PDV KARA

Chapitre 10 – La Terre (2008-2010) Le commencement

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Tu souris en regardant Kal à côté de toi. Vous voliez au-dessus de l'océan. Plus Kal grandissait plus il volait vite et plus il avait de l'endurance. Vous voliez donc de plus en plus loin, tu aimais ça. Juste vous deux, au-dessus d'une eau couleur encre, au-dessous de la lune pleine. Tu aimais n'être qu'avec Kal et c'était de plus en plus rare. Kal avait de plus en plus besoin de dormir et sa vie d'enfant terrien lui prenait beaucoup de temps. Les amis de l'école, les amis du basket… Cat t'avait convaincu de leur faire faire du sport, tu avais un peu peur que Kal se fasse démasquer… mais tu avais cédé… bien sûr que tu avais cédé à Cat, Adam et Kal qui te faisaient les yeux doux) et surtout, il dormait énormément par rapport à toi. Entre l'école, le sport, les sorties avec les amis des garçons (tu t'étais fait avoir et les parents des amis de Kal et Adam avaient profité de ta disponibilité pour te donner leur enfant, tous les mercredi), les weekends en famille, les dîners mondains avec Cat… Tu le voyais de moins en moins en tête à tête la journée comme la nuit, car il avait besoin de plus en plus de dormir et il aimait cela… Au début, tu avais paniqué car tu pensais qu'il était malade… mais non… C'était juste que ses cellules ne s'imprégnaient pas plus de soleil en grandissant alors que son corps lui en avait de plus en plus besoin. Tu en étais très étonnée… Mais c'était comme ça. Kal aura, quand il sera adulte besoin de dormir 5 heures, actuellement il dormait 6 ou 7 heures alors qu'un enfant humain de son âge aurait besoin de 12 heures pour un développement optimal. Donc vous sortiez de moins en moins, juste tous les deux, la nuit.

Mais aujourd'hui c'était spécial. Aujourd'hui c'était Krystosya. Une célébration de chez toi, une fête particulière. Une fête importante pour les El. On ne le fêtait que les cinquante ans. C'était une fête religieuse, une fête qui célébrait la vie et la nature. Alors en cet instant, toi et Kal vous voliez vers le croissant fertile. Cette zone où selon les recherches des anthropologues, des paléontologues la vit, l'homme avait véritablement commencé à proliférer. Kal avait pensé qu'aller à la source du Nil serait tout à fait logique. Tu aimais l'idée. Alors vous vous dirigiez vers l'embouchure du Nil pour le remonter rapidement et offrir une prière à Rao. Et offrir un présent à Zoa pour calmer son envie de mort et de destruction. Kal avait été retissant au début mais l'idée d'aller en Egypte de nuit, en volant, remonter le Nil et offrir un présent à un Dieu disparu, tu avais grimacé quand il avait appelé tes dieux « disparus ». Il avait dit qu'il trouvait ça « cool ». Tu n'aimais pas qu'il soit si peu intéressé par ta religion.

Mais, en même temps, il n'était pas beaucoup plus intéressé par une des religions uniques qui étaient si présentes encore sur Terre.

Même si la présence des sacrés, au début, avait permis aux religieux de faire croire que leur Dieu avait apporté des « anges » mais dès qu'ils avaient compris que ce n'était que des robots, ça avait porté un coup sur la crédibilité des religions instituées. Surtout quand Israël avait dû reculer face au nouvel Etat de Palestine. Surtout quand des sectes soutenues officieusement par les Eglises catholiques avaient été démantelées avec l'aide des sacrés. Surtout quand les « résistants » face à l'invasion des américains en Irak, trop facilement appelé terroristes avaient été « aidé » dans des actions légales et humanitaires par les sacrés. Bien sûr, les actions armées et meurtrières étant désormais impossibles à cause de la présence des sacrés les attentats n'étaient plus possibles. Il ne restait plus que le dialogue.

Les humains avaient sans doute oublié qu'ils en étaient capables, qu'ils étaient capables de parler, de faire des compromis. Cat était très critique sur toutes les formes de ce qu'elle appelait « des bêtises d'enfants apeurés ». C'était sans doute grâce à Cat que Kal et Adam soit si raisonnables, si peu religieux, malgré l'importance de la religion dans la culture américaine. Cat trouvait que croire en un être tout puissant était absurde. Chaque être avait une faiblesse ou il n'existait pas. Tu aimais cette idée.

Même si pour toi croire en Rao et Zoa était un moyen de rester en contact avec ta civilisation et ta famille disparues. Tu aimais à penser que tes parents et tes oncles et tantes étaient tous ensemble sous la lumière radieuse de Rao. Ensemble, en paix, dans la béatitude parfaite et bienheureuse de Rao.

