, il y a autre chose que vous devriez savoir.
— Hormis que tu penses que j'ai raison à propos de Salena et toi.
— Oui, sourit Diego. Vous n'êtes plus seul dans la confidence.
— Je le sais déjà, Fils. Mais le padre Felipe ne parlera pas et encore moins Salena.
— Ce n'est pas à eux que je pensais.
— Comment ça ? A qui penses-tu ? interrogea Don Alejandro perplexe.
Diego sourit brièvement.
— Don Esteban, dit-il sereinement.
Don Alejandro et Bernardo écarquillèrent les yeux tandis que Diego fermait les siens.
— Le vice-roi ? s'exclama Alejandro pensant que son fils allait lui répondre.
Mais Diego s'était endormi. Le vieux don soupira tandis que Bernardo vérifiait que son ami n'était pas fiévreux.
Dans le même temps…
— Capitán Toledano, en quoi ma présence vous sera-t-elle nécessaire ? questionna Monastario.
— J'aimerais que vous me racontiez ce que vous avez appris à propos de Don Sebastián. Après tout, vous l'avez vu de près régulièrement.
— Je m'en serais bien passé, rétorqua Enrique abruptement. Pourquoi avoir installée la señorita De Santa Anna chez De la Vega ?
— Voyons, vous connaissez les tensions politiques qui existent actuellement. Les californiens ne sont pas loin de faire comme les mexicains et se révolter contre la monarchie. Certains royalistes risqueraient de tirer profit de sa présence. Chez les De la Vega, elle est à l'abri. Bien que Don Alejandro supporte le roi, il est sage et avisé. Il ne la laissera pas tomber. Et si elle doit avertir son frère par courrier, cela sera plus facile pour elle de le faire à partir de chez eux.
— Ne craignez-vous pas que Santa Anna tire profit de cette situation ?
— Non… Ce sont les soldats du roi, des soldats espagnols qui l'ont délivré, ainsi que Zorro, j'en suis persuadé. Selon ce qu'elle dira dans son courrier, cela peut faire changer le cours de l'histoire et les plans du général mexicain… Pour l'heure, il a beaucoup à faire et ne se déplacera pas lui-même, j'en reste convaincu.
Toledano se tourna pour s'assurer que la calèche mis à disposition pour don Hernando était assez loin.
— Qu'y a-t-il ? demanda le sergent Garcia intrigué par le comportement du capitaine.
— Je voulais juste m'assurer que la voiture n'était pas trop loin si nous devions intervenir.
— Oh ! Voulez-vous que je me rapproche d'eux ?
— C'est une bonne idée, Sergent, sourit Toledano malicieux.
Monastario devina le sens de son geste, aussi lorsqu'ils furent seuls, il demanda :
— Qu'avez-vous de si secret à me dire ?
— Je serai franc, c'est au sujet de… Arturo s'interrompit en voyant des cavaliers approcher.
Les deux hommes s'arrêtèrent et furent rattraper par le sergent et la calèche avant que les cavaliers n'arrivent à proximité.
— Señores ? interrogea Toledano en reconnaissant entre autres, Don Nacho Torres et Don Cornelio Esperon.
— Capitán Toledano ? Qu'est-il arrivé à vos vêtements ? s'étonna Don Nacho.
— C'est une longue histoire… Qu'est-ce-qui vous amène par ici ?
— Ne vous voyant pas revenir, nous nous inquiétions pour Don Alejandro et vous.
— Le señor De la Vega est rentré chez lui peu avant l'orage. Je l'y ai rejoint quelques minutes avant que le ciel ne nous tombe sur la tête.
— Don Sebastián a-t-il été appréhendé ? demanda Don Cornelio.
— Señores, il me semble raisonnable de poursuivre cette conversation dans mes quartiers en présence du Vice-roi, du Gouverneur et de votre Alcade. Señor Monastario, nous reprendrons notre conversation plus tard. Restez cependant. Vous pourrez, je le pense, éclaircir certains points.
— Si, acquiesça Monastario d'un hochement de tête.
Les cavaliers et la calèche continuèrent leur route jusqu'à Los Angeles. Là, Don Hernando, après avoir fait installer sa femme à l'auberge, alla chez son confrère et lui fit un résumé de la situation. Outre Don Diego, qui était pour lui prioritaire, Hernando demanda à Avila de vérifier les soins prodigués à Doña Salena et à Doña Isabella.
— Pourquoi ne pas rester m'assister ? demanda Avila.
— Señor, ma vie, ma famille et mes amis sont à Monterey… J'ai des patients qui viennent me voir tous les jours… pour parler la plupart du temps.
— C'est donc vous le médecin qui avez disparu de Monterey sans crier gare.
— C'est bien moi.
— Bien, je m'occuperai de ces trois personnes sans faute.
— Si je puis me permettre, laissez-les dormir un bon peu avant d'aller les voir.
— En ce cas, j'irai en fin d'après-midi. Merci pour eux.
— Mais je vous en prie. Adiós, Señor.
— Vaya con Dios, salua Avila.
Dans le bureau du commandante, c'était l'effervescence parmi les hommes à l'étroit.
— Vous dites que Don Sebastián s'est échappé ?
— Diego ? Blessé ? s'exclama Don Esteban.
— Comment est-ce arrivé dites-vous ? questionna Don Donatio.
