Titre - Dans les mensonges et les regrets.

Résumé – Lorsqu'il se retrouve en 1977, Harry prend une fausse identité le temps de trouver un moyen de revenir à son époque. Il ne se doute pas qu'il s'agira d'un voyage sans retour qui le changera définitivement et qui l'emmènera dans un tourbillon de faux semblants.

Disclaimer – Tout ce qui relève de l'univers de JKR lui appartient.

.

Note – Bonjour à tous et à toutes !

Tout d'abord, merci mille fois pour vos reviews, ça me touche beaucoup et ça me donne quelques bons coups de fouet pour me motiver. Par contre, je n'ai pas pu répondre aux dernières reviews car là où j'étais, je n'avais pas accès à internet. Mais pas d'inquiétude, je peux maintenant y aller, et j'y répondrai dans les jours qui viennent, le plus rapidement possible.

Ensuite, je suis désolée de ce léger retard – mi-août a été dépassé - j'ai été plus occupée que prévu et mes petits moments d'écriture fortement réduits. Du coup, vous n'imaginez même pas ce que j'ai fait : j'ai mis le réveil pour me lever plus tôt et continuer à écrire ce chapitre ! En fin de compte, je ne l'aime pas beaucoup. Il n'est pas aussi bien que je me l'étais imaginé, et je suis un peu déçue. Et il est un peu plus court que les autres.

Enfin, je pense que je vais vous faire une petite liste des personnages rencontrés dans le chapitre précédent, ou cités – cela ne pourra pas faire de mal à votre mémoire.

.

Gryffondor : James Potter – Sirius Black – Remus Lupin, préfet – Peter Pettigrow – Lily Evans, préfète

Serdaigle : Un groupe d'amis que Harry rencontre dans le Poudlard Express : David Cleffort, préfet - Lewis Bladwell - Amélia Bones, sœur jumelle d'Adam Bones - Estelle Reilly / Et deux personnages cités : Denise Strader, préfète en chef - Bertram Aubrey.

Poufsouffle : Harry rencontre un groupe d'amis lorsqu'il est réparti dans cette maison en tant que Stephen Curson : Benjy Fenwick, Préfet en chef – Adam Bones, frère jumeau d'Amélia Bones – Alice Robert, future Madame Londubat – Joyce Belinski / Deux autres : Christopher Macmillan – Geoffrey Burnel

Serpentard : Un groupe que Harry rencontre dans les calèches : Aloisius Avery – Evan Rosier – John Wilkes – Édith Chetwode – et visiblement Severus Snape, bien qu'il n'ait pas été là.

Je vous laisse lire.


.

Dans les mensonges et les regrets

Partie IBrumeux

.


.

Chapitre 3 – Illusion

.

« Lorsqu'on dit 'Défense contre les Forces du Mal', quels sont les premiers mots qui vous viennent à l'esprit ? À quoi associez-vous cette expression ? »

Les élèves de Poufsouffle et Gryffondor, pas encore assis, lancèrent un regard surpris vers leur nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal.

Harry vit du coin de l'œil les Maraudeurs, et en particulier Remus Lupin, qui s'installaient sur la droite. C'est pourquoi il se dirigea directement vers le fond, à gauche. Plus loin il serait des sens du loup-garou, et moins il y aurait de chance pour que Remus le reconnaisse.

Les quatre Poufsouffle s'assirent à ses côtés ; Alice et Benjy l'encadrant, Joyce et Adam juste devant. Comme à son époque, les élèves des deux maisons se mélangeaient peu lors d'un cours double, mis à part deux filles de Poufsouffle qui se mirent à côté d'une fille de Gryffondor. Harry remarqua sa mère au premier rang, en compagnie d'une fille aux longs cheveux châtains, et d'une fille aux cheveux très courts, avec de belles boucles blondes.

« Personne ? » reprit le professeur du fond de la salle, « Vous ne pensez à rien lorsque vous entendez ce terme ? Vous avez l'esprit aussi vide qu'un troll des montagnes ? »

L'homme se mit ensuite à marcher lentement jusqu'au tableau, et se posta devant, examinant les expressions perplexes des élèves, surpris par cette entrée en matière si cavalière.

Harry observa avec intérêt l'homme - habillé d'une robe d'un marron verdâtre, l'air tendu qu'il affichait quelques minutes auparavant dans la Grande Salle avait disparu au profit d'un visage fermé, avec un soupçon de vindicte. Ce n'était pas du tout ce à quoi Harry s'attendait. Et vu les expressions déboussolées des élèves, eux non plus.

Le professeur soupira, puis désigna une cible d'un signe de tête.

« Vous, Monsieur ? Une idée sur la question ? »

Sirius Black eut un léger sursaut et s'humidifia les lèvres.

« Moi, Professeur ? » bafouilla-t-il en pointant sa main vers son torse.

L'homme leva les yeux au ciel, puis soupira : « Oui, vous. »

« Ah…, » Sirius s'agita sur sa chaise, et coula un regard en quête d'aide vers son voisin, Remus Lupin, qui fixait obstinément le tableau.

« Et bien… J'associe l'expression 'Défense contre les Forces du Mal' au cours de Défense... À Poudlard, quoi. »

Sirius lança un regard au professeur qui montrait bien qu'il trouvait sa question parfaitement stupide - et que la réponse stupide qu'il venait de clamer n'était dès lors pas de sa faute. L'homme acquiesça silencieusement, impassible.

« Vous êtes tous d'accord avec lui ? »

Certains hochèrent de la tête, sceptiques grégaires. Harry ne put cependant s'empêcher de faire une moue dubitative. Songer simplement au cours, voilà qui lui paraissait réducteur ; et il était clairement évident que le professeur s'attendait à un tout autre genre de réponse.

La Défense contre les Forces du Mal, c'était toute une palette de sentiments, de souvenirs, d'impressions qui venaient à l'esprit de Harry. C'était le sentiment d'urgence, de peur, de détermination. C'était le danger et la survie. C'était Voldemort, les mangemorts, la guerre. C'était les vampires, les loups-garous, le basilic, les détraqueurs. La Défense contre les Forces du Mal ne pouvait pas que se cantonner à Poudlard. Restreindre une discipline à l'enseignement en lui-même serait déjà bien trop réducteur, mais lorsqu'il s'agissait en plus d'un domaine à visée pratique, les expériences prenaient alors une importance bien plus capitale que n'importe quelle théorie.

« Vous ne semblez pas d'accord Monsieur. D'autres suggestions ? »

Harry remarqua que le professeur le regardait, et comme Sirius auparavant, Harry s'étonna : « Moi ? »

L'homme leva une nouvelle fois les yeux au ciel, puis déclara : « Bien, que l'on soit d'accord. Je ne peux pas encore connaître vos noms, alors lorsque je vous regarderai explicitement, cela signifie que oui, c'est vous que j'interroge, et non le camarade à l'autre bout de la pièce. Alors évitez les 'Moi ?' qui font perdre du temps et vous donnent l'air benêt. »

Et bien… il ne mâche pas ses mots.

Harry se racla la gorge avant de dire lentement, légèrement déconcerté par toutes les têtes tournées vers lui :

« Je pense que ce qui nous vient à l'esprit dépend du vécu de chacun. Ainsi quelqu'un qui n'a fait que suivre des cours à Poudlard songera à ses différents professeurs, ce qu'il a étudié, du cours en lui-même. Mais quelqu'un qui a été confronté à diverses situations dangereuses qui touchent aux Forces du Mal et à sa Défense songera tout d'abord à ces situations. »

Le professeur croisa lentement les bras et l'observa quelques instants, songeur. Harry savait bien que ses paroles sous-entendaient qu'il avait déjà été dans au moins une situation périlleuse.

« Je n'aurais pas pu dire mieux moi-même. Et c'est précisément ce que je veux vous faire comprendre cette année. Cinq points pour Poufsouffle, Monsieur ? »

« Curson, » répondit sobrement Harry.

L'homme s'assit sur son bureau, les jambes pendantes dans le vide. Il le regarda encore un peu, la tête penchée sur le côté, puis il entra enfin en matière :

« Je suis le professeur Morel, et certains auront remarqué grâce à mon accent que je suis français, » il fit une légère pause, leva les yeux au ciel comme pour réfléchir, puis poursuivit, « la plupart d'entre vous ne pensent à la Défense qu'en tant que cours. C'est une grave erreur, qui pourrait vous être fatale. »

Il porta un regard réprobateur sur l'ensemble de la classe, comme s'il les condamnait.

« Mon objectif cette année n'est pas de vous apprendre toutes sortes de sortilèges de haut niveau ou de creuser en détail chaque créature de l'ombre. Pouvez-vous me dire, d'après la réponse de Mr Curson, lequel est-ce ? »

Les élèves s'observèrent, se demandant qui est-ce qui répondrait à une telle question. Finalement, une élève au premier rang leva la main, au grand soulagement de certains. Harry eut un léger sourire en voyant sa mère avec le bras tendu. Il l'avait toujours imaginée aussi bonne élève qu'Hermione.

« Oui, Miss ? » interrogea le professeur Morel.

« Evans, Monsieur. Je pense, » intervint Lily, « que vous souhaitez que l'on se rende compte que la Défense contre les Forces du Mal est plus qu'un cours, c'est un moyen de survie. Peut être que votre objectif est de nous donner de meilleurs réflexes, que l'on soit mieux préparés en pratique. »

L'homme acquiesça. « En effet. Cinq points pour Gryffondor, Miss Evans. Certains d'entre vous n'avez jamais été confrontés à des situations où vos vies étaient en périls. Or lorsque cela arrive – car cela peut vraiment vous arriver – les belles formules ou propriétés que vous avez dûment apprises en cours s'éclipsent totalement de votre esprit, ou ne vous sont d'aucune utilité. Résultat, vous mourrez. »

Harry se cala plus confortablement dans sa chaise, prêtant une attention toute particulière au professeur. Ce qu'il disait était particulièrement proche de ce qu'il avait essayé de faire comprendre à Ron et Hermione lorsque cette dernière avait voulu qu'il les aide en Défense en tant que professeur, lors de leur cinquième année.

