Titre - Dans les mensonges et les regrets

Disclaimer – Tout ce qui relève de l'univers de JKR lui appartient.

Rating – M

Bêta – Srithanio

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Note – *Raclement de gorge* Bonjour…

Avec sept mois de retard, je ne suis pas sûre que dire "je suis désolée" soit très utile. Mais je le suis quand même. J'ai des concours à passer cette année, et je me suis retrouvée ensevelie sous le travail. Les histoires sur la prépa et la montagne de travail qui l'accompagne ne sont pas pas des mythes. Bref, j'ai eu très peu de temps pour moi, et lorsque j'en avais un peu, et bien, je n'étais pas franchement d'humeur ou en état d'écrire.

Néanmoins, je remercie vivement tous ceux qui m'ont mis des reviews, c'est vraiment… Super ! Je ne pourrais pas dire suffisamment merci… Je *pense* avoir répondu à tout le monde, mais il est possible que parmi les derniers, j'en ai oublié malencontreusement – et puis, lorsqu'on lit la review cinq mois plus tard, je ne suis pas sûre que la personne attende encore une quelconque réponse… J'en suis désolée. Pour ce qui est des reviewers anonymes, auxquels je ne peux pas répondre, je les oublie pas. Merci beaucoup à eux aussi.

Après tout ce temps, je ne peux que conseiller de relire les trois premiers chapitres – trois chapitres c'est peu, et c'est vite relu – mais je vais mettre un petit résumé tout de même. Pour ce qui est de la suite, je ne promets franchement rien. Il faudra attendre minimum fin juin pour espérer quoi que ce soit.

Je vous laisse tranquille, et bonne lecture ! J'espère que ce chapitre qui a traîné vous satisfera. =/

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Précédemment

Harry, après une course-poursuite avec des mangemorts, arrive à s'en sortir en remontant dans le passé, sans qu'il ne comprenne comment cela a pu arriver. Il arrive en août 1977, et par prudence, change légèrement son apparence – lentilles, potion pour changer la forme de sa mâchoire, cheveux – et prend une nouvelle identité, celle de Stephen Curson, américain fraîchement débarqué. Alors qu'il risquait quelques petits problèmes avec le Ministère, une mystérieuse femme sortie d'on ne sait où lui apporte de parfaits faux papiers, lui permettant ainsi de s'intégrer et surtout, d'entrer à Poudlard. En effet, Harry souhaite fouiller la bibliothèque dans l'espoir d'une réponse à toutes ses questions et de trouver un moyen pour revenir à son époque.

A la rentrée, Harry arrive à échapper aux deux maisons les plus en vues – Gryffondor et Serpentard – et il est réparti chez les discrets Poufsouffle. Mais, Dumbledore, pas si bête que ça, surveille de près les lectures des élèves et Harry veut éviter à tout prix que quelqu'un découvre qu'il est un voyageur temporel, car qui sait ce qui arriverait ? Or il se rappelle que la Carte des Maraudeurs risquerait de le faire découvrir. Ne la trouvant pas dans le dortoir des Maraudeurs, il réalise que Rusard l'a déjà confisquée, et il la subtilise dans son bureau, surprenant au passage une conversation plutôt louche entre Rusard et le nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, Francis Morel.

Le premier cours avec ce dernier s'avère surprenant, et il désire entraîner ses élèves à la pratique par le biais d'illusions. Quelques recherches plus tard, Harry doute de son voyage dans le temps. Et si les mangemorts à sa poursuite l'avaient attrapé ? Il serait alors aux prises de Voldemort, parfaitement capable de créer une illusion… Harry, d'un niveau toujours aussi faible en Occlumancie, n'aurait aucun moyen de contrer la manipulation mentale du mage noir. Mais le Voldemort de 1977 mène une attaque contre des moldus, qu'Harry ressent par le biais de sa cicatrice. Il n'arrive plus à démêler le vrai du faux, tandis que tout Poudlard est sous le choc de la guerre déclarée.

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Personnages

Élèves de septième année :

Gryffondor : James Potter – Sirius Black – Remus Lupin, préfet – Peter Pettigrow - Lily Evans, préfète – Laurence Fearn – Mary McDonald – Rosie Barantyn

Poufsouffle : Benjy Fenwick, préfet en chef – Adam Bones, frère jumeau d'Amélia – Alice Robert, future Madame Londubat – Joyce Belinski - Christopher Macmillan – Geoffrey Burnel – Sabine Fleming, préfète – Bridget Drayton

Serdaigle : David Cleffort, préfet - Lewis Bladwell, cousin de Nadège - Amélia Bones - Estelle Reilly - Denise Strader, préfète en chef - Bertram Aubrey – Fabrice Di Rousso – Dave Goujon – Patricia Jones

Serpentard : Aloisius Avery – Evan Rosier – John Wilkes – Edith Chetwode – Severus Snape - Audrey Bulstrode – Dorothy Higden – Cyril Wexcombe - Nadège Bladwell, cousine de Lewis

Autres OC : Claudia McQueen, inconnue ayant fourni les faux papiers de 'Stephen Curson' - Francis Morel, professeur de Défense contre les Forces du Mal

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Dans les mensonges et les regrets

Partie IBrumeux

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Chapitre 4 – Doucereux quotidien

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L'article de la Gazette engendra dans un premier temps une stupeur générale, chacun semblant plus ou moins assommé par l'idée qu'ils étaient bel et bien au cœur d'une guerre. Voldemort et ses mangemorts n'étaient pas nouveau dans leur esprit, mais ils semblaient éloignés, comme s'il s'agissait des autres qui étaient concernés. Cette menace, devenue subitement plus concrète, provoquait nécessairement un certain choc.

Mais alors que le choc post-traumatique s'écoulait, il fut remplacé par une tension, d'abord ténue, mais de plus en plus présente. Les nuages noirs et menaçants d'un orage s'amoncelaient sur Poudlard, prêts à éclater, à déverser leurs peurs, leurs frustrations, leurs haines et leurs soupçons.

Harry, légèrement déconnecté face aux événements, ne prêta que peu d'attention aux mines sombres, aux regards en coins que les Gryffondor et les Serpentard se lançaient, prêts à se sauter à la gorge à la moindre réplique et accusations.

Vers midi, l'orage éclata, un peu partout dans tout le château.

« Répète un peu ce que tu viens de dire, là ! »

Harry releva la tête pour observer un Gryffondor et un Serpentard en pleine dispute.

« Es-tu sourd ou stupide ? Je sais que j'ai parlé un peu trop vite pour toi, mais j'espère que ton cerveau est capable d'analyser chacun de mes mots ? Peut-être ne connais-tu pas la - »

Le poing du Gryffondor fusa et s'abattit violemment sur la mâchoire du Serpentard. Ce dernier, sous l'impact du choc, tomba à la renverse, entraînant avec lui quelques élèves un peu trop proches. Harry entendit du coin de l'oreille un grognement de mécontentement, et il fut poussé sur le côté. Benjy s'approcha des deux élèves.

« Que pensiez-vous être en train de faire, vous deux ? » les apostropha le Poufsouffle.

Les yeux du Gryffondor louchèrent sur le badge de préfet-en-chef et il balbutia : « C'est lui qui a commencé. »

Benjy soupira, puis déclara posément : « Je n'en ai personnellement rien à faire de qui a commencé. Vous vous expliquerez dans le bureau de McGonagall. Suivez-moi. »

Les sourcils d'Harry se levèrent sous l'étonnement et il se tourna vers Adam, Alice et Joyce. Adam fit une grimace en constatant l'expression de Harry, et il acquiesça. « Ça nous arrive souvent, à nous aussi, d'oublier qu'il est Préfet-en-Chef, voire Préfet tout court. »

Et il s'avéra que ce genre d'évènements n'était qu'un léger prélude.

Les confrontations ne se limitèrent plus aux Lions et Serpents mais atteignirent même les sages Poufsouffle et les pragmatiques Serdaigle. C'était comme si, tout à coup, la plupart des élèves partaient au quart de tour à la moindre réflexion. De la poudre à canon, prête à exploser, songea Harry.

Même si le fond de ces altercations était basé sur les différences d'opinions qu'exposaient les Sangs-purs, et donc par là la source même de l'origine des mangemorts, elles prirent de plus en plus un aspect personnel. Il fut même dit qu'un élève en avait envoyé un autre à l'infirmerie parce qu'il sortait avec son ancienne petite amie. Et les raisons semblaient devenir de plus en plus absurdes.

Harry observa avec un léger intérêt un Benjy qui navigua toute la journée des bureaux des profs aux couloirs pour revenir aux bureaux des profs. À chaque fois qu'ils le voyaient en cours, il était de plus en plus énervé. Il reporta son humeur exécrable sur Alice, qui elle-même se rebiffa et se disputa avec Joyce. Adam, quant à lui, préféra rester largement en retrait, évitant à tout prix les conflits.

Néanmoins, il eut le mauvais goût de faire une remarque lorsque Benjy s'affala sur le banc des Poufsouffle lors du dîner en grognant qu'il n'en pouvait plus.

« Si tu ignorais royalement toutes ces simples disputes, tu n'en serais pas là, » fit Adam, qui récolta un regard noir.

Ce fut alors l'explosion.

« De simples disputes ? Sirius Black vient d'envoyer à l'instant son frère à l'infirmerie pour au moins une semaine et demie. En plus, Lupin était à côté, et il n'a pas bougé d'un poil. De simples disputes ? Que crois-tu qu'il se passerait si tout le monde pouvait faire ce qui lui plaît ? »

L'éclat de voix de Benjy les laissa muet durant un instant.

« Ne te mets pas dans un état pareil, Benjy, » tempéra Joyce, avec un accès surprenant de courage, « tout le monde est sur les charbons ardents suite à l'article de la Gazette. Ça passera. Tu vas bien dormir ce soir, et tu verras, demain matin, tout sera oublié. » Elle regarda les plats qui se trouvaient sur la table. « Mange un peu, du poulet, par exemple, tu aimes bien le poulet, non ? »

Elle lui tendit le plat, que Benjy prit en grognant légèrement un « Merci. »

Harry admira silencieusement Joyce, son tact, et sa faculté de glisser sur les sujets pour calmer instantanément l'ambiance.

En mâchonnant, il parcourut la Salle du regard. Partout où son regard se posait, il pouvait voir les conséquences de cette effervescence. À la table des professeurs, Dumbledore brillait par son absence. McGonagall fixait son assiette, le visage grave. Flitwick et Slughorn parlaient à voix basse, semblant tous deux soucieux. Chourave et Morel parlaient de manière beaucoup plus vive, et Harry eut l'impression qu'ils étaient en train de se disputer.

