Chapitre 30 : Un tournoi surprenant

Le jour de la cérémonie fut enfin là.

C'était l'effervescence dans l'hacienda et à Los Angeles. Pour faciliter l'emploi du temps des jouteurs, il avait été décidé de débuter le tournoi en fin d'après midi. Il fallait avouer qu'avec la chaleur estivale, le prévoir en plein après-midi aurait apporté une difficulté supplémentaire, le soleil étant lui aussi au rendez-vous…

Le mariage fut célébré dans la fraîcheur de la chapelle, dans la joie et la bonne humeur. Les Oui échangés furent emplis d'émotions et lorsque le marié et la mariée scellèrent leur union en échangeant un tendre baisé, il y eut un vivat royal dans l'église.

Puis les festivités continuèrent un temps à l'hacienda. Repas, musique et danse égayèrent l'ambiance chaleureuse.

Pendant ce temps au pueblo, les citoyens profitaient des stands de nourriture et de boissons. Les enfants s'ébahissaient devant les forains dont l'un d'entre eux présentait des tours de prestidigitation. Un autre vantait les vertus de produits miracles, un troisième expliquait le fonctionnement d'un microscope permettant aux plus grands de l'utiliser avec une grande prudence.

Dans un coin, l'affiche du tournoi d'escrime faisait beaucoup parler. Qui oserait participer à un tel événement ? Il n'y avait pas de prix à la clef et le jeu restait dangereux. Pourtant les règles étaient strictes… Les jouteurs devraient porter un plastron en bois. Il fallait toucher celui de l'adversaire pour marquer un point. Trois points marquaient la fin de la rencontre. Les huit meilleurs jouteurs s'affronteraient ensuite en joute d'élimination. Il était interdit de frapper de dos. Toute blessure jugée volontaire était disqualifiante, cependant toute estafilade ne pouvait être évitée dans ce genre de jeu et seul le juge serait disposé à statuer sur le type de blessure infligée.

Un premier cavalier arriva et remarqua l'agitation qui régnait au village. Son regard se posa ensuite sur l'affiche à sa droite. Surpris, il l'arracha pour la lire de plus près. Zorro avait été gracié, il était désormais un homme totalement libre. Fou de colère, l'homme déchira l'avis de grâce sous le regard curieux d'un autre cavalier qui arrivait à son tour. Ce dernier attendit qu'il s'éloigne pour aller voir ce qui avait provoqué une telle colère.

Il descendit de cheval, ramassa les morceaux de papier et remit de l'ordre dans le texte. Un sourire illumina brièvement le visage de l'étranger avant de tenter de retrouver l'autre homme. Si ce dernier avait réagi de façon si virulente, cela ne pouvait signifier qu'une chose. Il était un bandit que le Renard avait fait arrêter. Devait-il alors s'en approcher ? Perdu dans ses pensées, il attacha son cheval après avoir trouvé un emplacement libre et s'approcha de la taverne. Chemin faisant, il fut pris à parti par l'homme en question qui pointa un pistolet entre ses omoplates.

— Pas un mot, Señor, intima-t-il avant de le mener à l'écart de la foule.

— Que me voulez-vous ? demanda-t-il la voix ferme malgré la présence de l'arme.

L'homme était visiblement habitué à être menacé.

Pour toute réponse, il fut assommé.

— D'un, vous êtes bien trop curieux de deux, vos vêtements typiquement mexicains m'intéressent, expliqua le bandit narquois sachant que sa victime ne l'entendait plus avant de le déshabiller pour lui voler ses habits.

Puis il prit le temps de le bâillonner, de l'attacher et d'aller l'installer dans un coin sombre, loin de la foule, loin des passages où personne ne le remarquerait.

Le bandit enfila ensuite les vêtements mexicains et retourna vers la place, l'air de rien. Passant à côté du stand d'un vendeur de masques aussi grotesque les uns que les autres, il en acheta un. Après tout c'était jour de fête et quel meilleur moyen de passer inaperçu que de se fondre dans la masse et de se masquer soi-même.

Il s'arrêta près d'une seconde affiche et découvrit le tournoi d'escrime.

Intéressant, songea-t-il avec un sourire diabolique.

L'heure du tournoi était proche, il chercha le registre des inscriptions et s'inscrivit.

