Chapitre 31 : De surprise en surprise

Autour des jouteurs, la foule scandait le nom de Bernardo qui venait d'égaliser avec le capitán. Lorsque le dernier point débuta, Diego fut de nouveau spectateur. Les fers se croisèrent, s'entrechoquèrent, glissèrent l'un sur l'autre. L'échange était vivant pour le plus grand plaisir du capitaine qui parvint finalement à l'emporter. Il salua son adversaire avant de l'applaudir fermement. Mal à l'aise, Bernardo voulut disparaître dans la foule. Don Alejandro le retint et lui donna une tape si vigoureuse dans le dos pour le féliciter, qu'il le fit grimacer.

— Don Diego ? interrogea Don Nacho.

— Tout va bien, affirma le jeune don en enfilant de nouveau le plastron.

Des murmures s'élevèrent dans la foule, de dos, de noir vêtu et avec son foulard sur la tête la silhouette de Diego faisait très familière. Même le señor Torres en fronça les sourcils.

Le jeune De la Vega entra ensuite dans la zone de combat et fit face au señor Monastario. Les deux hommes se saluèrent et échangèrent un sourire enfantin faisant soupirer Isabella

— Vous ne pariez plus, Señor De la Vega ? demanda un ranchero.

— Cela dépend… Qui mettez-vous gagnant ? interrogea Don Alejandro avec humour.

Le combat s'engagea et Diego joua de nouveau au maladroit.

— De la Vega, soyez un peu de sérieux je vous prie, gronda Enrique.

— C'est comme vous voudrez, rétorqua Diego en souriant.

La différence de jeu fut flagrante et Diego ne laissa pas de répit à son adversaire, inscrivant trois points consécutifs en le désarmant en douceur à chaque fois.

— C'est toujours un plaisir, mi Capitán, dit-il volontairement.

— De la Vega… s'emporta-t-il.

— Je voulais dire, Señor Monastario, se corrigea Diego en souriant vers Isabella.

A côté d'elle se trouvait Salvator qui semblait montrer sa désapprobation. Comme un enfant prit en faute, Diego se sentit mal à l'aise.

Pour la joute finale, plus personne n'osa faire de pronostic. Diego s'était avéré être un expert en battant Salvator et le señor Monastario sans grande difficulté… À côté, ses premiers combats ressemblaient maintenant à des passes d'échauffement où il était inutile de se fatiguer.

— Je n'ai maintenant plus de doute, affirma le gouverneur au vice-roi.

— Pour ma part, j'avais une sensation de déjà vu lors de la première rencontre qui l'a opposé au señor Monastario. Diego a parfait son rôle d'escrimeur maladroit, plaisanta Don Esteban tandis que Toledano gagnait la zone de duel.

— Arturo, soyez prudent, lui glissa Raquel avec inquiétude.

— Ne vous en faites pas ma chère, je ne risque rien, affirma-t-il avant de lui faire un baisemain.

L'échange commença tranquillement, les jouteurs se testèrent.

— Vous me semblez en forme cette fois, dit Toledano.

Cette fois ? s'interrogèrent certains spectateurs.

— Ne vous y fiez pas, avoua Diego grimaçant.

Il marqua un premier point, gravant un trait horizontal sur le plastron de bois.

Toledano fronça les sourcils à la confession et la grimace de Diego.

Puis le jeu repris. La passe était vivante et le jeune De la Vega avait du mal à cacher sa douleur. Observateur, le señor Obolle en sourit.

— Ne me dites pas que votre bras gauche vous gêne.

— Oh non, pas le gauche, affirma Diego repoussant le capitaine en défense et parvenant à inscrire un second point d'une coupe transversale sur le plastron. Ne posez plus de question, Capitán Toledano.

— Fort bien, déclara Arturo en lui rendant un sourire.

Le troisième point débuta en silence… La douleur dans son épaule devenait tenace, il fallait qu'il finisse le combat le plus rapidement possible. Esquivant une attaque du capitaine, Diego changea son arme de main sous un « oh » de surprise et d'admiration de la foule. Puis il attaqua à son tour. Surpris par ce mouvement osé, Toledano para de justesse et remarqua le douleur sur le visage du jeune don.

Je ne dois pas lui faciliter le point, ce ne serait pas honorable, songea-t-il en maintenant sa façon de jouter.

— C'est bien mieux, Capitán, dit Diego le remarquant mais en le désarmant néanmoins avant de graver un troisième trait sur le plastron.