« Un cours et la vraie vie sont diamétralement opposés. Il est facile d'exécuter un sortilège, de se souvenir d'une faiblesse d'une créature, lorsque l'on sait que l'on ne craint rien - ou au pire, une simple mauvaise note. Dans la vie, face à une telle situation, vous avez conscience que vous n'avez qu'un seul essai, et c'est à ce moment là que la majorité panique. La peur panique est votre plus grande ennemie. Ainsi, mon premier objectif est de vous apprendre à garder votre sang-froid. Attention - je ne dis pas que les connaissances ne sont pas importantes ; mais c'est le comportement que l'on a face à de telles situations qui détermine si l'on va survivre ou non. C'est ce comportement qui distingue un sorcier d'expérience, rodé, d'un vulgaire débutant. »

« Mais, Monsieur, » intervint une fille de Poufsouffle dont Harry ignorait totalement le nom, « vous voulez que l'on n'ait plus peur lorsqu'on est exposé au danger ? »

« Non, » répliqua Morel, « je parle de sang-froid, pas de ne plus avoir peur. Il est normal d'avoir peur, mais il ne faut pas que cela vous paralyse totalement, au point d'être incapable d'agir correctement. Je voudrais que vous agissiez avec un calme relatif, que vous puissiez établir une stratégie dans le feu de l'action. Je ne veux pas que vous soyez pris au dépourvu. Je ne vous demande pas de ne pas avoir peur, mais d'arriver à juguler et contrôler votre peur. »

Ce discours laissa la classe étrangement silencieuse et stupéfaite. Harry regardait avec un intérêt non feint Morel. En plus de sembler plutôt normal pour un professeur de Défense, il paraissait compétent, voire très intéressant dans son approche de la Défense - pleine de bon sens, en réalité ; s'il ne restait pas juste une légère fissure dans son raisonnement. Harry leva la main.

« Monsieur, de quelle manière souhaitez-vous nous préparer ainsi ? » demanda-t-il, « Car quoi que vous nous fassiez faire, on saura toujours que nous sommes seulement en cours de Défense. Vous parlez d'expérience de terrain, et ce n'est pas quelque chose que vous pouvez transposer en cours... »

Morel approuva, un léger sourire sur le visage.

« Vous soulevez un point essentiel, Mr Curson. Comment vous faire croire que vous n'êtes pas en cours, alors que vous l'êtes ? J'avais prévu de vous en parler à la fin de l'heure, » lâcha-t-il, « Vous y réfléchirez pour le prochain cours, sachant qu'il est fort probable qu'il faille utiliser la magie. De plus, vous serez avisé de vous rendre compte que la solution touche forcément au domaine du contrôle de l'esprit. Vous expliquerez votre solution sur un parchemin. »

Certains élèves grognèrent légèrement en apprenant que Morel leur donnait dès le premier cours des devoirs. L'homme sauta souplement pour se mettre debout devant le bureau.

« En attendant, » ajouta malicieusement Morel, « je vais vous faire quelques petits tests pour évaluer votre niveau personnel lorsque vous êtes au calme. Et en espérant que vous n'êtes pas du genre à tout oublier pendant les vacances. »

xXx

À la sortie du cours de Défense, tous les élèves discutaient allègrement de la méthode peu conventionnelle du professeur Morel.

« Ce qui m'inquiète un peu, » expliquait Benjy, « c'est que l'on ne sera pas évalué sur notre sang-froid ou le contrôle de notre peur pour les ASPICs, mais sur nos vraies compétences en Défense. Morel n'a pas parlé une seule fois des examens, de ce que l'on va nous demander ou du programme officiel. »

« Oui, » acquiesça vaguement Joyce, « mais ce qu'il veut nous faire faire me semble tout de même plus utile vu ce qui se passe dehors. »

Il y eut un léger silence entre le petit groupe des Poufsouffle.

« Il y a tout de même de fortes chances que cela ne dure pas longtemps, non ? » souffla Adam avec une légère angoisse dans la voix.

Personne ne lui répondit. Harry garda son regard fixé sur la chevelure rousse de sa mère, quelques mètres plus loin, qui riait avec ses amies. Il avait la bouche pâteuse.

Benjy se racla la gorge dans le silence, puis jeta un coup d'œil à sa montre.

« Il nous reste un peu de temps avant le déjeuner, » déclara-t-il. « Je vous propose d'aller à la bibliothèque pour réfléchir un peu ensemble au devoir de Morel qui me semble bien obscur. Avez-vous compris ce qu'il nous demandait ? Ça me semble tellement absurde ! »

« Non, » grommela Alice, « ça m'a semblé aussi clair que de l'eau de roche. Je ne vois pas comment on pourrait ne pas être conscient que l'on est en cours. »

« Vous avez entendu la piste que Morel a donnée, » intervint Harry, « il a parlé de contrôle mental. Il faut creuser là-dedans. Il faisait peut-être référence à la Légilimancie ou à un dérivé. »

Les quatre Poufsouffle l'observèrent un moment comme si une deuxième tête lui avait poussé dans le cou.

« La Légiman-quoi ? » s'étonna Alice.

« Légilimancie, » répliqua Harry. Puis il se mordit la langue. Abruti, jura-t-il intérieurement, crétin dégénéré ! L'élève lambda ne connaissait certainement pas l'existence de la Légilimancie et de l'Occlumancie. Devant les regards interrogatifs des Poufsouffle, il sut qu'il ne pouvait plus faire marche arrière.

« C'est une branche peu connue de la magie. La Légilimancie, c'est la capacité d'extraire des émotions et des souvenirs de l'esprit d'une autre personne. C'est le contraire de l'Occlumancie, qui consiste à défendre son esprit des tentatives de pénétration extérieure. »

Joyce écarquilla de grands yeux. « Tu veux dire qu'il est possible de lire les pensées des autres ? »

« Non, ça c'est une approche strictement moldue, » fit Harry, légèrement amusé. Il avait eu la même réaction lorsque Snape lui avait expliqué ce qu'étaient ces deux branches de magie. Il lui avait fallut un peu plus d'un an pour commencer à comprendre en quoi consistaient la Légilimancie et l'Occlumancie, ainsi que de nombreuses expériences avec Voldemort et Snape. Mais ce début de compréhension ne l'avait pas vraiment aidé à devenir un tant soit peu doué.

« Ce sont plutôt des souvenirs que tu peux extraire de l'esprit d'autrui, pas des pensées. Et tu ne lis pas..., » Harry s'arrêta, ne trouvant pas les mots justes pour exprimer ce qu'il voulait. Comment Snape avait-il réussi à lui expliquer ? Mais l'homme utilisait des longues phrases alambiquées, qui au final, embrouillaient plus qu'autre chose. « Je ne sais pas comment l'expliquer mieux. C'est une notion difficile à comprendre. »

Benjy l'observait avec un étonnement non feint.

« Tu as l'air de bien t'y connaître en Défense, Stephen, » remarqua-t-il.

Harry ne répondit pas, laissant le soin à Benjy d'imaginer ce qu'il voulait. Nier serait un mensonge et serait peu crédible. Confirmer ne serait pas exact. Il ne s'y connaissait pas tant que ça, il avait juste un peu pus d'expérience que les jeunes de son âge - surtout de cette époque, à l'aube de la première guerre. Mais ça, il ne comptait pas leur dire.

« Enfin voilà, » coupa-t-il court à la discussion, « cherchez dans ces domaines là. »

« Tu ne viens pas avec nous ? » demanda Alice.

Harry secoua la tête. « J'ai quelque chose à faire, mais je vous rejoindrai plus tard. À tout à l'heure. »

Et avant que les Poufsouffle aient pu protester, Harry s'éloigna d'un pas rapide. Alors que le petit groupe montait au quatrième étage, vers la bibliothèque, Harry descendit prestement les escaliers pour se retrouver au rez-de-chaussée. Il s'approcha du bureau de Rusard.

Il ignorait où pouvait se trouver Rusard à cette heure-ci, mais cela lui semblait un bon moment pour essayer d'entrer et de subtiliser la carte des Maraudeurs. Il pourrait ainsi se déplacer plus facilement dans le château en pleine nuit, surtout dans la bibliothèque, et sans que son père et ses amis ne se rendent compte de sa disparition. Avant de revenir à son époque, il remettrait la carte à sa place, attendant l'arrivée des jumeaux à Poudlard. La boucle serait bouclée sans aucun problème. Évidemment, la Cape aurait eu son utilité, mais Harry ne pouvait pas se permettre de l'emprunter à son père car il risquait de trop modifier le cours du temps.

Mais alors qu'il arrivait devant la porte du bureau, Harry remarqua qu'elle était entrouverte, et non fermée comme d'habitude. Rusard était-il à l'intérieur ? Harry se plaqua contre le mur de pierre et tendit l'oreille.

« Au cas où cela vous aurait échappé, Dumbledore est considéré comme le sorcier le plus puissant des temps modernes, » grinça la voix de Rusard.

« Mais il est seul, » souligna une voix connue de Harry. « Et il le dit lui-même, l'union fait la force. Nous avons beaucoup progressé ces derniers temps. »

« Peuh, » cracha Rusard, « que des mots en l'air, comme toujours. »

Il y eut un mouvement dans la pièce.

« Argus, faites-moi confiance, nous avons vraiment gagné de l'influence. »

Un autre mouvement. Le bruit de quelqu'un qui tape violemment du poing sur un bureau.

