Titre - Dans les mensonges et les regrets.
Résumé – Lorsqu'il se retrouve en 1977, Harry prend une fausse identité le temps de trouver un moyen de revenir à son époque. Il ne se doute pas qu'il s'agira d'un voyage sans retour qui le changera définitivement et qui l'emmènera dans un tourbillon de faux semblants.
Disclaimer – Tout ce qui relève de l'univers de JKR lui appartient.
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Note – Bonsoir !
Tout d'abord, excusez-moi du temps que j'ai mis pour poster ce chapitre, mais j'avais des exams et j'ai eu peu de temps pour écrire, et quand j'en avais, et bien, je n'avais pas vraiment la tête à me plonger dans ma fic. Je devrais être un peu plus rapide à présent que c'est fini, et que je sais que j'ai réussi – et je suis trop trop contente de ce fait ! – Il fallait vraiment que je le dise…
Ensuite merci, merci beaucoup pour toutes vos reviews qui m'ont beaucoup touchée, et un peu rassurée, je dois dire ! Vraiment, merci. J'espère que vous apprécierez la suite et que vous ne serez pas déçus.
Enfin, j'ai changé quelques petites choses au chapitre 1, rien de très visible. Pour le changement le plus important, il s'agit du fait que Harry se trouve en 1977 et non 1976 étant donné que ses parents entrent en septième année à Poudlard et qu'ils sont nés en 1960 d'après Les Reliques de la Mort. Merci à Elenwe varda de m'avoir fait remarquer l'erreur.
Pour ce chapitre, vous allez remarquer rapidement qu'il y a l'apparition de nombreux personnages. J'ai bien peur que cela fasse un peu trop. Moi, je baigne dedans et je commence à les connaître tous par cœur, mais vu de l'extérieur, ça doit sembler plus difficile et confus. D'autant plus que je ne me suis pas non plus très étendue sur eux, pour la simple et bonne raison que Harry ne le fais pas lui-même – et que cela ferait vraiment trop. J'ai l'intention de creuser tout ça lentement plus tard. Donc je ne pense pas qu'il soit important d'essayer de tout retenir pour ce chapitre, cela viendra au fur et à mesure. Enfin, j'espère !
Bonne lecture !
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Dans les mensonges et les regrets
Partie I – Brumeux
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Chapitre 2 – Visite chez les Gryffondor
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Un coup d'œil à sa montre : il était onze heures moins vingt. Il se passa nerveusement une main dans les cheveux et fut encore surpris par leur longueur. Se regardant dans le reflet de la vitre du métro, Harry pensa qu'il fallait qu'il arrête d'être constamment étonné en s'apercevant ou se touchant. Il n'était toujours pas habitué à sa nouvelle apparence, même après deux semaines passées ainsi.
Le métro s'arrêta et Harry reporta son regard sur le plan des stations de la ligne. Il devait descendre au prochain arrêt pour aller à la gare de King Cross. Il serait enfin à Poudlard ce soir. Et même s'il n'était pas à la bonne époque, Poudlard restait sa maison, et ce serait un véritable soulagement de se retrouver en terrain connu.
Ces derniers jours au Chaudron lui avaient semblé si longs. Il avait l'impression de devoir se retourner constamment pour voir s'il était suivi. Il était devenu aussi paranoïaque que Maugrey Fol Œil. Après la visite de McQueen, il n'avait pas arrêté de se demander comment elle avait su pour les papiers et la seule solution qu'il avait pu trouver, c'était qu'il était suivi.
Pourtant, ça n'avait aucun sens : il était seul avec Dumbledore lorsque celui-ci lui avait annoncé qu'un employé passerait. Est-ce qu'elle l'avait su grâce à des relations au ministère ? Mais pourquoi s'intéresser à ce point à lui ? Se doutait-elle de son voyage dans le temps ? Et pire, comment avait-elle fait pour faire ces faux papiers, en totale concordance avec tout ce qu'il avait pu raconter ?
Le lendemain, lorsque l'employé était passé, il n'avait eu aucun problème avec les papiers. Il n'avait pas vu qu'il s'agissait de faux. Pourtant, Harry avait hésité à les donner : il pouvait s'agir d'un piège justement. Mais comme il n'avait eu d'autres solutions, il avait capitulé et les avait donnés. Depuis, il n'avait plus vu McQueen, alors qu'il s'était attendu à la revoir pour qu'elle lui demande le prix de son aide. Mais rien. Pas une trace. La frustration le taraudait.
Le métro s'arrêta une nouvelle fois et Harry prit sa petite valise à la main. Il sortit au milieu de la foule de moldus et suivit le mouvement jusqu'à la gare. C'est en gardant le même rythme dans sa marche qu'il passa le mur, décontracté. Sur le quai, les adolescents disaient tous au revoir à leur famille. Harry sourit devant l'ambiance intemporelle du quai 9 3/4 : les cris et les rires se mêlaient à la fumée de la locomotive et aux bousculades.
Il grimpa dans le train rouge et se chercha un compartiment vide, éloigné de l'agitation. Il avait beau être heureux de revenir à Poudlard, il n'oubliait pas qu'il était un inconnu ici. Il ne connaissait personne. Il s'installa et rejeta la tête en arrière. Que donnerait-il pour que Ron et Hermione soient avec lui, à ses cotés ? Ils lui manquaient cruellement et en cet instant, il avait l'impression de sentir leur présence autour de lui.
Il pouvait presque voir le visage exaspéré de Hermione lorsque Ron essaierait de finir un devoir, lui rappelant qu'ils devaient tous les deux faire leurs obligations de préfets.
Ron se mettrait à râler, singeant Hermione et tapant du pied. Énervée, Hermione sortirait et Ron lancerait un regard confus à Harry, démontrant son incompréhension totale ; puis il sortirait à son tour, se hâtant de rattraper Hermione pour plaider sa cause.
Neville, Ginny et Luna le rejoindraient dans le compartiment, s'installeraient bruyamment dans des éclats de rire devant l'air soulagé de Neville d'échapper à sa Grand-Mère. Luna se pencherait sur le dernier Chicaneur et Ginny se lancerait dans une bataille explosive. Hermione et Ron, réconciliés, ce dernier pestant auprès des Serpentard, les rejoindraient au moment où Ginny les battrait lui et Neville à plate couture.
Hermione, après un commentaire de Luna, leur parlerait du dernier livre – passionnant ! – qu'elle avait lu et dont elle souhait leur faire part. Ils lui jetteraient tous un regard courroucé, et elle se tairait, décidant de participer avec eux à leur partie de bataille explosive jusqu'à ce que Ron se rappelle du devoir non terminé.
« Ici, il y a de la place, venez. Hum – on peut venir ? »
Et ils feraient ainsi tous semblant que tout va bien ; qu'ils ne sont pas en guerre. Harry ignorerait et sourirait sous les regards à la dérobée de Hermione, inquiète au fond. Il leur serait reconnaissant de ne pas en parler et d'être là.
« Hé ho ! On peut rester ici ? »
Harry sursauta et Ron, Hermione, Neville, Ginny et Luna disparurent aussitôt. Il tourna la tête vers quatre personnes qui le regardaient, intrigués.
« Oui, bien sûr, » répondit-il un peu hébété.
Deux filles et deux garçons s'installèrent en le dévisageant. Harry, mal à l'aise, remua doucement sur son siège.
« Tu vas à Poudlard ? » demanda l'un des deux garçons, un blond cendré. Harry acquiesça sans un mot.
Le blond fronça les sourcils. « En septième année ? » poursuivit-il.
« Oui, je suis nouveau, » expliqua Harry.
« Oh, » fut tout ce que répondit le blond, déconcerté par cette information.
Une des filles, une châtain clair aux reflets roux, avec un petit air qui lui rappelait quelque chose, se pencha vers lui. « Vraiment ? C'est étrange. Il est plutôt rare de voir de nouvelles têtes qui ne sont pas en première année. On entre à Poudlard à onze ans ou on n'y entre pas, » déclara-t-elle.
« Amélia, tu n'es pas vraiment accueillante, » reprocha la deuxième fille, des cheveux mi-longs noirs. « Excuse-la, je suis Estelle Reilly, elle – elle montra la première fille – c'est Amélia Bones. Le blond, c'est David Cleffort et le brun c'est Lewis Bladwell. »
Harry lança un regard surpris à Amélia Bones. Il ignorait qu'elle avait fait sa scolarité en même temps que ses parents. À son époque, c'était la directrice du département de la Justice - et elle lui avait paru bien plus âgée. Une femme aux traits tirés, strictement impartiale. Harry lui était toujours reconnaissant de ne pas être entrée dans le jeu de Fudge et Ombrage lorsqu'il avait été convoqué par la Commission en août 1995. De plus, sa nièce, Susan Bones, était dans la même année que lui et avait fait partie de l'Armée de Dumbledore.
« Stephen Curson, » se présenta-t-il à son tour.
« Et, si ce n'est pas trop indiscret, » commença lentement David Cleffort, « pourquoi viens-tu à Poudlard cette année ? »
Harry fit la moue. Il savait bien qu'on lui demanderait, et il valait mieux répondre dès maintenant pour qu'on le laisse tranquille par la suite. Pourtant il n'était pas sûr que s'il était vraiment Stephen Curson, il y aurait répondu : il doutait qu'expliquer à n'importe qui que sa mère était décédée soit très réaliste. Il soupira, indécis et décida de rester concis.
« Ma mère ne voulait pas que j'aille à Poudlard car nous étions aux États-Unis. Maintenant, je peux venir ici, donc j'en profite. Poudlard est l'école la plus réputée. »
Harry fut satisfait de lui-même, c'était plus crédible ainsi. Les quatre adolescents restèrent silencieux, même s'il semblait qu'Amélia désirait demander des éclaircissements, mais elle se tut, de peur de paraître trop indiscrète sûrement.