De leur côté, les Poufsouffle étaient étrangement silencieux. Harry reprit une bouchée.

« Oh, non, » soupira Benjy en voyant arriver une fille de Serdaigle vers lui. « Excusez-moi, dites-lui que je suis parti me coucher. »

Et il s'éclipsa le plus rapidement et furtivement possible.

Étonné, Harry interrogea les trois autres du regard.

« Denise Strader, l'autre Préfète-en-Chef. Une fille insupportable, » lui indiqua Adam à voix basse.

« Hum… Excusez-moi, » fit la fameuse Strader en se raclant la gorge. À cette voix, Harry sentit ses poils de bras se hérisser. Bon sang, fait-elle partie de la famille d'Ombrage ?

Les trois Poufsouffle se tournèrent lentement vers elle, l'air légèrement constipés. Harry étouffa un rire en buvant un peu de jus de citrouille.

« Où Benjamin Fenwick est-il parti, je vous prie ? J'aimerais lui parler, car comme vous avez certainement dû le remarquer, il y a eu aujourd'hui une recrudescence massive du déni de l'autorité et il est de notre devoir, en tant que Préfets-en-Chef, de réfléchir à des moyens de réprimer ce genre de comportement, » minauda-t-elle.

Harry s'étrangla dans son jus de citrouille et se mit à tousser. Il porta son regard sur la jeune fille. Elle se tenait bien droite, les cheveux bien plaqués en arrière, un sourire que Harry jugea hautement hypocrite plaqué sur son visage angulaire. Aucune ressemblance physique avec Ombrage, nota-il, légèrement déçu, sans vraiment savoir pourquoi.

« Je suis vraiment navrée, » répliqua Alice avec le même sourire hypocrite, « mais il me semble qu'il est parti se coucher, puisque la journée a été particulièrement difficile pour lui. »

« Pour lui ? » grinça Strader. « Il me semble que j'ai eu droit à la même journée que lui, il aurait pu au moins éviter de se montrer en tant que victime. De plus, il me semble totalement honteux qu'il n'ait pas attendu un moment pour que l'on puisse s'entretenir. Vous lui ferez part de mon mécontentement et lui annoncerez que je désire le voir demain matin dès la première heure. Une telle journée ne peut pas se reproduire. Il lui est fortement conseillé de ne pas se dérober sinon je me verrais dans l'obligation de faire part de cette attitude déplorable au directeur, le professeur Dumbledore. Ai-je été suffisamment claire ? »

Le sourire d'Alice se fit de plus en plus forcé durant le monologue de la Préfète. « Je pense que c'est suffisamment clair, en effet, » persifla Alice, « nous lui ferons part de vos recommandations. »

« Parfait. Dans ce cas, passez une excellente soirée. Oh, et Mr Curson, je n'ai pas encore eu l'occasion de me présenter à vous, j'ai été très occupée ces derniers jours avec la rentrée, mais bienvenue à Poudlard. Je suis Denise Strader, la Préfète-en-Chef de l'école. Si vous avez le moindre problème ou des questions, n'hésitez surtout pas à venir me voir. »

Elle fit volte-face et partit le menton relevé, le torse légèrement bombé.

« Enchanté, moi aussi, » grommela Harry.

« Tu vois ! » annonça triomphalement Adam. « As-tu déjà vu une personne plus insupportable et plus agaçante ? »

Harry se mit à rire et le regarda. « Bizarrement oui. Mais je t'accorde que ces deux personnes ont de nombreux points communs, et celle-là semble se défendre très bien. »

xXx

Couché dans son lit, Harry fixait le plafond, comme s'il pouvait lui apporter toutes les réponses dont il avait besoin. Il se frotta les yeux, appréciant l'absence de lentilles. Il retournait dans tous les sens les possibilités qui se présentaient à lui, et elles étaient trop nombreuses.

Un voyage dans le temps aussi conséquent défiait toute logique, mais étant donné que rien ne semblait vraiment impossible avec la magie, Harry refusait d'écarter cette possibilité. L'illusion, au contraire, semblait beaucoup plus pertinente, mais impossible à vérifier. Sauf s'il arrivait à surpasser Voldemort en Légilimancie et Occlumancie. Ce qui revenait au fond au même.

Lentement, son esprit dériva sur les événements de la veille. Harry essaya de faire taire son angoisse et sa confusion pour réfléchir calmement. Les sentiments qu'il avait perçus à travers la douleur de sa cicatrice lui étaient familiers. Il avait d'abord songé qu'il s'agissait de son Voldemort, mais l'attaque d'ici s'était produite au même moment. Harry se retourna sur le côté. Était-il possible qu'il ait pu ressentir les sentiments du Voldemort de cette époque ? Pourtant le lien ne s'était pas encore formé, ce n'était pas le bon Voldemort, alors comment cela pouvait-il être possible ? Comment expliquer cette douleur au moment même de l'attaque ?

Troublé, Harry ressentit le besoin de bouger. Il ne pouvait pas rester les bras ballants dans son lit. Il posa ses pieds sur la pierre froide, lui tirant un frisson. Sa main se glissa sous son traversin pour agripper ses vieilles lunettes. Il les mit puis se leva vers la salle de bain, le plus silencieusement possible pour ne pas réveiller les autres. Mettant ses mains en coupelle, il but avidement quelques gorgées d'eau, puis il s'observa un instant dans le miroir. Se voir avec ses yeux et ses lunettes était un peu rassurant. Il leva la mèche de cheveux qui cachait sa cicatrice. Le fond de teint encore en place la dissimulait partiellement, et dans un geste automatique, Harry passa son doigt le long de l'éclair.

Peut-être que le Voldemort de cette époque n'avait pas de lien avec lui, mais étant donné que lui en avait un, la connexion entre eux se faisait uniquement dans son sens ? Harry laissa tomber son bras le long de corps, et la mèche se replaça sur son front. Cela semblait quelque peu tiré par les cheveux...

Puis Harry réalisa la stupidité de son raisonnement, et il faillit éclater de rire. En supposant qu'il subissait bel et bien une illusion de Voldemort, alors ce dernier pouvait lui faire croire n'importe quoi, implanter tous les éléments du décor. Y compris une attaque, un article, et une migraine douloureuse couplée de sentiments qui venaient de sa cicatrice. Rien n'est réel Potter. Rien. Ce qu'il avait ressenti était totalement préfabriqué. Bien joué Voldemort, songea Harry. J'ai failli marcher dans ta combine. Failli même y sauter à pieds joints. Mais tu ne m'as pas eu. Ah !

Soudainement, Harry avait envie de rire, de rire et de rire encore. N'était-ce pas la preuve qui lui manquait ? Il était maintenant bien plus probable que toute cette histoire ne soit qu'illusion. Une invention tordue de Voldemort.

Tu voulais jouer avec mes sentiments, n'est ce pas ? T'amuser, voir comment je réagirais à tout ça ? Me détruire mentalement peut-être ? Ah. Tu verras, tu n'y arriveras pas. Tu sais bien que je ne me laisserai pas faire. Je me battrai jusqu'au bout, je résisterai. Toutes tes tentatives minables vont échouer, jusqu'à ce que tu te lasses. Alors peut-être que tu stopperas cette supercherie pour que l'on puisse se battre. Nous avons un vieux duel à finir.

Harry fit un pas en arrière, puis sortit de la salle de bain. Il pouvait retourner la situation à son avantage. C'était une brassée de temps et de tranquillité que lui offrait Voldemort. Il pouvait s'entraîner. Sans craindre pour ses arrières. Il était Stephen Curson ici, après tout. Monsieur Tout le Monde. Un Poufsouffle parmi d'autres. Ce qu'il apprendrait ici ne pourrait pas disparaître de son esprit. Les connaissances resteraient à son réveil.

Sauf si Voldemort implante de fausses informations dans les livres pour que tu apprennes n'importe quoi… Harry frissonna. Non. Non, non. Ne pas virer paranoïaque. Rester calme. Il se recoucha, se convainquant que tout irait bien.

Le lendemain matin, Harry était d'humeur joyeuse, mais l'euphorie qui l'avait piqué en pleine nuit avait disparu. Il avait été certain durant un laps de temps que ce qu'il vivait était bel et bien une illusion mais avec un léger recul, il ne voulait toujours pas écarter la possibilité que tout soit réel. Il lui manquait trop d'éléments pour se décider mais quelle que soit la solution, rien ne pressait, après tout.

La situation lui avait semblé si urgente, si catastrophique qu'il avait voulu chercher le plus rapidement possible un moyen de résoudre son problème, mais au fond... sa vie n'était pas en danger immédiat, il avait une identité qui lui servait de couverture... pourquoi vouloir absolument tout précipiter ? Il lui suffisait de rester en retrait pour ne rien changer, au cas où.

C'est un Harry Potter réconcilié avec lui-même, reposé et apaisé qui s'installa à la table des Poufsouffle.

« Bonjour tout le monde ! » salua-t-il d'un ton enjoué.

Les réactions ne se firent pas attendre. Adam s'immobilisa alors qu'il s'apprêtait à croquer dans sa tartine, Alice eut moins de chance dans le timing et s'étouffa avec sa bouchée de bacon. Joyce écarquilla des yeux en le fixant, sans se rendre compte que son verre débordait de jus de citrouille. Les sourcils de Benjy se levèrent et il exprima tout haut ce qu'ils pensaient tout bas.

« Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Stephen Curson ? »

Soudainement perplexe, Harry cligna des yeux stupidement. Quelque chose n'allait pas ? Avait-il commis une erreur, une bourde qui discréditait sa fausse identité ?

« Qu'est – ce que – je – enfin - » bafouilla Harry, butant sur les mots. Devant sa mine déconfite, Joyce ne put s'empêcher de préciser en épongeant le jus de citrouille : « Tu sembles heureux. » Harry resta interdit, ne sachant comment agir. Alice se sentit obligée de compléter – une fois sa toux passée – : « Tu as été plutôt morose ces trois premiers jours de rentrée. On te connaît à peine donc on ne savait pas si c'était ta manière d'être ou si c'était parce que tu avais le mal du pays ou autre. »

« Et aujourd'hui tu sembles heureux ! » ajouta Adam. « Tu viens de nous dire bonjour avec entrain, » fit-il avec de grands gestes pour montrer à quel point cela semblait exceptionnel.