Aujourd'hui, ce soir, sous la lune à quelques mètres du Nil, tu appréciais ce moment. Toi, Kal et quelque part, un petit peu de la lumière de Rao.

Après la cérémonie, que Kal avait à peine suivi parce qu'il s'endormait, tu avais dû le porter sur le chemin du retour. Tu l'avais mis au lit alors que le soleil était presque déjà totalement sorti de l'horizon. Une fois Kal au lit, tu allas t'assoir sur le canapé. Et tu mis ta tête dans tes mains. Tu ne voulais pas pleurer pour ça. Pour le désintérêt de Kal pour ta civilisation, pour la mort des tiens, de ta planète… Tu pleurais parce que tu aurais dû fêter Krystosya avec ta mère, ton père, tes oncles et tes tantes et Kal aurait dû dire les prières avec vous, dans un Kryptonnien parfait. Mais non… tu ne voulais pas pleurer.

-Kara ? Tu levas ta tête et tu trouvas Cat. Oh… Kara… Malgré ta volonté, tu devais sans doute avoir des larmes sur les joues. Ma Kara… Dis-moi ce qui ne va pas ? Tu ne voulais pas mentir, mais tu ne pouvais pas dire la vérité. Tu te trouvais ridicule. C'était Cat, ta Cat. Tu ne voulais pas lui avouer que tu lui avais menti. Que tu lui mentais. Que tu n'étais pas humaine, que tu étais K, que tu n'étais pas ce qu'elle croyait, que ton passé n'était pas ce qu'elle pensait.

-Ce n'est rien… je suis juste un peu fatiguée.

-Kara… ne mens pas… Où étais-tu ? Qu'as-tu fait avec Kal ?

Tu étais surprise. Cat ne te demandait jamais ce genre de chose. Elle savait mais elle ne demandait jamais. Plus pour te laisser de la place que par désintérêt. Tu savais qu'elle voulait savoir, qu'elle voulait savoir où tu allais le soir avec Kal, ce que tu faisais comme métier, ce que tu avais fait petite, où tu étais née… ce genre de chose… ce genre de chose que Cat avait cessé de demander, peut-être fatiguée que tu ne répondes pas, peut-être convaincue que tu n'allais pas lui répondre, peut-être enfin certaine que ça n'avait pas, ça n'avait plus d'importance.

-Je… Je suis désolée… Je… on… ça ne l'intéresse pas…

Cat fronce les sourcils. Sans doute étonnée d'avoir une réponse, certainement parce qu'elle ne comprenait pas ta réponse.

-Qu'est-ce qui ne l'intéresse pas ?

-Moi… mes parents… ma vie d'avant… ça ne l'intéresse pas… « Disparus » … Il a dit qu'ils étaient « disparus », comme si ce n'était pas grave, comme si ça ne faisait pas mal…

Cat s'approcha de toi et s'assit pour te prendre dans ses bras.

-Chut, mon amour. Il ne voulait pas te faire mal, il ne voulait pas être désobligeant. Il ne comprend pas.

-Je sais. Je sais… mais… mais, il ne parle même pas correctement, il ne… il ne connait rien… et ça ne l'intéresse… Comme si je ne l'intéressais pas… Comme si… comme si… tout allait vraiment disparaître après moi, comme si toute ma ci… tout ce que j'ai appris petite n'avait servi à rien…

-Oh… ma Kara. Chut…

Tu étais tout contre elle. Ta tête dans le cou de Cat, sa main te caressait doucement les cheveux. Après un moment, tu te trouvas ridicule et égoïste. Que Kal ne s'intéresse pas à Krypton, était une bonne chose, il n'avait rien perdu comme ça. Et que tu veuilles qu'il comprenne ce que tu avais perdu était d'un égoïsme total.

-Cat ? Tu demandas doucement. Mais en écoutant son cœur, tu te rendis compte qu'elle s'était endormie. Tu souris. Par Rao, que tu aimais qu'elle soit si bien avec toi, qu'elle se laisse aller, à s'endormir. Tu bougeas doucement et tu l'emmenas dans votre lit. Le soleil était déjà bien là. Il devait être 7h ou quelques choses comme ça. Tu étais un peu fatiguée toi aussi, alors tu l'allongeas contre Cat. Comme à son habitude, elle s'approcha de toi. Tu la laissas s'installer confortablement contre, presque sur toi. Je t'aime… Je t'aime tellement… J'espère que tu me pardonneras…