Une jeune fille entra rapidement dans le compartiment, brisant le silence : « David, je te cherchais, tu n'aurais pas oublié quelque chose ? »
Les regards se portèrent sur elle et Harry eut une réaction des plus violentes – par chance, personne ne le remarqua. Le choc se répercuta dans l'ensemble de son corps ; figé, bouche bée, la peau blanche comme un linge. La chute drastique de tension l'étourdit, sa respiration s'accrocha tandis que des vers se délectèrent de ses tripes. La fille avait une lourde chevelure rousse qui cascadait sur ses épaules. Sa peau blanche faisait ressortir ses yeux en amandes d'une magnifique couleur vert émeraude.
David écarquilla lui aussi les yeux et se leva immédiatement. « Mince, la réunion des préfets ! Madame C'est Moi la Chef va me tuer ! Mince-euh ! »
« Hé, t'inquiète pas, » rit Lily Evans, « beaucoup ont oublié, c'est la première fois qu'on est censé avoir ces réunions qu'elle a imposées – elle se pencha en regardant dans le couloir – Remus ! Je suis là ! »
« Ah, elle va juste me passer un savon dans ce cas, ce n'est pas trop grave, » plaisanta David. Il se déhancha exagérément, croisa les bras et prit une voix aiguë, « Non mais, tu es vraiment un préfet incapable Cleffort, tu fais honte à la maison Serdaigle. Aubrey aurait fait un si meilleur préfet, c'est vraiment, vraiment injuste. Tu ne fais absolument aucun effort. »
« Ah, laisse-moi deviner, » fit une voix derrière Lily, « c'était une parfaite imitation de Strader, non ? »
« Lupin, » s'exclama David, « tu es doté d'une perspicacité bien remarquable ! »
Remus eut un sourire en coin, « Vous allez tous bien ? Bonnes vacances ? » demanda-t-il à la cantonade.
« Si je ne devais pas me retrouver face à face avec Strader, tout irait pour le mieux, » répliqua David.
« Oh, David, » soupira de manière dramatique Lily, « Strader est largement vivable à côté de Potter. Rien que l'idée de revoir ce crétin ébouriffé me donne la nausée. »
« Lily, » protesta Remus en fronçant les sourcils, « tu exagères. »
La jeune fille rousse leva les yeux au ciel : « Oh, si peu. »
Il y eut quelques rires et Estelle clama haut et fort : « Quand Lily va-t-elle se mettre à crier sur James ? Des paris ? »
« Dès demain matin, » déclara le plus sérieusement du monde Lewis.
« Non ! » interjeta David, « Ce soir au festin ! »
« Ah, non, moi je vote pour dans l'après-midi, » fit Amélia.
« Si tôt ? » s'étonna Estelle en se tournant vers son amie. « Oui, bien sûr » répondit cette dernière avec un sourire, « ils vont forcément se croiser dans le train à un moment, non ? »
Les rires repartirent.
« Ce n'est pas drôle ! » protesta Lily. « Mais Remus, rassure-moi, tes merveilleux amis n'ont pas prévu une quelconque farce pour le moment ? »
« Secret professionnel, » répondit Remus avec un sourire en coin.
« Bon sang, et dire que tu es un préfet, » maugréa Lily.
« Oh, Lily, pitié, ne joue pas ta petite Strader, » supplia David.
« Excuse-moi, mais qui es-tu ? » interrogea subitement Remus. Il y eut un léger silence.
« Moi ? » s'étonna enfin Harry, remarquant que c'était lui que Remus regardait.
Remus eut un sourire malicieux. « Non, je demandais ça à l'une de ces personnes que je connais depuis six ans. Des trous de mémoire, tu comprends ? C'est parfois fâcheux. »
Harry dû sembler perdu car ils ricanèrent tous de concert.
« Un conseil Curson, » soupira Amélia, « ne crois jamais ce que raconte cet hurluberlu – « Hé ! » protesta Remus - et plus particulièrement ses amis. »
Harry ne commenta pas et se tourna vers Remus. « Je m'appelle Stephen Curson, je viens faire la dernière année de ma scolarité à Poudlard. »
Remus lui fit un sourire. « Bienvenue à Poudlard, dans ce cas. »
« Ah, vous voilà ! » s'écria une nouvelle personne. Remus et Lily, qui étaient à l'entrée du compartiment s'écartèrent. « Je vous cherchais. Notre bien-aimée Strader pique une crise en ce moment même, vous feriez mieux de rappliquer. »
« Je vous l'avais dit, » s'exaspéra Lily.
« Bien, allons-y camarades, tels les pendus se dirigeant vers la potence, » clama David. Les quatre adolescents s'éloignèrent en riant.
« Quel cinéma, » commenta Amélia, entre l'agacement et l'amusement.
« Denise Strader se prend quand même un peu trop au sérieux, » remarqua Estelle. Elle se tourna vers Harry. « Il s'agit de notre Préfète en Chef et elle a un côté un peu tyrannique, » lui expliqua-t-elle. « Elle veut montrer qu'elle est capable de faire régner l'ordre et elle a instauré quelques règles qui ne sont pas toujours bien vues. Et puis la dernière nouveauté est de réunir tous les préfets au départ du Poudlard Express pour qu'ils fassent le point et des rondes régulières dans le train. »
« En gros, » fit Lewis en s'étirant, « une réunion qui sert à rien. Elle en fait des tonnes. Benjy, celui qui est passé pour qu'Evans, Lupin et David viennent à cette réunion, est le Préfet en Chef, et il est dix mille fois plus agréable et souple qu'elle. »
« Ce n'est même pas comparable, » grogna Estelle.
Ils continuèrent à parler mais Harry ne participa pas, et n'écouta pas beaucoup plus.
Toutes les cellules de son corps étaient encore bien trop occupées à digérer le choc subit. La scène se reproduisait inlassablement dans son esprit - sa mère, vivante, en bonne santé. Il l'avait vue sourire, il l'avait entendue rire. Telle qu'il se l'imaginait, mais bien plus encore, avec la force des petits détails qui marquaient la réalité. Pétillante, relevée d'un caractère plutôt trempé, chaleureuse. Les yeux fermés, Harry grava à tout jamais ce visage souriant de Lily Evans, tel un précieux joyaux inestimable.
Sa mère.
C'était une chose de savoir qu'il la verrait nécessairement, c'en était une autre que de la voir en réalité.
Il avait besoin de se rafraîchir la tête. Il se leva, indiqua qu'il allait aux toilettes, et sortit du compartiment. Il se déplaça tel un somnambule et entra dans la cabine. Il s'appuya sur le lavabo, jetant un coup d'œil à son reflet dans le miroir.
Sa mère.
Il se passa de l'eau sur le visage, étourdi par tout ce qu'il avait pu voir en si peu de temps. Son sourire, son rire, ses yeux, sa voix, ses cheveux, sa manière de parler, de marcher, d'agir. Tout tourbillonnait, tout se mélangeait, et Harry n'avait qu'une envie : la retrouver, pour en avoir plus, encore plus. S'en abreuver, jusqu'à l'infini. Il était dans son bon droit, c'était sa mère après tout. Il but quelques gorgées d'eau froide, puis posa son front contre le miroir.
Voir Remus Lupin lui avait aussi fait son effet : il l'avait connu par la suite et le contraste était saisissant. Pour lui, Remus avait toujours été quelqu'un de gentil, mais discret, timide. Le Remus qui était venu dans le compartiment semblait joyeux, plein d'entrain. Il restait discret mais on sentait qu'il était… heureux de vivre. Il était jeune, réalisa vraiment Harry. Ils étaient tous tellement jeunes, insouciants et naïfs. Leur conversation était légère et ils avaient le rire facile.
Harry avait été ainsi, mais les événements l'avaient rendu plus grave, si bien qu'en plus de ne pas connaître ses futurs condisciples, alors qu'eux se côtoyaient depuis six ans, il avait l'impression de ne pas avoir le même âge, d'être si – déplacé. Il n'avait jamais eu l'intention de se fondre parmi eux, mais à présent cela ne lui semblait même pas vraisemblable ou plausible. Il en serait tout bonnement incapable. Pourtant, le temps qu'il trouve une solution à sa situation, il valait mieux qu'il ressemble à l'élève lambda aux yeux de tous, et surtout Dumbledore qui risquait de garder un œil sur lui.
Harry soupira longuement. Pourquoi est-ce moi qui attire toujours les problèmes ? Il sortit sans faire attention à l'élève qui attendait dehors son tour, puis regagna son compartiment. Il eut à peine le temps de s'asseoir que la porte s'ouvrit à nouveau sur David.
« Vous ai-je déjà dit que je ne supportais plus Strader ? » gémit-il.
« Ah, » commenta Amélia, « tu as dû nous en faire part une ou deux fois. »
« Sans t'étendre là-dessus, bien évidemment, » ajouta solennellement Lewis.
David grogna un peu et s'affala sur la banquette. « Mais elle est tellement - » il s'interrompit, puis laissa tomber.
xXx
« Les premières années, par ici ! Allez, approchez ! »
Alors qu'il voyait les autres élèves monter dans les calèches, Harry hésita. Devait-il prendre une calèche comme n'importe quel élève ou venir avec les premières années ? Il coupa la poire en deux en allant voir Hagrid.
« Stephen ! » s'exclama-t-il joyeusement, « comment vas-tu ? »
« Bien et vous ? » lui répondit Harry. « Dites-moi, suis-je censé venir en barque ou en calèche ? »
Hagrid hésita, « Hum, bonne question. À mon avis, ça ne change pas grand-chose, tu choisis. Si tu prends les calèches, tu arriveras avant les premières années ; tu pourras ainsi aller voir le professeur McGonagall, une sorcière avec un chignon, l'air un peu sévère. Elle te dira quoi faire, c'est la directrice adjointe. »
« En tout cas, tu ferais bien de choisir maintenant, » reprit Hagrid, « les dernières calèches vont bientôt partir. »
Harry regarda de l'autre côté de la gare, et vit en effet qu'il ne restait plus que deux calèches. Il partit au pas de course, lançant un « Merci » par-dessus son épaule à l'intention de Hagrid.
Il réussit à rejoindre la dernière calèche avant qu'elle ne parte, et il entra à l'intérieur. Trois garçons et une fille y étaient installés. Un coup d'œil sur le blason de leur robe lui indiqua qu'ils étaient tous de Serpentard.