« Oh, » fut tout ce que Harry trouva à dire. Trois jours ? fut sa seule pensée. Trois malheureux jours que je suis à Poudlard ? Quatre en comptant le jour d'arrivée par le train… Sonné, il se servit du café. La surcharge d'événements, ses recherches frénétiques et ses longues nuits avaient eu raison de sa perception du temps. Il avait l'impression qu'il était coincé ici depuis bien plus longtemps. Et évidemment, sa première nuit réparatrice avait été bénéfique sur son humeur. En ajoutant qu'il avait réussi à se fixer un but et déterminer plus ou moins ce qu'il en était –

« Eh, mais ce n'était pas un reproche, hein ! » s'exclama Adam. « Tu n'es pas obligé de reprendre tes sombres pensées ! »

Harry sursauta violemment, la tasse de café qu'il portait à ses lèvres bascula sur le côté, se renversant sur lui. Il siffla entre ses dents sous l'effet du liquide brûlant et son regard se porta sur Adam.

« Euh – oups, » lâcha le Poufsouffle. Il s'excusa avec une petite grimace comique. « Je suis désolé Stephen ! Ah... J'ai gâché en deux minutes ta bonne humeur. Je vais me pendre. » Harry reposa sa tasse vide, sentant un sourire étirer ses lèvres devant les singeries du roux-clair. « Enfin, pas tout de suite. Attends ! » Adam chercha du regard des serviettes, les prit et se pencha par dessus la table pour les tendre à Harry. « Voilà ! »

Et au passage, son coude renversa le pichet de jus de citrouille, qui se répandit sur la table pour atterrir sur les genoux de Benjy.

« Oh, non ! Je suis – arg – désolé ! » fit Adam, l'air soudainement désespéré.

Harry échangea un regard avec Benjy, Alice et Joyce, et ils éclatèrent tous les quatre de rire, aux dépens d'Adam. La tension de la veille revint au galop lorsque Denise Strader, les lèvres pincées dans une caricature de McGonagall, s'approcha vivement de Benjy. Aussitôt, celui-ci se renfrogna.

Au final, la journée se passa plutôt bien. Les Poufsouffle n'étaient vraiment pas rancuniers et Adam et les filles soutinrent Benjy, qui avait encore de nombreux problèmes vis-à-vis des conflits Gryffondor-Serpentard. Peut-être aussi que la bonne humeur de Harry aida.

Il fut néanmoins déboussolé lorsqu'il sortit du cours de potion de Slughorn. Ce dernier était fidèle à lui-même : bien qu'il eût une apparence plus jeune, il était toujours aussi intéressé par l'éventuelle notoriété de ses élèves pour tirer un bout de la couverture à lui. À peine installé, Slughorn l'avait accaparé pour connaître ses ascendances. S'y attendant parfaitement, Harry répondit d'un ton sec que sa mère était moldue et son père un sorcier qui avait disparu voilà bon nombre d'années, et qu'il ne savait quasiment rien de lui et de sa famille.

Cependant, le cours en lui-même fut si nébuleux aux yeux de Harry qu'il se demanda franchement ce qu'il faisait ici. Au niveau ASPIC, il ne fallait plus se contenter de suivre bêtement une recette, mais calculer des quantités d'ingrédients, des températures adéquates et d'autres éléments totalement obscurs. Harry avait ainsi utilisé sa bonne vieille méthode pour réaliser sa potion plutôt que de rester les bras ballants à regarder les autres élèves travailler, à savoir, mettre au hasard les ingrédients qui lui tombaient sous la main. Évidemment, le résultat avait été une catastrophe.

En se penchant au-dessus de son chaudron, Slughorn acquit aussitôt un superbe teint verdâtre. Harry sut qu'au moins, il ne risquait pas vraiment de recevoir de carton d'invitation pour être embrigadé dans le Club de Slug. Il fallait bien voir les côtés positifs… Néanmoins, ses bonnes résolutions toutes fraîches de travailler en prirent un léger coup. Le cours du lendemain confirma largement ses lacunes, et Adam le charria durant plusieurs heures car même lui était plus doué.

Harry répliqua qu'il était difficile de comparer puisque le Poufsouffle avait abandonné la matière après les BUSEs au profit de l'Étude des Moldus, d'une simplicité remarquable. Adam était certainement celui qui prenait le moins à cœur ses études parmi les Poufsouffle, et son attitude nonchalante n'était pas sans rappeler Ron aux yeux de Harry.

Ce n'est que plus tard qu'il sut que la raison de cet aspect de sa personnalité s'expliquait par sa sœur jumelle, Amélia Bones. La Serdaigle était très douée, très travailleuse, et d'une rigueur à toute épreuve. Ce qui n'étonna pas le moins du monde Harry. Mais visiblement, Adam avait depuis longtemps admis qu'elle le surpassait dans tous les domaines, alors pourquoi faire le moindre effort ? Il préférait largement vivre au jour le jour là où sa sœur était tournée vers l'avenir, pleine d'ambition.

Joyce avait elle aussi laissé les Potions. Harry apprit ainsi qu'elle était l'une des rares élèves à avoir gardé l'Histoire de la Magie comme matière. L'Histoire de la Magie ! Et visiblement, la polonaise était plutôt douée et narguait les plus assidus Serdaigle avec ses connaissances historiques et ses indétrônables Optimaux. Ce devant quoi Harry ne put que s'incliner. Elle était également très douée en Runes Anciennes ainsi que dans les langues vivantes, ce qui compensait largement son déficit dans les matières purement magiques telles que les Sortilèges, la Métamorphose ou la Défense.

D'après ce que les Poufsouffle lui dirent, tous les élèves étaient dans l'obligation de continuer la Défense. Le niveau était faible et la situation actuelle requérait une bonne maîtrise de cette matière. Ainsi, Dumbledore avait joué de ses relations pour que tous ses élèves, quelles que soient leurs notes aux Buses, continuent tous, même ceux qui ne le souhaitaient pas. Dans sa grande bonté, ils n'étaient tout de même pas obligés de passer l'ASPIC. Cela fit bien rire Harry, et il reconnut parfaitement la touche de Dumbledore.

Pour ce qui était d'Alice, elle s'en sortait plutôt bien dans les matières principales qu'elle avait gardées, celles pour devenir Auror, tout comme Franck Londubat. Rien d'étonnant, Harry se souvenait que les Londubat étaient présentés comme de redoutables et respectés Aurors. Très joyeuse et ouverte, elle se serait laissée un peu trop entraîner par les accès de flemmardise d'Adam s'il n'y avait pas eu Benjy pour la remettre dans 'le droit chemin'. Ce dernier représentait très bien l'élève sérieux, studieux, et doué. Il était facile à Harry de comprendre pourquoi il avait eu l'insigne de Préfet-en-Chef.

Dans tous les cas, ce fut Benjy qui eut pitié de lui lors du week-end, alors qu'ils faisaient leur devoir, et qu'il voyait à quel point Harry n'arrivait pas à se dépêtrer du sujet. Mais un problème en dévoilait un autre, et le temps passé sur ce maudit devoir de potion s'étirait considérablement, ainsi que le mal de tête de Harry.

« Mais pourquoi les racines de myosotis réagissent avec les écailles d'Ashwinder et pas avec les dards séchés de Billiwigs ? » grommela Harry alors que Benjy prenait son mal en patience pour lui expliquer la présence de tels ingrédients dans une des potions étudiées. Le Poufsouffle écarquilla les yeux et souffla lentement.

« Okay, » gémit-il, « si tu ne sais pas ça, on n'est pas près de voir le bout du tunnel. »

« Mais enfin, Stephen ! » s'amusa Adam, « on apprend ça en cinquième année ! Même moi je connais cette loi fondamentale ! »

Harry lui lança un regard noir, puis lui tira très puérilement la langue. « Bien, j'admets qu'il y a quelques lacunes à mon éducation des potions, » avoua Harry avec une grimace.

« Quelques ? » laissa échapper Adam qui toussa pour tenter de camoufler sa légère moquerie.

« Comment as-tu fait pour suivre tes cours de potion jusque là ? » s'étonna Alice, son visage lunaire montrant son incrédulité.

« Je crois que la réponse réside dans le fait que je ne l'ai jamais vraiment suivi. Et mon prof de potion ne m'encourageait vraiment pas à faire le moindre effort, alors… » Harry haussa les épaules.

« Bon, attends, » souffla Benjy, « je vais te chercher un livre de potion où les interactions magiques primaires sont expliquées. Il te faut reprendre toutes les bases visiblement. »

« Les interactions secondaires aussi, » ajouta Alice. Benjy acquiesça et se leva sous le regard désespéré de Harry. Il gémit et se prit la tête entre les mains. « Allez, tu vas y arriver, » l'encouragea Alice. « Quand on a compris ça, ça aide beaucoup, tu vas voir. »

« Ce qu'Alice ne te dit pas, » grinça Joyce en relevant le nez d'une pile de vieux livres poussiéreux, « c'est que ces principes d'interactions facilitent certes l'apprentissage pour la suite, mais le problème est de comprendre de prime abord ces fichus principes. »

« Ne le décourage pas ! » s'exclama Alice, outrée. Joyce ricana et se replongea dans ses antiquités.

Et en effet, Harry comprit rapidement que Joyce n'essayait pas de le décourager. Maudites potions, rumina Harry. Et maudit Snape.

xXx

C'est par la force des choses que Harry se laissa couler dans son personnage de Stephen Curson, Poufsouffle normal de septième année. En réalité, il se félicitait grandement d'avoir été réparti dans cette maison. Elle était la plus ignorée, la plus méprisée. Ceux qui entraient chez les blaireaux devenaient par définition des personnes quelconques, insignifiantes, bonnes à travailler, à être remplies de bonnes intentions. Avec un certain recul, il était ahurissant de remarquer à quel point les Gryffondor et les Serpentard étaient sur le devant de la scène. Les Serdaigle sortaient de l'ombre seulement par leur intelligence remarquable.

Et si beaucoup considérait le retrait des Pousfouffle comme un vulgaire défaut, Harry le savourait pleinement, avec une délectation toute particulière qui était facilement compréhensible lorsqu'on savait qu'il avait toujours haï son statut de Survivant. Si les premiers jours il pouvait voir des regards posés sur lui, car il était après tout un nouveau, et forcément cela intriguait, il avait fini par se mêler à la population estudiantine de Poudlard et cette situation grisante l'étourdissait un peu.

