Quelle journée harassante ! Comme si Hammond allait réellement lire tous les rapports qu'il lui avait forcé d'écrire aujourd'hui ! Le point positif était qu'il n'avait pas eu une seconde pour penser à elle tellement il devait fouiller dans ses souvenirs pour retrouver de quelle maudite planète il devait parler. Non, il mentait. Il avait pensé à elle mais ce n'était pas aussi douloureux qu'il l'avait cru. Le retour à la réalité n'avait rien enlevé au charme et à la tangibilité de leurs rencontres. Tout cela s'était tout simplement passé dans une autre part de sa vie à laquelle personne ici n'avait accès.

Il eut un soupir de soulagement quand il referma la porte de ses quartiers derrière lui. Enfin seul ! Enfin, pas vraiment compte tenu de la jeune femme assise sur son lit.

- Bonsoir, salua-t-elle avec une gentillesse tendant vers l'appréhension.

- Bonsoir, répondit-il avec un large sourire. Je suis heureux que tu sois là.

Il ne comprit pas la déception qu'il lut dans ses yeux.

- Qu'est-ce qu'il ne va pas ? demanda-t-il inquiet

Elle leva les yeux au ciel et refusa de prendre les mains qu'il lui tendait.

- Je suis fatiguée, lui dit-elle en posant un regard désolé sur lui. J'aimerais tellement que tout se finisse.

- Quoi ? demanda Jack en tentant de masquer sa panique. Tu ne veux plus me voir ?

Elle eut un sourire qui lui réchauffa le cœur.

- Non, rectifia-t-elle, je n'ai jamais dit ça, je ne dirais jamais ça. Il te faut beaucoup plus de temps que je ne le croyais et je ne sais pas si je tiendrais le coup.

Jack passa sa main dans ses cheveux soyeux, la faisant fermer les yeux sous la caresse. Rien au monde n'aurait pu lui faire prévoir ce qu'il se passait en ce moment.

- Qu'est-ce que je dois faire ? la supplia-t-il

- Je ne peux pas, je ne dois pas te le dire, répondit-elle comme par automatisme. Si je le faisais, tout aura été inutile.

Jack se massa lentement les tempes tandis qu'elle s'asseyait de nouveau sur son lit.

- Je ne comprendrai jamais ce qu'il se passe parce que je ne veux pas comprendre ! s'emporta-t-il

Il vit alors une lueur d'espoir naître de nouveau en elle.

- Dis-moi ce que tu veux.

Il s'apprêtait à répondre quand des coups furent frappés à la porte.

- Jack ! Jack ! Vous êtes là ? Nous ne nous sommes pas vus de la journée et j'aimerai vous parler !

Il manqua de hurler quand il reconnut la voix de Daniel. A regret, il s'éloigna d'elle mais lui intimant silencieusement de ne pas bouger.

- Daniel ! dit Jack en retenant sa colère. Ce n'est pas possible pour l'instant !

- Mais je n'en ai que pour quelques minutes ! assura le jeune homme. Je vous assure, c'est très important ! Laissez-moi entrer !

- Désolé, Daniel mais je ne peux pas !

- Comment ça vous ne pouvez pas ouvrir ? s'étonna l'archéologue intrigué. Il vous arrive quelque chose ?

- Euh… oui…

- Ah oui, poursuivit-il. Qu'est-ce que c'est ? L'andropause ? Une fracture du col du fémur ?

- DANIEL ! DISPARAISSEZ !

- D'accord, d'accord ! Mais je reviendrai car c'est très important !

Jack l'entendit enfin partir mais malheureusement il n'était pas le seul à avoir disparu. Elle ne l'avait pas attendu.

Il frappa du poing sur le mur et se maudit intérieurement de s'être laissé distraire par son ami. Il était certain qu'il y était presque, qu'il avait enfin trouvé la clé du mystère !