« Dites-moi plutôt ce que vous faites ici ? Dumbledore va vite vous découvrir, c'est un homme intelligent vous savez. »

« Dumbledore, Dumbledore, vous n'avez que ce mot à la bouche - »

« N'est-ce pourtant pas lui que je dois surveiller ? »

« Si, bien sûr… Mais ma propre mission est indépendante de Dumbledore. Il n'y a aucune raison qu'il me découvre, tout comme vous, n'ayez crainte. »

« Vous me racontez bobards sur bobards, comme les gens comme vous savez si bien le faire ! Vous devez me surveiller moi, hein ? Vous pensez que je deviens loyal à Dumbledore ? Vous craignez peut être que je raconte tous vos petits secrets à cet homme si influent ? »

« Il n'a aucune influence dans notre domaine. Et nous n'avons aucune raison de douter de vous jusqu'ici, Argus, alors ne nous en donnez pas. Poursuivez simplement votre mission. La mienne n'a aucun lien avec vous ou Dumbledore. Il est préférable qu'à partir de maintenant nous agissions comme si nous ne nous connaissions pas. Si l'un de nous deux tombe, je ne veux pas que l'autre tombe aussi. Au revoir Argus. Si besoin est, contactez de préférence Abigail ou encore Rosebury. »

La porte s'ouvrit en grand, et Harry s'élança vers le hall, descendit prestement quelques marches vers les cachots, et resta dans l'obscurité, le cœur battant. Quelques instants plus tard, il vit le professeur Morel passer à grandes enjambées, et Harry descendit quelques marches sous l'étonnement. Il percuta quelqu'un derrière lui, et poussa un léger cri de surprise. Il se retourna vivement et se retrouva face à face avec une Serpentard.

« Hé, doucement là ! » s'exclama-t-elle.

Alerté par le cri, Morel s'approcha à son tour des escaliers et demanda : « Qu'est-ce qui se passe par là ? »

« Oh, rien, professeur, » répondit la fille, « un simple petit Poufsouffle égaré en terrain des sournois Serpentard. »

« Hum… Ne traînez pas par là, » marmonna vaguement Morel en s'éloignant.

Harry resta statufié. Il n'avait pas reconnu la voix de Morel dans le bureau de Rusard pour une simple et bonne raison. Dans le bureau de Rusard, Morel parlait sans accent, avec un anglais parfait. Dès qu'il était intervenu, il avait repris son accent français. Il jouait clairement double jeu. Oh, génial…Il eut un léger soupir. Il ne pouvait pas être quelqu'un de normal et sans histoire, cela aurait été bien trop simple. Et quel était son lien avec Rusard ? Qu'est-ce que toute cette conversation signifiait ?

« Un peu névrosé, non, le nouveau Poufsouffle, » ricana doucement la Serpentard. Elle parlait d'une voix très grave pour une fille, un peu rauque. « Un conseil, évite de rester par là, ça grouille de serpents, et les Serpents n'apprécient pas particulièrement les Blaireaux comme toi. »

Harry fronça les sourcils, et fit un peu plus attention à la Serpentard. Ses yeux d'un bleu délavé le fixaient sans ciller. Ils étaient largement cerclés de maquillage noir et mis en valeur par une frange asymétrique. Ses lèvres sombres ressortaient également sur sa peau diaphane. En plus de cet air inquiétant, ses cheveux lui donnaient l'air un peu folle - d'un noir de jais, courts, des mèches tombantes sur les épaules, l'air d'être singulièrement décoiffée voire échevelée.

« C'est une menace ? » siffla Harry, peu enclin à se laisser faire.

Elle éclata de rire, à la grande surprise de Harry, dévoilant des dents un peu jaunes.

« J'ai dit que c'était un conseil, je n'ai pas parlé de menace. Tu es vraiment névrosé. Je ne suis pas celle qui ira te chercher des noises, mais je n'irai pas non plus voler à ton secours si tu es dans la merde jusqu'au cou, encerclé par la bande d'Avery. Alors juste, ne traîne pas trop par ici, » conclut-elle en montant jusqu'au hall.

Elle passa sa main dans sa poche pour un ressortir une petite boîte en carton. Elle l'ouvrit, et prit une cigarette, qu'elle se planta dans le coin de la bouche.

« À plus le nouveau, » marmonna-t-elle en sortant dehors.

Harry regarda fixement la porte d'entrée. Il n'avait vu que très rarement des sorciers fumer ; et ce n'était jamais des cigarettes moldues. De fait, tomber littéralement sur une Serpentard - qui pour la plupart évitent voire méconnaissent totalement toute culture moldue - employant négligemment une habitude moldue était pour le moins... atypique.

Voyant que l'heure du déjeuner se rapprochait, Harry se dirigea une nouvelle fois vers le bureau de Rusard. La porte était cette fois-ci fermée, mais Harry ignorait si Rusard était dans son bureau ou non. N'ayant pas trente-six milles solutions pour le savoir, il frappa à la porte.

Pas de réponse.

Pour être sûr, il frappa une nouvelle fois, sans réponse non plus.

Il sortit sa baguette, jeta un coup d'œil des deux côtés du couloir – mais généralement, les élèves avaient tendance à éviter de traîner dans les environs du bureau du concierge – puis murmura « Alohomora. »

Il y eut un déclic, et Harry ouvrit la porte. Il se demanda un instant s'il était possible qu'il y ait un détecteur de présence dans le bureau ; un sortilège Anticatimini par exemple, mais sachant que Rusard était un cracmol, cela semblait peu probable aux yeux de Harry. Et puis, honnêtement, peu d'élèves devaient voir l'intérêt d'entrer par effraction dans le bureau de Rusard.

Il referma aussitôt la porte derrière lui. Un léger regard aux alentours, et il remarqua directement le tiroir avec l'étiquette 'Objets dangereux confisqués'. Il l'ouvrit – sans succès. Il grogna et sortit une nouvelle fois sa baguette. Il n'avait pas le temps de jouer à chercher une clé.

Lorsqu'il put enfin ouvrir le tiroir, il sourit. La carte était posée au dessus d'un certain nombre d'objets. Il prit la carte et murmura : « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. » Il chercha Rusard du regard sur la carte, sans le voir.

Mais comme tout ne pouvait pas se passer aussi facilement et sans problème, c'était à présent la fin des cours, et de nombreux élèves passaient dans le couloir pour aller manger dans la Grande Salle. Harry était bloqué dans le bureau, auquel cas des élèves ne manqueraient pas de le voir sortir du bureau du concierge. Harry grimaça. Zut ! Il lui fallait attendre que le flot d'élèves soit installé dans la Grande Salle, et espérer que Rusard ne décide pas entre temps de revenir à son bureau.

En attendant, Harry sortit un parchemin vierge de son sac et le glissa dans le tiroir. Avec ce subterfuge, Rusard ne remarquerait pas la disparition de la carte. Il verrouilla le tiroir, puis se posta devant la porte, les yeux rivés sur la carte, en se mordillant les lèvres.

La petite étiquette dans le bureau du concierge indiquait 'Harry Potter' nota-t-il enfin. C'était bien ce qu'il avait redouté. Si les Maraudeurs avaient toujours eu la carte et qu'ils avaient vu qu'un certain Harry Potter se baladait à Poudlard… Bon sang, Harry n'osait même pas imaginer les conséquences qu'il y aurait eues. Il était quand même bien content que Rusard leur ait déjà confisqué. Cela facilitait largement les choses et lui évitait, au passage, de créer un paradoxe temporel possible.

Il crut pouvoir sortir à un moment donné, mais des élèves qui étaient à l'extérieur entrèrent par la porte arrière, traversant ainsi le couloir. Harry suivait le paquet de noms du regard, sans prendre garde au reste de la carte.

C'est pourquoi il écarquilla subitement les yeux lorsque le petit groupe arriva au hall d'entrée. Rusard descendait l'escalier menant au premier étage, et semblait se diriger tout droit vers son bureau. Double zut !

Harry fit un tour sur lui-même, cherchant une cachette du regard, tandis que Rusard se rapprochait. Il était pris comme un rat. Il n'y avait même pas de fenêtre, remarqua-t-il non sans sarcasme. La seule possibilité était l'armoire, suffisamment large pour l'accueillir. Harry verrouilla donc la porte d'entrée d'un coup de baguette et s'y faufila à l'intérieur.

Le cœur battant la chamade, il observa l'étiquette de Rusard arriver jusqu'à son bureau, puis Harry entendit un déclic. Le concierge entra sans discrétion, et se dirigea droit vers son bureau. Il s'installa, et par l'interstice des deux battants de l'armoire, Harry put le voir en train de rédiger vivement quelque chose. Le jeune homme attendit patiemment, le front appuyé contre la porte, regardant Rusard qui raturait, chiffonnait, recommençait, jusqu'à ce qu'il se relève, pliant en quatre son parchemin, et le glissant dans sa veste élimée.

Rusard parcourut son bureau du regard, et avant que leurs yeux se croisent, Harry se recula d'un coup, bloquant sa respiration. Finalement, le regard de Rusard glissa, puis l'homme sortit de la pièce, refermant derrière lui. D'un coup d'œil à la carte, Harry sut que le concierge s'éloignait – visiblement vers la volière. Harry rejeta la tête en arrière, se cognant avec le fond de l'armoire et poussa un large soupir de soulagement. Il tira quelques affaires sur des cintres pour sortir et les remit à leur place. La carte lui indiqua qu'il n'y avait plus personne dans le couloir ; il allait pouvoir aller déjeuner.

« Méfait accompli, » chuchota-t-il.

xXx

« Pour l'instant, on a pas trouvé quoi que ce soit de très concluant. On était encore en train de chercher un peu plus d'informations sur la Légilimancie mais apparemment, ça ne sert qu'à voir les souvenirs des autres, » résuma Benjy à Harry en chuchotant.

Ce dernier fit une moue dubitative. Il était certain qu'on pouvait implanter de faux souvenirs dans l'esprit de quelqu'un. Voldemort y avait déjà eu recours lors de sa cinquième année, et c'est ce qui avait provoqué la mort de Sirius.

« Et puis cela semble peu courant et difficile à maîtriser, » ajouta lentement Benjy, « Et – ça ne me semble pas non plus ce qu'il y a de plus - hum – blanc. »

Harry écarquilla les yeux, surpris. Il regarda Benjy, qui le fixait sans ciller. Harry n'avait pas songé à cet aspect ; loin de le voir comme un réel problème. Pour se défendre, il fallait pourtant connaître le côté plus sombre, non ?

« Ah… ah bon ? » bredouilla Harry.

Cela sembla satisfaire Benjy dont le regard s'adoucit.