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Tu attrapes Cat qui, si tu ne l'avais pas attrapée, aurait sans doute fini dans le décor. Vous êtes au chalet. Tu avais proposé un weekend à la neige. Quelques jours après Krystosya, tu avais préparé la voiture, avec les deux valises de Cat, sérieusement, les deux sacs de jeux et une valise pour deux pour les enfants, et une valise pour toi. Mais aussi, les patins à glace, la luge que vous aviez achetée… Tu avais vérifié que les enfants avaient pris des gants, des écharpes, des bottes, des bonnes chaussettes et de très bons manteaux. Cat avait accepté de prendre une doudoune et tu avais prévu de la prendre en photo… malgré son interdiction. Kal ne sentait pas le froid comme de la douleur, mais il n'aimait pas avoir la sensation du froid. C'était un être du soleil pour des raisons évidentes. Tu étais allée au chalet pour vérifier que le lac était suffisamment gelé. Tu avais peut-être soufflé un peu dessus pour que l'eau soit totalement gelée. Tu ne voulais pas d'accident.

Cat te souriait et riait avec les enfants. Et tu trouvais ça merveilleux. Le bruit mêlé de leur rire, à tes oreilles, était une musique divine. Tu commenças à faire tournoyer Cat sur la glace et tu l'aidas à patiner. Son poids s'appuyait un peu contre toi et tes mains étaient sur ses hanches. Et tu embrassas sa joue rougie par le froid et l'effort. Les garçons étaient un peu plus loin en train de tenter de faire un saut et de se rattraper sans tomber. Ce qu'ils n'arrivaient pas à faire... Tu t'arrêtas près d'eux, Cat était toujours dans tes bras, et tu commenças à conseiller les garçons. Mais tu finis par leur montrer comment faire en te détachant de Cat, à regret. Tu n'avais pas froid non plus mais avoir Cat dans tes bras étaient bien plus agréable. Tu fis des sauts et tu tournoyais dans les airs. Les garçons étaient admiratifs et les yeux de Cat te suivaient avec un plaisir lumineux te semble-t-il. Après de longues minutes d'entrainements et de conseil pour que les garçons réussissent à faire un saut correct, tu finis par remarquer que Cat, qui ne bougeait pas, frissonnait et qu'Adam était essoufflé et fatigué. Tu proposas d'aller prendre un chocolat chaud et que s'ils étaient sages et gentils, tu pouvais envisager de faire de cookies. La gourmandise fit crier de joie Kal, qui, contrairement aux humains, aurait pu continuer de tenter de faire des sauts et des pirouettes aériennes pendant des heures. Cat te jeta un regard de remerciement mêlé de contrariété sans doute à cause de la quantité de sucre qu'elle savait d'ors et déjà que tu allais mettre dans tes cookies.

Cat avait un peu de farine sur la joue. Pas que vous aviez fait des batailles, non… jamais quand Cat était là… mais tu avais insisté pour que tout le monde mette la main à la pâte pour les cookies. Alors Cat avait de la farine sur la joue et Kal et Adam avaient à eux deux mangé au moins l'équivalent de trois cookies non cuits. Tu avais un peu peur qu'Adam ait mal au ventre… Mais ils semblaient si complices, si heureux… en faisant des petits tas de pâte crue sur la plaque de cuisson et en plongeant le doigt dans le saladier plein de pâte pour le mettre directement dans leur bouche. Charmant… Adorable… Tu entendais le cœur de Cat s'accélérer de bonheur. Tu avais appris depuis des années à comprendre et à écouter le cœur de Cat. Tu savais quand son cœur battait de colère, de bonheur ou de peur. Tu savais comment apaiser son cœur et tu savais comment le faire s'accélérer de joie, de bonheur et… de plaisir…

Tu caressais avec un torchon sec la joue de Cat pour lui enlever la farine. Elle te remercia d'un tendre sourire avant de se tourner et de continuer à faire la vaisselle. Tu essuyais ce qu'elle lavait. Cat avait été très silencieuse, depuis le matin.

Tu te demandais si elle pensait à son travail. Si elle allait vouloir travailler un peu avant le repas. Normalement, le chalet était une zone sans devoir pour les enfants et sans travail pour toi et Cat. Mais tu savais que CatCo était dans une période d'expansion. Cat avait engagé 300 nouvelles personnes rien qu'à National City, ses trois derniers mois. Elle avait acheté le petit immeuble de bureau à côté de CatCo et elle avait fait faire des travaux. CatCo possédait désormais une cafétéria immense capable de contenir l'intégralité du personnel, une garderie, une salle de sport mais surtout de tout nouveaux bureaux. L'inauguration du Petit CatCo avait été très suivi. Tu avais parlé à la femme du Maire alors que Cat dansait avec son mari. Tu n'avais pas aimé que Cat danse avec cet idiot mais Maria était très sympathique et amusante. Tu n'aimais pas que quelqu'un d'autre touche Cat. Et puisque Cat semblait crisper dans un sourire poli et que le Maire lui avait marché trois fois sur les pieds, tu avais décidé après une danse d'aller récupérer Cat. Elle t'avait souri comme si tu étais sa preux chevalière…

Ce fut une bonne soirée.