À l'hacienda, chacun se préparait pour aller continuer les festivités au pueblo. Diego quitta son costume de marié au profit d'un pantalon marron et d'une chemise noire. Il retrouva ensuite son père et Salena dans le patio. Tous deux s'étaient aussi changés.

Quelques minutes plus tard, la voiture des De la Vega arrivait en ville. Diego, Alejandro et Bernardo allèrent s'inscrire au tournoi d'escrime après avoir accompagné Salena chez le Docteur Avila. Elle se sentait fatigué et Diego avait préféré l'y conduire avant toute chose. Lorsqu'il revint au bureau du docteur, ce dernier lui expliqua que sa femme avait besoin de se reposer et qu'elle s'était rapidement endormie. Inquiet, Diego aurait voulu aller la voir mais le docteur le retint, le tournoi allait commencer. Tiraillé, Diego fit finalement demi-tour et se rapprocha de la zone des combats.

Don Nacho Torres, l'arbitre des duels, expliqua les règles aux jouteurs. Diego se fit un malin plaisir de les retranscrire pour Bernardo. Une fois chose faite, il observa les participants. Deux d'entre eux étaient masqués.

L'un avait une allure svelte, ses cheveux étaient maintenus par une baguette et le masque qui recouvrait entièrement son visage était blanc et inexpressif. Il répondait au nom de Salvator et ne semblait pas très loquace.

Le second avait une carrure plus bâtie. Ses vêtements n'étaient pas typiques de Californie et il portait un masque assez grotesque. Son nom, señor Obolle.

Bien qu'intrigué comme chacun, Diego ne fit aucun commentaire, rien dans le règlement n'était contraire au port de masque.

— J'aurais dû prendre le mien, glissa-t-il discrètement à Bernardo qui approuva la plaisanterie de son ami.

En tout et pour tout, seize personnes avaient osé s'inscrire au tournoi. Afin que chacun ait la possibilité de se qualifier, chaque jouteur rencontrerait les quinze autres. Lorsque les citoyens découvrirent le jeune De la Vega parmi les concurrents, il y eut des sourires d'amusement. Le jeune don était perdant d'avance. Il était inutile qu'il participe.

D'ailleurs la première joute l'opposa à Salvator.

Le silence se fit alors autour de la zone de combat. Les deux hommes se saluèrent puis le combat commença. Diego gagna les deux premiers points facilement… Un peu trop facilement au goût de Don Alejandro qui lui fit discrètement signe d'y aller doucement. Diego réprima un sourire et joua ensuite de maladresse tandis que son adversaire changeait son jeu et parvenait à revenir au score. Finalement le dernier point de cette rencontre fut attribué à Diego non sans mal. Salvator était un escrimeur expérimenté.

La foule resta dubitative devant la performance de Diego.

— Son adversaire a eu pitié de lui, murmura un premier.

— Le señor Salvator l'a laissé gagner, ajouta un second.

— C'est un coup de chance, affirma un troisième.

Le combat suivant vu s'opposer Don Alejandro au Capitán Toledano. En deux temps trois mouvements chacun marqua un point à tour de rôle sous les cris d'admirations de la foule. Puis le score monta à deux partout et ce fut finalement Don Alejandro qui s'imposa in extremis.

— Don Diego a de qui tenir, lui murmura Toledano en lui serrant la main.

Le troisième combat, assez surprenant et qui en fit rire plus d'un, opposa Bernardo à Monastario. Celui-ci souriait avec ironie.

Le serviteur sera-t-il aussi doué que le maître ? s'interrogea-t-il.

La joute commença et Monastario eut bien du mal à marquer les deux premiers points devant Bernardo qui jouait de pertinence. Perturbé, et sous les vivats de la foule qui découvrait l'aptitude de Bernardo, Enrique concéda un point bien malgré lui. Bernardo en fut ravi. Puis la joute se termina par un point éclair de Monastario.

Parmi les autres concurrents se trouvaient le sergent Garcia, le caporal Reyes, Don Cornelio, le jeune Rodolfo, le señor Obolle et d'autres rancheros. L'intérêt cru pour les rencontres de Don Diego, de Bernardo et du mystérieux Salvator qui remporta la majorité de ses joutes. Le señor Obolle, quant à lui, ne semblait pas à sa place dans ce tournoi.

Un autre combat qui fît des admirateurs fut celui qui opposa le capitán Toledano au señor Monastario. Le jeu fut serré et les deux premiers points furent inscrits par Enrique. Cependant Arturo revint au score sous les regards inquiets d'Isabella, Raquel et Angela. Même protégé et réglementé, le jeu restait dangereux… Ce fut finalement l'ancien capitán qui l'emporta après un échange qui suscita une vive clameur parmi les spectateurs.