« Excusez-moi, » fit Harry, « Je peux ? »
L'un des garçons hocha la tête en signe d'assentiment. La fille qui regardait attentivement par la fenêtre se tourna vers lui.
« Oh, je pensais que c'était Snape. »
Le nom eut l'effet d'une douche glacée pour Harry. Il avait pensé qu'il verrait ses parents, mais il n'avait pas songé durant la plus petite seconde que cela entraînerait aussi Snape dans le lot. Il avait beau savoir qu'il avait été en même temps à Poudlard que ses parents, il n'avait pas pu s'empêcher de faire une distinction. L'idée d'un Snape du même âge que lui semblait encore plus saugrenue que pour ses parents.
Ses parents étaient décédés jeunes - et garderaient ainsi à tout jamais cette image, figée dans le temps. En revanche, l'âge s'était emparé de Snape, faisant de lui un adulte. En tant que professeur, il avait même pu être une figure 'adulte' qu'avait côtoyé Harry malgré lui, inscrivant dans son jeune esprit l'image d'une grande personne mûre.
L'un des garçons secoua la tête. « Je crois bien qu'il est parti chercher des noises aux Gryffondor, encore une fois. »
La fille fit la moue et confia ses inquiétudes : « J'espère juste qu'il ne va pas nous faire perdre de points dès le début de l'année. »
Elle avait un carré noir bien coupé, un visage en cœur et elle était très maquillée. Un air dédaigneux et hautain peignait son visage, qui lui rappela vaguement quelqu'un sans qu'Harry ne puisse mettre un nom dessus.
Les garçons étaient tous très différents physiquement, mais ils avaient la même expression froide plaquée sur le visage.
« D'ailleurs, tu es à Poudlard toi ? Je ne t'ai jamais vu, » fit celui qui avait répondu à la fille.
Harry hocha la tête et répéta une nouvelle fois : « Je suis nouveau. J'entre à Poudlard pour faire ma dernière année de scolarité ici. »
« Oh. » Le garçon se racla la gorge puis reprit : « Je ne me suis pas présenté. Aloisius Avery. » Il lui tendit la main, et Harry sentit son estomac se contracter. Une langue froide lui lécha les entrailles tandis qu'il réfléchissait sur la conduite à suivre. Il savait qu'Avery deviendrait un mangemort. Harry n'avait pas vraiment envie de frayer avec lui, mais lui refuser sa poignée de main risquerait de lui attirer beaucoup plus d'ennuis. Le visage émacié d'Avery l'observait, avec son air canaille de pirate, les cheveux d'un blond roux qui dépassaient d'un bandana bordeaux noué derrière sa tête, et l'anneau volumineux qui pendait à son oreille gauche. (*)
« Stephen Curson, » lui indiqua-t-il en lui serrant la main.
Avery fit un signe de tête vers le garçon qui n'avait pas encore parlé et poursuivit : « John Wilkes. » Harry ne pipa mot, mais il savait que Wilkes était aussi devenu un mangemort. Il avait un visage carré, des cheveux mi-longs châtains ondulés ; ses sourcils épais et droits ne lui donnaient pas un air des plus avenants. Harry était prêt à parier que le dernier était aussi un serviteur de Voldemort.
Avery le présenta comme Evan Rosier. Gagné. Si un mot pouvait décrire Rosier, c'était beau. Une beauté dangereuse et froide. Des traits bien dessinés, des billes bleu saphir en guise d'yeux, un petit nez droit et une peau blanche sans imperfection. Rosier le salua d'un sourire en coin un brin moqueur, et Harry sut immédiatement que des trois, il était très certainement le plus dangereux, bien qu'Avery semblait prendre le rôle de leader.
Enfin, il apprit que la fille s'appelait Édith Chetwode, mais, un peu déçu, ce nom ne rappela rien à Harry. Pourtant, il était certain d'avoir déjà vu un visage ressemblant.
Quoiqu'il en soit, il était assis en plein cœur d'une future brochette de mangemorts, et Harry se demanda vaguement s'il aurait pu mieux tomber. Le trajet se passa dans un grand silence, ce qui contrasta fortement avec le bruit ambiant qu'il y avait eu dans son compartiment dans le Poudlard Express.
En arrivant, Harry se fondit dans la masse d'élèves et suivit le mouvement jusqu'à la Grande Salle. Alors qu'ils entraient tous pour s'installer à leurs tables respectives, Harry avisa McGonagall qui était postée à l'entrée de la Salle. Il joua des coudes pour arriver jusqu'à elle.
« Excusez-moi, je suis Stephen Curson, le nouvel - »
« Ah, » approuva McGonagall, « je vous attendais, Mr Curson. Suivez-moi. »
Ils entrèrent dans la Grande Salle et la traversèrent. Harry remarqua parmi les élèves ceux qui étaient dans le Poudlard Express avec lui : ils s'installaient tous à la table des Serdaigle. McGonagall l'amena jusqu'à l'antichambre qui se trouvait juste à côté de la table des professeurs. Ils entrèrent et McGonagall referma la porte derrière eux, atténuant ainsi le bruit de la Grande Salle.
« Bien Mr Curson, je suis Minerva McGonagall, directrice adjointe et professeur de Métamorphose. Vous n'ignorez pas le système des quatre maisons de Poudlard, je suppose ? »
Harry secoua la tête.
« Bien que ce soit inhabituel, nous allons vous aussi vous faire passer sous le Choixpeau Magique pour déterminer la maison avec laquelle vous allez vivre tout au long de l'année. Généralement, le Choixpeau décide uniquement pour les enfants de onze ans, et non pas de jeunes adultes de dix-sept ans, j'imagine que – »
McGonagall fit une légère pause avant de reprendre.
« Enfin, il vous est nécessaire de passer sous le Choixpeau. Attendez ici le temps que la Répartition des premières années se termine. Je viendrai ensuite vous chercher pendant que le professeur Dumbledore l'annonce aux autres élèves. Des questions ? »
Harry, un peu abasourdi par la vitesse à laquelle McGonagall avait débité son discours, répondit simplement : « Aucune professeur. »
« Parfait, » lui fit McGonagall avant d'ouvrir la porte et de le laisser seul dans l'antichambre.
Harry cligna des yeux et soupira. La Répartition prenait un certain temps, il choisit donc de s'installer dans un des fauteuils. Le temps sembla s'éterniser et cela attisa le stress de Harry. Depuis sa conversation avec Hagrid, il s'était demandé dans quelle maison il aimerait aller. Puis, il avait reformulé sa question, se demandant plutôt dans quelle maison pouvait-il aller. Il s'en était fait une idée, et encore maintenant il n'était pas vraiment sûr que ce soit ce qu'il voulait.
Il repensa à sa brève rencontre avec sa mère. Quel effet cela lui ferait-il d'être seul avec elle, de pouvoir lui parler, de la voir le regarder avec ses yeux verts, si semblables aux siens ? Il pouvait parfaitement l'imaginer en train de lui sourire, et sentir la chaleur dévorante qui se répandrait dans son cœur. Pourrait-il faire face à ça ? Harry s'humidifia les lèvres. Pourrait-il repartir à son époque alors qu'il serait si près de ses parents ?
En toute honnêteté, Harry n'y croyait guère. Il n'aurait pas suffisamment de force pour ne pas s'attacher à eux désespérément.
N'en pouvant plus au bout d'un moment, il se leva et fit les cent pas dans la pièce. La dernière fois qu'il était entré dans l'antichambre, c'était juste après que Dumbledore ait annoncé qu'il était le quatrième champion de Poudlard. Ce n'était pas vraiment ce qu'on pouvait appeler un bon souvenir. Il pouvait presque entendre Fleur Delacour dire, agacée : « Enfin voyons, c'est insensé, ce n'est qu'un petit garçon. »
Et Croupton Senior, qui avait dit d'un air maladif : « Nous devons respecter les règles et les règles indiquent clairement que les candidats dont les noms sortent de la Coupe de Feu doivent participer au tournoi »
Finalement, la porte s'ouvrit et Harry sursauta.
« Mr Curson, venez, je vous prie, » déclara McGonagall.
Le cœur de Harry fit une embardée. C'était l'heure de prendre une décision capitale. Ils avancèrent jusqu'au centre de l'estrade, où le tabouret et le Choixpeau l'attendaient. Harry sentait le poids des regards fixés sur lui.
« Asseyez-vous, » lui souffla McGonagall.
Harry s'exécuta et retint sa respiration. Le sentiment de déjà-vu avec sa première année s'imposa à lui, et il vit avec angoisse McGonagall approcher le Choixpeau de sa tête. Puis ce fut le noir complet.
Lentement, il sentit une petite voix s'immiscer dans son esprit.
« Tiens donc, tu as déjà été réparti… Ah ! Je vois… Tu ne devrais pas être là. »
Le Choixpeau resta silencieux pendant quelques instants.
« C'est une bien drôle d'affaire que voilà ! Je ne me retrouve pas confronté à une telle situation tous les jours. Hum… Où pourrais-je te mettre ? »
Presque instinctivement, Harry réagit : « Pas à Serpentard. »
« Vraiment ? Comme je te l'ai déjà dit, me semble-t-il, tu irais très bien là-bas… Mais je suppose que ta première maison devrait rester la seule… »
Le cœur de Harry manqua un battement. Il prit sa décision, celle que sa tête lui criait, malgré les lourds gémissements de son cœur. « Non ! Ce n'est pas une bonne idée. »
« Tu es décidément bien difficile. Où souhaites-tu donc aller si ce n'est Serpentard ou Gryffondor ? »
« Poufsouffle. »
Un silence.
« Je t'avoue que c'est un choix plutôt rare. Pour quelles raisons voudrais-tu aller à Poufsouffle ? »
« Serdaigle et Poufsouffle sont les deux maisons neutres de Poudlard. C'est dans l'une d'elle qu'il faut que j'aille pour passer inaperçu. Et je crois que je suis plus Poufsouffle que Serdaigle, non ? »
« C'est bien ce qui me semblait. Tu sais que pour un tel raisonnement, je devrais t'envoyer sans sommation à Serpentard ? Mais soit. Tu es suffisamment mûr pour savoir ce que tu souhaites. Il n'y a de toute façon aucun sens à répartir quelqu'un qui a déjà son propre caractère. Tes qualités et désirs qui feraient de toi un si bon Serpentard t'amèneront à travailler. Poufsouffle pourra t'y aider. De plus, tu as besoin de t'entourer de personnes sur qui tu peux compter. »
« Poufsouffle ! » cria alors le Choixpeau.