Puis il dirigea son arme vers le sol tandis que Toledano abaissait ses bras. Diego pencha sa tête sur le côté, observant le « Z » qu'il venait de finir sur le plastron de son adversaire. Intrigué, Toledano baissa la tête et éclata de rire tandis qu'une vive acclamation se faisait entendre à la victoire de Diego.

Don Nacho avait le regard hagard, hypnotisé par le plastron du capitaine Toledano.

Diego salua ce dernier et retira la protection avant de se rapprocher de Salvator tandis que des murmures de réalisation s'élevèrent dans la foule.

— Pourrions-nous avoir l'honneur de voir votre visage, Señora, ou dois-je me masquer à mon tour ? demanda Diego.

— Señora ?

— Comment ça Señora ?

— Mais qu'est-ce qu'il raconte ?

De sous son masque, Salvator sourit. Diego avait vu juste. Elle retira alors la baguette de ses cheveux qui tombèrent en cascade sur ses épaules. Puis elle porta la main à son masque et le retira créant stupeur et surprise.

— Doña Salena, s'exclama Isabella.

— Il n'est nul besoin de vous masquer, mon aimé, dit-elle avant de l'embrasser. Comment va votre bras, demanda-t-elle par la suite.

— Une égratignure, rétorqua-t-il, vous m'avez pris au dépourvu ma chère.

— Nous nous sommes fais battre par une señora, s'exclama Monastario avant de rajouter : Quelle honte !

— Voyons, Señor, vous n'avez perdu votre joute que d'un point… Señores, si vous voulez bien m'excuser, ces vêtements me mettent mal à l'aise, s'excusa-t-elle ensuite avant de filer sous le regard plein d'amour et de fierté de son mari.

— Don Diego, pourquoi vouloir imiter Zorro ? demanda un don sceptique en observant le plastron que Toledano venait de retirer.

— Oh ! Croyez-vous que cela soit une imitation ? demanda Diego en souriant. Peut-être une autre joute s'impose-t-elle. Capitán Toledano, Señor Monastario ? interrogea-t-il en un sourire enfantin.

— Avec plaisir, dirent-ils en prenant leurs armes

— Señores, s'exclama Don Nacho avec inquiétude.

— Ne vous en faites pas mon ami, Diego sait ce qu'il fait, expliqua Don Alejandro notant que son fils était néanmoins fatigué et tenait toujours son arme de sa main gauche.

— Don Diego, êtes-vous certain de vouloir rester gaucher ? demanda Monastario en se rappelant de sa récente blessure.

— Je vous remercie de votre intérêt, Señor, mais croyez-moi cela sera mieux ainsi. En garde, Señores.

— En garde, dirent les deux capitaines à l'unisson.

— Don Diego est devenu fou, murmura un spectateur.

— Sauf s'il est Zorro, affirma un second.

Le combat démarra dans un grand silence. Bien qu'éprouvé par ses précédents combats, Diego confirma son aisance à manier l'épée évitant les assauts des deux hommes, s'amusant à prétendre être en difficulté avant de les repousser aisément. En deux temps trois mouvements, il les désarma en douceur. Puis, s'appuyant nonchalamment sur son arme, il retira le foulard autour de sa tête, créant à son tour stupeur avant d'être porté en triomphe.

Ce fut ainsi que Salena le découvrit lorsqu'elle revint vêtue plus agréablement.

— Por favor, amigos, posez-moi à terre, dit Diego en l'apercevant.

Une fois chose faite, et toujours sous les vivats de la foule, il s'en approcha et l'embrassa tendrement.

Le señor Obolle fulminait, il fallait qu'il trouve un moyen de prendre de la hauteur sans attirer l'attention et sans être trop loin de sa proie. Il s'approcha alors des chevaux mais ceux-ci ressentirent sa tension et ne le laissèrent pas approcher. Maugréant tout bas, il changea de stratégie et opta pour une autre solution.

— Peuple de Los Angeles, apprenons à lutter davantage côte à côte. Il y a quelques temps, vous vous êtes levez face à Don Sebastián et ses hommes…

— Señor Zorro ! s'exclama subitement l'homme au masque de loup-garou.

Il y eut un silence subit et chacun chercha la personne qui venait d'appeler.

Diego, quant à lui, le remarqua de suite. L'homme était monté sur une charrette.

— Voulez-vous jouter, Don Sebastián ? demanda Diego tranquillement.

— Lui ? murmura Toledano. Comment Don Diego le sait-il ? se demanda-t-il perplexe.

— Jouter ? Pour qui me prenez-vous ? cria l'homme en retirant son masque avant de pointer un pistolet vers Diego.

Il y eut un étonnement général dans la foule qui découvrit le visage de Don Sebastián. Dans le même temps, les lanciers se mirent en position au signe du capitaine.