Cat se pavanait, puissante et sublime. Tu étais presque toujours pendue à son bras. Tu avais lu des articles-torchons, qui t'appelaient « croqueuse de diamants » ou qui affirmaient que tu étais « la femme soumise ou la femme-trophée » pour Cat. Tu t'en moquais même quand tu avais été obligé d'aller dans le bureau de la directrice parce que les garçons s'étaient battus pour défendre ton honneur, tu avais pris ça avec amusement. Tu avais dit à Kal et à Adam qu'ils ne devaient pas écouter les gens méchants et que la violence ne servait à rien. Mais pas Cat… Cat avait été furieuse. Et tu étais presque sûre que le journaliste qui avait écrit l'article avait quitté la ville, deux jours plus tard. Un article sur ton histoire personnelle écrite par un journaliste que Cat appréciait et à qui elle avait donné une interview était sorti, une semaine plus tard. L'article parlait de ta fortune, de tes diplômes et de ta tragédie familiale. Depuis la presse, même la presse à scandale, était assez distante.

Mais en cet instant, près de Cat, en train d'essuyer la vaisselle, tu la trouvais trop silencieuse, trop ailleurs. Tu n'aimais pas ça. Tu te demandais si tu avais fait quelque chose de mal, qui aurait pu te valoir le traitement du silence, mais tu ne voyais pas. Vraiment pas.

-C…

-Mama, on a fini ! Tu mets au four…

Adam t'interrompt tout sourire. Tu te tournes vers lui pour mettre la plaque des cookies dans le four. Après ça, tu envoies les enfants dans leur chambre en leur indiquant de se reposer et de lire tranquillement. Quand ils furent partis, tu te tournas vers Cat. Mais avant même que tu puisses envisager de parler, elle affirme très sèchement :

-Je vais bien. Tu te figes et la fixes, étonnée. Tu n'avais clairement pas mérité un tel ton. Tu ne réponds pas et tu restes silencieusement à ses côtés. Je… Elle se tourne vers toi. Je suis désolée… Je… Je ne devrais pas… Elle ne finit pas ta phrase. Tu savais que quand Cat ne finissait pas ses phrases alors c'était assez grave.

-Tu ne devrais pas quoi ? Dis-moi Cat, tu devrais savoir que tu peux tout me dire. Visiblement ce n'était pas du tout la bonne phrase à dire, pas du tout. Le visage de Cat se ferme et la totalité de son corps se crispe. Tu avais l'impression d'être un de ses employés sur le point de se faire virer.

-Vraiment ? JE devrais savoir que JE peux tout te dire… Tu recules d'un pas face à sa colère. Une colère froide et dangereuse, et même si tu étais presque indestructible, tu frissonnas. Et toi, ne devrais-TU pas savoir que TU peux tout ME dire…

Tu recules d'un pas encore… tu recules et tu avais une très vigoureuse envie de voler vivement loin de Cat, loin de la conversation qu'elle semblait déterminer à avoir. Vraiment déterminer, cette fois.

-Cat… Tu tentes de l'apaiser.

-Non, pas de « Cat » dit sur un ton plaintif, pas de yeux de chien battu. Je veux la vérité. Je veux savoir ce que je dois te pardonner, Oh… Elle ne dormait pas… Je veux savoir ce que tu fais comme travail, je veux savoir comment c'est possible que tu patines aussi bien qu'un putain de médaillé olympique, je veux savoir tout ce que tu ne m'as pas dit… La colère disparaît peu à peu et c'est une voix bien plus faible, bien plus triste qui se fait entendre à tes oreilles. Tu ne me fais pas confiance. Et ça me tue… Un silence s'impose avant que Cat ne répète. Ça me tue, Kara et à terme ça va nous tuer…

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Il y a presque trois jours que Cat t'avait fait cet ultimatum. Ça faisait trois jours que Cat ne te parlait presque plus, qu'elle restait de plus en plus tard à son bureau et surtout, que tu ne dormais pas avec elle. Les garçons commençaient à voir qu'il y avait un problème et tu commençais à paniquer. Tu ne pouvais pas encore perdre une famille et une maison. Tu ne pouvais pas. Tu ne pouvais pas faire subir ça à Kal. Tu ne pouvais pas subir ça encore une fois.