Hébété, Harry resta figé. C'était fait, bien qu'il ne soit absolument pas sûr d'avoir fait le bon choix. Il était presque certain qu'il le regretterait dès qu'il apercevrait son père. Mais à présent les dés étaient jetés et il ne pouvait plus faire marche arrière.
xXx
Harry buta contre une chaise, grogna légèrement et l'écarta de son passage d'un mouvement de jambe. Il était bien trop impatient pour prendre garde à l'endroit où il mettait ses pieds. Il fit encore quelques pas, et jeta un coup d'œil dans une rangée. Il hésita un instant.
Cela faisait peut être cinq ans et demi qu'il était à Poudlard, mais la bibliothèque restait un lieu relativement méconnu de sa part. Encore une fois, il eut une pensée pour Hermione. Elle aurait su immédiatement où chercher pour trouver des informations sur les voyages dans le temps, Harry en était convaincu.
Il soupira légèrement, et décida tout de même d'entrer dans le rayon 'Histoire'. Après tout, il devait bien y avoir un livre d'Histoire de la Magie qui relatait les évènements à propos des retourneurs de temps et autres dérivés, non ? Quelques minutes plus tard, il prit un livre, jeta un coup d'œil au sommaire, puis le reposa.
Il n'aimait vraiment pas faire des recherches. Un peu plus tôt, il avait été tellement content d'avoir enfin un moment pour aller à la bibliothèque, qu'il lui semblait presque absurde d'être déjà agacé par celles-ci.
Le festin de début d'année s'était passé sans anicroche, et Harry avait vaguement retenu le nom des élèves de Poufsouffle, sans à vrai dire, faire de grands efforts pour s'intégrer. De toute manière, il avait l'intention de partir d'ici le plus tôt possible, alors à quoi bon ? Il était allé se coucher plutôt rapidement, mais la nuit était passée très lentement. Harry, éveillé et incapable de dormir, avait écouté avec attention la petite trotteuse magique du réveil d'un de ses nouveaux camarades pendant un temps qui lui semblait interminable.
Enfin, lorsque le matin s'était levé, Harry avait pris un petit déjeuner rapide, et c'est avec une certaine joie qu'il avait vu sur son emploi du temps que ce matin, il n'avait qu'un double cours de Métamorphose, suivi d'une pause de trois heures dont le temps du midi était soupira légèrement, et décida tout de même d'entrer dans le rayon 'Histoire'. Après tout, il doit
Harry, enthousiaste et certain qu'il aurait bientôt des réponses à ses questions, s'était dirigé d'un pas léger vers la bibliothèque. Il était beaucoup moins enthousiaste à présent que les gros livres poussiéreux s'étendaient devant ses yeux. Beaucoup, beaucoup moins.
De longues minutes et une dizaine d'étagères plus tard, il trouva enfin un livre qui lui semblait intéressant. Magie temporelle et Histoire. La poussière lui fit froncer le nez et il souffla un grand coup dessus. Il se retourna et partit s'installer sur une table.
« Excusez-moi, n'avez-vous pas lu cet écriteau ? »
Harry se retourna vers la voix grinçante et aperçut Madame Pince, qui semblait être exactement la même que vingt ans plus tard. Harry soupira légèrement et se tourna vers la direction indiqué par le doigt de Madame Pince, dirigé vers une feuille où en gros caractères on pouvait lire : Chaque personne consultant des livres sur place devra s'inscrire sur un registre au bureau de la bibliothécaire à partir de cette année.
Les sourcils de Harry se froncèrent brièvement, et il se tourna vers Madame Pince.
« Pourquoi une telle mesure ? Je veux dire, l'année dernière il n'y avait pas besoin de faire ça, non ? »
« Bien sûr que non, » cracha la bibliothécaire, « sinon, il n'y aurait pas marqué 'à partir de cette année'. Êtes-vous illettré en plus d'être aveugle ? »
Harry se retint à grande peine de ne pas s'énerver et prit une profonde respiration.
« Je voulais juste savoir, » reprit Harry, « qu'est-ce qui a changé cette année par rapport à l'année dernière ? Pourquoi une telle mesure ? »
Le femme sembla enfin comprendre et fronça les sourcils à son tour. « Cela ne vous regarde pas, c'est une décision du Professeur Dumbledore. Venez enregistrer votre livre plutôt que de me faire perde mon temps. »
Moi, je lui fais perdre son temps ? enragea Harry, et le mien de temps, elle en fait quoi ?
Harry resta sur place et jeta un coup d'œil à son livre. Il avait un mauvais pressentiment. Ce qui avait changé par rapport à l'année dernière, Harry pouvait amplement deviner la réponse. C'était lui. Dumbledore voulait-il la liste des livres que Stephen Curson allait consulter ?
Il jura silencieusement sur l'omniscience suspecte du directeur et il intervint avant que Madame Pince ne disparaisse de son champ de vision.
« Non, puisque j'ai besoin d'autres livres, je vais déjà les prendre, pour gagner du temps à cet enregistrement, » lui dit-il d'une voix forte.
Et il tourna les talons avant que la bibliothécaire n'ait le temps de réagir. Il retourna dans le rayon sur l'Histoire et jura une nouvelle fois. Il s'installa à même le sol, et rejeta la tête en arrière pour faire le point. À son époque, il n'y avait que lorsqu'on souhaitait emprunter un livre qu'il était nécessaire de mettre son nom dans un registre, ainsi que le titre du livre, pour qu'il n'y ait pas de pertes.
Et visiblement, c'était aussi le cas l'année dernière, à cette époque. C'était donc sûrement à cause de lui que Dumbledore avait décidé d'appliquer cette nouvelle mesure. Mais cela impliquait qu'il savait que Stephen Curson était intéressé par la bibliothèque de Poudlard, or il n'avait aucun moyen de l'apprendre… Harry était certain d'en avoir parlé à personne…
S'était-il trahit lui-même, dans un geste, une parole implicite ? Il n'avait rencontré Dumbledore que deux fois sous cette identité. La première pour l'entretien, la seconde pour le test. Et il n'avait jamais… Harry écarquilla subitement les yeux. Si, il avait pu se trahir. Après ses tests écrits, Dumbledore lui avait accordé du temps, et il s'était immédiatement dirigé vers la bibliothèque.
Comment le directeur avait-il pu l'apprendre alors qu'il était dans son bureau en train de le corriger ? Harry n'en avait aucune idée. Mais, au moins, il avait un semblant de réponse. Pourquoi avait-il fallut qu'il y aille ? Énervé contre lui-même, Harry se releva. Maintenant, il ne lui était plus possible de faire des recherches sans que Dumbledore ne sache quels sujets intéressaient Stephen Curson. Or Harry ne pouvait pas se permettre que Dumbledore sache. Que quiconque sache.
Mais, s'il ne pouvait pas montrer le sujet de ses recherches, les recherches en elles-mêmes étaient indispensables. Il lui fallait donc trouver une alternative. Pour le moment, Harry n'en voyait pas vraiment. Dumbledore m'a complètement coincé. Échec et mat Potter. Harry s'arrêta alors qu'il faisait les cents pas inconsciemment. Il reposa Magie temporelle et Histoire sur son étagère puis parti vers la section métamorphose. Il choisit rapidement quelques livres de sixième et septième années et rejoignit le bureau de Madame Pince pour les enregistrer.
Enfin, il s'installa à une table, éparpilla les quelques livres sur la métamorphose, en ouvrit un, et fit soigneusement semblant de le lire pendant que son cerveau tournait à plein régime. Passer par-dessus l'enregistrement des livres n'était pas forcément une idée bien brillante. Il y avait de fortes chances qu'un système – sortilège était le plus probable – permette à la bibliothécaire de savoir si un livre était déplacé durant trop de temps.
Il fallait donc qu'elle ne soit pas disponible, ou qu'elle ne puisse pas se rendre compte de l'utilisation de l'un de ses livres. Or, à ce qu'il en savait, Madame Pince restait à son bureau durant tout le temps où la bibliothèque était ouverte, fidèle à son poste tel un chien de garde.
Tu dois donc faire tes recherches hors des heures d'ouvertures officielles de la bibliothèque, Potter.
C'est-à-dire la nuit.
Harry se prit la tête entre les mains. Il n'était pas vraiment inquiet à propos de faire un tour la nuit, il était même plutôt habitué à ce genre d'escapades à vrai dire, mais il disposait alors de sa cape d'invisibilité et de la carte du Maraudeur. Ce n'était plus le cas, et se déplacer en pleine nuit sans se faire prendre risquait d'être un peu plus délicat.
Il referma son livre, animé d'un sentiment de colère envers Dumbledore. Ce dernier ne pouvait-il pas le laisser tranquille ? Il n'avait rien fait, que diable ! Harry avait beau savoir que son agacement était injuste, car le directeur n'agissait ainsi que pour protéger ses élèves – surtout par ces temps difficiles – il ne pouvait s'empêcher de le maudire silencieusement.
Il joua un instant avec l'idée de tout avouer à Dumbledore – ce serait tellement plus facile de se reposer sur lui ! – mais la règle d'un voyage dans le temps était claire : personne ne devait savoir, personne ne devait le voir. Harry avait pu contourner le fait qu'on puisse le voir en tant que Harry Potter, mais il était évident qu'il ne pourrait pas en parler à qui que ce soit. Même à Dumbledore, qui au fond, n'était qu'un homme.
Harry fit une pile avec les livres de Métamorphose, puis se leva pour les remettre à leur place. Il avait du coup pris moins de temps que prévu, et il pourrait largement aller manger dans la Grande Salle. Non pas qu'il en avait vraiment envie. Il avait l'impression qu'une grosse boule lui obstruait la gorge et le ventre.
xXx
« Où étais-tu ? » demanda Adam Bones.
Harry s'assit sur le banc de la table des Poufsouffle au niveau du petit groupe des septièmes années et reporta son regard sur le garçon qui lui avait adressé la parole.
