Jack se réveilla en sursaut et constata avec stupeur qu'il s'était endormi sur le toit de sa maison. Il ne savait pas depuis combien de temps il était ici. Il faisait nuit. Toujours ou encore ? Il lui semblait qu'il était monté jusque là à la fin du jour pour l'attendre, qu'il avait indéfiniment contemplé le ciel en espérant son apparition, qu'il avait vu le soleil se lever. Mais elle n'était pas venue. Et cela juste le soir où il commençait réellement à croire à son existence. Alors, déçu et à bout de forces, il avait dû s'endormir jusqu'à l'heure où elle pourrait revenir.
Mais maintenant il ne pouvait plus se permettre d'imaginer que tout ce qu'il avait vu et vécu était vrai. Il fallait que tout cela cessât. Il était Jack O'Neill, le chef de Sg-1, l'équipe phare du Sg-C, qui protégeait la Terre contre les attaques goa'uld. Il ne pouvait pas être un rêveur attendant vainement l'arrivée de quelqu'un qui n'était pas réel.
Et pourtant, ses visages, ses yeux, ses voix, ses charmes…
Il secoua la tête. Non. Il ne devait pas y croire. Il devait tout oublier. Il se leva, détendit ses muscles endoloris puis descendit lentement, le pas lourd. Une douche et une bonne nuit de sommeil dans un vrai lit lui remettrait les idées en place. Tout irait mieux après.
Il se traîna jusqu'à la salle de bains, se délesta de ses vêtements et fit couler l'eau brûlante sur lui. Jack resta un long moment sous le jet, les yeux fermés, à la recherche de la quiétude qu'il n'avait jamais connue. La vapeur d'eau envahit bientôt toute la pièce occultant presque la lumière de la Lune, pourtant plus éclatante que jamais.
Cependant l'oubli ne parvenait pas à venir. Jack ne cessait de se poser des questions. Pourquoi était-ce arrivé à lui ? Et, bon sang, qui était-elle ? Enervé, il éteignit l'eau d'un geste rageur et aventura son bras hors de la douche pour prendre sa serviette. Mais ses doigts ne semblaient pas trouver le tissu éponge. Il soupira. Se pouvait-il que cette femme lui ait fait perdre sa raison et son orientation ?
- C'est ça que tu cherches ? demanda une voix suave
En l'entendant, Jack ouvrit grand la porte de la douche et ne put distinguer qu'une main blanche et délicate tendant la serviette vers lui. C'était elle. L'épais brouillard d'eau l'empêchait de voir comment elle serait ce soir pourtant c'était elle. Il se pencha pour attraper maintenant de quoi s'essuyer et dissimuler sa nudité mais elle l'évita agilement avec un rire enjôleur. Jack perdit sa trace et resta à la porte de sa douche en essayant vainement de la trouver. Mais comment pouvait-il la reconnaître puisqu'il ne l'avait jamais vue ?
- Donne-moi cette serviette, demanda-t-il calmement
Deux yeux marrons et provoquants aux cils interminables apparurent parmi la nuée.
- Tu n'as qu'à venir la chercher.
Mais Jack n'était pas d'humeur joueuse et prit son air le plus désintéressé. Elle sembla comprendre qu'elle ne faisait que perdre son temps et bientôt il reçut sa serviette en plein visage. Il s'essuya rapidement car il avait la désagréable impression qu'elle scrutait chacun de ses mouvements avec une délectation malsaine.
- Où étais-tu hier ? demanda Jack quand il fut sec
La pièce resta silencieuse quelques secondes. Il l'imagina gênée mais peut-être également attristée. La vapeur d'eau commençait peu à peu à se dissiper et Jack put enfin discerner les doux contours de sa silhouette ensorcelante et son opulente chevelure blonde.
- On m'a retenue.
Il sourit devant la simplicité de sa réponse. Elle sembla le deviner et se décida à changer de sujet.
- Je t'ai manqué ?
Jack leva les yeux au ciel. Elle allait le rendre fou ! Il voulut mettre enfin les choses au clair.
- Qui es-tu ? Une hallucination ? Un fantôme ?