Alors tu fis une liste. Une liste de tout ce que tu devais dire à Cat. Et ça te fit paniquer. Et tu ne savais pas comment faire… tu ne savais pas comment faire pour qu'elle te pardonne de lui avoir menti. Elle allait te tuer ou du moins te mettre dehors, et ça aurait le même effet. Tu avais peur de tout perdre, de perdre ce que tu avais durement construit avec Cat. Et cette fois, cette fois perdre ta maison allait être totalement ta faute. Tu aurais du tout lui dire, tout lui dire avant. Tu aurais dû commencer par lui dire que tu étais K. Tu aurais ensuite dû lui dire d'où venait ton argent. Tu aurais dû par la suite lui dire que tu n'étais pas humaine et que par conséquent Kal ne l'était pas non plus. Tu aurais dû lui dire pour les sacrés, pour les avancées technologiques, pour ta planète, pour ta famille, pour tes pouvoirs, pour ton vaisseau, pour le Programme 13… Tu auras dû tout lui dire avant même d'envisager de l'aimer comme tu le faisais et de la laisser t'aimer comme elle le faisait. Tu l'aimais plus que tout et tu allais peut-être la perdre. Et ce à cause de la peur.

Au bout de la troisième nuit dans ton bureau, seule, alors que tu faisais la liste de ce que tu devais lui dire, alors que le soleil se levait, tu décidas de tout lui dire. De tout lui dire maintenant.

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-Cat… Tu la secoues doucement. Cat, s'il te plait… Réveilles toi. Tu entends un grondement. Mon amour…

-Non. Sa voix est encore endormie mais elle est froide et distante. Ça te fait mal dans la poitrine.

-Mais je…

-NON ! Je ne veux pas de toi dans ma chambre. Je ne veux pas que tu sois là, je veux que tu sortes et… je veux que tu me laisses.

-Mais…

-Mais quoi ? Elle se lève et s'assoit. Trois jours ! Trois putain de jours, Kara… Trois… jours… Sa voix se brise dans un sanglot qu'elle tente d'avaler.

-Oh, ma chér… Tu avais fait un mouvement pour t'avancer vers elle, pour la prendre dans tes bras… Mais elle te fait un geste pour t'arrêter.

-Non. J'ai dit NON.

Un silence prenant presque violent plombe la chambre. Tu te sens impuissante.

-El. Mon vrai nom de famille c'est El. Et j'habitais Krypton.

-Quoi ?!

-Krypton… Krypton n'est… n'était pas en Europe de l'Est. Krypton était… était un planète… Les yeux de Cat se voile de colère.

-Je t'interdis… Je t'interdis de te moquer de moi, Kara… Je…

-Je suis Kara El, dernière fille de Krypton. Cat te regarde avec colère. Je suis K. Cette fois, c'est de l'incrédulité qui se voit dans son regard. Je suis celle que tu as nommée White Hope. Je suis la personne qui a construit les sacrés.

-Que… Quoi…

-Je sais voler, je…

-Kara… Arrêtes. Je ne te crois pas… je veux que tu partes… Arrêtes de te moquer…

-Non… je… Je ne me moque pas de toi… Je t'aime… Tu voulais la vérité… Tu as dit que je pouvais tout te dire… Tu étais désespérée devant la colère de Cat et le mur que tu voyais se dresser entre vous. Tu ne savais pas comment faire pour qu'elle te croit. S'il te plait… Je… Tu décides d'agir au lieu de parler. Tu attrapes doucement mais rapidement Cat dans tes bras. Elle se débat un instant mais quand tu décolles de 40 centimètres, elle hoquète de surprise et de peur. Tu te déplaces dans l'appartement jusqu'à ton bureau, toujours en volant et tu y entres avec Cat toujours dans tes bras. Une fois dans ton bureau, tu déposes Cat au sol. Elle recule d'un pas. Tu sais qu'elle a peur et qu'elle a perdu ses repères. Qu'elle doit faire fonctionner ses jolies méninges à cent à l'heure pour tout intégrer. Tu te diriges vers un des tes ordinateurs et tu appuies sur quelques touches.

Quand l'hologramme de ta mère apparaît, Cat recule encore et son cœur fait un bond.

-Qui est-ce ? Les yeux de l'imitation de ta mère sont rivés sur Cat.

-C'est Cat Grant, ma compagne. Chef économique de CatCo, entreprise planétaire. Présentes-toi.

-Je suis Alura El, femme de Zor El. Grande juge de feu-Krypton, juge honorifique de la Confédération. Je suis honorée de rencontrer la campagne de ma fille.

-Votre fille ? Mais… Tu éteins l'hologramme. Et tu te tournes vers Cat, qui semble être sur le point de défaillir. Kara ?