Il hésita un peu avant de répondre : « À la bibliothèque. »
Le roux foncé eut un mouvement de recul, puis éclata de rire. « Mince ! Je pensais que tu étais fréquentable. »
Harry eut un léger rire, un peu gêné. Adam Bones était le frère jumeau d'Amélia Bones, et physiquement, ils se ressemblaient en tous points. Mais si on sentait déjà l'intransigeance qu'Amélia aurait plus tard à la tête du département de la Justice, son frère en revanche, était bien plus insouciant et bon vivant. Il semblait avoir le rire facile, et Harry trouvait qu'il avait une légère ressemblance avec Ron.
« Allons, Adam, ne te moque pas de lui, c'est tout à son honneur s'il prend son travail au sérieux. Tu ferais bien d'en prendre un peu de graine, » déclara posément Benjamin Fenwick.
Harry avait reconnu en lui le Préfet en Chef qui était passé pour avertir sa mère, Remus et David de venir à la réunion des préfets. Il semblait être très apprécié, avec ses manières chaleureuses.
« Et toi, Benjy, ne lui fait pas de reproche dès le premier jour de l'année. Laisse-le un peu respirer, » lâcha une voix sur le côté droit de Harry.
Harry avait parfaitement reconnu cette voix, et il savait pertinemment à qui elle appartenait. Il avait eu un choc la veille durant le festin en la voyant. Il savait qu'elle était une amie à ses parents, mais il ne savait pas qu'elle était en septième année à Poufsouffle au même moment qu'eux. Il était tout aussi difficile de la regarder que d'éviter ses parents du regard.
« Je ne l'agresse pas quand même Alice, et puis, il avait toutes les vacances pour respirer, » plaisanta Benjy. Puis il ajouta : « Oui, je vais le laisser tranquille au début. »
Harry se tourna lentement vers Alice Robert, future Madame Londubat. Elle acquiesça avec un doux sourire, illuminant son visage rond. La voir pétillante et joyeuse, si vivante, contrastait si fort avec le visage terne et les yeux vides de la femme qu'il avait vue à Sainte Mangouste, qu'une boule dans sa gorge se formait à chaque fois.
« Vraiment ? » s'exclama Adam, qui ne semblait pas croire à sa chance. « Tu vas vraiment me laisser tranquille, espèce de petit tortionnaire ? Je suis sûr que tu ne vas pas tenir ta promesse… »
Benjy roula des yeux devant le cirque d'Adam, puis il se pencha vers lui, et lui souffla de manière à être entendu par tous : « Tu préférerais peut être que je demande à Strader de m'aider dans ma tâche ? »
Adam eut un mouvement de recul et écarquilla les yeux. Il posa sa main droite contre son cœur, et fit semblant de défaillir, sous les ricanements des Poufsouffle. Puis il se redressa, et avec un sourire en coin, il susurra à Benjy : « Et tu serais prêt à supporter Strader plus longtemps que nécessaire, juste pour mes beaux yeux ? Ooooh, je suis touché. »
Les rires redoublèrent, et Benjy se joignit à eux après quelques instants de stupéfaction.
« Tu as raison, » rit-il, « même pour toi, je ne ferais pas des heures sup' en compagnie de Strader. Personne de raisonnable ne le ferait. »
« Tu oublies Bertram Aubrey. Lui ferait beaucoup de choses pour passer plus de temps en compagnie de Denise Strader, à mon humble avis…, » glissa une amie d'Alice, Joyce Belinski.
Benjy se tourna vers elle, les yeux rieurs. « Oui, je sais bien. C'est pour cela que j'ai dit 'personne de raisonnable'. Je ne pense pas qu'on puisse considérer Bertram comme quelqu'un de raisonnable. »
Le repas se passa dans la bonne humeur, les Poufsouffle semblaient tous heureux de se retrouver. Pour sa part, Harry resta silencieux, ne prenant la parole que si on lui posait une question directe. Il se sentait mal à l'aise et totalement décalé. Benjy, Adam, Alice et Joyce semblèrent le comprendre tacitement et le laissèrent tranquille, pensant certainement qu'il lui faudrait quelques jours pour mieux s'adapter et s'ouvrir. Cependant, Harry n'avait pas la plus petite intention de se lier à eux. Il devait partir d'ici le plus vite possible. La voix d'Alice à ses côtés le lui rappelait inlassablement.
Cette pensée le ramena à son premier problème, à savoir, le fait qu'il ne puisse pas consulter un livre à la bibliothèque sans qu'on ne sache le sujet du livre. Il tourna la tête vers la table des professeurs, observant Albus Dumbledore assit au centre, en pleine discussion avec Minerva McGonagall à sa droite. Peu importe la manière dont il s'y prendrait, Harry était intimement convaincu que Dumbledore saurait – d'une manière ou d'une autre – s'il allait à la bibliothèque en pleine nuit. Mais au moins, songea-t-il, il ne pourrait pas savoir quels livres m'intéressent.
La suspicion de Dumbledore n'en serait que renforcée, mais si en contrepartie Harry arrivait à trouver une solution… Dumbledore tourna soudainement la tête vers lui, comme si le poids de son regard s'était fait ressentir, et il croisa un instant le regard bleu électrique du directeur. Harry détourna rapidement la tête, le cœur battant. Il fallait qu'il agisse vite.
Autour de lui, Adam semblait avoir fait une blague dévastatrice puisque ses camarades étaient tous en train de rire à pleine gorge. Benjy se pencha en avant et Harry put apercevoir derrière lui la table des Gryffondor. Plus précisément les septièmes années de Gryffondor. Comme la vieille durant le festin, la bouche de Harry s'assécha en voyant son père et Sirius.
Bon sang, son père !
Harry prit une grande goulée d'air et la tête lui tourna devant la réalisation qui s'était imposée à lui. Comment, mais comment avait-il pu ne pas y penser plus tôt ? La raison était simple, il avait beau voir ses parents de loin, Harry ne réalisait pas pleinement qu'il s'agissait de ses parents en vie. Et bien entendu, il ne pouvait pas penser à ce qui découlait de ce fait. Légèrement assommé, Harry jeta un coup d'œil autour de lui. Que faisait-il là ? Il devait agir au plus vite !
Harry s'apprêta à se lever, lorsqu'une partie raisonnable de lui intervint. Et que comptes-tu faire dans l'immédiat Potter ? grinça-t-il. Courir jusqu'à la tour des Gryffondor et attaquer la grosse dame pour y entrer ? Harry resta donc assis, malgré ses fourmillements dans les jambes qui l'incitaient à agir au plus vite. Il te faut un plan Potter. Et surtout, il faut que tu fasses fonctionner ta matière grise pour une fois, avant de te jeter dans la gueule du loup. Harry ferma un instant les yeux, inspira lentement, puis les ouvrit. Il resta un instant à contempler son assiette, puis, entreprit de la finir. Et de songer à une question des plus pertinentes : comment pénétrer dans une salle commune qui n'est pas la sienne ?
Attendre sous une cape d'invisibilité qu'un élève de ladite maison prononce le mot de passe semblait la solution la plus évidente ; mais elle n'était pas réalisable en pratique. En deuxième année, Ron et lui étaient allés dans la salle commune des Serpentard grâce au polynectar. Cette solution n'était pas non plus possible : la préparation du polynectar durait un mois. Pourtant, il y a forcément une solution… La situation avait tout de même un léger goût d'ironie. Harry cherchait à entrer chez les Gryffondor, alors que la veille, il avait absolument voulu éviter que le Choixpeau ne l'y envoie. C'est pensif qu'il suivit sans s'en rendre compte les Poufsouffle à leur cours de l'après-midi.
Le professeur Chourave leur fit un rapide petit discours sur le travail que cette dernière année nécessitait, et Harry se sentit d'autant plus étranger à ce monde. Avoir comme préoccupation celle d'obtenir ses ASPICcs lui semblait si incongru… À son époque, Poudlard avait dû fermer ses portes en janvier 1997 et personne ne songeait plus à des examens. Le guerre n'aurait pu être stoppée par un quelconque diplôme, et aucune certification purement académique permettait de survivre à un affrontement. D'ailleurs, de son côté, Voldemort ne recrutait clairement pas ses mangemorts en fonction de leurs diplômes. La survie ne s'embarrassait pas de papiers scolaires. Un regard pour les élèves et Harry s'aperçut que pour eux, les ASPICs étaient la priorité. Voldemort était craint, mais il restait encore flou dans les esprits.
« Nous resterons sur le même sujet jusqu'aux alentours de Halloween, » exposa le professeur Chourave d'un ton énergique, « cependant, il est peu probable que cela tombe pour les examens. C'est un aspect de la botanique que votre professeur précédent a quelque peu négligé, mais qui est tout de même important à mes yeux. C'est de la culture générale, et cela aide aussi en potion. Il s'agit des plantes moldues, et je vais surtout m'axer sur les plantes moldues dangereuses. Car oui, certaines plantes qui n'ont aucune spécificité magique peuvent néanmoins vous tuer. »
Harry reporta son regard sur le professeur, intrigué.
« Trop de sorciers ignorent les conséquences que ces plantes peuvent avoir car elles semblent inoffensives et certains sorciers – comme vous le savez – méprisent ce qui est non magique. »
Il y eut un léger mouvement de malaise dans les rangs, que Chourave fit mine de ne pas voir. Harry se demanda vaguement si la directrice des Poufsouffle avait choisi ce sujet parce qu'elle le jugeait important, ou si elle voulait surtout faire passer ce message. Il s'agissait probablement d'un peu des deux cas, mais Harry apprécia le geste à sa mesure.
« Les principales substances toxiques que l'on trouve dans les végétaux sont les alcaloïdes et les hétérosides. Les alcaloïdes sont les plus fréquents et ils peuvent être utiles pour la santé. Ils peuvent tuer ou guérir selon le dosage. Les plantes toxiques les plus connues sont l'aconit, la belladone, le datura, la ciguë, la jusquiame et l'if. C'est par eux que nous allons commencer. Je suppose que ces noms ne vous sont pas étrangers étant donné que vous avez dû les employer fréquemment dans les potions. »
Le cours se poursuivit dans un silence quasiment religieux, les Poufsouffle et les Serdaigle écoutant et prenant des notes sans rechigner. Mais généralement, les cours théoriques se prêtaient plus au silence que les cours pratiques. Ce fut vers la moitié du cours qu'Harry sut comment faire pour s'introduire chez les Gryffondor.