« C'est évident… C'est malsain de pouvoir lire dans la tête des gens. Imagine que – Benjy jeta un coup d'œil aux alentours et baissa d'un ton – imagine, » reprit-il, « que Tu-sais-qui en soit capable… »

« - il en est capable, » le coupa Harry, avant de se mordre la langue.

Les sourcils de Benjy se haussèrent d'un coup et il resta bouche bée un instant.

« Comment sais-tu ça ? » pressa-t-il.

Ce fut au tour de Harry de regarder autour de lui. Ils étaient tous les cinq installés à une table dans la bibliothèque. Alice écrivait, quelques livres ouverts devant elle, Joyce feuilletait un ouvrage tandis qu'Adam la regardait tourner les pages d'un air maussade, affalé sur la table, le menton dans le creux des mains. Les tables limitrophes étaient vides. Les autres élèves étaient trop loin pour entendre quoi que ce soit.

Harry regarda une nouvelle fois Benjy, cherchant un moyen de justifier qu'un petit américain fraîchement débarqué sache une telle chose. Il haussa les épaules et se pencha vers lui.

« Je n'en suis pas sûr… Mais d'après une rumeur, s'il réussit à réunir autant d'adeptes et à les garder, c'est qu'il peut à tout moment savoir s'ils le trahissent ou non. À ce qu'il parait, c'est en partie à cause de ça qu'ils ont aussi peur de lui, » murmura-t-il dans un souffle. « Et je le sais car j'ai essayé de me renseigner au maximum lorsque je suis arrivé en Angleterre. Je voulais être au courant de ce qu'il se passait, tu vois ? »

Benjy le regardait toujours stupéfait, puis il s'appuya contre la table.

« Oh, merde…, » fut tout ce qu'il réussit à dire.

Quelques instants plus tard, il se racla la gorge, puis se redressa.

« Enfin, donc, je ne pense pas que Morel s'attende à ça. »

Harry ne répondit pas immédiatement, mais il indiqua à Benjy qu'il creuserait un peu plus dans cette voie, tout de même.

Ils se rapprochèrent des trois autres.

« Alors Jo, du nouveau ? » interrogea Benjy.

La jeune fille poussa un long soupir et se passa la main dans ses longs cheveux blonds.

« Pas vraiment, non, » admit Joyce. « Il n'y a pas l'air d'y avoir de potions mais j'ai pensé qu'on pourrait en coupler plusieurs pour avoir l'effet désiré. Avec une potion d'Amnésie particulière ou un philtre de Confusion…, » elle sembla réfléchir un instant en se mordillant la lèvre inférieure, « mais ça me semble quand même difficile. »

Benjy grogna et se tourna vers Alice. « Et toi Alice, quelque chose avec les enchantements ? »

Alice sursauta violemment et releva la tête. « Pardon ? »

« Tu as trouvé quelque chose, une solution, avec un enchantement ? » demanda calmement Benjy.

Alice se racla la gorge. « Hum… et bien… » Elle se mit à rougir.

Les trois autres échangèrent un regard, puis Joyce se jeta sur le parchemin sur lequel Alice était en train d'écrire.

« Hé ! » protesta la jeune fille, rougissant de plus belle. Elle se leva pour reprendre son parchemin, mais Joyce le mit hors de sa portée. Adam le prit à son tour et se mit à lire.

Il éclata de rire quelques instants après.

« Oh, » pouffa-t-il en prenant une voix aiguë, « notre petite Alice écrit une lettre à son Franckynou d'amoûûûr ! »

Joyce et Benjy éclatèrent à leur tour de rire.

« Et c'est privé ! » rugit Alice en sautant sur Adam pour récupérer sa lettre.

« Pas de bruit dans la bibliothèque ! » aboya à son tour Madame Pince de son bureau. Elle s'approcha, l'air menaçante. Les trois Poufsouffle regagnèrent leur place rapidement en reprenant leur sérieux. « Ce n'est pas une cour de récréation ici ! Sortez immédiatement ! »

« Excusez-nous Madame Pince de ce petit dérapage, » intervint Benjy, les yeux remplis d'innocence et de bonne volonté, « cela ne se reproduira plus. »

La bibliothécaire les dévisagea d'un air soupçonneux, puis elle rajusta son vieux châle avant de faire demi-tour. Un instant plus tard, les trois Poufsouffle se lancèrent un autre regard, et ils se remirent à pouffer de rire, le plus silencieusement possible, sous le regard noir d'Alice et étonné de Harry.

Bien qu'il ait compris à qui Alice écrivait, il se pencha néanmoins vers eux et chuchota, d'un air intéressé : « Franckynou ? »

Et les ricanements des trois amis reprirent. Joyce se calma la première.

Elle leva ses yeux vert pâle vers Harry et murmura : « Franck Londubat. Le petit ami d'Alice. Il était à Poudlard l'année dernière, à Gryffondor. Maintenant il suit une formation pour être Auror. Quand ils ont commencé à sortir ensemble – elle se remit à ricaner – ils étaient tous les deux très effusifs et guimauve. Un jour, on a surpris Alice en train de l'appeler 'Franckynou'. »

« Oh, » susurra Harry, un grand sourire aux lèvres, et clairement amusé, « que c'est mignon ! »

« Bande d'abrutis, » grogna Alice, un léger sourire en coin qu'elle tentait de cacher sous son air contrarié. « Vous êtes jaloux, voilà tout ! »

« Ne t'inquiète pas Alice, » répliqua Joyce, « aucun de nous trois ne voudrait te voler ton Franck. Pour ce qui est de Stephen – elle se tourna vers lui – serais-tu intéressé par les garçons ? »

Harry écarquilla de grands yeux devant une telle question. D'ailleurs, quel genre de question était-ce ? Il s'étrangla à moitié en avalant sa salive.

« Bien sur que non ! » s'exclama-t-il vivement.

Joyce haussa les épaules. « On ne sait jamais, » déclara-t-elle avant de se retourner vers Alice. « Tu vois, aucun risque. Rassurée ? »

Alice se contenta de regarder Benjy et de lui demander, l'air ingénue : « Et toi Benjy, pour ce qui est de Laurence ? »

Le jeune homme ne se démonta pas, et lui confia qu'il ne sortait toujours pas avec elle, merci de s'en inquiéter, et qu'à présent il fallait travailler un peu, s'ils voulaient avancer avant d'aller en cours de Sortilèges.

Harry apporta donc à ses côtés la petite pile de livres qu'ils avaient consultés sur la Légilimancie. Il devait bien y avoir une mention, quelque part, d'implantations de faux souvenirs.

Alors qu'il lisait en diagonale Magie de l'esprit : utilisation et défense, il fut un peu amusé en constatant qu'il travaillait déjà pour un devoir, avec plusieurs jours d'avance. Les Poufsouffle avaient réussi à avoir une influence sur lui en deux jours à peine. Hermione en aurait été verte et totalement abasourdie. Soit, il s'agissait d'un devoir de Défense, qui plus est sur un sujet qui l'intéressait, mais en temps normal, il se serait tourné les pouces avec Ron jusqu'au denier moment.

Un passage attira son attention.

Il est néanmoins possible de se créer un faux souvenir à partir d'un souvenir préexistant qui pourra être mis en avant. Ainsi, le legilimens accédera au souvenir falsifié, et l'occlumens aura réussi à protéger son souvenir. Le legilimens peut tout de même se rendre compte de la supercherie si les modifications sont trop visibles et peu crédibles. Créer un souvenir de toute pièce à partir de rien est d'un niveau beaucoup plus élevé, et peu de sorciers réussiraient un tel tour de passe-passe.

Enfin, le legilimens peut modifier un souvenir sur autrui, mais il semble quasiment impossible qu'il puisse en créer un de toute pièce à moins qu'il utilise un souvenir lui appartenant. Cependant, il sera difficile pour le legilimens que la personne visée ne se rende pas compte qu'on lui implante un souvenir qui ne lui appartient pas. Elle pensera plus facilement à un rêve ou une vision qu'à un véritable souvenir. Si le legilimens veut faire croire à la personne visée que les images implantées sont réelles, il devra avoir recourt à une illusion.

La suite passait à une tout autre partie. Harry relut la dernière phrase plusieurs fois.

Si le legilimens veut faire croire à la personne visée que les images implantées sont réelles, il devra avoir recourt à une illusion.

Une illusion.

Voilà qui semblait être une bonne piste. Frustré par le manque d'explication, Harry soupira et se leva. Dix minutes plus tard, après avoir enregistré le livre qu'il venait de trouver, Harry s'installa une nouvelle fois et ouvrit sa trouvaille. Illusion ou hallucination ?

Vingt minutes plus tard, avant d'aller en Sortilège, Harry referma lentement le livre. Il était blanc comme un linge. La bonne nouvelle était qu'il avait sa réponse pour le devoir de Défense. L'autre nouvelle, il ne parvenait pas à dire si elle était bonne ou mauvaise. Harry la considéra spontanément comme étant plutôt mauvaise. Il fallait qu'il marche. Il se leva, et le bruit attira l'attention de Joyce.

« Tu t'en vas ? » s'étonna-t-elle.

« Oui, j'ai besoin de prendre un peu l'air avant d'aller en cours. Vous me rejoignez là-bas. »

Elle acquiesça et se replongea dans son livre.

xXx

Harry marchait d'un pas rapide, faisant le tour du lac et en essayant de ne pas céder à la panique. Après tout, ce n'était pas forcément vrai. Ce n'était qu'une simple possibilité, juste une hypothèse. Encore une fois, il songea à sa fuite et à la manière dont il s'était retrouvé subitement, sans prévenir, dans le passé. Il était possible, qu'à la place d'avoir sauté par la fenêtre, il se soit évanoui, ou que les mangemorts aient réussi à le rattraper...

Ils auraient pu ensuite l'amener inconscient jusqu'à Voldemort, qui l'aurait enfermé dans un de ses cachots particuliers. Il aurait très bien pu vouloir jouer un peu avec lui en voyant qu'il était toujours évanoui. Voldemort avait un côté très joueur. Il lui serait facile de le maintenir dans un semi-coma. À partir de là, il aurait pu tout lui faire.