Autre point qui était à signaler, la réputation des Poufsouffle n'était pas volée. Ils étaient tous des travailleurs acharnés. Harry pensait injustement qu'Adam était quelque peu comme Ron, mais les jours qui suivirent le détrompèrent fortement. Il était blagueur, insouciant, léger et guère acharné, mais il passait néanmoins un temps assez impressionnant à travailler. Il ne parlait même pas d'Alice, Joyce et Benjy qui fournissaient un travail colossal, à faire passer Hermione pour une travailleuse tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

Il rendit une petite visite de courtoisie à Hagrid, mangea deux gâteaux cimentés et raconta sa première semaine avec désinvolture. Il faisait toutes sortes de commentaires sur les professeurs auxquels Hagrid était fort heureux de répondre. La conversation dérapa sur les projets de Hagrid – visiblement, celui-ci avait tenté de croiser des crabes de feu avec des niffleurs, mais les bêtes n'avaient pas survécu. Ainsi débutaient toutes sortes de tests et pronostics de croisement, qui aboutiraient un jour ou l'autre à des Scroutts à Pétard. Grand malheur. Harry préféra ne pas commenter, mais rassura Hagrid en lui disant qu'il arriverait bien un jour à créer une nouvelle espèce fort intéressante.

Ainsi, Harry eut l'impression de passer les jours suivants dans un tourbillon incessant de travail, de devoirs, de livres, de longues explications de Benjy, et encore de travail, de devoirs, puis de cours, et toujours du travail. C'était fatiguant, mais cela occupait l'esprit de manière remarquable, et il se surprenait à apprécier en toute sincérité la présence des Pousfouffle.

Malheureusement, son anonymat de Poufsouffle inintéressant n'allait pas perdurer très longtemps. Et, évidemment, c'est en cours de Défense contre les Forces du Mal que tout dérapa. Jusqu'ici, leurs cours avaient été théoriques, avec de nombreuses discussions et introspections. Le professeur Morel était toujours très controversé, certains appréciaient ses méthodes, mais la plupart le trouvait un peu trop en marge.

« Bonjour à tous ! » s'exclama Morel en entrant dans la salle, « Sortez vos baguettes et placez vos devoirs au coin de votre table pour que je les ramasse, je vous prie. Nous allons dès aujourd'hui mettre en pratique ce dont je vous ai parlé au premier cours. »

Les élèves se regardèrent tous, surpris et subitement excités.

« Oh, non, » soupira Joyce à ses côtés, un air anxieux sur le visage. « Je suis nulle en Défense et je n'ai même pas révisé. Je vais être pitoyable… »

Harry était plutôt inquiet sur le procédé que le professeur comptait utiliser. Pas la Légilimancie, je vous en prie, pas ça. Si Morel apercevait le moindre de ses souvenirs… Il se rassura en se disant que Dumbledore ne permettrait pas qu'il ait l'occasion de fouiller les souvenirs de ses élèves et leurs intimités.

Il se tourna vers Joyce, un léger sourire factice sur les lèvres. « Ne t'inquiète pas, » la rassura-t-il, « à mon avis Morel ne s'attend pas à des prouesses, et c'est justement pour ça qu'il fait ce genre d'exercices. Et il l'a dit au premier cours – et l'a répété nombre de fois - ce n'est pas ton niveau en Défense qui va être important mais ta capacité à rester calme. »

« Ce que je n'ai pas, » renchérit la jeune fille. « Je ne suis ni courageuse ni calme en toutes circonstances. » Elle hésita à poursuivre, puis se lança. « Et je suis plutôt peureuse en fait. »

Harry lui lança un regard admiratif. S'avouer ce genre de choses n'était pas à la portée de n'importe qui. La plupart préférait penser qu'en situation difficile, ils resteraient parfaitement courageux, sans crainte ni acte de lâcheté, lui le premier. Il jeta un coup d'œil à son père et Sirius qui se gargarisaient d'avance de leurs performances.

« Au moins, tu en as conscience. Tu sais que tu vas avoir peur. Une grande majorité pense qu'ils n'auront pas peur. Du coup, lorsqu'ils se retrouveront au pied du mur, cela va les déstabiliser et ils risquent de paniquer. Si tu sais déjà que tu vas avoir peur, tu as une bonne longueur d'avance, crois-moi. Tout va bien se passer. »

Au regard que lui lança Joyce, Harry sut qu'elle n'avait pas vraiment saisi ce qu'il venait de lui dire, mais elle semblait déjà un peu plus rassurée. Elle entama une conversation avec Adam. Ils imaginaient ce qu'ils risquaient d'affronter, tandis que devant eux, Alice et Benjy révisaient rapidement.

Ils furent tous interrompus par l'arrivée impromptue de Flitwick et Pomfresh. Morel les accueillis avec satisfaction.

« Bien, comme vous pouvez le voir, le professeur Flitwick et Madame Pomfresh vont participer à ce cours et m'épauler. J'ai parcouru vos devoirs concernant les potentiels moyens auxquels nous pourrions avoir recours pour réaliser ce que je souhaite. La plus grande majorité d'entre vous ont pensé à utiliser un sortilège qui permettrait de créer une illusion – Il montra le tas de parchemins le plus épais posés sur son bureau - Il y a un grand défaut dans cette méthode. Ce sortilège est difficile, exténuant, et il semble impossible de l'utiliser pour chacun d'entre vous. Même pour le professeur Flitwick, pourtant très brillant, cela relèverait d'une prouesse magique incomparable. Une petite minorité pensait utiliser une potion. C'est effectivement la meilleure solution dans ce cas présent. Deux ou trois d'entre vous songeaient à des méthodes plus marginales, qui ne sont pas pour autant dénuées d'intérêt, mais nous en parlerons plus tard.»

Morel fit le tour de son bureau, et sortit d'un tiroir une petite boîte. Il l'ouvrit, bien mise en évidence. Il s'agissait de fioles rangées, une potion dans chacune d'entre elles.

« Aujourd'hui, tout le monde ne pourra pas passer, mais vous n'y échapperez pas la semaine prochaine. Cet exercice aura pour but de vous évaluer lorsque vous êtes en situation réelle. Vos réflexes, les sorts utilisés, votre comportement… tant de détails qui font la différence. »

Il fit une pause et observa les élèves.

« Le principe est simple. Vous prendrez une fiole de cette potion que le professeur Slughorn a généreusement préparé, et vous serez plongés dans une illusion que j'ai créée de toutes pièces. Pour chaque fiole, il y a une illusion différente. Pourquoi ? Pour éviter le risque que vous vous souveniez de l'illusion d'un camarade au moment où vous seriez vous-même dans votre illusion et que vous calquiez ainsi sa méthode de défense. En effet, vous passerez un par un, et vu de l'extérieur vous semblerez endormi. Le professeur Flitwick interviendra pour utiliser un sortilège qui projettera en images l'illusion sur le panneau blanc qui se trouve derrière vous. »

Ils se retournèrent. Harry regarda l'écran blanc qui lui faisait penser au système de cinéma moldu. Un bloc de glace se planta dans son estomac. L'idée d'être observé le dérangeait. Vu les visages défaits des élèves, il n'était pas le seul.

« Votre transe durera environ dix minutes. Si je vous permets de voir ce que fait chacun d'entre vous, c'est pour une bonne raison. Nous discuterons des points faibles et des points forts de l'élève. Je ne tolérerai aucune moquerie. Un regard critique sur ce que font vos camarades vous aidera à évaluer votre propre performance car je vous demanderai un compte rendu détaillé pour le prochain cours de ce qui s'est produit dans votre illusion avec en guise de conclusion, ce qu'il vous faut améliorer. »

Harry remarqua que même Sirius et son père semblaient moins sûrs d'eux.

« La difficulté est croissante. Pas d'inquiétude, toutes les blessures que vous pouvez recevoir sont factices. Évidemment, dans l'illusion, vous n'en aurez pas conscience. Si vous mourrez ou vous évanouissez au cours de l'épreuve, vous vous réveillerez automatiquement ici. Madame Pomfresh supervisera votre réveil. Le réveil peut être un peu brutal et vous pourrez être éventuellement désorienté durant quelques minutes mais l'effet passe peu après. Une potion calmante peut être utile parfois. »

Il sortit la liste des élèves. Devant leur air crispé, Morel eut un léger sourire de sollicitude.

« Je vais faire par ordre alphabétique. Rosie Barantyn, vous passez donc la première. »

La Gryffondor écarquilla les yeux et sembla tétanisée. Bridget Drayton et Sabine Fleming à ses côtés l'encouragèrent à se lever. Elle ne bougea pas d'un pouce.

« Miss Barantyn, venez ici s'il vous plaît. N'oubliez pas de prendre votre baguette magique avec vous. Ne vous inquiétez pas, vous ne craignez rien du tout. »

Finalement elle se leva et s'approcha lentement du bureau. Harry eut un élan de sympathie pour la jeune fille, car Gryffondor ou pas, ce n'était pas évident de passer en premier. Morel se leva à son tour, plaça une chaise devant son bureau et encouragea Barantyn à choisir une fiole. Elle s'assit et dut boire la potion d'un beau vert transparent. Le résultat fut immédiat. Elle dodelina de la tête avant de tomber dans un profond sommeil. Flitwick tapota de sa baguette la tête de la brune en transe. Il marmonna quelques mots puis il traversa la salle et fit de même sur le panneau blanc.

Aussitôt, des images apparurent. Au premier plan, ils pouvaient voir Barantyn qui tournait sur elle-même, visiblement effrayée et ne comprenant pas ce qui se passait. Elle se trouvait dans ce qui pouvait être un vieux manoir. Légèrement amusé, Harry trouvait que le manoir faisait penser un peu trop à une caricature de manoir hanté. Mais l'effet recherché était saisissant : on ne pouvait pas se sentir à l'aise dans un tel environnement.

Barantyn se dirigea vers une grande porte qui pouvait très bien mener vers l'extérieur. Elle essaya de l'ouvrir sans succès. Un bruit se fit entendre à l'étage. La brune étouffa un gémissement, mais lorsque le bruit se fit plus fort, elle sembla paniquer. La chose qui faisait ce bruit se rapprochait de toute évidence. Barantyn dut se faire la même réflexion car son réflexe fut de mettre le plus de distance entre elle et la chose.

Elle s'élança vers un escalier qui descendait au sous-sol, bouche béante noire qui promettait des dangers plus effroyables que ce qui devait se trouver au premier étage.

Oh, mauvais choix, songea Harry.

La Gryffondor arriva dans un long couloir tortueux. Un courant d'air glacé sorti d'on ne sait où fit vaciller une vieille porte branlante sur le côté droit, dans un grincement sinistre. Derrière, la Chose se rapprochait. La jeune fille s'enfonça dans le couloir, jusqu'à une pièce qui devait être un cachot. Au centre, placée sur une table, une sphère émettait une douce lumière verte. Elle s'approcha, comme hypnotisée, et avança sa main. Aussitôt posée, le noir complet se fit. En même temps, un passage s'ouvrit dans un chuintement.