-Je suis Kara El, dernière fille de Krypton, née à Argos, deuxième grande ville de ma planète. Je suis la fille d'Alura, Grande Juge et de Jor, scientifique, nièce de Non, ingénieur du transport militaire et de Astra, Générale en chef des Armées de Krypton, nièce de Jor, ingénieur du transport civil et de Lara, poétesse et Bibliothécaire d'Argos. Je suis Kara El, matriarche de la Maison El. Au cours de ta tirade, Cat s'était assise sur le canapé qui t'avait servi de lit, ses dernières nuits. Elle semble t'écouter attentivement donc tu continues. Je suis arrivée devant ta planète, il y a 10 ans en gros. Kal était tout petit. Il n'a pas de souvenir de Krypton. Et il n'en aura jamais. Tu prends une grande inspiration. Ma planète n'est plus. Ils sont tous morts. Ils ont brûlé sous mes yeux. J'ai vu ma planète, là où était ma famille, brûlé, explosé. J'ai dû fuir. Me cacher ici. Sur une planète perdue au fin fond de l'univers, sur une planète dont les habitants ressemblent comme deux gouttes d'eau à des Kryptonniens. Mais… mais votre planète était si… si archaïque, si instable… Alors… alors après… le 11 septembre… je… j'ai décidé d'intervenir… technologiquement, médicalement, mais aussi politiquement. J'ai aidé aux grandes avancées pour que la pollution, la surpopulation, la famine et la maladie disparaissent de la planète. J'ai créé un algorithme, un programme pour que les humains cessent de se battre entre eux, de s'entretuer.

-Tu… le blé bleu… la batterie Wellite… et…

-Oui. Le blé bleu, le new radium, la Wellite, la pilule All Care des Luthor… et les sacrés…

-Mais… Tu… tu es…

-Oui. Je suis White Hope comme tu m'as appelé. Je trouve ça un peu trop lyrique… toi qui critique toujours mes titres d'article ou de dossiers…

-Tu es K ? pourquoi ? pourquoi tu ne m'as pas dit que tu étais K ?

-Et bien… Je ne savais pas trop comment le faire… J'étais K. pour toi bien avant de te rencontrer en tant que Kara. Quand Adam et Kal se sont rencontrés… Je ne savais pas comment te le dire… sans… et bien… te raconter le reste… je veux dire… les articles à l'étranger alors que je n'avais pas encore de passeport avant que tu m'en fasses faire un pour nos premières vacances… Enfin… tu vois… Je… j'avais peur que… tu vois…

-Que quoi ? Kara !? Que j'allais faire venir l'armée pour te faire enfermer et les laisser te faire une vivisection ?

-Non ! Bien sûr que non… Tu baisses la tête.

-Alors quoi ?

-J'avais peur que tu partes… que tu me quittes, j'avais peur de perdre ma maison une fois encore… Tu avais presque hurlé ça, presque en larmes. Un long silence avait suivi, avant que tu ne reprennes plus calmement. Je suis désolée de t'avoir menti. Mais j'avais peur et plus le temps passait plus j'avais peur… Je suis désolée, Cat… Tu veux bien me pardonner ? S'il te plait… s'il te plait pardonne-moi…

-Je… C'était ta mère ?

La surprise se peint sur ton visage, mais tu réponds, prête à tout lui dire, prête à répondre à toutes ses questions si elle reste, si ça la fait rester.

-Oui et non. C'est la reproduction physique de ma mère, mais c'est une simple interface de recherche et une interface pédagogique. Je l'avais faîte pour Kal, si… s'il voulait apprendre des choses sur Krypton un jour… mais l'interface n'a jamais servi. Elle est connectée au réseau central de mon vaisseau.

-Tu as un vaisseau ? Genre un vrai vaisseau de science-fiction… Le cerveau de Car semble avoir un soubresaut. C'est pour ça… la première fois au musée de l'aviation… Kal a fait des commentaires sur les navettes…

-Oui… il y a autant de différence entre mon vaisseau et Apollon 13 qu'entre la cabane construite pour les enfants au chalet et l'immeuble de CatCo…

-A ce point ?

-Oui. J'ai… j'ai volé le vaisseau militaire dernier cri de la flotte de ma planète.

-Oh… tu l'as volé ?

-Des hommes armés me tiraient dessus. La dernière action de mon oncle a été de me sauver moi et Kal en fermant les portes et en me donnant le contrôle de l'appareil. Mon oncle est… était l'ingénieur en chef du vaisseau.

-Des hommes armés ?