Son rire troublant retentit suscitant chez Jack un frisson délicieux.
- Une hallucination ? Un fantôme ? répéta-t-elle incrédule
Il entendit ses pieds nus se diriger vers la porte qu'elle ouvrit afin de faire disparaître tout obstacle visuel entre eux. Il attendit presque impatiemment de la voir et resta interdit devant ses lèvres rouges et pleines si tentantes. Il fut ensuite littéralement hypnotisé par les formes de son corps, attrayantes, désirables, aguichantes.
- Tu penses vraiment que je ne suis qu'un fantôme venu te tourmenter ? demanda-t-elle d'une voix langoureuse
- J'aimerai que non mais ce n'est pas possible, n'est-ce pas ? supposa-t-il craintif
Au fond de lui, il avait peur qu'elle lui apprît le contraire et peur que tout ce qu'il vivait était vrai.
Elle sourit de nouveau et s'approcha lentement, s'avançant droit vers lui, se plaisant à retarder le plus possible leur rencontre. Et, enfin, elle tendit la main. Fébrile, Jack ferma les yeux s'attendant à ne rien ressentir. Mais soudain, elle le toucha. Ses doigts fins frôlèrent tout d'abord la peau de son torse à découvert, le forçant à ouvrir ses yeux, affolant et électrisant ses sens.
Elle voulut parler et Jack sut à sa moue qu'elle allait se moquer de lui. Alors, il l'en empêcha en pressant doucement sa main sur sa bouche. A bien y réfléchir, le moindre mot aurait gâché l'instant présent. Le simple fait de la toucher suffisait amplement à le griser totalement. Elle sembla comprendre, se libéra puis guida ses main sur les moindres traits de son visage, dans le labyrinthe de ses oreilles, sur sa nuque, dans le creux de sa gorge. Elle était définitivement bien réelle.
Il arrêta brusquement sa progression en la saisissant par les poignets. Il savait que le toucher de ses doigts sur sa peau parvenait largement à le bouleverser, l'enfiévrer et attiser son désir. Mais il lui en fallait désormais plus. Il voulait sentir en elle la même fascination à l'idée d'un nouveau contact. Puisque tout était réel, son seul souhait était que ce qu'il ressentait fût réciproque.
Il l'obligea à s'éloigner tout en la tenant toujours. Elle ne pouvait le quitter des yeux, inquiète et à la fois excitée à l'idée de ce qu'il pourrait bien faire. Ses lèvres s'entrouvrirent pour protester quand il amena son bras droit à sa bouche pour l'embrasser. Jack soupira d'aise en la sentant tressaillir tandis qu'il l'effleurait tendrement, s'attardant longuement sur l'intérieur de son poignet, le creux de son coude, son épaule. Il en fut de même pour son autre bras qu'il couvrit tout autant de baisers jusqu'à ce qu'elle fût totalement enfermée dans son étreinte. Cette contiguïté tellement intime semblait si normale à Jack qu'il se demanda s'il pourrait un jour la relâcher. Le souffle court, seulement conscients de la puissante attraction qui les liait l'un à l'autre, ils se regardèrent, se demandant ce qui allait se passer ensuite.
- Je suis content que tu ne sois ni une hallucination, ni un fantôme, murmura-t-il tendrement. Et je commence à croire que je ne comprendrais jamais qui tu es.
Elle secoua la tête voluptueusement comme pour démentir ce qu'il pensait.
- Non, lui assura-t-elle. Tu pourrais comprendre.
Elle se décolla de lui presque à regret et s'approcha du miroir où ils se reflétaient tous deux.
- Dis-moi ce que tu veux.
Jack se détourna pour réfléchir à ce qu'il dirait. Elle semblait attendre désespérément une réponse qu'il n'avait pas.
- Explique-moi qui tu es, pria-t-il. D'où viens-tu ? Et pourquoi viens-tu me voir ?
La porte de la salle de bains claqua soudainement et le fit sursauter. Il sut tout de suite ce qu'il s'était passé pendant ce quart de seconde d'inattention. Elle était encore partie et même si elle était réelle, sa nouvelle disparition n'avait rien de naturel.