— Oui. Don Sebastián s'est échappé. Il a profité du mauvais temps pour disparaître. D'ailleurs, Sergent, vous devriez aller vous changer. Vous êtes encore bien mouillé.
— À vos ordres.
— Quant à Don Diego, il se serait fait attaquer en voulant se rendre au pueblo… Il a eu de la chance que le señor Monastario l'aperçoive tandis que nous nous rendions chez lui.
Don Esteban observa le señor Monastario cacher un sourire de satisfaction devant les visages éberlués des dons.
— Señor Monastario, votre dernière rencontre avec Don Diego vous aurait-elle ouvert les yeux ? demanda Don Donatio.
— Sans doute pas la dernière à laquelle vous faites allusion, Alcade. J'ai eu le loisir de croiser sa route à plusieurs reprises depuis lors, dit-il énigmatique pour les dons mais pas pour le capitán ni pour le vice-roi.
Après tout, ils avaient lu les différents rapports du sergent et savaient que l'ancien capitaine avait contribué à l'élimination d'un criminel recherché par la couronne.
— Señores, je vais lancer les recherches de ce pas. J'ai dit à Don Alejandro que je le tiendrais informé de la suite des événements et c'est ce que je ferai. Señor Monastario, nous nous reverrons une fois que nous aurons mis la main sur cet homme. D'ici là, retournez auprès de votre nièce et de votre petit neveu.
— Si. Señores, salua Monastario avant de sortir.
— Señores, pas d'imprudence ni de folie. Je ne voudrais pas avoir à vous arrêter, expliqua Toledano fermement tout en restant compréhensif.
Les dons le saluèrent et sortirent à leur tour. Il ne resta alors que l'Alcade, le Gouverneur et le Vice-roi.
— Comment s'est déroulé la suite des événements au pueblo ?
— Une fois que vous êtes partis et que le docteur Avila a pris soin des blessés, j'ai repris mon discours là où il s'était arrêté. Les citoyens sont appelés aux urnes.
— Bien… A propos, nous avons, d'un point de vue militaire, un nouvel atout dans notre manche, affirma Toledano.
— Que voulez-vous dire ? questionna Don Esteban.
— Les soldats du roi ont délivré les prisonniers des bandits et parmi eux se trouvait…
— La personne chère à Santa Anna, intervint le gouverneur.
— Vous ne voulez pas l'utiliser comme moyen de pression, j'ose espérer.
— Non, non ! Loin de moi et de vous cette idée, Vice-roi. Nous n'allons certes pas la retenir prisonnière à notre tour. Ce serait immoral, contraire à mes principes, et cela ne ferait qu'envenimer nos relations avec Mexico-city, s'offusqua Toledano.
— Savez-vous qui est cette personne et où elle se trouve ?
— Cette personne n'est autre que la sœur du général De Santa Anna. Je l'ai escorté chez les De la Vega, expliqua le capitaine.
— Chez les… Quelle drôle d'idée ! s'exclama le gouverneur.
— Je craignais qu'elle ne soit mal reçue au pueblo si son nom venait à s'ébruiter de quelque manière… Aussi, serait-il préférable de ne pas citer celui-ci dans les conversations. Tout le monde ne partage pas mon avis sur sa présence ici je le crains.
— Vous avez raison sur ce point. Je vais me rendre chez les De la Vega pour en discuter avec Don Alejandro, si vous n'y voyez pas d'inconvénients.
— Voulez-vous une escorte, Vice-roi ? s'empressa de demander Arturo.
— Non, j'irai avec une calèche civile, je passerai plus inaperçu.
— Très bien… Quand doit avoir lieu le vote ?
— Dans deux jours, répondit le gouverneur.
— Cela fait court pour retrouver Don Sebastián, songea le capitaine de vive voix.
— Zorro doit déjà être sur sa trace.
— J'en doute, Vice-roi. Lorsque nous avons appréhendés Don Sebastián, il… Il se vantait d'avoir grièvement blessé le Renard.
— De quoi ?! s'étonna le gouverneur.
— Comment ça ! fit Don Esteban avec stupeur.
— Un coup de poignard en traître, expliqua brièvement Toledano. Mais hormis ses dires, nous n'avons pas vu l'ombre de Zorro.
— Si vous ne l'avez pas vu alors rien ne prouve que Don Sebastián ait dit la vérité, appuya le vice-roi.
Ceci dit, si Diego est réellement blessé ce ne peut malheureusement être que vrai. Le capitaine Toledano a-t-il fait le rapprochement ? se demanda Don Esteban.
— Lorsque nous sommes sortis de la cabane où étaient retenues la señorita De Castillos et la nièce du Señor Monastario, j'ai pu observer une tâche de sang fraîche. Et puis, cet homme était légèrement coupé dans le cou. Et ce n'est ni un lancier ou ni moi-même avec qui il a pu croiser le fer.
Pensif, le gouverneur soupira longuement, intriguant chacun dans la pièce.
— Un renard blessé est plus facile à capturer.
— Gouverneur, de quoi parlions-nous il y a quelques jours ? s'offusqua Don Esteban.
— Vous n'étiez pas sérieux, Vice-roi ?
— Bien sûr que si !
— De quoi parlez-vous ? demanda Don Donatio.
— Nous parlons de libérer Zorro de son fardeau et de faire de lui un homme libre, souligna le vice-roi fermement.