« Lumos, » balbutia la Gryffondor. Ses yeux s'écarquillèrent de terreur en voyant la scène qui se présentait à elle. Des Inferi sortaient en quantité impressionnante du passage, le plus proche se trouvait à moins d'un mètre d'elle. Passé les quelques secondes d'état de choc absolu, elle hurla, fit volte-face, et courut à toutes jambes. Mais en rebroussant chemin, elle tomba nez à nez avec ce qui devait être la Chose. Une Acromantula dont l'une des pattes cassées raclait le sol. Et cette fois-ci, aucun son ne sortit de la bouche de la Gryffondor, tétanisée. Un regard derrière elle lui apprit que les Inferi arrivaient lentement, mais sûrement.

Alors l'Acromantula claqua des mandibules et attaqua. Rosie eut un mouvement de recul et parut durant quelques infinitésimales secondes avoir réussi à éviter le coup. En apparence. La seconde suivante, elle poussa un cri déchirant de douleur et de peur. L'Acromantula avait réussi à lui arracher le bras gauche. Elle porta sa main droite sur son moignon gauche, secouée de soubresauts dus à ses sanglots hystériques. Mais tout n'était pas encore fini. Une main se referma sur sa cheville. Un Inferius. Une grimace de dégoût déforma son visage ravagé par les larmes, et dans un accès de rage surprenant, elle brandit sa baguette vers l'Inferius en beuglant « Stupéfix ! » Le fuseau rouge s'abattit sur le mort vivant et ce fut le noir complet. L'Acromentula avait attaqué une fois de plus dans son dos.

Rosie Barantyn ouvrit les yeux brusquement et porta sa main droite à son bras gauche bien réel. Elle tremblait et le regard qu'elle porta à son environnement était confus. Puis elle eut une convulsion, et vomit en avant. Madame Pomfresh s'activa en lui administrant des potions et elle fit disparaître le vomi. Morel lui apporta quelques mouchoirs pour qu'elle puisse essuyer ses larmes.

« Vous êtes en sécurité, Miss Barantyn, ne vous inquiétez pas, » dit-il d'une voix douce. « Vous vous souvenez de la potion que vous avez prise ? »

Incrédule, Rosie fixa la fiole vide, et se calma petit à petit. Tout le monde était muet dans la classe, secoués eux aussi. Morel passa rapidement sur le compte-rendu de ce qu'il venait de se passer, par délicatesse sûrement. Il souligna tout de même le fait qu'elle n'avait pensé à utiliser sa baguette qu'au dernier moment et qu'il faudrait réaliser un gros travail pour avoir de meilleurs réflexes et un plus grand sang-froid.

La suivante fut Joyce, qui se leva, livide. Elle portait un regard terrifiée au professeur, qui tenta de la rassurer, en vain. Elle eut à faire à un sorcier malveillant et des plantes peu recommandables dans un jardin étrange. Elle fit de son mieux pour échapper au sorcier, mais les plantes eurent raison d'elle. Au moins, elle mourut rapidement. Son réveil fut ainsi moins dur que celui de Rosie, mais elle semblait largement éprouvée.

Il y eut ensuite Sirius, et si sa performance fut nettement meilleure – il se débattait comme un beau diable face à diverses créatures – il apaisa beaucoup les tensions dans la classe par ses pitreries. Oui, même dans une illusion et convaincu qu'il risquait réellement sa vie, Sirius restait un jeune chien fou qui jouait des tours malicieux à ses ennemis. Et lorsqu'il se retrouva face à face à un loup-garou, il éclata littéralement de rire en disant tout haut que tout cela ne pouvait être qu'une farce stupide de Servilus. Il paralysa avec brio le loup-garou, mais tomba pitoyablement sous l'assaut d'un autre loup-garou qu'il n'avait pas vu venir.

Lorsqu'il se réveilla, ce fut pour dire de manière très amusante : « Hein ? Quoi ? Qu'est ce qu'il se passe ? » Morel l'informa que l'illusion était finie car un loup-garou l'avait tué. Sirius l'observa bouche bée. La conclusion fut que Sirius devait être bien plus vigilant et augmenter ses faibles défenses plutôt qu'attaquer continuellement en riant.

La prestation suivante fut celle d'Adam Bones, qui essaya de convaincre un sorcier de ne pas le tuer en exposant le plus rapidement possible des tonnes d'arguments. Lorsqu'il comprit qu'il n'arriverait pas à le faire changer d'avis, il opta pour la fuite, mais ne fut pas assez rapide. Morel ne commenta guère longtemps, mais il semblait légèrement déconcerté par les actions d'Adam. Lorsqu'il essaya de lui faire comprendre que répliquer face aux offensives pouvait être une bonne idée, Adam lui rétorqua que dans la vraie vie, on n'essayait pas de tuer les gens sans raison, et qu'il était toujours possible de faire des compromis. Morel n'insista pas, et demanda à Adam de reprendre sa place sous les sourires amusés de bon nombre de ses camarades.

Un certain Geoffrey Burnel, de Poufsouffle, fut le suivant, et il se montra plutôt efficace, bien que manquant clairement de pratique. Il lui fallut répéter plusieurs fois ses maléfices avant qu'ils ne fonctionnent, ce qui, inévitablement, l'amena à sa perte. Une nouvelle fois, la conclusion fut simple et rapide : Geoffrey devait revoir ses sortilèges, les pratiquer, afin qu'il puisse les utiliser avec beaucoup plus de fluidité. Morel le félicita pour son sang-froid.

xXx

« Bien, c'est maintenant au tour – Morel consulta la liste des élèves – de Mr Curson, » déclara-t-il avec une pointe de satisfaction, mais Harry ne comprit pas vraiment pourquoi. Et à vrai dire, il balaya immédiatement ce petit détail de son esprit, bien trop occupé à anticiper ce qui allait arriver. Il essuya rapidement ses mains sur sa robe, et l'estomac légèrement noué, il se leva.

Tous les regards étaient tournés vers lui, et il pouvait comprendre pourquoi. Ils se connaissaient tous depuis quelques années, et le niveau en Défense de chacun ne surprenait personne. La maladresse de Joyce n'avait surpris personne. Les pitreries de Sirius n'avaient surpris personne. Les angoisses d'Adam n'avaient surpris personne. Mais aucun ne savait vraiment à quoi s'attendre avec lui. Après tout, il était nouveau.

C'était inhabituel, et si sa répartition à Poufsouffle lui avait permis d'éviter un intérêt excessif de la part de la population estudiantine de Poudlard, il n'en restait pas moins qu'à la moindre occasion d'en savoir un peu plus sur lui, les élèves de septième année en profiteraient pour assouvir leur curiosité.

Et bon sang, Harry craignait particulièrement ce que cette illusion allait lui réserver. Et si cela ne marchait pas car il était déjà dans une illusion ? Le seul intérêt que Harry y voyait était de voir ce qui allait se produire lorsqu'il serait projeté dans cette illusion. Il allait pouvoir connaître les sensations, comparer avec sa situation actuelle…

Mais s'il se faisait remarquer… Harry déglutit et son regard parcourut les fioles devant lui. Avec un léger soupir, il en choisit une au hasard et s'installa sur la chaise. Il jeta un coup d'œil à Morel, puis à Pomfresh, qui après quelques sorts de diagnostic, hocha la tête.

« Quand vous voulez, Mr Curson, » fit Morel en s'asseyant à ses côtés avec intérêt. L'estomac de Harry fit une nouvelle cabriole, puis il rejeta la tête en arrière en avalant la potion. C'est parti.

Il sentit la potion glisser à travers son corps, un léger froid l'envahit, lui engourdissant les sens. Il combattit un instant, sentant son esprit dériver vers les ténèbres. Il ne voulait pas se laisser aller, qui savait ce qui allait se produire ? Mais ses paupières se firent de plus en plus lourdes, et il les ferma un instant, puis il se sentit planer, partir au loin. Et plus rien.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, il sentait au frais, mais il lui fallut peu de temps pour remarquer que cela était dû à l'air autour de lui. Il était dehors, en pleine nuit. Il frissonna et se redressa, remarquant au passage qu'il était étendu auparavant sur un banc. Mais que faisait-il ici ? Comment était-il arrivé là ? Confus, il examina les alentours. Il se trouvait apparemment dans un parc.

Quelqu'un l'avait-il drogué dans son sommeil pour l'amener ici ? Il ne se souvenait plus de rien… C'est mauvais signe, Potter. Très mauvais signe. Vigilance constante. Il sortit sa baguette, heureux de l'avoir avec lui. S'il avait été désarmé… Harry n'osa y songer. Autre bon point, il avait toujours ses lentilles, et pouvait avoir une bonne vision d'ensemble.

Ses pieds se posèrent sur la terre et il fit prudemment quelques pas. Un craquement derrière lui le fit retourner vivement, levant sa baguette, prêt à réagir. Il n'y avait rien, ni personne. Mais un autre mouvement l'avertit d'un danger. Une fois de plus, il fit volte-face, et cette fois ci, il se retrouva face à face avec un sorcier au teint très pâle, l'air maladif. Harry croisa ses yeux d'une couleur brillante, et il ne put s'en détacher. Le sorcier s'approcha, et Harry comprit qu'il ne s'agissait pas d'un sorcier.

C'était un vampire.

Nom d'une gargouille maléfique !

Avec beaucoup de volonté, et heureusement c'était quelque chose qui ne manquait pas à Harry, il détourna le regard des yeux hypnotisants.

« Est-ce vous qui m'avez amené ici ? » demanda Harry, pendant que le vampire se figeait. Du coin de l'œil, il le vit entrouvrir les lèvres, dévoilant ses canines. Harry banda ses muscles, les vampires étaient très résistants à la magie, et très rapides. C'est avec une vitesse surhumaine que le vampire bondit vers lui, mais Harry s'y attendait et il s'écarta vivement. Le vampire le rata de peu, et, déstabilisé, il lui fallut une poignée de secondes pour reprendre son équilibre et se tourner vers Harry.

Mais celui-ci avait profité de cette surprise relative pour décamper. Il lui apparut très vite que le parc en question était en réalité un cimetière. Oh bon sang, je hais les cimetières, songea Harry. Encore plus lorsqu'il y était amené contre son gré, comme à la fin de sa quatrième année.

Il se glissa derrière un arbre, leva la tête vers le ciel et il agita sa baguette. Un branche se rompit et chuta. Sans perdre de temps, Harry plissa le front en signe de concentration. Ce n'était pas le moment de faire des erreurs. Mais l'adrénaline qui courait dans ses veines lui faisait toujours faire des miracles, et c'est sans difficulté qu'il réussit à métamorphoser chaque feuille en poignard, certes grossier, mais tranchant.