Il se redressa. Il ne devait pas se laisser abattre. Elle lui avait appris qu'elle n'était ni une hallucination ni un fantôme, qu'elle était humaine tout comme lui. Alors elle ne pouvait pas être loin. Elle devait être ici, à l'intérieur de la base.

Il se précipita comme un fou dans le couloir à sa recherche mais buta presque immédiatement dans Teal'c.

- O'Neill ? s'étonna le Jaffa. Je croyais que Daniel Jackson devait aller s'entretenir avec vous ?

- Il est venu, répondit Jack évasivement, mais je n'étais pas seul.

Teal'c fronça les sourcils devant l'état avancé de trouble de son ami.

- Ce crétin de Daniel l'a fait fuir et je dois absolument la retrouver, poursuivit Jack. Vous n'auriez pas vu une jeune femme, la trentaine, environ un mètre soixante-quinze, blonde, cheveux courts, yeux bleus, dents blanches et un sourire à tomber par terre ?

Le Jaffa prit quelques secondes pour répondre tandis que Jack attendait impatiemment de savoir s'il l'avait vue ou pas.

- O'Neill, dit-il lentement, le major Carter est dans son laboratoire.

- Carter ?

- Oui, O'Neill, le major Carter, répéta le Jaffa. C'est bien d'elle dont vous parliez ?

- Oui, répondit Jack malgré lui.

Il se sentit seulement capable d'acquiescer de temps à autre pendant que Teal'c lui faisait le récit de la semaine assez mouvementée de son second. Pendant plusieurs nuits, Sam s'était littéralement évaporée sans qu'on pût constater son départ de la base et sans qu'elle pût se souvenir de l'endroit où elle était pendant ce laps de temps. De plus, elle avait été victime d'une véritable crise de fatigue ce qui avait conduit Janet à l'admettre pour une nuit à l'infirmerie afin de l'obliger à dormir. Le docteur avait même dû l'attacher et lui prescrire des somnifères devant les violentes protestations de la jeune femme. Mais la situation n'avait en rien évolué.

- Le général Hammond a donc décidé de fixer un briefing à dix heures demain pour discuter de la situation et de discuter des possibles aménagements à faire, conclut le Jaffa.

- Teal'c ! dit fiévreusement Jack en retrouvant enfin l'usage de la parole. Ô Teal'c, merci mon vieux !

Il partit en courant dans les couloirs sous l'œil intrigué de son ami.

- Merci ! Merci ! Merci ! s'exclama-t-il encore

Il s'arrêta net devant la porte ouverte du labo de Sam. La jeune femme s'était endormie sur son bureau et était plus qu'attendrissante. Sans bruit, il prit une chaise qu'il approcha d'elle. Elle était si ravissante ! Comment ne l'avait-il pas reconnue ce soir ? Comment ne l'avait-il pas reconnue dès le début ? Et comment tout cela avait-il pu avoir lieu ? Il secoua la tête pour faire fuir sa dernière question. Maintenant qu'il savait qui elle était, qu'il connaissait toutes celles qu'elle était, il n'était plus nécessaire de comprendre. D'ailleurs, cela n'avait jamais été important. Il n'y avait qu'elle, la femme idéale, qui comptait et non pas la manière dont il le découvrirait.

Il crut calmer son sommeil agité en retraçant du pouce chacun des traits de son visage. Son doigt semblait les reconnaître comme s'il les avait créés eux-mêmes. Il se pencha ensuite en entendant quelques mots s'échapper de sa bouche.

- Dis-moi ce que tu veux.

Il sourit car il avait enfin trouvé la réponse.

- Toi.

En entendant ce mot, toute la tension de la jeune femme se relâcha et elle eut une respiration des plus paisibles. Jack consulta sa montre. Il n'avait rien d'autre à faire jusqu'à demain matin. Alors, il pouvait rester assis là et la regarder pendant une heure. Ou deux. Ou pour l'éternité.

FIN