— Señor De Otsoa, déposez votre arme, ordonna Toledano sans trop y croire.

— Pas avant d'en finir une bonne fois pour toute avec Zorro. A priori ni un coup de poignard, ni un coup de feu ne suffisent pour l'envoyer en enfer.

Des murmures se firent entendre à l'évocation d'un coup de poignard.

— Croyez-vous faire mieux ? demanda Diego observant la foule bouger et restant devant Salena.

Sa vision fut soudain gêné par Monastario qui venait de se mettre devant lui.

— Señor ? murmura le jeune don.

— Vous n'allez pas rendre veuve la señora De la Vega le jour de votre mariage tout de même, murmura-t-il avec humour.

— Et la señorita De Santa Anna ?

— Ne vous inquiétez pas, Don Diego, je ne compte pas mourir aujourd'hui… Et puis, que serait Zorro sans Monastario ? plaisanta-t-il en haussant la voix.

La foule avait aussi réagi et bien vite il y eut un mur humain entre le Loup et sa proie. Don Sebastián en ragea davantage. Il n'avait plus Don Diego en ligne de mire.

— Don Sebastián, vous devriez écouter le capitán Toledano, lui dit Diego vivement.

— Jamais, fut sa réponse tandis qu'il se focalisait sur une autre personne.

Monastario suivit son mouvement du regard et, découvrant sa nouvelle cible, son cœur manqua un battement.

Non !

Diego le vit partir au quart de tour et se frayer un chemin parmi la foule. Il tourna la tête et réalisa le dessein d'El Lobo.

— La señorita De Santa Anna n'a rien à faire ici, vociféra-t-il créant de nouveau stupeur et surprise à la simple évocation de ce nom.

Des coups de feu se firent entendre tandis que Monastario parvint à enlacer Angela, faisant mur de son corps. Elle le sentit se crisper et étouffer sa douleur.

— Enrique, balbutia-t-elle au bord des larmes.

— Je vais bien, dit-il fermement resserrant son étreinte.

Néanmoins, il se savait blessé et sentait que ce n'était pas une simple égratignure.

— Non, maugréa Don Sebastián avant de tomber à terre lourdement.

Diego remarqua alors un autre tireur dont les vêtements étaient bien trop amples et aux côtés duquel se trouvait Padre Felipe. L'homme abaissa son arme et remercia Felipe. Le jeune De la Vega s'approcha alors de Monastario et remarqua l'étranger faire de même.

— Gracias, De la Vega, dit Monastario retenu par Diego tandis qu'il défaillait.

— Je vous en prie, Señor.

Angela le regarda avec inquiétude et découvrit sa blessure, puis elle remarqua un homme s'arrêter à leurs côtés.

— Antonio, laissa-t-elle échapper.

Diego et Enrique tournèrent la tête vers lui tandis qu'Angela se jetait dans ses bras.

— Señor, je vous remercie d'avoir protégé ma sœur, déclara-t-il en abrégeant son étreinte.

— Je risquerais ma vie… pour elle… à tout moment, affirma Monastario en grimaçant

Le regard d'Antonio alla de sa sœur à cet homme et il sourit devant l'amour qu'il découvrit dans leurs regards lorsqu'Angela attrapa la main droite d'Enrique.

— Tous mes vœux de bonheur, Señor, Angela, déclara-t-il.

— Gracias, grimaça de nouveau Monastario.

— Enrique ? fit Angela avec inquiétude.

— Venez avec moi, dit Diego en l'aidant à avancer.

— Permettez-moi, jeune homme, déclara Antonio soutenant Monastario de l'autre côté. J'ai assisté à votre joute. Vous êtes doué, cependant, je ne pense pas que vous soyez réellement gaucher.

— Vous êtes perspicace, Señor.

— Vous avez un souci avec votre bras droit ?

— Rien de bien grave, expliqua Diego.

— Je peux marcher seul, Señores, râla Monastario.

— On croirait m'entendre, plaisanta Diego.

Sur la place, les citoyens demeuraient silencieux, encore sous le choc de toutes les révélations successives. Ils s'écartèrent pour laisser passer les trois hommes et la señorita visiblement choquée par la situation. Arrivant près de la taverne, ils firent asseoir Monastario sur un banc et furent bien vite rejoints par le Docteur Avila, le capitaine Toledano, et Salena.

Le docteur fronça les sourcils en apercevant le bandage de Diego teinté de rouge. Posant la main sur celui-ci, il le fit réagir. Diego recula en grimaçant.