Son corps, son esprit, sa personne entière à disposition de Voldemort. Voilà qui n'aurait pu qu'attiser les désirs et l'imagination sordide du mage noir.

Y compris lui implanter une illusion complexe dans son esprit, lui faisant croire qu'il était dans le passé, à l'époque de ses parents.

Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ? Pour étudier ses réactions, lui faire perdre pied, le dérouter ? Pour que Harry se rapproche de ses parents et savourer le moment où il le séparerait d'eux ? Pensait-il là que c'était un moyen élégant de le briser ?

Harry s'arrêta, ferma les yeux et se répéta que ce n'était qu'une simple hypothèse. Pourtant, il était difficile de ne pas paniquer. Suis-je en ce moment même allongé et enchaîné dans un cachot de Voldemort ? L'idée lui paraissait si absurde alors qu'il sentait le vent dans ses cheveux, le soleil qui chauffait doucement sa peau… il faillit éclater de rire. Pourtant, au fond, ce n'était pas une idée si stupide que ça.

Elle paraissait même plus probable qu'avoir vraiment remonté le temps de vingt ans sans l'aide de la magie. Elle était juste beaucoup plus déplaisante, et à cette pensée, Harry se sentait si vulnérable… Il ne pouvait pas agir et Voldemort pouvait faire tout ce qu'il voulait de lui. Il préférait être perdu dans les affres du temps, de manière inconnue, et à frôler les paradoxes temporels que d'être impuissant, dans les bras de Voldemort.

Mais – et Harry sut qu'il allait devoir retourner à la bibliothèque pour faire des recherches plus précises – si tout ça n'était au fond qu'une illusion, un monde imaginaire implanté dans son esprit par Voldemort… est-ce que ce dernier contrôlait tout ce qui s'y passait ? Si oui, pourquoi aurait-il fait en sorte que Harry pense qu'il puisse s'agir d'une illusion ?

Pour te rendre chèvre, voilà pourquoi Potter, songea-t-il en grognant. Et ça marche à merveille en plus !

Harry tapa violemment du pied dans une pierre au bord du lac. Elle fusa, puis plongea directement dans l'eau. Il regarda pensivement les ondulations provoquées. Cela semblait si réel ! La surface grise du lac, miroir du ciel, longue étendue qui faisait basculer deux réalités - vers la terre et la voûte céleste, et vers les profondeurs des abysses. Deux facettes, deux possibilités...

Voyant l'heure qui tournait, il se dirigea vers le château.

Une autre pensée – encore plus dérangeante – lui vint à l'esprit. Si Voldemort avait crée une telle illusion… il était donc dans son esprit. Pouvait-il entendre tout ce qu'il pensait ?

Voldemort ? Personne ne lui répondit et Harry eut une nouvelle fois une irrépressible envie de rire. Bon sang, s'il s'imaginait que Voldemort allait lui parler dans sa tête, c'est qu'il devenait vraiment fou.

En arrivant en classe, la plupart des élèves étaient déjà installés. Il rejoignit le quatuor, notant au passage qu'il s'agissait d'un double cours avec les Serpentard. Si durant le cours de Défense les Gryffondor et les Poufsouffle se mélangeaient peu, la distinction entre les Poufsouffle et les Serpentard était claire et nette. Les Serpentard à droite, les Poufsouffle à gauche, les deux groupes séparés par une large rangée.

Le professeur Flitwick sembla se faire la même réflexion, son regard naviguant de droite à gauche, les lèvres un peu pincées. Il surplombait la salle, en haut de sa pile de coussins sur sa chaise haute, elle-même sur l'estrade devant le tableau. De petits objets enchantés flottaient dans les airs sur toute la salle.

La dernière élève entra d'un pas rapide dans la classe, ses bottes claquant sur le sol de pierre et se dirigea directement vers le fond, côté Serpentard. Elle posa ses affaires bruyamment, racla la chaise et s'assit. Harry reconnut la Serpentard qu'il avait rencontrée un peu plus tôt dans la journée, avec la même coiffure explosive.

« Essayez de ne pas arriver en retard dès le début de l'année, Miss Bladwell, » remarqua Flitwick de sa petite voix flûtée. Il leva sa baguette d'un geste délicat et raffiné, et referma la porte lentement, sans un seul bruit.

« Bien, donc vous voilà en septième année, la dernière ligne droite avant les ASPICs, » commença Flitwick. « Contrairement aux autres professeurs, je ne vais pas vous dire que le programme cette année en Sortilège est très difficile. En revanche, il est plutôt dense et varié. C'est pourquoi votre travail personnel sera décisif. Je ne resterai que deux semaines maximum sur un sortilège. Pour beaucoup, nous ne les verrons que pendant une semaine. Ceux qui n'arriveront pas à maîtriser ce sortilège à la fin de ce laps de temps devront travailler par eux-mêmes. »

« Ah, mais malgré tout, cela n'est pas difficile, non, non…, » maugréa à voix basse Adam.

Harry eut un sourire, tant par la remarque que parce qu'elle lui faisait penser à Ron.

« Les Sortilèges, » continua le petit professeur, « sont propices à la pratique. Vous ne pouvez pas travailler la pratique en potion, en botanique et même quelques fois en Défense, en dehors des cours. Pour ma matière, c'est possible et même fortement conseillé. »

Il fit une pause et à l'aide de sa baguette, il fit léviter deux verres bleus devant lui.

« Pour ce début d'année, nous allons commencer par étudier le sortilège de Protéiforme. Qui peut me dire de quoi il s'agit ? »

Plusieurs mains se levèrent, parmi les Serpentard comme parmi les Poufsouffle.

« Mr Macmillan ? » interrogea Flitwick.

Le jeune homme se redressa un peu et se racla la gorge d'un air important : « Lorsque l'on soumet ce sortilège à plusieurs objets et que l'on change la forme d'un de ces objets, tous les autres prendront cette nouvelle forme. »

Le professeur acquiesça, « Cinq points pour Poufsouffle. »

Harry se souvint alors que c'était le sortilège que Hermione avait utilisé avec les faux Gallions pour l'Armée de Dumbledore. Les Serdaigle avaient été impressionnés qu'elle sache l'exécuter correctement en cinquième année. Et le jeune homme se souvenait aussi qu'il trouvait que ce système ressemblait fortement à la marque des Ténèbres.

Il jeta un coup d'œil aux Serpentard. Combien d'entre eux songeaient à rejoindre les rangs de Voldemort ? Et savaient-ils qu'il faudrait qu'ils se fassent marquer au fer rouge, comme du bétail ? Que Voldemort pourrait les appeler quand bon lui semblait, et qu'ils devraient obéir immédiatement, tels des chiens ?

Flitwick leur montra un exemple avec les deux verres. Lorsqu'il changea la couleur, teintant un des verres en rose, l'autre se modifia immédiatement. Flitwick passa une bonne moitié du cours à expliquer le fonctionnement de ce sortilège, pourquoi il fonctionnait ainsi, la formule à utiliser, les multiples applications et tout ce qui pouvait toucher de près ou de loin à la théorie de ce sort.

L'autre moitié du cours fut utilisée pour la pratique. Si à son époque, c'était l'un des cours les plus bruyants, chacun discutant allègrement avec son voisin, ici, les élèves travaillaient dans leur coin, sans bruit. Mais il s'agissait après tout d'un double cours Poufsouffle et Serpentard, ce qui n'était pas la meilleure association à faire pour qu'il y ait du bruit. Les Serpentard étaient toujours très silencieux, sauf lorsqu'ils étaient couplés avec des Gryffondor. De plus, Harry savait que plus de la moitié des Vert et Argent jugeait que les Poufsouffle n'étaient que des moins que rien qui ne valaient pas la peine que l'on s'attarde sur eux.

Certains réussirent le sortilège dès les premiers essais, dont Benjy et sans peu de surprise, Severus Snape. Harry l'observa longuement, la tête légèrement penchée sur le côté. Il était assis seul, juste derrière Rosier et Wilkes. Avery était devant avec Chetwode, la fille qui était avec eux dans la calèche à la rentrée. Snape ressemblait toujours au garçon qu'Harry avait vu dans la pensine, en cinquième année, mais sa mâchoire était peut-être un peu moins fine. Il regardait le reste de la classe d'un air noir et agacé, tapotant sa table avec ses longs doigts fins.

Avant qu'il ne se tourne vers lui, Harry reporta son attention sur ses deux verres qui étaient toujours bleus. Quelques minutes plus tard, n'y arrivant toujours pas, il releva la tête pour regarder les autres élèves. Il y avait un autre garçon de Serpentard, qui était encadré par deux filles. Harry se pencha vers Benjy qui expliquait en chuchotant des indications à Adam pour l'aider.

« Excuse-moi, comment s'appellent ces trois Serpentard, là ? »

Benjy s'interrompit et se tourna vers Harry. Il semblait légèrement déconcerté. « Pourquoi donc ? »

Harry haussa les épaules, « Je voudrais juste savoir les noms de tout le monde, histoire de m'y retrouver un peu. »

Benjy porta son regard sur les trois Serpentard, puis se pencha vers Harry : « Le garçon, c'est Cyril Wexcombe, il est préfet et c'est un Serpentard plutôt fréquentable à côté des quatre autres garçons. Les deux filles, c'est Audrey Bulstrode pour la plus forte et Dorothy Higden pour la bonde. Je ne les connais pas tant que ça, elles sont plutôt discrètes, même si Higden est réputée pour être une véritable mangeuse d'hommes. »

Harry acquiesça, pensivement. Ces noms ne lui disaient rien, à part Bulstrode. Une fille de Serpentard à son époque s'appelait ainsi. Cependant, puisqu'elles portaient toutes deux le même nom, Audrey ne devait pas être la mère. De plus, Harry ignorait si cette famille faisait partie des mangemorts, mais si c'était le cas, ils n'étaient pas parmi les plus importants.

« Et celle tout au fond ? » ajouta Harry, curieux.