Sur les seize participants, quarante-trois points furent obtenus par Don Alejandro et Salvator. Le señor Monastario suivait avec quarante points. Un point de moins fut attribué à Toledano. Bernardo créa la surprise en ayant cumulé trente-huit points, battants de six touches le sergent Garcia. Derrière se trouvait humblement Diego avec vingt-sept points. La huitième place était partagé avec vingt-six points par le caporal Reyes, le señor Obolle et Don Cornelio. Pour les départager une dernière rencontre fut organisée. Elle débuta entre le señor Obolle et Don Cornelio.

Le señor Obolle n'appréciait guère sa position et ses défaites consécutives. Il vit en ce combat une manière de prendre sa revanche. Cependant, la joute pencha déjà en faveur de Don Cornelio qui marqua les deux premiers points rapidement. Le jouteur au masque de loup-garou ne pouvait que s'en vouloir. Sa visibilité était très restreinte. Lorsque le troisième point débuta, Señor Obolle attaqua sournoisement, Don Cornelio esquiva et attaqua à son tour. Vif, le señor Obolle parvint néanmoins à le désarmer et marqua son premier point. Mais ivre de rage, il ne s'arrêta pas et plongea son arme vers le plastron de son adversaire sur lequel il avait localisé un trou.

Touché, Don Cornelio s'effondra créant surprise et inquiétude dans la foule. De sous son masque, Señor Obolle jubila et s'apprêta à finir son adversaire. Rapide, Diego intervint et arrêta l'arme adverse avec la sienne. Les fers s'entrechoquèrent, faisant réagir le loup-garou qui remarqua alors le jeune don au regard décidé. Derrière lui, Don Alejandro s'était penché auprès de son ami pour lui retirer le plastron tandis que le docteur Avila se frayait un chemin vers la zone du combat.

— Señor Obolle, vous êtes disqualifié, laissa entendre Don Nacho.

— Co… Comment ? bégaya-t-il.

Il regarda son arme, regarda son adversaire à terre et supprima sa colère avant de s'éloigner devant l'affluence des autres jouteurs qui venaient se poster aux côtés de Don Diego. Ce dernier tenta de voir sous le masque. Il connaissait cette voix, il en jurerait.

Don Cornelio fut déclaré hors compétition par le docteur Avila. La blessure n'était pas sérieuse, mais le don avait besoin de récupérer. Avila demanda alors à ce qu'il soit conduit dans une des chambres de la taverne où il l'accompagna pour le soigner correctement.

Le huitième concurrent restant en course s'avéra être le caporal Reyes.

Un peu plus loin, le señor Obolle fulminait et tentait de se maîtriser. Ce n'était pas le moment de se compromettre. Il s'éloigna un peu plus de la zone de combat mais resta observateur. Le jeune De la Vega l'intéressait grandement… Après tout, il connaissait son secret… Mais agir maintenant aurait créé incompréhension parmi les citoyens… Il fallait qu'il attende le moment le plus propice pour faire tourner ce jour de fête en jour de deuil…

Autour de la zone les commentaires allaient bon train quant à l'épéiste le plus maladroit du pueblo. Padre Felipe laissa entendre que Don Alejandro aurait donné quelques cours à son fils.

— Bernardo est plutôt doué lui aussi, fit remarquer le tavernier.

— Mais qui est donc Salvator ? demanda un premier vaquero.

— Serait-ce Zorro ? proposa un second.

— Non, affirma le tavernier, il est bien trop frêle et trop petit.

Après tout il était bien placé pour le savoir au vu des nombreux combats que Zorro avait tenus dans l'enceinte même de la taverne.

Les huit derniers concurrents se mirent côte à côte et attendirent la suite.

— Dans ce chapeau se trouve vos huit noms. Je vais procéder à un tirage au sort pour les quatre prochaines joutes. Le vainqueur de la première rencontrera celui de la seconde, et celui de la troisième se verra opposer à celui de la quatrième. Enfin les vainqueurs respectifs feront une joute finale. Suis-je assez clair ? demanda Don Nacho en observant chacun.

— Bien… Pour ce premier combat, nous aurons droit à un duel entre ... Le sergent Garcia et… Bernardo, dit-il en piochant les deux premiers papiers.