— Le señor Monastario a besoin de soins médicaux d'urgence, argumenta Diego devançant les paroles du docteur. Avec toute cette agitation je ne pensais plus à mon bras, songea-t-il en sentant la douleur arriver. Capitán Toledano, je pense que vous serez intéressé de faire connaissance avec le frère de Doña Angela.

— Le…

— Buenas tardes, Capitán. Êtes vous le seul responsable du pueblo ?

— Bien sur que non. Nous avons la chance d'accueillir actuellement le gouverneur et le vice-roi. Je pense qu'ils seraient honorés de vous rencontrer ainsi que notre alcade.

— Pouvons-nous discuter dans un endroit plus…calme ?

— Si… Veuillez me suivre, Señor, dit-il en l'invitant à sa suite.

Le señor De Santa Anna fit un pas et s'arrêta.

— Señor ? appela-t-il en se tournant vers Diego.

Ce dernier la tête vers lui.

— Qu'y a-t-il ?

— Vous ne venez pas ?

— Non, Señor. Je ne suis qu'un humble citoyen du pueblo de Los Angeles, expliqua Diego avant de s'incliner.

— Ne vous inquiéter par, Général, les rancheros et les citoyens de Los Angeles seront bien vite au courant du contenu de notre entretien… Je vous en expliquerai la raison. Sachez aussi qu'ils ont appris à se mobiliser pour faire face à l'adversité, souligna Toledano.

Le général hocha la tête pour saluer Diego puis suivit Toledano.

Chemin faisant vers le cuartel, Arturo ordonna aux lanciers de s'occuper du corps du señor De Otsoa puis fit signe au gouverneur, à l'alcade et au vice-roi de le suivre. L'ambiance récente leur fit comprendre l'importance de sa requête et ils le rejoignirent.

— Don Diego, vous devriez relancer la fête, souligna Monastario en nage et taisant sa douleur.

— Seulement si vous me promettez de revenir après les soins du docteur Avila.

— Ne vous faites pas de souci pour cela, Don Diego. Il viendra vous chercher pour que je puisse enfin m'occuper de votre bras, argumenta le docteur après avoir observé la blessure de Monastario. Cette dernière était mal placée, mais n'était pas vitale.

— En ce cas… Señora De la Vega, accepteriez-vous cette danse ? demanda Diego en se tournant vers sa femme qu'il savait à ses côtés.

Bien qu'il n'y ait pas de musique, Salena attrapa la main galamment offert de son mari et celui-ci la conduisit au milieu de la place faisant signe à des musiciens de jouer.

La fête fut ainsi relancée et bien vite l'apparition de Don Sebastián et celle de l'étranger fut oubliée. Diego fut félicité pour son mariage, sa performance lors du tournoi et remercié pour sa bienveillance très discrète envers le peuple. Des doutes subsistaient dans l'esprit de quelques-uns malgré des preuves accablantes, mais qu'importait.

Après quelques danses, Diego vit arriver Monastario, bras dessus-dessous avec Angela. Il sut alors qu'il devait aller voir le docteur. Enrique prit place sur le banc à ses côtés et soupira de soulagement.

— Le docteur vous attend, De la Vega, lui dit Monastario d'une voix fatiguée.

— Vous devriez rentrer vous reposer, Señor.

— Je ne rentrerai qu'après avoir pu parler plus longuement avec le frère d'Angela.

— En ce cas allez vous reposer dans une des chambres de la taverne et faites passer un message au général.

— Non, Don Diego. Je vous remercie, mais je préfère attendre ici.

— C'est comme vous voudrez, dit le jeune don en se levant avant de se diriger vers le cabinet du docteur Avila.

Salena resta à l'attendre, assise sur le banc, à côté d'Angela, cependant elle se sentit bien vite de trop et partit discrètement. Elle se dirigea vers Don Alejandro et réalisa qu'elle était le centre d'attention de certains vaqueros et rancheros. Rougissante, elle continua son chemin et lorsqu'elle arriva à ses côtés, il la serra dans ses bras pour la féliciter.

— Diego n'est pas avec vous ? s'étonna-t-il.

— Il… Il est allé voir le docteur Avila, dit-elle embarrassée.

— Ne vous en faites pas pour lui, Salena. Il a connu bien pire, dit Alejandro soudain terne.

— Je ne le sais que trop bien, souligna Salena. Mais je m'en veux terriblement.

— Ma chère, Diego connaissait les risques d'un tel tournoi… Cependant, je dois admettre qu'il avait l'air décontenancé lors de votre joute… Sans doute aura-t-il reconnu votre technique et en aura-t-il été déstabilisé. De plus, il a continué de jouter par la suite et ce en utilisant ce même bras gauche blessé ce qui veut dire que vous n'avez pas dû lui faire tant de mal. Ne culpabilisez donc pas, sourit-il en tentant de la réconforter. Ceci-dit, votre père vous a bien enseigné.