-Des soldats à la solde du Conseil… Devant les sourcils froncés de Cat, tu continues. Ma planète était en train de mourir. Nous avions trop exploité notre centre et… il devenait instable, ce qui allait faire exploser la planète. Nous avions deux ou trois semaines… Et… nous aurions pu évacuer tout le monde, facilement en demandant de l'aide aux autres planètes… Mais Krypton est si fière et… et la mauvaise gestion des ressources aurait fait l'objet d'une enquête et des têtes seraient tombées… alors le Conseil n'a rien dit… et quand mon père a trouvé par hasard les rapports… et bien… ma famille et moi avons tenté d'intervenir, renverser le Conseil, prévenir la population et faire des plans d'évacuation. Le vaisseau aurait pu transporter et faire vivre des milliers de personnes pendant des années sans problème… C'est pour ça que mes oncles et moi nous étions près du vaisseau… Mais… mais mon père m'a appelé pour me prévenir que nous avions été découvert… et… et il a été tué… Et ensuite des soldats sont arrivés… et j'avais Kal dans mes bras… et je me suis enfuie… avec le vaisseau… et j'ai tenté d'entrer en contact avec les autres planètes et avec Krypton mais… mais j'avais été discrédité… la famille El avait été discrédité… ma mère qui avait toute sa vie prôné contre la peine de mort a été exécuté… mon père et mes oncles ont été tué par des soldats… et je ne sais pas ce que sont devenues mes tantes… J'ai vraiment tout tenté… mais… Mais je n'ai pas pu les sauver et ma planète a explosé… et je suis partie car la Confédération a supposé que c'était ma faute… et… Il y avait Kal… mon petit Kal… dans ce grand, cet immense vaisseau… J'ai trouvé la Terre et je me suis adaptée. J'ai appris vos langues et vos coutumes, vos expressions et vos traditions. Et je me suis construite une identité. J'avais besoin que ma famille existe et j'ai donc inventé l'histoire de l'incendie… ce qui n'est pas tout à fait faux… et… je t'ai rencontré… enfin Kal et Adam se sont rencontré… et… et… tu connais la suite…

C'est un silence vraiment vraiment effrayant qui te répond. Tu lui jettes un coup d'œil. Elle te regarde, ses yeux ne sont plus en colère. Elle semble incertaine. Comme si elle mettait l'ensemble des informations qu'elles venaient d'apprendre sur toi en contre-point de tout ce qu'elle savait ou pensait savoir sur toi…

-Et Kal ? Son père ?

-Kal n'a pas de père… enfin… son père était Mon Kar-El. Il n'était pas important… Il… Sur ma planète, il y avait un contrôle des naissances très strictes pour les hautes Maisons. Un seul enfant par génération. Donc j'ai décidé d'avoir un enfant très jeune pour que mes parents et mes oncles et tantes puissent avoir un autre enfant. Sur Krypton, il y avait une sorte de… on pourrait dire une clinique… avec le potentiel génétique de chaque Kryptonnien et Kryptonnienne. J'avais un grand nombre de choix. Et Mon Kar El avait de bon gêne, par son statut social, il avait le droit d'avoir trois enfants… donc… il a accepté d'être le père de Kal. Et il a accepté de ne rien avoir à faire avec Kal avant sa majorité, qui est à 25 ans sur Krypton. Mais maintenant ça n'a plus vraiment d'importance…

Tu laisses mourir ta phrase… Rien n'avait plus eu d'importance après l'explosion de ta planète… Mais grâce à Kal, tu avais dû te relever. Tu avais dû ne pas te laisser aller à pleurer toute la journée. Tu avais dû rapidement faire ton deuil et trouver un refuge pour ton Kal. Tu avais un regard lointain, sans ton Kal, qu'aurais-tu fait ? Te serait-il venu à l'esprit de te laisser mourir ?

-Kara ?

-Mmm ?

-Tu vas bien ?

-Je… Oui… Je pensais à… des choses perdues. Tes yeux attrapent ceux de Cat. Je… Je ne voulais pas te parler de tout ça… parce que… parce que je n'aime pas en parler… je n'aime pas être dans le passé. Être dans la cendre... ça ne sert à rien… Je préfère être avec toi et les enfants… Être dans le présent au soleil… Tu… Tu comprends ? Parfois… parfois tu me permets d'oublier que je suis née ailleurs, sous un soleil rouge, sous un ciel violet, sur un Terre bien plus noire, sur un herbe presque orange… Parfois, parfois, je me trouve tellement bien dans tes bras, que le bleu et le vert deviennent mes couleurs. La couleur de nos yeux… De la couleur des yeux de nos enfants… Des larmes coulent doucement de tes yeux et Cat s'approche de toi vivement pour les chasser. Je suis désolée… tellement désolée de ne pas t'avoir du tout ça… Je… J'ai confiance en toi… avec ma vie… Avec la vie de Kal… Mais… Mais c'est tellement douloureux et je travaille trop dur pour que tout ça ne noircisse pas nos jours, nos vies… Parfois j'échoue, comme… comme la première rentrée des enfants… ou avec Kal, la dernière fois… C'était une fête… une célébration… mais Kal ça ne l'intéressait pas… et il dort de plus en plus… et… ses cellules ne sont même pas aussi forte que les miennes. Il… il est de plus en plus humain… de moins en moins Kryptonnien… de moins en moins comme moi… Tu comprends ? Cat hoche la tête doucement et te caresse les joues alors que tes larmes coulent toujours à flots. Je… j'avais peur, j'ai peur… tellement peur que tu ne veuilles plus de moi, que tu partes, ou que tu me fasses partir, que tu nous fasses partir… Je… Je ne pourrais pas le supporter… Je ne peux pas Cat… perdre ma maison, ma famille… encore une fois… Ne me fais pas partir… s'il te plait…