Les armes blanches étaient des armes beaucoup plus efficaces contre les vampires que la magie. La grande majorité des vampires possédaient un sang très fluide, qu'ils perdaient en grande quantité en cas de blessure. Ainsi, une large entaille amenait rapidement le vampire au bord de l'évanouissement. Bien évidemment, il y avait une contrepartie à cet aspect. Une perte de sang importante n'était pas mortelle pour eux, et ils se rétablissaient facilement grâce à leur magie, alors que leur soif de sang augmentait considérablement. Au final, le vampire devenait bien plus dangereux jusqu'à ce que l'apport de sang ait pu restructurer son organisme. Mais, comme on dit, on ne pouvait pas tout avoir.

Harry n'eut pas le temps de songer plus longtemps aux points faibles et aux forces des vampires, son poursuivant surgit soudainement. La peur tordit les tripes de Harry, son cœur battant follement dans ses tympans, et d'un mouvement de Défense quasi automatique, il plongea le poignard dans la gorge du vampire qui avait enserré ses épaules d'une poigne ferme. Dans sa lancée, le poignard remonta jusqu'à la mâchoire du vampire, alors qu'un flot de sang pourpre se déversait.

Le vampire écarquilla les yeux, un cri guttural s'échappa de sa gorge, et ses longs ongles arrachèrent une partie de la peau de Harry alors qu'il titubait. Sans perdre de temps, Harry planta le poignard ensanglanté au niveau du cœur, refrénant son dégoût à la vue du sang, de l'odeur âcre, et du geste qu'il faisait consciemment.

Le vampire glissa au sol, respirant difficilement. Au lieu de fuir à toutes jambes, Harry se plaça sur lui, le maintenant au sol et il lui planta sa baguette entre les deux yeux brillants.

« Et maintenant, » siffla Harry, « peut-être aurais-tu l'obligeance de répondre à ma question ? Est-ce toi qui m'as amené ici ? »

Un éclair de fureur passa dans les yeux du vampire, visiblement écœuré d'être maîtrisé par un humain, mais il entrouvrit la bouche pour gargouiller un léger « non », la bouche moussante de sang. Harry accrocha son cœur pour ne pas vomir, fit une légère pause le temps de s'assurer que cela n'allait pas se produire puis reprit.

« Est-ce Voldemort, dans ce cas, qui est derrière tout ça ? »

Cette fois, le vampire lui lança un regard confus. « Qui ? » Harry grogna, sentit la magie du vampire qui régénérait ses tissus endommagés. « Voldemort ! » dit-il avec agacement. Le vampire sembla toujours aussi perdu. Il me manipule pour perdre du temps, réalisa Harry. Il lança un Stupéfix, sachant pertinemment qu'il ne durerait pas longtemps et se leva.

« Pourquoi n'ai-je pas de Goutte de Mort-Vivant sur moi quand il faut ? » marmonna Harry pour lui-même, un peu exaspéré. L'efficacité des potions sur les vampires était bien meilleures que les sortilèges, tant qu'elles ne touchaient pas les magies d'esprit. Il s'éloigna prestement parmi les arbres et les tombes avant que Vampiros ne reprenne conscience et reparte à la chasse.

Quelques instants plus tard, il s'arrêta, frustré. Il ne voyait pas la fin de ce cimetière. Il ne pouvait tout de même pas être infini… Puis il se traita d'idiot fini. Il n'avait même pas essayé de transplaner ! Il ferma les yeux, se concentra sur Pré-au-lard, et il sentit l'air se comprimer… mais une barrière l'empêcha de partir. Il ouvrit les yeux, contrarié, et cela sembla être un signal.

Aussitôt, il entendit une série de 'pop' caractéristique du transplanage tout autour de lui, et en moins de temps qu'il n'en faut pour dire 'Quidditch' Harry Potter se retrouva encerclé par quatre sorciers. Mais qu'ai-je fait à Merlin pour mériter de me retrouver dans toutes les situations inextricables possibles ?

Ils portaient tous une robe noire de sorcier, passe-partout, et même des visages passe-partout. Ils ne semblaient pas être des mangemorts, ce qui rendit Harry légèrement confus. Mais qu'est ce que c'était que toute cette histoire ? Quatre sorciers contre un, cela faisait beaucoup. Il allait falloir parler, voire baratiner, pour en savoir un peu plus, gagner du temps, voire les désorganiser dans leur formation de cercle, pour espérer avoir une brèche.

Mais Harry eut à peine le temps d'ouvrir la bouche qu'ils attaquèrent. Quel manque de politesse flagrant ! s'exclama une petite voix ironique dans la tête de Harry. Divers sortilèges dont il ignorait les effets se dirigèrent droit vers lui. Combien tu paries que les effets ne sont pas bénéfiques Potter ? Il fléchit immédiatement les jambes pour que les sorts lui passent au dessus et sa main chercha ses poignards à sa ceinture.

Il en envoya deux d'affilée. L'un atteignit sa cible en plein cœur du sorcier juste en face. L'autre toucha celui de droite au niveau de l'abdomen, mais sa blessure serait superficielle. Sans être plus perturbés, les autres envoyèrent aussitôt une nouvelle vague de sortilèges. Harry roula sur le sol, mais un sortilège de découpe le toucha. D'un coup de jambe, il déséquilibra le sorcier derrière lui.

Il recula effectivement, mais il eut le temps de crier « Réducto ! »

Le maléfice fusa et avant que Harry ait pu faire quoi que ce soit, il toucha sa jambe. Harry étouffa un hurlement de douleur face à l'explosion d'une partie de sa cuisse. Il se redressa tant bien que mal, enchaînant aussitôt ses propres sorts. « Expelliarmus ! Stupéfix ! »

Les autres sorciers n'étaient pas en reste, et Harry fut très rapidement dépassé par les évènements. Il sembla danser constamment entre les sorts pour les éviter, la douleur à sa jambe se répercutant dans chacun de ses gestes. La panique commença à monter petit à petit.

« Impédimenta ! Diffindo ! » Il enchaînait le plus rapidement possible, mettant toute sa volonté. « Stupéfix ! Confrigo ! »

Le dernier sort atteint l'un des sorciers, qui partit en arrière sous le choc, le sang jaillissant de ses entailles et éclaboussant le visage de Harry. Un de moins. Cette ouverture lui permis de se mettre dos à dos avec un arbre, lui donnant un soutien, mais aussi une meilleure vue des sorciers debout. Il aurait pu réussir à fuir si sa jambe ne menaçait pas de le lâcher à tout moment.

Les deux sorciers semblèrent avoir le même cheminement de pensées. Harry inspira, et poursuivit son enchaînement de maléfices. Le blessé perdit sa baguette grâce à l'un de ses Expelliarmus. Harry leva les yeux au ciel, et d'un coup de baguette, il allongea une branche solide pour qu'elle arrive à portée de main. Il l'empoigna et diminua sa taille. Les sorts de l'autre sorcier s'écrasèrent sur le tronc de l'arbre alors que Harry était soulevé.

Il contracta ses muscles et se hissa avec difficulté sur la branche. D'autres maléfices fusèrent, manquant de peu de lui faire perdre l'équilibre. Il métamorphosa une nouvelle fois des poignards avec les feuilles de l'arbre qu'il s'empressa de lancer sur le sorcier. Le premier jet passa largement à côté de lui. Il eut un peu plus de chance avec le deuxième jet, le poignard se planta dans la cuisse du sorcier qui poussa un léger cri de douleur. Il retira d'un mouvement le poignard, prêt à attaquer.

En puisant dans ses dernières forces, Harry lança un Réducto puissant. Il sentit une légère résistance dans sa baguette mais il força. Le sorcier ne put éviter le sort, et il fut réduit en miettes, surprenant même Harry, alors que sa baguette semblait protester violemment. Puis elle se délogea de sa main pour atterrir dans celle du blessé. Harry plissa les yeux, comprenant qu'il était allé chercher entre-temps la baguette de l'un de ses camarades morts ou agonisants.

Le sorcier pointa sa baguette sur Harry, désarmé, sans poignard, et perché sur l'arbre sans moyen de fuite. Merde, merde, merde… s'affola Harry. Ses pensées se mirent à surgir de toutes parts, cherchant quelque chose, n'importe quoi, qui lui permettrait de se sortir de ce pétrin… C'est à ce moment-là que son instinct de Gryffondor stupide et irréfléchi lui dicta une solution totalement désespérée et clairement suicidaire.

Harry se mit en position d'équilibre, accroupi sur la branche, puis, avec une soudaine impulsion, il sauta en avant vers le sorcier. Ce dernier écarquilla les yeux, recula d'un pas, puis lança un Diffindo, qui s'écrasa en plein ventre de Harry juste avant que celui-ci ne s'abatte sur le sorcier. Sous le choc, ils basculèrent tous deux au sol.

Étourdi, Harry voyait flou, et il craignait par-dessus tout de se redresser et de voir son ventre. Il se sentait engourdi sous la douleur et la violence du choc. Avait-il à cet instant précis ses tripes à l'air libre ? C'était bel et bien la sensation qu'il avait. Son ventre se contracta, la douleur se répandit en lui, et l'envie de vomir se fit de plus en plus forte. Il se força à inspirer longuement, et refoula son écœurement.

Il repéra sa baguette, et rampa difficilement jusqu'à elle. Courage Potter, un peu de ténacité ! Au moment où il réussit à frôler sa baguette, il sentit avec une sueur froide une baguette se poser sur sa tempe.

« Ne bougez plus, » lui ordonna le sorcier. Harry s'immobilisa, puis se tourna lentement vers lui, étendu sur le dos, pour le regarder. Il avait vraiment un visage quelconque, dénué de toute caractéristique. C'était légèrement perturbant, mais ce n'était pas vraiment la plus grande préoccupation de Harry en cet instant précis.

« Que voulez-vous ? » demanda faiblement Harry, légèrement surpris de sa voix éraillée. « Qui êtes-vous surtout ? Vous n'êtes pas la botte de Voldemort. Alors qui ? » Il était sûr de n'avoir jamais vu cet homme, et bien qu'il ne connaisse pas tous les mangemorts il doutait fort qu'il en fasse partie…

Il n'eut pas le temps de poursuivre. Le sorcier venait d'ouvrir la bouche, et ce n'était pas dans le but de répondre à ses interrogations. « Avada - »

Harry replia ses jambes et les déplia en les abattant de toutes ses forces sur l'entrejambe du sorcier. Le sortilège vert inabouti n'eut aucune conséquence. Harry leva la main qui avait réussi à attraper sa baguette. « Stupéfix » murmura-t-il. Le fuseau rouge eut l'effet escompté et Harry rejeta la tête en arrière, se sentant proche du gouffre. Il reconnaissait parfaitement les signes qui lui indiquaient qu'il allait sombrer dans l'inconscience.