« Ah, elle, » Benjy fit une légère grimace, « Nadège Bladwell. Elle est… particulière. Et elle n'a aucun ami apparemment, elle est toujours toute seule. Par exemple lui, - il désigna Snape – est très souvent seul aussi, mais au moins, il lui arrive de fréquenter la petite bande d'Avery – celui-là. Bladwell, jamais. Certains disent qu'elle est folle. »

Harry fronça les sourcils, « Bladwell ? Je crois que j'ai rencontré quelqu'un qui s'appelle comme ça. »

« Ça doit être Lewis Bladwell, un Serdaigle. C'est son cousin, » expliqua le Poufsouffle. « Lui est parfaitement normal, même si je ne le connais pas tant que ça. »

« Merci, » souffla Harry alors que Benjy se tournait vers Adam, pour voir s'il avait réussi à progresser. Harry coula un regard coupable vers ses deux verres bleus, mais au fond, il ne se sentait pas vraiment concerné par les cours. Sa situation lui semblait bien plus importante que colorer en rose deux verres.

Cela fait quatre futurs mangemorts certains à Serpentard, songea Harry, la tête dans le creux de ses mains. Et un à Gryffondor, ajouta-t-il avec hargne. Il soupira. Et combien y en aura-t-il en plus ? D'autant plus qu'il y avait aussi les autres années… Il devait bien y en avoir quelques uns en sixième année.

Finalement, il se concentra sur ses deux verres quelques minutes avant la fin du cours. Au moment de la sonnerie, un des verres était rose mais l'autre était orange. Harry se consola en se disant que le orange était plus proche du rose que du bleu. Et puis, une bonne moitié des élèves n'avaient eu aucun résultat en travaillant d'arrache-pied durant toute la séance, alors sa performance n'était pas si catastrophique.

xXx

Harry laissa tomber de manière peu discrète Illusion ou hallucination ? sur une petite table de travail de la bibliothèque. Il avait hésité à emprunter le livre mais mis à part la bibliothèque, il ne voyait pas d'autres endroits où il pouvait lire en toute tranquillité. Il n'avait en tout cas pas la moindre petite intention d'aller dans la salle commune des Poufsouffle. Le quatuor s'y était rendu pour rédiger leur devoir mais Harry avait préféré se réfugier à la bibliothèque – ce qui était un comble lorsqu'on savait qu'il y allait bien peu souvent avant. Mais il ne se sentait pas à son aise chez les Blaireaux. Ce n'était pas sa vraie salle commune. Au fond, il se sentait un peu comme un intrus là-bas.

Et maintenant, à nous deux Voldemort, grinça Harry.

Il ouvrit le livre et passa les pages qui expliquaient ce qu'était une illusion – il les avaient déjà lues tout à l'heure. Il s'agissait d'un environnement créé de toute pièce par un illusionniste. Ce dernier manipulait l'esprit de son sujet pour qu'il crût que cet environnement fut réel. Le sujet évoluait par lui-même dans cet environnement, et faisait face aux différents éléments que créait l'illusionniste.

Cela requérait donc deux personnes, alors que dans le cas de l'hallucination, il n'y en avait qu'une. L'hallucination venait entièrement du sujet, bien qu'elle puisse être engendrée par un hallucinogène. Cependant, l'hallucination ne pouvait pas durer indéfiniment. Elle était souvent trouble et changeante. Le sujet n'avait pas conscience qu'il s'agissait d'hallucinations, mais elles étaient tout de même liées à la réalité. Les éléments réels se mélangeaient à ceux qui étaient imaginés. Harry doutait fortement qu'il soit en train d'halluciner.

Certaines conditions étaient requises pour créer une illusion. Il fallait obligatoirement que l'illusionniste et le sujet soient très proches, physiquement comme mentalement. Pour ceux qui se connaissaient peu, ou pas du tout, et qui n'avaient aucun lien, un contact physique constant était nécessaire. Plus l'illusionniste était puissant et doué en Légilimancie, plus il pouvait créer des illusions complexes criantes de vérité qui perduraient. Cette puissance magique pouvait aussi lui permettre de s'éloigner un peu du sujet.

Pour Harry, il ne faisait aucun doute qu'il était proche mentalement de Voldemort grâce – ou plutôt à cause – de sa cicatrice. Ils avaient en plus de nombreux liens comme le fourchelangue et les baguettes jumelles. Physiquement, si en ce moment même il était enchaîné dans un cachot de Voldemort, le mage noir ne devait pas être très loin. Et il ne doutait pas de la puissance magique de son ennemi.

Ainsi, toutes les conditions principales étaient remplies.

Harry arriva à la partie où il était expliqué ce qu'il fallait faire pour créer une illusion, mais Harry la passa. Ce n'était pas le plus important. Il s'arrêta au passage qui l'intéressait. Comment savoir si on est le sujet d'une illusion. Fébrile, Harry parcourut rapidement les lignes, sautant de phrases en phrases.

Sachez tout d'abord que si vous craignez être la victime d'une illusion, il est peu probable que vous soyez soumis à une illusion. En effet, l'illusionniste évitera que les circonstances vous amènent à soupçonner ce qui vous entoure. Généralement s'il s'agit vraiment d'une illusion et que vous le découvrez, l'illusion s'arrêtera immédiatement.

Quelques lignes d'explications se poursuivirent sur le fait qu'on ne pensait pas être dans une illusion si on était vraiment soumis à une illusion.

Cependant, il est théoriquement possible que l'illusionniste amène le sujet à croire qu'il est dans une illusion pour que ce dernier écarte cette hypothèse. Cela aura pour but de renforcer l'idée que ce qui arrive au sujet est réel. Il est évidemment très difficile de manipuler le sujet pour parvenir à un tel résultat, et c'est pourquoi les illusionnistes prudents éviteront simplement que le sujet ait des doutes.

Harry écarquilla les yeux. En fait, ragea-t-il, ils expliquent que si on pense être dans une illusion, c'est qu'on ne l'est pas, mais qu'on peut tout de même l'être si l'illusionniste veut nous faire douter. Donc au final, on ne sait pas.

Légèrement déprimé, il savait pertinemment que Voldemort serait plus que capable de lui faire croire qu'il était dans une illusion pour l'embrouiller, pour qu'au final, Harry soit convaincu que ce qu'il vivait était réel.

Merlin, j'ai mal au crâne, gémit Harry en se prenant la tête entre les mains. Il inspira un bon coup, et repartit dans sa lecture. Il était expliqué durant plusieurs paragraphes à quel point il était difficile de savoir si oui ou non, on était victime d'une illusion, plusieurs exemples à l'appui. C'est seulement après que l'attention de Harry s'accrut.

Étant donné que pour maintenir l'illusion, l'illusionniste doit être en contact permanent avec l'esprit du sujet, le sujet peut essayer de bloquer son esprit de l'intrusion de l'illusionniste. Ainsi, l'illusion disparaîtra. Pour y arriver, le sujet doit être un occlumens aussi - voire plus - puissant que l'illusionniste est legilimens. Ce n'est qu'ainsi que le sujet réussirait à rejeter l'illusion imposée. De plus, si le sujet possède également une grande expérience de la Legilimancie, il pourra réussir à retrouver l'esprit de l'illusionniste pour savoir de qui il s'agit et communiquer avec lui. Ce n'est que par ces deux méthodes que le sujet pourra être entièrement certain qu'il est soumis à une illusion ou non.

Harry eut un mouvement de recul. La partie s'arrêtait là, le livre enchaînait ensuite avec différents exemples d'illusions. Le jeune homme eut l'impression qu'un nœud de glace se formait dans son estomac. Non, non, non, gémit Harry. Il se sentait plus mal que ce midi lorsqu'il avait réalisé qu'il était possible que tout ça ne soit qu'une illusion. Maintenant, il était quasiment convaincu que c'était le cas, et le seul moyen de s'en sortir c'était la Legilimancie ou l'Occlumancie. Autant attendre que Voldemort en ait assez de jouer à ce petit jeu.

L'esprit embrumé, il reposa le livre et sortit précipitamment de la bibliothèque. Son épaule cogna l'épaule de quelqu'un au passage, et en se retournant pour s'excuser, il se retrouva face à face avec sa mère. Pétrifié, il ouvrit de grands yeux.

« Ex…Hum, excuse-moi, » bredouilla-t-il.

Lily secoua légèrement la tête, faisant voleter quelques mèches rousses et Harry regarda un léger sourire se former sur ses lèvres.

« Ce n'est pas bien grave. En revanche, tu es bien pâle. Tu es sûr que tout va bien ? »

Remué au plus profond de lui-même, Harry leva les yeux vers elle, et vit de l'inquiétude et de l'attention dans ses yeux. Bon sang ! La gorge nouée, Harry ne put que se battre avec lui-même pour éviter de se mettre à pleurer dans ses bras. Fuis Potter !

« Oui, » coassa-t-il en s'étranglant à moitié, « ça va aller… Merci. »

Il se retourna et partit au pas de course, des larmes plein les yeux, les sens exacerbés et le cœur douloureux. Il renifla pitoyablement et pria pour que personne ne vienne le voir. Il monta directement au cinquième étage, et se trouva une salle de classe inutilisée depuis de nombreuses années vu la poussière sur les tables de cours. Harry s'approcha de la fenêtre en refermant la porte derrière lui, s'appuya sur le rebord et s'écroula.

C'était encore plus difficile que tout ce qu'il avait imaginé. Il savait que ça ne serait pas facile, mais il avait sous-estimé la situation. Le regard inquiet de sa mère lui revint en mémoire et il pleura de plus belle. Ses jambes devenant tremblantes, il s'assit par terre, contre le mur, les jambes repliées contre lui-même. Il inspira longuement pour reprendre son calme. Si quelqu'un le voyait ainsi…

Puis une pensée dérangeante, perturbante lui vint à l'esprit. Voldemort le voyait sûrement. Il était là, dans sa tête, en train de jouer avec lui pour mieux le briser, pour mieux l'achever. Pour le voir souffrir. Un instant, il crut sentir la jubilation de Voldemort mais il était possible qu'il l'ait imaginé. Le souffle de Harry s'accéléra, la tristesse et le désespoir s'éloignant doucement pour laisser place à de la colère, qui arrivait par vagues successives. La marrée monta.