— Don Alejandro… Mon père n'y est pour rien dans mon apprentissage, du moins il n'en est pas le responsable principal, avoua-t-elle.

— Oh ! Alors qui donc a été votre enseignant ?

— Diego, rougit-elle. Lorsque nous étions encore enfant et avant que je ne parte pour l'Espagne...

— Diego ? répéta-t-il avec surprise.

— Oui, Padre ? questionna-t-il en arrivant, ayant surpris l'exclamation de son père.

— Te voilà, Diego, dit-il en se tournant vers lui et remarquant son bras droit en écharpe. Je croyais que tu étais blessé au bras gauche ? s'étonna-t-il.

— C'est bien le cas, Père. Je ne fais que reposer mon autre bras qui a souffert de ces derniers combats.

— C'est pour cela que tu t'es fait gaucher lors de ton combat contre le capitaine Toledano et le señor Monastario ?

— Oui, admit-il. Mais il y a eu nombre de combats intenses cet après-midi, surtout contre un certain Salvator, sourit-il avant d'embrasser sa femme tendrement.

— Justement, nous parlions de son niveau d'escrime, dit Alejandro.

— Salena est une élève studieuse et douée expliqua Diego avec fierté. N'aviez vous pas vu sa performance lors de l'audience il y a huit mois ?

— Fils, il y a huit mois j'étais moi-même en train de me battre, comment aurais-je pu la voir ? expliqua Alejandro se rappelant néanmoins avoir vu brièvement Salena combattre avec une canne.

Diego sourit et regarda autour de lui, puis il prit le bras de sa femme.

— Père, si vous voulez bien nous excuser, nous allons rentrer, dit Diego.

— Faites donc, sourit Don Alejandro. Après tout, vous êtes de jeunes mariés, plaisanta-t-il les faisant rougir avant de s'éloigner.

Diego et Salena s'échangèrent un regard amoureux avant de s'embrasser. Puis Diego siffla vivement. Un hennissement lointain lui répondit. Ceux qui doutaient encore ne purent qu'admettre la vérité en voyant l'étalon noir arriver à vive allure et s'arrêter près de son maître. Diego aida Salena à grimper sur le dos de Tornado avant de s'asseoir derrière elle.

— Bonne soirée, mes amis, salua-t-il avant de filer.

L'entretien terminé, le général De Santa Anna, habillé plus convenablement, alla trouver sa sœur avant de partir. De nouveau il la félicita, puis il fit comprendre à Monastario que le bonheur de sa sœur était très important pour lui. Ravi, Enrique le remercia en lui serrant vigoureusement la main.

Quelques jours plus tard, il y eut une nouvelle réunion d'information. Le général de Santa Anna avait décidé de laisser tranquille la Californie. En contrepartie, lorsque sa bataille serait terminée, il enverrait des émissaires dans les plus grandes villes pour annoncer leur rattachement à Mexico. Nul ne perdrait ses droits, mais une nouvelle législation serait mise en place. Celle-ci serait étudiée de concert avec les alcades et les responsables militaires afin de ne pas apporter de changements trop radicaux.

À chaque visite au pueblo, Diego avait droit à des félicitations, des remerciements et de nombreuses questions auxquels il prenait le temps de répondre. L'utilisation de son bras droit de façon intensive s'améliora au fil du temps.

Un mois et demi passa et en septembre 1821 la Californie fut finalement rattachée à Mexico. Un nouveau gouvernement fut mis en place, emportant son lot de troubles et de difficultés. Mais les citoyens de Los Angeles avaient appris à se mobiliser et faire valoir leurs droits sans user de force. Parmi les rancheros, les De la Vegas restèrent des diplomates de poids dans les négociations, père et fils étaient persuasifs et indomptables.

Monastario et Angela s'étaient finalement installés chez Isabella. Ce fut la señorita De Santa Anna, de connivence avec sa future nièce, qui parvint à faire céder son fiancé. Leur mariage était prévu le jour de l'équinoxe d'automne.

Quant à Zorro, lorsque des étrangers demandaient aux citoyens de Los Angeles où l'on pouvait le trouver, ceux-ci répondaient que le Renard avait disparu lors de sa dernière chevauchée qui l'avait mené dans l'antre d'El Lobo.

Fin.


Note de l'auteur : Un grand merci à Gwenetsi pour son travail de "beta reader" et son soutien.

Pour "mes" lectrices (lecteurs) silencieuses (silencieux), n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

Merci