Il avait perdu trop de sang et d'énergie. Il eut une légère pensée sur une potion de régénération sanguine, puis une potion de force. Une ombre sembla s'approcher, et maintenant durant quelques instants ses yeux ouverts, Harry distingua le vampire. Un juron lui traversa l'esprit, et il sembla l'avoir dit à voix haute car le vampire ricana.

« Et bien, et bien, qu'avons-nous là ? Tu fais moins le malin à présent… » Et Harry ne put entendre la suite car il ne put résister plus longtemps aux ténèbres qui l'accueillirent chaleureusement.

Il ouvrit les yeux alors qu'il était assis, en plein jour. La lumière l'aveugla, et il sentit un mal de crâne l'assaillir. Déconcerté et déstabilisé, il perdit l'équilibre et s'étala sur le sol en pierre. Sa main chercha frénétiquement sa baguette, qu'il agrippa. Il eut une légère convulsion, alors qu'il se demandait vraiment ce qu'il se passait. Une voix retentit à ses cotés, tellement forte qu'elle lui vrilla les tympans.

« Calmez-vous Mr Curson. Tout va bien. »

Confus, Harry tourna la tête en direction de la voix. S'adressait-elle à lui ? Il sentit une autre présence. « Il lui faut une potion calmante. Tenez. »

On tenta de lui glisser une potion dans la gorge, et il se débattit. Il n'était pas fou pour accepter une potion d'inconnus ! Puis il reprit pied avec la réalité, et distingua de part et d'autre Morel et Pomfresh, penchés vers lui. Il avait envie de vomir. La main de Pomfresh se glissa sous sa nuque et lui souleva légèrement la tête.

« Buvez, Mr Curson, » en lui appliquant la fiole contre les lèvres. Il avala, tirant une grimace face au goût. Quelques instants plus tard, l'esprit plus clair, il se releva pour s'asseoir sur la chaise, encore sous le choc. C'était une illusion. Une stupide illusion. Juste une illusion. Rien qu'une illusion. Bon sang de bon sang. Une illusion. Il s'humidifia les lèvres puis rejeta la tête en arrière.

« Wow, » murmura-t-il stupéfait. Puis le regard de tous les élèves l'alerta. Son esprit se mit en branle et il se rappela avec frayeur qu'ils avaient tout vu. Oh Merlin ! Ils avaient vu la métamorphose des poignards, sa technique, ses soupçons immédiat sur Voldemort… Pire. Ils l'avaient vu tuer des hommes! songea-t-il avec un hoquet.

Il ferma un instant les yeux pour ne pas céder à la panique, ne pas partir en courant, s'enfuir et ne jamais revenir. Je suis un homme mort. Mort. Comment pourrait-il expliquer tout ça ? Nie tout. Nie l'évidence. Ils ne peuvent se souvenir de tous les détails. Néglige l'importance de tout ça. Il ouvrit lentement les yeux. Son regard glissa vers Morel, qui le fixait avec une drôle de lueur dans le regard.

« Oui ? » grinça-t-il. Morel se racla la gorge. « C'était très impressionnant Mr Curson. »

Impressionnant ? Non, c'était affreux. Il inspira puis mima un regard incrédule à Morel.

« Et bien, je suis tout de même mort, Professeur, » lui rappela-t-il. « Vampiros avait le loisir de faire de moi son menu sans que je ne puisse plus lever le petit doigt. » Il y eut quelques ricanements devant le surnom du vampire.

« Certes, mais vous avez réussi à mettre hors service quatre sorciers, ce qui était largement au-dessus de toutes mes espérances lorsque j'ai songé à cette scène. »

Harry trouva le 'hors service' tellement hors de propos qu'il fut une nouvelle fois déstabilisé.

« J'étais blessé à la jambe. Et quasiment éventré. » Il n'avait pas vraiment eu le temps d'évaluer à quel point le Diffindo du sorcier avait fait des dégâts, mais vu la vitesse à laquelle Harry avait perdu ses forces, il ne doutait pas que ce ne devait pas être beau à voir d'un point de vue extérieur.

Morel acquiesça et se tourna vers la classe. « Que pouvez-vous en dire ? Quelle a été sa principale erreur ? » demanda-t-il comme il l'avait fait pour les élèves précédents. Les Gryffondor et les Poufsouffle restèrent silencieux, et Harry n'osait pas vraiment les regarder en face. Du coin de l'œil, il pouvait voir que la plupart étaient ébranlés. Comment se faire remarquer, par Harry Potter.

« Enfin, Monsieur, » protesta finalement Sirius, en reprenant ses esprits. « Il a tenu en respect un vampire et vaincu quatre sorciers à lui seul. Je ne pense pas parler que pour moi en disant que personne ici n'aurait pu faire une telle prestation. Alors franchement, je ne vois pas comment vous pouvez parler calmement d'erreur ! »

Il termina son discours en s'agitant sur son siège, faisant de grands moulinets avec ses bras, et les yeux exorbités. Ses mimiques détendirent la classe et firent rire une bonne moitié des élèves. Morel roula des yeux.

« Je me doutais que vous ne verriez pas Mr Black. Vous avez exactement le même problème que Mr Curson à vrai dire. »

Cela sembla déconcerter totalement Sirius. « Ah…, » fit-il de manière très explicite.

« Personne n'a une idée ? » insista Morel.

N'y tenant plus, Harry ne put s'empêcher d'intervenir.

« La défense, » répondit-il d'un air ennuyé. « J'ai eu de nombreuses estafilades, un morceau de cuisse en moins, et une éventration, sans compter les multiples possibilités de ce qu'allait faire le vampire de moi. Mes blessures accumulées m'ont fait perdre de l'endurance puis connaissance. Je n'ai rien fait pour me protéger efficacement. Aucun sortilège de défense. »

« C'est exact, » fit Morel d'un air intéressé. « Pourquoi ne pas l'avoir fait si vous l'aviez remarqué ? »

Harry haussa les épaules. « Je n'ai pas l'habitude. » Puis il se mordit la langue. Il venait à peine de sous-entendre qu'attaquer était dans ses habitudes. Non mais vraiment, quel abruti…

« Oui, vous n'avez pas l'air d'avoir un grand instinct d'autodéfense mais vous répliquez de manière admirable. Vos bons réflexes pour éviter les sortilèges ne peuvent pas être suffisants et sont plutôt éreintant sur le long terme. » Il fit une légère pause, semblant réfléchir. « Autre point. Sauter vers un sorcier armé, sans défense possible – bien que la situation soit désespérée – est clairement suicidaire. Il aurait pu lancer le sortilège de la Mort et vous n'auriez pas pu l'éviter. »

Harry partageait son avis et acquiesça. « J'étais à court d'idées. Et d'armes. Et je n'avais aucune potion sur moi. »

« Vous avez voulu coupler sortilèges et potions ? »

Harry eut un sourire narquois. « Je suis certes incapable de concocter une potion correcte - cela fit rire les Poufsouffle qui avaient pu voir ses désastres en cours de potions – mais je n'ai jamais nié leur utilité, surtout en plein combat. »

Morel resta silencieux un instant, le dévisageant avec un regard qu'Harry ne put définir. « Bien, je pense que nous avons fait le tour. J'attends avec impatience votre compte-rendu. Au suivant. Miss Drayton ? »

xXx

Lorsqu'il sortit de cours, Harry put mesurer l'ampleur des dégâts.

« Mince Stephen ! » s'exclama Adam à peine sorti de la salle, « pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu avais un niveau ahurissant en Défense ? »

« Et bien non, je suis bon en attaque, pas en défense, » répliqua Harry en jouant sur les mots.

« Il n'empêche que tu as quasiment atteint le niveau d'un Auror, » répondit Benjy posément.

« N'exagérons rien, » bougonna Harry. Alice et Benjy s'échangèrent un long regard de connivence qui mit mal à l'aise Harry. Adam et Joyce semblaient tout simplement stupéfaits et le regardaient avec une pointe d'admiration. Harry accéléra l'allure. Puis Adam reprit ses esprits et le rattrapa dans le but de multiplier les questions. « Mais, enfin, un niveau pareil ça ne s'invente pas ! Tu devais bien savoir que ton niveau en Défense surpassait ce que l'on nous demande aux ASPICs ! Où as-tu appris à te battre comme ça ? »

Harry marmonna quelques réponses à propos d'un niveau élevé en Défense à l'Institut de Salem qui ne convainquit personne et qui incita Adam à lui poser de plus en plus de questions pressantes. Et il sentait parfaitement le regard de Benjy et Alice sur sa nuque, derrière lui, qui ne perdaient pas une miette de ses réponses. Finalement, il se stoppa subitement et lança un regard flamboyant à Adam.

« Écoute, je n'ai pas envie de parler de ça, alors je n'en parlerai pas. Il me semble que j'en ai parfaitement le droit et que ça ne te regarde pas. Ça ne regarde personne à part moi. C'est clair ? »

Adam fit un pas en arrière comme frappé, et resta silencieux. Il hocha de la tête, et plus personne n'osa parler. Harry sentait toujours le regard perçant de Benjy et Alice sur lui, mais n'en tint pas compte.

Le soir venu, au dîner, il fut le centre de toutes les attentions, les regards posés sur lui. L'impression d'être de nouveau dans la peau de Harry Potter se faisait sentir. Retour à la case départ. À peine installé, les maraudeurs au complet vinrent se joindre à leur table, à la grande surprise des Poufsouffle.

« Stephen ! Je peux t'appeler Stephen ? Il faut absolument que tu m'expliques comment tu fais pour métamorphoser les feuilles en poignards ! C'est la grande classe ! » s'exclama Sirius avec grandiloquence.

« Ce que mon camarade veut dire, » ajouta James, « c'est qu'il voudrait savoir comment transformer des feuilles en poignards mais surtout connaître tous les détails de ce que tu as fait lors de ton combat. »

« Oui, mais là, tu vas lui faire peur James, et il va croire que je l'admire et que je veux lui baiser les pieds ! »

Les sourcils de James se levèrent : « Ah, ce n'est pas le cas ? »

Sirius s'offusqua et ils partirent tous deux dans une danse de mots stupéfiante. Remus et Peter les observaient, amusés. Harry n'avait pas bougé d'un poil depuis que les Gryffondor s'étaient installés entre Benjy et Joyce, interloqués. Il semblait à Harry que son cerveau était resté loin en arrière, bloqué sur 'Père et Sirius en face de moi'. Finalement, il reposa la cuillère qu'il tenait dans le plat pour éviter une crampe. Il n'arrivait pas à mettre des mots sur ce qu'il ressentait. C'était tout bonnement incroyable de les voir devant lui, à jouer à celui qui aura le dernier mot. Ce fut James qui gagna, et Sirius sembla hésiter entre bouder et rire, mais il opta pour une autre solution. Il se tourna vers Harry, plein d'espoir.