Le sergent sourit en se frottant les mains tandis que Diego expliquait à Bernardo la nouvelle réglementation et qui serait son prochaine adversaire. Ensuite, il lui fit comprendre que ce n'était plus la peine de se retenir. Ce fut au tour de Bernardo de sourire et de se frotter les mains.

— Pour le second combat, le caporal Reyes se retrouvera face… Face au Capitán Toledano, continua-t-il de la même façon.

Reyes grimaça, il aurait de loin préféré se retrouver face à Don Diego.

— Notre troisième joute opposera Don Alejandro… au señor Monastario, poursuivit-il. Enfin, pour le dernier combat Don Diego affrontera Salvator, affirma Don Nacho sans prendre les deux coupons restants.

Intrigué, le sergent sortit les deux papiers et vérifia.

— C'est que vous avez raison, Señor Torres… Comment avez-vous deviné ? interrogea Garcia faisant rire la foule.

— Baboso, soupira Monastario en levant les yeux au ciel avant de vérifier qu'Isabella ne l'avait pas entendu. Il remarqua Angela taire un rire et lui lança un sourire radieux en lui faisant un discret signe de tête.

Lorsque le premier quart de finale commença, chacun put observer le changement de jeu de Bernardo.

C'est qu'il cachait son jeu le bougre, songea Monastario avec étonnement.

Malgré sa bonne volonté, le sergent ne marqua aucune touche et la joute fut expédiée pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Soupirant de dépit, Garcia félicita néanmoins son adversaire en levant le pouce vers lui avant de le saluer de son arme.

Le second quart de finale fut tout aussi rapide. Le capitán Toledano s'imposant trois-zéro face au caporal Reyes sans surprise.

Puis vint le tour de Monastario et Don Alejandro. Les deux hommes se saluèrent, les fers se croisèrent et l'engagement débuta. Les échanges étaient vifs, puissants, il n'y avait aucune retenue… Don Alejandro concéda les deux premiers points bien malgré lui et revint à hauteur très rapidement.

— Vous êtes presque aussi doué que votre fils, murmura Monastario.

— Mis à part aujourd'hui, je n'ai jamais gagné contre lui depuis son retour d'Espagne et depuis que je sais, sourit Don Alejandro avec fierté en plongeant vers son adversaire.

Ce dernier esquiva de justesse et contre-attaqua aussitôt marquant le point final de qualification.

— Ce fut un plaisir, Señor De la Vega, affirma Monastario en le saluant.

Vint finalement la joute qui opposait Diego à Salvator.

Lorsque Don Alejandro quitta la zone de combat, il croisa son fils et hocha la tête. Le temps était venu.

— Fais attention à toi, Fils. Salvator ne fait pas de faveur à ses adversaires.

— J'ai cru comprendre tout à l'heure, affirma Diego en enfilant le plastron de bois.

Don Alejandro lui donna une tape d'encouragement dans le dos, évitant son mauvais côté, avant de se rapprocher de la foule où les paris étaient encore ouverts.

Confiant, le señor De la Vega misa une somme coquette sur Diego.

— Eh bien, quoi ? C'est mon fils après tout. Je ne vais pas parier sur un inconnu, argua Don Alejandro devant les regards de ses amis. Sergent Garcia ! s'exclama-t-il subitement lorsque ce dernier annonça sa mise sur Salvator.

— Le señor Salvator est plutôt doué, soutint Garcia mal à l'aise.

— Faites ce que vous voulez, Sergent, déclara Alejandro en haussant les épaules avant de retourner vers la zone de combat.

Sur celle-ci, les deux hommes se saluèrent. Salvator sentit la tension de son adversaire et savait lui aussi qu'il fallait tout donner s'il voulait espérer l'emporter. Diego observa de nouveau son adversaire. Il n'était pas bien gros, ni très grand. Sa silhouette était assez surprenante pour un homme… Même le jeune Rodolfo était mieux bâti.

Lorsque Don Nacho donna le signal du début du combat, les paris s'arrêtèrent. Ce fut le silence et on n'entendit plus que les fers qui se croisaient. Le premier point fut gagné par Diego qui avait réussi à surprendre Salvator de par son nouveau jeu. De sous son masque, Salvator sourit. Le Diego qu'il connaissait refaisait surface. Il accentua à son tour ses attaques et changea de tactique, mettant Diego mal à l'aise. Il connaissait ce jeu d'armes et cette technique. Salvator égalisa tandis que Diego grimaça, une douleur à l'arrière de l'épaule et dans son bras droit…

La grimace n'avait pas échappé à Salvator qui s'en inquiéta. Bien que son masque ne trahissait pas ses émotions, sa façon d'attaquer le fit et Diego le remarqua aussitôt.