Le professeur Chourave était en train d'expliquer les effets hallucinatoires que la datura provoquait, et dont Harry ne soupçonnait même pas l'existence. Il se demanda alors pourquoi les sorciers s'embêtaient tant avec des potions pour faire des poisons lorsque de simples plantes pouvaient parfaitement faire l'affaire. C'est ainsi qu'il se fit la réflexion qu'on ne pensait jamais au plus simple. Les sorciers étaient tellement convaincus qu'il fallait passer par des potions qu'ils ne pensaient même pas à utiliser quelque chose de plus évident.
Le parallèle avec son propre problème se fit alors subitement dans son esprit. Son objectif était de s'introduire dans le dortoir des Maraudeurs. Il lui semblait donc évident de passer par la salle commune des Gryffondor. Pourtant, il connaissait très bien la localisation exacte des dortoirs de Gryffondor. Il y avait passé cinq ans et demi tout de même. La solution semblait si simple qu'elle en était surprenante et Harry se demanda pourquoi personne n'y avait jamais songé. Pour accéder aux dortoirs, il y avait plusieurs entrées. Celle qui communique avec la salle commune des rouge et or, et celle qui communique avec l'extérieur.
Il lui suffisait de passer par la fenêtre. Et quelle importance que ces dortoirs soient en haut d'une tour lorsqu'on avait la possibilité de voler sur un balai ?
xXx
Harry, les yeux grands ouverts dans l'obscurité de la petite chambre ronde et chaude des septièmes années de Poufsouffle, essayait d'entendre si tous les autres occupants de la pièce dormaient profondément ou non. Les lits à baldaquin étaient disposés en étoile. À sa droite, Adam Bones ronflait doucement depuis plus d'une heure. À sa gauche, un certain Geoffrey Burnel avait une respiration très lente, ce qui supposait qu'il dormait aussi. À côté de Burnel, il y avait Christopher Macmillan. Lorsque celuic-i s'était présenté de manière pompeuse en serrant la main, Harry avait difficilement réprimé un sourire amusé. Il aurait mis sa main à couper que Christopher serait le futur père d'Ernie Macmillan. C'était agréable de voir que certaines choses ne changeaient pas tant que ça.
Mais Harry n'était pas bien sûr que le léger bruit qu'il entendait était bien un sifflement provenant du lit de Macmillan. Était-ce dû à son imagination ? Harry se tourna sur sa gauche et tenta d'occulter au maximum les ronflements d'Adam. Trois minutes plus tard, il abandonna. À côté du lit d'Adam, il y avait celui de Benjy Fenwick. Aucun bruit ne s'en échappait, et cela embêtait bien Harry. Benjy était Préfet-en-Chef après tout. Si jamais il ne dormait pas, et entendait Harry sortir après le couvre-feu… Il jeta un coup d'œil à sa montre. Elle indiquait minuit et demi. Il n'en pouvait plus d'attendre. Tant pis. Harry n'était guère réputé pour sa patience. Jouons avec ta maudite chance, Potter. Il se releva doucement, écarta légèrement les lourdes tentures jaunes et noires de son lit et posa ses pieds sur le sol froid.
Doucement, il se leva, rabattit les tentures pour qu'aucun espace puisse laisser entrevoir le lit vide et il enfila sa robe noire laissée sur une chaise juste à côté. Il fit quelques pas vers la porte, puis s'arrêta au milieu de la pièce. L'oreille tendue, il s'empêcha de respirer, aux aguets, mais n'entendit aucun changement. Il arriva ainsi jusqu'à la petite porte en bois sombre, ronde elle aussi. Lorsqu'il était arrivé la veille, les lieux lui avaient donné l'impression d'être dans un terrier pour lapin, avant qu'il ne réalise que c'était fait pour ressembler à un terrier… de blaireau. Les dortoirs étaient placés sous la salle commune – ronde – et ils étaient reliés par des galeries circulaires.
Il posa sa main tremblante sur la poignée de la porte et l'enclencha. Le bruit que cela produisit lui sembla si fort dans le léger tapis de respiration qu'il se figea, le cœur battant. Il entendit quelqu'un bouger dans son lit. Harry ferma les yeux, et chercha rapidement une excuse à sortir en cas de pépin. Mais le silence revint. Harry prit une courte goulée d'air, puis tira la porte vers lui. Heureusement, elle ne fit aucun bruit. Il se glissa à l'extérieur et referma doucement la porte. Le plus facile était fait.
Si Harry se fichait comme d'une guigne des points ou des retenues qu'il pourrait avoir s'il était surpris dehors, il se fichait moins de l'attention que cela produirait sur lui. Si les élèves de Poudlard avaient semblé curieux vis-à-vis du nouveau, leur curiosité avait été vite apaisée lorsque – grâce au bouche à oreille phénoménal de Poudlard – tout un chacun avait su pourquoi Stephen Curson venait à Poudlard. Le fait qu'il soit, de plus, réparti à Poufsouffle avait grandement émoussé les curiosités. C'était comme si lorsque quelqu'un entrait dans la maison des blaireaux, il devenait un Poufsouffle parmi d'autres, inintéressants et banals. Un élève réparti à Poufsouffle devenait personne et tout le monde à la fois.
Enfin, Harry ne voulait pas aggraver la suspicion de Dumbledore. Cependant, même s'il ne se faisait pas prendre, cela ne signifiait nullement que Dumbledore ne serait pas au courant de son escapade. Il le lui avait prouvé dès le début de sa première année, avec l'histoire du miroir du Risèd. Mais il fallait vraiment qu'il agisse. Ajouter des soupçons à Dumbledore n'était rien en comparaison de ce que les Maraudeurs pouvaient découvrir.
Il sortit de la salle commune des Poufsouffle et remonta vers le hall d'entrée. Plaqué contre le mur, Harry essayait de se dissimuler dans les ombres. Il prit le couloir à droite, passa devant des salles de classes et le bureau de Rusard puis sortit à l'extérieur par la porte arrière. Le ciel était noir, avec quelques étoiles que les nuages ne dissimulaient pas. Harry dévala la pente et se dirigea vers le local où les balais de Poudlard étaient entreposés.
« Alohomora, » chuchota Harry en pointant sa baguette vers le cadenas enchanté qui gardait les balais. Il sauta et la porte s'ouvrit dans un grincement sinistre. Harry lança un regard dans les environs, mais le parc paraissait vide. On entendait juste le vent qui susurrait dans les branches des arbres faisant doucement frémir les feuilles. Et Harry entendait distinctement son cœur battre, aussi fort que la peur et l'excitation se distillaient dans ses veines. Il prit un des balais, puis referma le local. Il enjamba le vieux balai, et décolla.
Il s'agissait d'une vraie antiquité aux yeux de Harry, et le balai monta péniblement en chandelle. Harry bifurqua vers le château, montant de plus en plus haut. Si l'air était frais en bas, il lui semblait très froid, maintenant qu'il s'engouffrait dans les moindres plis de sa robe. Il aurait dû mieux se couvrir, mais c'était la moindre de ses préoccupations. Il était arrivé si haut qu'il ne craignait plus qu'on puisse l'apercevoir des fenêtres du château, le toit de la tour à sa portée. Il se posa en équilibre sur une gargouille et il pencha la tête vers le vide. Il grimaça. Le sol était horriblement loin.
Venait maintenant la partie la plus difficile de son plan. En botanique, il lui avait semblé infaillible, mais maintenant qu'il était perché en haut de la tour des Gryffondor, dans le froid, Harry en était moins sûr. Au pire, s'il tombait, il était si haut qu'il aurait peut être le temps de lancer un sortilège d'attraction sur le vieux balai de l'école pour éviter de s'écraser. Très rassurant, ironisa-t-il. Il prit une longue respiration puis se suspendit dans le vide, les deux bras entourant le cou de la gargouille. Il visualisa le rebord de la fenêtre, un ou deux mètres plus bas, et il se lâcha.
La chute fut rapide, mais Harry eut largement le temps de se dire qu'il était complètement fou. Il réussit néanmoins à se poser sur le rebord de la fenêtre. Il ne pouvait voir à l'intérieur car des rideaux étaient tirés. Harry n'était pas bien sûr qu'il s'agissait du dortoir des Maraudeurs, car il y avait sept chambres pour les garçons de Gryffondor, une par année. Celui qu'Harry avait occupé était juste au-dessous. Tentant sa chance, Harry sortit sa baguette et marmonna quelques sorts pour ouvrir la fenêtre de l'extérieur. Elle s'entrouvrit doucement et Harry poussa les carreaux du bout des doigts.
Il posa pied par terre souplement et s'accroupit. Il ouvrit légèrement les pans des rideaux pour voir la pièce. Elle était aménagée comme son ancien dortoir, et sans doute comme tous les dortoirs de Gryffondor. Restait à savoir s'il s'agissait bien de celui des Maraudeurs, puis quel était le lit de son père. Il s'avança en pas de canards, toujours accroupi. Arrivé au pied du premier lit, Harry porta sa main tremblante jusqu'aux tentures du lit à baldaquin. Son cœur cognait fort. Bon sang, bon sang, calme-toi Potter ! Tu es aussi effrayé que si tu allais te retrouver face à face avec Voldemort. Il hésita franchement, prêt à faire demi-tour et à détaler comme un lapin. Mince ! Es-tu un Gryffondor au fond ? Ou une mauviette ? Son égo en prit un coup. Il poussa les tentures et aperçut entre l'interstice le visage de Peter Pettigrow endormi. Harry eut un léger mouvement de recul.
Si facile… lui susurra une petite voix dans son esprit. Sans défense… et à portée de main.