Harry sortit sa baguette, verrouilla la porte et plaça un sortilège de silence sur la pièce.

Tu ne m'auras pas Voldemort ! ragea-t-il. Je ne te ferai pas ce plaisir !

Il se leva et la voix cassée, il brailla dans la salle de cours désaffectée : « Tu entends Voldemort ? Ça ne marchera pas ! Tu peux toujours m'en mettre plein la vue, je me redresserai toujours pour mieux te battre. EST-CE QUE TU M'ENTENDS ? Aies au moins le courage de te manifester plutôt que te cacher ! »

Dans sa colère tourbillonnante, foisonnante, Harry sentit que Voldemort était heureux. Cette fois-ci, il ne s'agissait pas de son imagination, il en aurait mis sa main à couper. Il sentait la joie malsaine qui pulsait. Harry ferma les yeux pour se concentrer. Oui, ce que le mage noir voulait depuis longtemps venait d'arriver. Il allait réussir, c'était indéniable.

« NON ! » hurla Harry. « Tu ne réussiras pas, ce que tu fais ne sert strictement à rien ! À RIEN ! »

Sa voix s'érailla, et Harry se tut, haletant. Il ressentait toujours que le mage noir se délectait de la scène. Soudainement épuisé, Harry se rassit au sol, lessivé. Au moins, il avait la preuve qu'il était bien victime d'une illusion de Voldemort, et ce, sans Occlumancie. Peut-être un peu de Légilimancie grâce à leur lien. Mais pour revenir à la réalité, il lui faudrait résister à Voldemort. Qui était un legilimens hors pair. Honnêtement, combien pouvaient se vanter d'avoir surpassé Voldemort à ce niveau-là ?

La réponse fit rire Harry.

Severus Snape.

Harry se demanda si à dix-sept ans, Snape était déjà un occlumens et legilimens accompli. Ce n'était pas si évident que ça. Il avait sûrement de bonnes bases, mais il avait dû se perfectionner lorsqu'il était devenu un espion. De toute façon, Harry ne comptait pas demander l'aide de Snape, jeune ou pas jeune. Il restait toujours infect et peu pédagogue, quelque soit son âge.

L'autre personne qui lui venait à l'esprit était Dumbledore. Mais Harry savait que c'était une mauvaise idée. L'homme comprendrait tout en moins de deux minutes. Puis Harry se redressa. S'il s'agissait d'une illusion, ce n'était pas bien important si quiconque apprenait qui il était, il n'avait pas à craindre de paradoxe temporel. Néanmoins, c'était peut être une décision un peu hâtive.

Tout ce dont il avait besoin à présent, c'était de recul. Il était trop impliqué émotionnellement pour raisonner logiquement. Il se passa les mains sur le visage, se frotta un peu les yeux, et sortit de la pièce en retirant ses sortilèges.

xXx

« - Et donc j'ai appris qu'elle avait bien eu une relation plus que poussée avec Geoffrey, » déclara avec emphase Estelle Reilly.

Harry s'assit à la table des Poufsouffle, où visiblement les ragots allaient bons trains. Il nota la présence de Serdaigle qui étaient en train de manger parmi les Poufsouffle. Comme quoi, malgré le fait qu'il n'y avait pas tant de mélange que ça, il y avait une bonne entente entre les maisons. Pour le moment.

Il se servit et prit du poulet et des haricots verts. Il n'avait de toute façon pas très faim, l'estomac trop noué.

« Mince ! » s'exclama une Poufsouffle, Bridget Drayton. « Elle ne m'en a même pas parlé ! Et pourtant, c'est mon amie… »

Harry leva les sourcils devant une telle scène. Il lança un regard un peu interloqué vers Alice, qui suivait la discussion avec intérêt, et Joyce, qui affichait un air écœuré. Elle dut sentir le regard de Harry car elle se tourna vers lui, lui fit un sourire ravi et se déplaça pour se mettre à côté de lui.

« Tu me sauves ! » souffla-t-elle en s'asseyant. « Je hais les filles qui cancanent à tout va. Tu seras heureux d'apprendre que Rosie Barantyn de Gryffondor a couché avec Geoffrey Burnel de Poufsouffle. Rosie l'a raconté à l'une de ses meilleures amies, Sabine Fleming de Poufsouffle, mais pas à l'autre, Bridget Drayton, de Poufsouffle également, » narra-t-elle d'une traite. « Sabine en a parlé à Estelle Reilly, de Serdaigle, qui vient juste de dire à tout le monde, y compris à Bridget, ce qu'il s'était passé. Et maintenant, Bridget va faire une scène. Génial, non ? » ironisa la jeune fille.

Ellejeta une œillade de dégoût aux filles. « Et comme Benjy et Adam sont passés je ne sais où, je ne pouvais même pas m'échapper de ce carnage. »

Joyce lança un regard désespéré vers Harry, qui l'observa stupéfait d'un tel déballage. Comment était-il sensé réagir à ça ?

« Heu… Content de t'être utile, y'a pas de quoi. Je ne suis pas très ragots, mais je n'ai pas vraiment l'habitude d'être confronté à ce genre de situations. »

« Tu as bien de la chance…, » confia Joyce. « À Poudlard, tout le monde sait tout sur tout le monde, et c'est bien dur d'avoir une vie privée. »

Harry acquiesça. Ce qui s'est passé est un secret absolu, par conséquent, tout Poudlard est au courant.

« Ça fait souvent ça dans les lieux où tout le monde se connaît. Les gens ne peuvent pas s'empêcher de parler. »

Harry haussa les épaules. Il avait plus que fait les frais de ce genre de comportement. À ce moment là, Benjy et Adam arrivèrent en compagnie de Lewis Bladwell et David Cleffort.

« Salut la compagnie ! » s'exclama Adam. « Stephen, voici David - »

« Perds pas ta salive, on s'est déjà rencontrés dans le train, » coupa David. « Tu es tombé sur une bonne maison, Curson, qui te permettra de t'intégrer plus facilement ici. »

Harry se força à sourire. « Oui, je m'en suis rendu compte. » Je ne veux pas m'intégrer, je veux partir d'ici.

« C'est certain que si tu avais été à Gryffondor ou Serpentard, ça aurait été plus dur, » ajouta Lewis.

« Pourquoi donc ? » demanda Harry, perplexe.

« Et bien, les Serpentard ne sont pas franchement les personnes les plus amicales qui soient - »

« C'est un bel euphémisme, » commenta Adam en bougonnant.

« - Et, » poursuivit Lewis comme si rien ne s'était passé, « les Gryffondor garçons sont très soudés et on a tendance à se sentir un peu exclus lorsqu'ils sont tous les quatre ensemble. »

« Mais séparément, ils sont tous géniaux et on rigole bien avec eux, » ajouta David pour leur défense.

Harry ne répliqua pas, sachant très bien de qui ils parlaient. Les Maraudeurs. Le nœud qu'il avait dans l'estomac se fit plus présent. Il piqua sa fourchette dans son assiette et mâchonna ses haricots verts. Ils parlèrent par la suite de diverses personnes, des cours, des profs, de leur avis sur le nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal – ils étaient plutôt inquiets de ne pas pouvoir suivre le programme officiel – comment feront-ils pour les ASPICs ? – et à un moment donné, ils furent rejoints par Alice et Estelle.

Harry, comme les fois précédentes, resta silencieux. Il renonça à finir son assiette et attendit que le temps passe. Il voulait éviter de descendre au dortoir trop tôt et d'attirer la surprise des autres. Son regard glissa sur toute la Grande Salle, puis sur la table des professeurs. Il croisa celui de Morel. Harry songea à la conversation qu'il avait surprise aujourd'hui. Quelle était la mission qu'il avait mentionnée ? Et qui lui avait donné cette mission ? Était-il un mangemort ? C'était tout de même peu probable puisqu'il semblait plus ou moins allié à Rusard. Or Rusard était un cracmol, et Voldemort n'en prendrait jamais un dans ses rangs.

D'ailleurs ce dernier devait surveiller Dumbledore. Rusard et Morel n'étaient donc pas de son côté ; mais s'ils n'étaient ni avec Dumbledore, ni avec Voldemort, avec qui étaient-ils ?

Alors que le dessert se finissait, Harry réussit à s'éclipser de la Grande Salle. Il descendit directement dans la salle commune des Poufsouffle, puis dans son dortoir.

Il sortit une petite boîte de ses affaires, ainsi qu'une petite pochette et il s'enferma dans la salle de bain en annexe. Il ouvrit la petite boîte, puis il inspira un grand coup, et tira sur ses paupières. Il approcha son doigt de son globe oculaire, tressaillit – Ah, c'est vraiment immonde ! - puis réussit à retirer une lentille. Il la plaça dans la lotion de la boîte et refit la même chose avec l'autre œil. Enfin, sa main tâtonna jusqu'à la pochette. Il marmonna quelques sorts et en sortit ses vielles lunettes, qu'il plaça sur son nez.

Il referma la boîte et écouta à la porte. Personne n'était revenu. Parfait.

Harry sortit de la salle de bain, et rangea ses affaires. Ensuite, il s'affala sur son lit et tira les tentures. Il mit à côté de l'oreiller les lunettes et régla sa montre pour qu'elle le réveille à une heure du matin. À cette heure-là, les Poufsouffle seraient déjà en train de dormir et il pourrait sortir en pleine nuit, faire une petite visite à la bibliothèque. Il pouvait toujours chercher quelques informations sur les voyages temporels. Si ce qui venait de lui arriver s'avérait impossible, alors la possibilité qu'il s'agisse d'une illusion serait renforcée.

Somnolant, Harry imagina Voldemort penché au-dessus de lui, ses yeux rouges fixés sur lui, deux doigts froids posés sur ses tempes. Voldemort pouvait très bien mettre un livre qui expliquerait qu'un tel voyage dans le temps était possible, alors que ce n'était pas le cas. Car s'il s'agissait d'une illusion, Voldemort pouvait mettre tous les éléments qu'il voulait dans sa tête.

Harry se retourna dans son lit.