— Señor, ne vous retenez pas je vous prie, vous m'offensez, affirma-t-il en marquant un second point.

La phrase eut l'effet escompté et Salvator se reprit. Sa nouvelle attaque déstabilisa de nouveau Diego.

Ce ne peut-être… songea-t-il avec confusion.

Il réalisa que son adversaire venait d'égaliser au moment où il sentit aussi la pointe de l'épée adverse le toucher involontairement au bras gauche après avoir glissé sur le plastron en bois.

— Diego ! s'exclama Alejandro avec stupeur tandis que son fils grimaça de douleur.

Salvator abaissa aussitôt son arme et s'excusa en utilisant le langage des signes, sentant son cœur battre à tout rompre.

— Ce n'est rien, Señor, votre arme a glissé. Ce sont les risques du jeu, expliqua le jeune don calmement malgré cela.

Don Nacho observa Diego qui ne semblait pas plus incommodé par cette blessure.

— Point réglementaire, finit-il par dire tandis que la foule se faisait entendre.

Diego salua de nouveau son adversaire, lui faisant comprendre que la joute n'était pas encore terminée. Salvator inspira longuement et lui rendit son salut. Le jeune De la Vega se concentra davantage. Il fallait qu'il joute comme si sa vie en dépendait.

Le dernier échange le fit de nouveau grimacer, mais il parvint à cacher sa douleur et surprit son adversaire de par sa rapidité. Cependant, Salvator esquiva au dernier moment et attaqua Diego à son tour. Ce dernier était mal engagé et seul un expert comme lui pouvait éviter l'attaque. Il y eut un « oh » d'admiration pour son mouvement de défense et d'attaque consécutive qui lui fit marquer le point décisif.

Un vivat d'acclamation se fit entendre tandis que les deux hommes se saluèrent.

— Pourrait-on voir votre visage, Señor ? demanda finalement Diego.

Salvator hocha la tête négativement et lui montra son bras gauche avant de lui indiquer le docteur Avila.

C'est donc une personne du pueblo pour savoir qui est le médecin, conclut Diego en souriant.

Son adversaire s'inquiétait encore pour lui et devait sans doute culpabiliser.

Côté parieurs, Don Alejandro ramassa le gros lot.

Tandis que Diego était mené un peu à l'écart par le docteur Avila, la joute suivante commença. Elle opposa Bernardo au Capitán Toledano.

— Vous vous débrouillez plutôt bien pour quelqu'un de maladroit, plaisanta Avila en inspectant la plaie une fois que Diego eut retiré sa chemise. C'est une belle éraflure que votre adversaire vous a laissé là. Je devrais vous suturer, mais vous risquez d'en être gêné pour finir le tournoi.

— Je le serai sans doute moins qu'en utilisant mon bras droit, souligna Diego en soupirant tandis qu'une vive acclamation retentissait autour des deux jouteurs.

— Revenez me voir après le tournoi, je m'occuperai plus sérieusement de votre bras, déclara Avila en posant un bandage autour de la plaie avant de jeter un coup d'œil à son dos sous le regard intéressé du señor Obolle. La cicatrice est un peu rouge mais ce n'est rien d'alarmant. Essayez de ne pas forcer.

— Salena dort encore ?

— Je suppose que oui… Comment va votre tête ?

— Elle va bien. Les douleurs que j'ai pu ressentir depuis l'incident ont fortement diminué.

— Puis-je regarder sous votre foulard ?

— Un peu plus tard, Docteur Avila. Je vais devoir retourner en scène sous peu.

— Diego, si vous voulez un conseil, ne considérez plus ce tournoi comme un jeu même s'il en reste un. Vous m'avez semblé un peu ailleurs face à votre adversaire.

— J'admets avoir été déstabilisé par son jeu… Le fait est que je pense savoir de qui il s'agit réellement, expliqua Diego. Et elle risque de s'en vouloir un moment de m'avoir blessé.

— Elle ? questionna Avila perplexe.

— Si, sourit Diego amusé par la réaction du médecin.