La tentation était forte. Si le rat disparaissait… Sa main tremblait, mais ce n'était plus la peur qui l'animait. Il détailla Pettigrow. Il était bien plus joufflu que cette nuit dans la cabane hurlante en compagnie de Remus et Sirius. Bien plus que la nuit où il s'était coupé la main pour rendre corps à Lord Voldemort. Mais c'était normal après tout, ici, il était en bonne santé, bien nourri… et encore un adolescent. Un goût amer se déversa dans la bouche de Harry.
Tu n'auras plus jamais d'aussi belle occasion.
Il ne pouvait pas faire quoi que ce soit à Pettigrow, qui était encore techniquement innocent. Et puis, que pourrait-il lui faire ? Le tuer, comme ça de sang froid ? Même avec toute la haine qu'il éprouvait pour lui, il ne s'en sentait pas capable.
Tu le regretteras…
Harry s'éloigna du lit à reculons. Il avait besoin d'air. Oubliant toute prudence, il se leva complètement et s'appuya à la fenêtre ouverte, les rideaux le dissimulant à moitié. Il entendit un peu plus loin du mouvement. Harry écarquilla les yeux, pris d'appréhension.
« James, » bredouilla une voix endormie, « c'est toi ? »
Harry se figea et reconnut la voix de Remus Lupin. Il se serait bien mis une claque. Comment avait-il pu oublier les sens sur-développés des loups-garous ? Son plan si intelligent était en réalité d'une stupidité effroyable. Il y eut un autre mouvement, et Harry jeta un coup d'œil en bas. Il pouvait toujours sauter. Maintenant.
« James ? » Harry glissa son regard sur le côté pour apercevoir le visage endormi de Remus qui sortait de son lit. Harry ferma les yeux, et s'efforça de prendre une voix la plus calme possible. Je suis le fils de James Potter. Ça doit compter.
« Oui, Lunard, j'avais besoin d'air frais, t'inquiète pas, » déclara Harry d'une voix basse.
Un autre mouvement. Harry serrait si fort le rebord de la fenêtre que ses doigts en semblaient blancs. Pouvait-il tromper un loup-garou ?
« D'accord, Corn'drue. Oublie pas d'refermer la f'nêtre – Remus bailla largement – 'fait des courants d'air. »
Harry ouvrit à nouveau les yeux, et il aurait pu en rire de soulagement. Il était bien heureux de ressembler à son père, et plus particulièrement de ne pas avoir changé sa voix en arrivant à cette époque. Il se retourna lentement, et vit dans la pénombre que Remus s'était recouché.
« Okay, je la referme si ça te gène, moi ça va un peu mieux, » répondit-t-il de la même voix basse. Il referma alors complètement la fenêtre.
« Merci…, » marmonna la voix endormie de Remus.
Harry s'avança vers l'autre bout de la pièce en essayant de marcher le plus naturellement possible. Il dépassa le lit de Remus, la gorge serrée. On entendait provenir du lit suivant un ronflement, et Harry supposa qu'il s'agissait de celui de Sirius auquel cas Remus n'aurait pas pensé qu'il était James Potter s'il pouvait l'entendre juste à côté de lui. Il alla donc jusqu'au fond de la pièce et écarta un peu les tentures. Son père dormait bien, étendu sur le ventre, un bras sous l'oreiller. Il fit ensuite le tour du lit pour accéder à la valise grande ouverte. Harry s'assit doucement par terre et frôla du bout des doigts la pile de vêtements. S'il trouvait la cape de son père, il y avait de grandes chances qu'il trouve la carte du Maraudeur. Il lui semblait plus logique de mettre ces deux petits bijoux ensemble. Du moins, c'est ce que lui, Harry, avait fait à Poudlard.
Il chercha aux alentours en premier lieu. Sur le bureau, la chaise, par terre. Rien. Il entreprit donc d'enlever une à une les affaires de son père de sa valise. Chemises, pantalons, robes, caleçons, livres, babioles diverses y passèrent, jusqu'à ce qu'il arrive au fond. Harry y trouva enfin la cape d'invisibilité, étendue sur toute la longueur de la valise. Harry la souleva, reconnaissant entre mille sa texture, mais ne trouva rien d'autre dans la valise. Harry fronça ses sourcils. Ce n'était pas possible. Où pouvait donc être la carte du Maraudeur ?
Avec attention, cherchant si elle était dissimulée entre un pli de vêtement, Harry remit les affaires, sans la trouver. Mais où… ? Peut-être que c'était un autre Maraudeur qui la gardait ? Après tout, elle leur appartenait à tous, pourquoi serait-ce son père qui la garderait ? Harry se retint à grande peine de jurer tout bas. Il allait voir dans les affaires de Sirius.
Une éternité et milles précautions plus tard, Harry se serait arraché les cheveux. Il lui semblait peu probable que ce soit Pettigrow qui l'ait, et il avait bien trop peur de s'approcher près du lit de Remus. Et Sirius ne semblait pas l'avoir. Il lui restait toujours une solution, mais qui restait bien plus dangereuse encore. Il y avait de fortes possibilités que cela l'oblige à partir en catastrophe, puisque cette solution réveillerait sûrement les Maraudeurs. Ils sauraient donc que quelqu'un s'était introduit dans leur chambre. Mais après tout, il était essentiel qu'il s'empare de la carte du Maraudeur. Car si ces derniers voyaient le nom de Harry Potter se balader impunément à Poudlard…
Harry sortit donc une nouvelle fois sa baguette et il ferma les yeux pour mieux se concentrer. Mieux valait faire un sortilège informulé. Cela pourrait toujours lui apporter quelques secondes précieuses pour s'échapper. Accio carte du Maraudeur. Harry attendit, les jambes légèrement fléchies, prêt à attraper la carte au vol et à partir en courant. Sauf que les secondes d'attente se transformèrent en minute. La bouche de Harry s'assécha. Accio carte du Maraudeur ! Rien ne se produisit. Ce n'est pas possible. Elle doit être dans cette pièce. Et il est parfaitement possible d'utiliser le sortilège d'attraction dessus. Était-ce son sort informulé qui avait échoué ? Il lui fallait en avoir le cœur net.
Du ton le plus bas possible, Harry murmura : « Accio carte du Maraudeur. »
Rien ne se passa.
« Accio carte du Maraudeur, » insista Harry avec plus de force.
Un mouvement se produisit. Harry resta aux aguets.
« Mais qu'est ce que tu fais, à la fin, James ? » demanda la voix de Remus moins endormie que Harry l'aurait souhaité.
Un autre mouvement. Harry vit avec effroi Remus se lever. Il ne perdit pas une seconde de plus. Il se rua vers la fenêtre, l'ouvrit violemment et sauta. Il entendit vaguement Remus pousser un cri lorsque l'air lui siffla les oreilles. Voyant le sol se rapprocher à une telle vitesse, Harry cria : « Accio balai ! »
Il tombait à une vitesse vertigineuse et la peur lui tordait les entrailles. Le balai n'allait pas arriver à temps, ce n'était pas possible. Il allait s'écraser. La chute était si rapide qu'il avait l'impression que son estomac était resté en haut de la tour des Gryffondor. Mince, il allait mourir ! Il avait toujours imaginé sa mort de la main de Voldemort, de mangemorts… mais jamais d'un saut par une fenêtre un peu trop haute. Il ne voulait pas mourir ! Pas comme ça, pas ici… Il serra les dents et les poings pour éviter de hurler sa terreur. Il s'approchait toujours plus vite du sol. Si près, si vite.
Soudain, il sentit un mouvement à ses côtés. Le balai était arrivé. Harry l'empoigna rapidement et réussit à l'enjamber. Il était à moins de deux mètres du sol. Il tira le manche vers le haut et il réussit à s'élever. Il n'allait pas mourir. Le soulagement le prit, s'échappa et circula dans tout son corps. Il reprit une grande goulée d'air, la savourant autant qu'il pouvait, autant qu'il était possible de le faire. Harry fila droit vers le terrain de Quidditch, sans se retourner de peur que Remus n'aperçoive son visage malgré l'obscurité de la nuit.
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Après avoir regagné son lit dans le dortoir des Poufsouffle, bien qu'il soit éreinté, Harry ne put s'endormir immédiatement. Il avait le cœur qui battait à tout rompre. Et l'esprit qui tournait à plein régime. Il n'avait pas réussi à subtiliser la carte et en plus, Remus l'avait vu – avait-il vu qui il était ? Harry espérait – et pensait – que non. Mais globalement, il avait échoué sur presque tous les plans. Au moins, il n'avait pas fait perdre de points à Poufsouffle, songea-t-il avec sarcasme. La question était : pourquoi le sortilège d'attraction ne lui avait pas permis d'avoir la carte ? Harry ne voyait que deux possibilités.
La première était que la carte soit maintenue dans un endroit de la chambre – une boîte par exemple – imperméable au sortilège d'attraction. C'était possible, mais semblait tout de même un peu extrême de la part des Maraudeurs. La seconde possibilité était que la carte ne se trouvait même pas dans la chambre. Mais dans ce cas là, où était-elle ? Dans quel lieu les Maraudeurs auraient-ils pu la cacher ? Si elle n'était pas à portée de main des Maraudeurs, cela donnait une marge à Harry pour la retrouver car cela signifiait qu'ils ne l'utiliseraient pas dans l'immédiat.
Finalement, le sommeil finit par l'emporter lorsque Harry se calma petit à petit. Il s'endormit en laissant cette question en suspens, incapable de trouver une réponse. Ce fut l'agitation matinale du dortoir qui le réveilla. Les Poufsouffle allaient et venaient des douches à leurs vêtements et des vêtements à leurs sacs de cours. Légèrement groggy à cause du manque de sommeil, Harry se leva tant bien que mal, quelques muscles au niveau des bras protestant faiblement dû à ses activités nocturnes. Harry fila sous la douche, appréhendant la réaction des Maraudeurs lorsqu'il arriverait dans la grande salle pour le petit déjeuner. Remus l'avait-il reconnu ?
Trop occupé à ses pensées, il sursauta à moitié en se voyant dans le miroir. Il avait les yeux à moitié rouges et n'avait même pas remarqué qu'ils lui étaient douloureux. Il retourna à son lit, prit une petite boîte et retourna dans la salle de bain en verrouillant la porte. Il s'approcha du miroir et d'un doigt, il tira un peu la paupière inférieure. De l'autre, il toucha son globe oculaire, un peu écœuré, et retira sa lentille. Il fit de même avec l'autre œil. Il se retrouva ainsi aussi myope qu'une taupe, mais avec les beaux yeux verts de sa mère. Il plongea ses lentilles dans la lotion et se frotta les yeux.