Que se passait-il pendant que lui était plongé dans un semi coma ? Voldemort avait du coup le chemin libre. Dumbledore était trop affaibli pour faire quoi que se soit. Ron et Hermione… Bon sang ! Ses deux amis lui manquaient. J'ai besoin de vous deux pour tenir le coup. Ils avaient toujours été là pour lui. À le soutenir, à être présent, à l'aider, à l'épauler.

L'image de Ron et Hermione dans un cachot, placés sur une table de torture, entourés de Bellatrix, les deux frères Lestrange, McNair et Greyback lui vint à l'esprit. Ils criaient, hurlaient. Les sorts fusaient, les potions coulaient à flot dans leurs gorges palpitantes.

L'image tourbillonna, les hurlements se faisant plus présents. Ron et Hermione furent remplacés par Ginny, Luna, Neville. Il y avait du sang partout et Harry entendait le rire de Bellatrix retentir dans ses oreilles. Il essaya de lui courir après. Des bruits de course. Les bottes de Harry et Bellatrix frappaient en cœur le sol de pierre, légèrement amortis par la couche de sang séché. Il voulait la faire souffrir, souffrir, souffrir, et hurler comme les hurlements de ses amis. Il voulait la voir se tordre de douleur. Alors qu'il s'essoufflait, il réussit à la coincer dans l'atrium, au Ministère de la Magie.

Il leva sa baguette vers elle et lui lança un doloris. Elle poussa un cri de surprise et se remit à rire.

Il faut le vouloir, bébé Potter. La juste colère ne m'atteint pas.

Mais il voulait vraiment la voir souffrir. Il n'y arrivait pas, il n'était pas assez fort. Il lui fallait plus de haine, plus de puissance. Pourtant, il sentait la haine qui pulsait en lui, mêlée à son sang, à celui de Voldemort, à la protection de sa mère. Elle s'écoulait en lui, traversait son cœur et lui brûlait l'estomac comme un acide. Malgré cela, il n'y arrivait pas.

Par sa faute ses amis criaient, criaient, et Harry s'effondra, tomba dans un gouffre. Il atterrit souplement, dans une pièce remplie de miroirs. Harry s'approcha et s'observa. Ses yeux rouges examinèrent son visage blafard. Il recula. Trébucha. Tomba. Hurla. Non !

Il se releva, en sueur, dans le noir. Il haleta, la peur suintant en lui. Il entendit de l'agitation.

« Stephen ? C'est toi qui as crié ? » demanda la voix de Benjy, proche de lui.

Encore désorienté, Harry mit du temps pour répondre.

« Curson ? » appela Burnel.

« Il a peut-être eu une attaque, » suggéra Macmillan.

« Je vais voir, » intervint Benjy.

Harry reprit son souffle et sentit l'urgence. Il entendait des pas venir vers lui. Il cacha prestement ses lunettes sous son traversin. Lui-même fut étonné de sa présence d'esprit.

« Non, c'est bon, » dit-il, « j'ai... ce n'était qu'un simple cauchemar. »

Ses rideaux s'ouvrirent et Harry ferma à moitié les yeux. Peut-être que dans l'obscurité, il ne remarquerait pas que ses yeux étaient verts.

« Un simple cauchemar ? » commenta Burnel, apparemment perplexe, « on aurait dit qu'on t'égorgeait. »

Benjy le regarda un moment, l'air inquiet.

« On ne crie pas comme ça pour un simple cauchemar, » approuva-t-il.

Harry se rallongea. « J'ai tendance à crier pour pas grand-chose, je suis vraiment désolé de vous avoir tous réveillés. »

Un bref sourire apparut sur le visage de Benjy. « Tu n'as quand même pas réussi à réveiller Adam. Mais j'avoue que si Poudlard explosait, je ne suis pas sûr qu'il s'en rendrait compte. Enfin, tu es sûr que ça va aller ? »

« Oui, oui, ne t'inquiète pas. »

« Très bien… Bonne nuit. »

« Toi aussi. À demain. »

Benjy referma les tentures et Harry, pris d'un doute, regarda sa montre. Il allait bientôt être une heure du matin. Et quasiment tous les Poufsouffle étaient réveillés. Bravo Potter, du grand art. Il enleva son réveil, énervé. Son escapade à la bibliothèque semblait un peu compromise. Il pouvait attendre pour retenter sa chance deux heures plus tard.

Dans le noir, les images de son cauchemar revenaient par flashs et Harry sentit l'angoisse, tapie au fond, qui le rognait tel un os pour prendre de la force. Il se força à penser à autre chose. N'importe quoi d'autre. Se réciter les sortilèges et maléfices qu'il pouvait utiliser lors d'un duel lui sembla être une bonne alternative.

Deux heures plus tard, Harry dormait profondément.

xXx

Harry monta prestement le petit tunnel, déboucha sur la salle commune des Pousfouffle tout en essayant d'attacher son blason sur sa robe de sorcier noire. Il s'était réveillé en retard, songeant que les Poufsouffle n'avaient pas osé le réveiller à cause de son cauchemar en pleine nuit. Il monta rapidement les marches et arriva au hall d'entrée. À ce moment là, il se mit à ralentir. Pour une raison ou une autre, il ne voulait pas arriver tout essoufflé dans la Grande Salle.

Les apparences ont la vie dure.

Il se reprit et poussa les portes. Il remarqua tout de suite qu'il y avait une tension sous-jacente. La Grande Salle était plutôt silencieuse. Quelque chose n'allait pas. De légers chuchotements ne parvenaient pas à détruire ce silence. Le genre de silence qui rappelait tellement de mauvais souvenirs à Harry. Un silence lourd. Harry prit une courte inspiration, ayant soudainement des difficultés à respirer. Il s'approcha lentement de la table des Poufsouffle.

Un coup d'œil à la table des professeurs lui apprit que Dumbledore n'était pas présent. McGonagall non plus.

Sans un mot, il s'assit et lança un regard interrogatif à ses camarades. Benjy lui répondit en lui tendant La Gazette.

Avant même de poser ses yeux sur la première page, Harry savait à quoi s'attendre. Bien sûr qu'il savait. Cela ne pouvait être que ça. Que lui. Harry baissa les yeux pour lire les gros titres.

Vous-Savez-Qui s'attaque aux moldus !

Le ministre déclare officiellement la guerre.

Harry se souvint de l'article qu'il avait lu alors qu'il était au Chaudron Baveur, cet été. Le ministère faisait en sorte que les sorciers ne paniquent pas. Visiblement, maintenant, ils peuvent paniquer, se moqua Harry. Il lut rapidement pour savoir de quoi il était question. Le ministre annonçait que le mage noir était de plus en plus incontrôlable – Tiens, parce qu'il était sous contrôle avant ? – et le journaliste relatait que les adeptes s'appelaient mangemorts.

Ils avaient mené une attaque conséquente dans le monde moldu la veille, ce qui avait provoqué un bon paquet de morts et du travail au ministère pour effacer la mémoire des éventuels moldus survivants. En plein cœur de Londres. Le choix était stratégique. Beaucoup de moldus, capitale de l'Angleterre, et à deux pas du ministère.

Harry rendit sans un mot le journal à Benjy, et se servit du café. Noir, sans sucre.

Ainsi, la Première Guerre des sorciers commençait.

« C'est tout l'effet que ça te fait ? » s'étonna Adam.

Harry releva la tête. Les Poufsouffle étaient livides, le cœur au bord des lèvres vu leurs assiettes vides. Bien sûr, que c'est tout ce que ça me fait. Ce n'est rien à côté de ce qui vous attend. Il but consciencieusement son café, qui lui brûla le bout de la langue. Quelques gorgées après, il reposa sa tasse.

« Et bien, il fallait s'y attendre non ? C'est affreux, certes, mais pas imprévisible. Au moins maintenant, peut-être qu'il y a aura plus de réactions de la part des sorciers plutôt que d'attendre que ça passe. »

Ils le dévisagèrent, stupéfaits et semblants s'être coincés quelque chose dans la gorge. Pourtant, il n'avait pas été si dur que ça. Ils le regardaient comme s'il venait d'annoncer qu'il ne ressentait rien, qu'il possédait un cœur de pierre. En vérité, Harry savait qu'ils étaient sous le choc. Ils étaient convaincus que tout se passerait bien pour eux. En un instant, cette conviction s'était effondrée comme un château de cartes soumis au vent. Harry eut un élan de compassion. Ça n'allait pas être facile pour eux de voir leur monde sombrer petit à petit. Ils perdraient leur innocence et leurs illusions.

À ce mot, Harry s'arrêta. Il reposa une nouvelle fois sa tasse, et s'empara du journal. Quand est-ce que Voldemort et les mangemorts avaient attaqué ? Ses yeux sautaient de phrases en phrases. Il resta figé devant la réponse. Il sentit son propre petit château qu'il essayait d'ériger tomber brusquement.

L'attaque avait eu lieu aux alentours de dix-huit heures, lorsque les moldus sortaient du travail. Et donc au moment où Harry avait ressenti cette joie intense de Voldemort.

Il s'était trompé de Voldemort.

Il ne s'agissait pas de la joie du sien, dans sa tête, mais de celui qui se trouvait à cette époque. Il ne s'attendait pas à avoir un lien avec celui-là, après tout, la connexion n'était techniquement pas encore créée. Mais peut-être que c'était justement l'œuvre de son Voldemort ; pour le tromper au travers de l'illusion... Comment savoir ?

Il n'était plus sûr de rien. Hier, il avait vu la joie de Voldemort comme étant une preuve qu'il était victime d'une illusion. Sa preuve venait de s'effondrer, et toutes ses certitudes avec ; jusqu'à douter de lui, de la réalité, et de sa stabilité mentale.

Retour à la case départ Potter.


.

Voilà, Harry craque, s'emmêle et doute.

J'espère ne pas trop vous avoir perdus dans tous les personnages… ni dans mes explications vaseuses d'illusion.

Bonne rentrée pour ceux qui sont concernés – et ceux qui ont des vacances jusqu'à début octobre, et bien, profitez, veinards ! =)

Bises, et à bientôt.