-Oh... Ma Kara… Cat te serre contre elle, fortement. Oh, mon ange… Je t'aime… Je ne veux pas te faire partir… Je voulais la vérité, juste la vérité… Et tu me l'as dite… Je… Je te remercie Kara. Merci, merci de me faire confiance. Merci.

Cat te serre un peu plus et pose sa tête contre ton cou. Rao que tu aimes ça, que ça t'avait manqué. Trois jours… et tu avais l'impression que ça faisait des années que tu n'avais pas eu la sensation de la respiration de Cat contre ta peau. Tu étais une vraie junkie de cette sensation, et de toutes les sensations que te procuraient Cat, le corps de Cat. Même si ça ne faisait que trois jours, ça t'avait foutrement manqué. Tu avais terriblement envie de Cat. C'était très nouveau avoir envie d'être touchée, caressée… C'était nouveau et parfaitement agréable. Tu pousses tes lèvres sur le cou de Cat. Pour faire cela, tu dois toujours te baisser et donc te cambrer un peu plus contre le corps chaud de Cat. Tu entends un léger grondement.

-Cat… Cat… Tu fais passer ta langue sur son cou et tu la sens presque vibrer. Rao te pardonne… mais que tu l'aimes et la désire tellement…

-Kara… Kara… Attend…

-Mmm… Tu essaies de ne pas te perdre dans son odeur… Quoi ?

-Je… Je… Tu m'as tellement manqué, tellement… Elle passe sa main sur ta mâchoire possessivement comme elle aime et comme tu aimes qu'elle le fasse. Je… Je t'aime tellement…

Tu lui souris amoureusement et l'embrasse avec passion. Tu la veux tellement, maintenant. Et fort. Vous n'aviez jamais fait l'amour dans ton bureau pour des raisons évidentes mais… en cet instant tu en avais terriblement envie. Tu la regardas dans les yeux et un élan de désir te tirailla le ventre. Il y avait du feu dans ses yeux verts. Un véritable feu de forêt. A l'instant même où ta main se pose sur le short de pyjama très court, tu entends un très distinct « Mama ? ». La voix de Kal, et tu soupires alors que tu t'éloignes de Cat pour ouvrir la porte. Tu trouves deux petits garçons à la porte en train de tendre l'oreille. Tu avais fait un travail assez important sur les murs pour que Kal n'entende pas trop dans toutes les pièces, spécialement dans ton bureau. Donc tu avais ton petit kryptonnien et ton petit humain devant toi, avec des airs contrits et un peu gênés sur leur visage. Tu les trouvais très mignons à cet instant. Deux petites bouilles qui avaient vu le jour à des milliers d'années lumières l'une de l'autre, plus ou moins en même temps, deux enfants qui n'auraient jamais dû se rencontrer et pourtant… pourtant qui se ressemblaient tant… Il était un peu plus de 6h30 du matin et visiblement tout le monde était debout… une première pour un mercredi. Tu souris aux enfants pour les rassurer et sans attendre, tu les attrapes vivement, un peu trop vivement et un peu trop facilement, mais ça n'avait plus d'importance et tu les amènes dans la cuisine en les menaçant de les manger pour le petit déjeuner. Les enfants crient et rient de joie. Pendant qu'ils se calment, tu attrapes de quoi faire des gaufres. C'est le petit déjeuner préféré de Cat et tu veux lui faire plaisir. Elle le mérite après les jours d'indécision que tu lui avais fait subir.

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Tout allait bien maintenant. Tu ne mentais plus à Cat et elle te posait des questions sur Krypton. Parler de ta vraie enfance avec elle, et parfois avec Kal et Adam à qui vous aviez expliqué avec des mots simples d'où vous veniez toi et Kal, te faisait du bien, étrangement. Peut-être que tu avais de plus en plus l'impression que même si Krypton avait été ta maison, cette maison, la Terre, était désormais chez toi, puisqu'il y avait tous les êtres que tu aimais.

Il te semblait que l'avenir était radieux… Tu ne pouvais pas plus te tromper…

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Voilà

L'histoire Kara El-Le commencement est finie.

D'ailleurs Cat Grant-Le commencement est elle aussi achevée.

A quand la suite…

Bah je sais pas… Soyez patient…