Il n'était pas habitué à l'entretien que demandaient les lentilles, et souvent, il oubliait de les retirer pour les nettoyer. Il était sensé les retirer le soir et les baigner dans une lotion toute la nuit pour les remettre le matin. C'est en n'appliquant pas ces mesures d'hygiène élémentaire qu'il se retrouvait le lendemain matin avec des yeux de lapin russe. Lorsqu'il avait pris rendez-vous pour obtenir des lentilles moldues, il avait pensé en premier lieu à cacher la couleur de ses yeux et à corriger sa vue sans avoir de lunettes. Jamais il n'aurait cru que l'entretien lui serait si fastidieux. Surtout qu'il avait toujours des difficultés à mettre ses fichues lentilles. D'autant plus que l'idée de les enlever la nuit, et qu'on puisse le surprendre sans le dérangeait.
Il resta cinq bonnes minutes à attendre, puis il remit ses lentilles. Quel calvaire ! Ses yeux étaient encore un peu rouges, mais cela ferait l'affaire. Il reprit son boîtier et sortit de la salle de bain. Il n'y avait plus personne dans le dortoir. Harry prit son sac de cours et sa cravate jaune et noire qu'il entreprit de nouer autour de son cou en se dirigeant vers la salle commune. Arrivé en haut, il remarqua que les quatre Poufsouffle avec lesquels il avait plus ou moins fait connaissance l'attendaient. S'il fut surpris de cette attention, il n'en montra rien. Il s'approcha d'eux, et légèrement gêné, il leur adressa un sourire.
« Hum… Merci, » dit-il maladroitement.
« Ce n'est rien, » le rassura Joyce Belinski, l'amie d'Alice, d'un geste de la main.
Benjy Fenwick fronça légèrement les sourcils et parut pensif. « Oh, non, ce n'est pas rien… » Ce fut au tour des autres de froncer les sourcils en se tournant vers lui. « Et bien, oui, » s'expliqua-t-il, « il a quand même fallu subir les protestations de l'estomac d'Adam durant plus de dix minutes. »
Alice et Joyce éclatèrent de rire sous les protestations d'Adam.
« Oh, je suis vraiment navré dans ce cas, » répliqua Harry d'un ton amusé, « j'essaierai d'être plus rapide la prochaine fois. Ou puis-je vous suggérer de le pétrifier simplement le temps de l'attente ? »
Benjy leva les sourcils. « Je n'avais jamais pensé à cette solution qui me semble pour le moins intelligente et sensée. J'apprécie beaucoup cette suggestion. »
Ils se dirigèrent ainsi vers la Grande Salle, imaginant toutes sortes de méthodes pour éviter les gargouillements du ventre d'Adam, sous les commentaires d'Alice et Joyce et les grognements voire menaces d'Adam. Une fois assis, Harry se risqua à regarder vers la table des Gryffondor. Les quatre Maraudeurs étaient serrés les uns contre les autres, en train de parler manifestement à voix basse. Le ventre de Harry se tordit. Remus avait certainement raconté ses aventures aux trois autres. Toute son inquiétude revint tel un boulet de canon, et Harry se força à grande peine de mordre dans son toast.
« Et toi, qu'est ce que tu en penses ? » demanda Adam.
Mais où donc les Maraudeurs avaient-ils pu cacher la carte ? Une autre question surgit de son esprit, bien plus angoissante. Est-ce que Remus avait entendu qu'il s'agissait de la carte qu'il voulait ? Si c'était le cas… alors les chances qu'Harry puisse mettre la main dessus faiblissaient à vue d'œil.
« Stephen ? »
Harry cligna des yeux et se tourna, l'air interrogatif vers Adam.
« Oh, mais il ne doit pas être au courant ! » s'exclama alors Alice.
Ayant du mal à raccrocher à la conversation des Poufsouffle, trop préoccupé par ses pensées et son observation la plus discrète possible des Maraudeurs, Harry bafouilla pitoyablement un : « Mais de quoi ? »
« Ce matin, on a notre premier cours de Défense contre les Forces du Mal de l'année. Or chaque année, nous avons un nouveau prof car les rumeurs disent que ce poste est maudit. Et à chaque fois, nous avons eu des profs plutôt… intéressants, » exposa Benjy.
« Gratinés, tu devrais dire, » ajouta Joyce avec une petite grimace.
« Ah ! » fit simplement Harry, comprenant enfin le pourquoi du comment. Il doutait que la génération de ses parents ait pu avoir des professeurs plus atypiques que ceux qu'il avait eus. « Et quel genre avez-vous eu ces dernières années ? »
« En première année, on a eu un prof sadique qui a traumatisé tout le monde et qui a fini par être renvoyé, » commença à énumérer Benjy.
« En seconde année, le prof s'intéressait de très près aux expérimentations, » continua Joyce, « et il a essayé de voir si un de ses sortilège lui permettait d'être immunisé aux flammes des dragons. Visiblement non. »
« Ensuite, » poursuivit Alice, « le troisième avait peur de tout, même de son ombre. Il a fini par faire une crise de nerfs. »
« Le prof de quatrième année s'est avéré schizophrène avec des réactions potentiellement dangereuses et il a été interné dans le service psychiatrique de Sainte Mangouste, » compléta Adam.
« En cinquième année…, » réfléchit Benjy, « ah, si on a eu une femme noire issue tout droit d'Afrique qui en fait nous faisait utiliser un dérivé de la divination pour savoir si on allait être attaqué. Elle était plutôt marrante celle-là. A la fin, elle a démissionné car elle avait trouvé un poste dans une école d'Italie qui utilisait la même magie qu'elle. »
« Et l'année dernière, » acheva Joyce, « on a eu droit au double de notre professeur d'Histoire, si ennuyant que personne de l'écoutait. Il a mystérieusement disparu. »
Amusé, Harry se fit la remarque que finalement, quelque soit les générations, les professeurs de Défense étaient tous particuliers.
« Et donc, » avança Harry, « vous vous demandiez ce que le nouveau prof nous réserve cette année ? Il s'agit du quel ? »
Les Poufsouffle se tournèrent vers la table des professeurs, et Benjy, d'un léger mouvement de tête lui indiqua un grand homme à lunettes rectangulaires. Sa posture était raide et il semblait ne pas être très à l'aise. Hormis sa gêne, on pouvait le qualifier de parfaitement normal voire quelconque. Harry en fit part aux quatre Poufsouffle, qui acquiescèrent mais ils répliquèrent que cela n'était guère significatif. Beaucoup semblaient normaux à première vue. Ce n'était pourtant pas toujours le cas.
Au coin de son champ de vision, Harry remarqua une légère agitation du côté des Maraudeurs. Il tourna la tête et les vit en train d'observer une personne. En suivant ensuite leur regard, Harry tomba sur quelqu'un qui lui donna un déclic.
Argus Rusard.
Ce dernier s'avança jusqu'à la table des professeurs, se pencha vers Dumbledore et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Le directeur acquiesça, puis leva son regard bleu sur la table des Poufsouffle. Sur lui. Harry détourna encore une fois le regard, et observa distraitement Rusard sortir de la Grande Salle.
« Quand nous étions en première année, jeunes, insouciants, innocents… »
« Disons, plus innocents qu'aujourd'hui, nous avons eu un petit ennui avec Rusard. »
« On avait fait exploser une Bombabouse dans le couloir et, pour une raison mystérieuse, ça ne lui a pas plu du tout. »
« Alors, il nous a traînés dans son bureau et il nous a menacés de l'habituelle… »
« …retenue… »
« …éventration… »
« Et autres… Et nous, on a remarqué que sur un tiroir de son armoire de rangement, il était écrit : Objets dangereux confisqués. »
« Qu'est ce que tu aurais fait à notre place ? George a détourné son attention en laissant tomber une autre Bombabouse, moi, j'ai ouvert le tiroir et j'ai réussi à attraper… ceci. »
La carte du Maraudeur n'était plus en possession des Maraudeurs.
« Je ne pense pas que Rusard ait jamais su comment s'en servir. Mais il s'est probablement douté de ce que c'était, sinon, il ne l'aurait pas confisqué. »
Elle était déjà dans le bureau de Rusard, dans son tiroir, prête à attendre la venue de Fred et George Weasley.
Les pièces du puzzle s'assemblaient doucement. Harry comprit que Remus avait dû entendre son sortilège d'attraction, et c'est pourquoi les quatre Gryffondor avaient observé Rusard. Ils devaient juger plus prudent de laisser la carte chez Rusard plutôt qu'essayer de la récupérer, car c'était là la meilleure des cachettes. Donc en réalité, Harry n'avait rien à faire. Il soupira longuement. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que si, il lui serait tout de même nécessaire de subtiliser la carte.
Car à la base, il voulait aller à la bibliothèque en pleine nuit. Et, s'il lui était impossible d'avoir la cape, la carte était aussi un précieux atout.
Harry se leva, prit son sac de cours, et suivit ses camarades vers le cours de Défense. Avant de sortir de la Grande Salle, il se retourna une dernière fois vers Dumbledore, prit d'un doute. Qu'avait dit Rusard au directeur pour que celui-ci le regarde immédiatement après ?
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(*) J'ai utilisé une image d'EHP pour décrire Avery. Ça ne vient donc pas de moi, mais j'ai trouvé que l'image correspondait quand même bien au personnage et à l'idée que je me faisais de son caractère.
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Pour Nanami74, merci de ta review ! Il ne m'était pas possible de te répondre, mais je voulais de dire qu'elle m'a fait très plaisir. Mais si tu continues, tu verras que j'aime beaucoup les fins sadiques… et les mystères. Du coup, j'essaierais de terminer au maximum mes chapitres d'une manière… intéressante. Enfin voilà, j'espère que cette suite t'aura plu. Et la fin de ce chapitre n'est même pas si méchante que ça ! Bises.