« Alors Stephen ? Pourrais-tu s'il te plaît nous éclairer ? »

La langue de Harry semblait faite en plomb, tellement lourde qu'il n'arrivait pas à la décoller, et il ouvrit la bouche sans en sortir un seul son. Les regards étaient dirigés vers lui, et il n'avait qu'une envie, s'enfuir à toutes jambes. Il essaya de se concentrer sur la métamorphose. Parfait, la métamorphose. Un sujet neutre, qui demande de l'attention. Réfléchir, réfléchir Et ne pas les dévisager Potter ! C'est malpoli !

« La métamorphose de feuille en poignard est plutôt simpliste en réalité. Hm, j'utilise la formule permettant de métamorphoser n'importe quelle matière en métal et dans le même temps, je dirige mon esprit vers la forme d'un poignard. La feuille en est relativement proche ce qui justifie que j'utilise ceci, mais théoriquement, il est possible de métamorphoser n'importe quel objet en poignard. Mais dans un combat, la rapidité est importante, et prendre une feuille est un choix qui concilie la rapidité d'action. Il faut ensuite un peu d'entraînement pour que le poignard soit bien affûté mais il n'y a rien d'insurmontable. »

Ce fut Remus qui prit la parole. « Mais comment arrives-tu à aller aussi vite ? »

L'entraînement ? L'habitude ? « L'adrénaline, je suppose, » fut tout ce que dit Harry, gêné. « Et maintenant, si vous voulez bien m'excuser. »

Il se leva dignement, et sortit prestement de la Grande Salle avec une forte impression d'être un lâche. Il se dirigea vers la Salle commune des Pousfouffle, et travailla durant tout le repas. Lorsque les élèves entrèrent, personne ne vint l'importuner, et Benjy, Adam, Joyce et Alice le rejoignirent à sa table.

« Tiens, » fit doucement Adam en lui tendant une petite assiette avec une part de tarte. « Tu n'as rien mangé. »

Harry observa la part silencieusement. « Tu n'aimes pas ? » s'inquiéta le Poufsouffle.

« Non, enfin, si, si, j'aime bien... » Sa voix se cassa et il leva les yeux vers ses camarades. « Merci. » Il poussa ses affaires, et coupa un morceau de tarte avant de l'enfourner dans sa bouche. Il n'arrivait pas à déterminer ses sentiments mais il sentait une douce chaleur se répandre dans son ventre. Il avait été désagréable avec Adam mais celui-ci ne lui en n'avait pas tenu rigueur et il proposait clairement la paix. C'est ce que faisaient les amis entre eux.

« Ils ne t'embêteront plus avec leurs questions, » déclara Benjy, les yeux fixés sur ses ongles.

Harry avala sa part de tarte. « Ah ? » fit-il d'une manière qu'il voulut nonchalante mais qui ne trompa personne.

« Ah ? » l'imita Joyce avec un sourire. « Benjy et Adam ont légèrement réprimandé les Gryffdondor à ton départ et ils ont fait passer le message de te laisser tranquille sinon ils auraient affaire à eux. Et ils ont semblé obtempérer, même si je doute que ce soit par peur d'Adam mais plus par crainte des réprimandes du Préfet-Benjy. »

« Hé ! » s'exclama Adam, outré. « Je suis très impressionnant, pourquoi sous-entends-tu le contraire ? »

Joyce fronça les sourcils en faisant semblant de réfléchir. « Laisse-moi voir... Peut être parce que je ne le sous-entends pas mais l'affirme ? »

S'ensuivit une longue chamaillerie bon-enfant entre les deux protagonistes.

« Écoutez... Je... » commença Harry en regardant Benjy. Il quoi ? Il buta sur ses mots, ne sachant que dire. « Merci beaucoup. Cela... cela compte beaucoup pour moi. » La gorge serrée, il se tut et détourna les yeux, ne pouvant pas soutenir le regard perçant de Benjy qu'il trouvait bien trop perspicace.

Alors, au fond, c'était ça d'être un Poufsouffle ? Bien plus qu'invisible ou travailleur, c'était d'être tourné les uns vers les autres, comme une grande famille. De faire confiance, d'être uni. D'accepter les colères, les mystères des autres, et de ne rien demander en retour à part de... l'amitié ? En trois semaines, ces quatre Poufsouffle semblaient s'être bien plus attachés à lui que certains Gryffondor de son époque en plus de cinq ans.

Ils n'ajoutèrent rien, car ce qui se passait allait bien au-delà des mots.

Harry put constater les jours suivants que les menaces des Poufsouffle avaient porté leurs fruits et plus personne n'osa l'approcher. Petit bémol, Harry sentit le regard songeur de Dumbledore qui le suivait très souvent. Il ne faisait aucun doute que les rumeurs sur ses performances en Défense étaient remontées jusqu'à ses oreilles et corroboraient parfaitement l'impression qu'il lui avait donné lors de leur petit duel en août. Harry l'ignora et poursuivit son travail assidu, si bien qu'il réussit largement à rattraper son léger retard en métamorphose et sortilège. McGonagall et Flitwick l'avaient même chaudement encouragé. Pour ce qui était des potions, il sembla qu'il faisait un pas en avant pour en réaliser trois en arrière, ce qui était largement déprimant et lui donnait vraiment d'envie de laisser tomber.

La Défense contre les forces du mal se poursuivit bon gré, mal gré, et les autres élèves étaient passés à l'illusion. Harry avait été assez impressionné par Alice et Benjy qui se défendaient tous deux très bien, bien que leur style de combat soit très scolaire. Remus avait été précis, expéditif, mais il n'arrivait pas à combattre plus d'un ennemi à la fois. Pettigrow était lamentable aux yeux de Harry, mais il faut avouer qu'il n'était vraiment pas objectif. Comment pouvait-il l'être ? Le moindre de ses gémissements lui rappelait la nuit dans le cimetière lorsqu'il pleurnichait car il avait coupé sa main pour son maître. S'il avait été objectif, il aurait pu remarquer que Pettigrow ne se débrouillait pas plus mal que certains.

James avait vaillamment combattu, et avec beaucoup plus de sérieux et de détermination que ne l'avait fait Sirius. De plus, ce fut le seul qui réussit l'épreuve jusqu'au bout, sans mourir. La fierté qu'il en tira fut un peu écœurante aux yeux de Harry, mais il ne pouvait s'empêcher d'être fier lui aussi. C'était son père ! Son père, courageux, fort, certes arrogant, mais doué, et qui sacrifierait sa vie pour lui et sa mère.

Une petite routine s'installa, ponctuée de petites visites à la bibliothèque en pleine nuit par Harry, qui ne s'oubliait pas complètement. Être Stephen Curson était reposant, des vacances en somme, mais il ne fallait pas oublier qu'il était avant tout Harry Potter, et qu'il fallait qu'il trouve un moyen pour comprendre ce qui lui était arrivé. Que Voldemort soit derrière ou non, il devait y avoir une solution. Ainsi, ses recherches se divisaient entre celles sur le temps, et celles sur les illusions. Mais rien ne l'éclairait, et le temps fila, laissant Septembre derrière lui.

Début Octobre, Harry apprit enfin un élément nouveau.

xXx

À plat ventre sur son lit, la tête appuyée dans le creux de ses mains, Harry regardait dans la pénombre les aiguilles qui tournaient dans le cadran de sa montre posée sur son oreiller. Le léger tic-tac qu'elle émettait était hypnotisant, et toute l'attention de Harry était focalisée sur ce léger petit bruit. Immobile, il ne clignait même pas des yeux. Ses paupières étaient pourtant lourdes, très lourdes. Il aurait été facile de les fermer et de se laisser aller. Un tic légèrement plus fort que les autres le mit en mouvement. Il prit la montre et la plaça à l'extérieur des tentures, où les ombres étaient moins épaisses. Cela lui confirma qu'il était bien une heure du matin. Il s'assit doucement sur son lit, écouta les ronflements qui se mêlaient aux respirations profondes, et posa ses pieds nus sur le sol froid. Il frissonna. Il attrapa ses chaussettes, les enfila et prit des chaussures dans une main. Finalement, à pas légers, il sortit du dortoir, le cœur battant. Ses yeux, qui supportaient encore les lentilles, le tiraillaient.

La salle commune était vide, les braises encore rougeoyantes de la cheminée projetaient une douce lumière dans la pièce circulaire. Harry sortit la Carte du Maraudeur de sa poche ainsi que sa baguette.

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, » chuchota-t-il.

Les traits fins se tracèrent, dévoilant le plan du château. Harry aperçut Dumbledore qui faisait les cents pas dans son bureau. Rusard semblait rôder au troisième étage. Pour aller jusqu'au quatrième étage, à la bibliothèque, il risquait d'avoir quelques difficultés. S'il pouvait utiliser quelques passages secrets, Rusard les connaissaient tout autant que lui.

Et tu n'as pas ta cape, Potter, rappelle-toi.

Harry jura tout bas, rangea sa baguette, mit ses chaussures et traversa le tableau qui permettait d'accéder à la salle commune des Poufsouffle. Il passa devant les cuisines, et remonta l'escalier jusqu'au hall d'entrée. Il grimpa jusqu'au deuxième étage, bifurqua vers l'aile ouest, emprunta un passage et arriva dans un coin abandonné du troisième étage. Rusard était à l'opposé. Mais Harry s'arrêta dans sa marche. Rusard venait de prendre un passage, qui arrivait au quatrième étage, juste à l'endroit où Harry serait arrivé s'il avait poursuivi son trajet.

Il fit doucement un pas en arrière, puis un autre. Si Rusard descendait par là… Plaqué contre le mur, essayant de se fondre parmi les ombres, Harry retint sa respiration. Il entendit l'homme s'approcher jusqu'à être à l'intersection. Et il continua sa route. Harry souffla un bon coup. Il regarda la petite étiquette indiquant 'Argus Rusard' s'éloigner durant quelques minutes. Puis il grimpa les quelques marches. Il partit à l'opposé de Rusard. L'entrée principale de la bibliothèque était bien trop proche de lui. Soit, Harry utiliserait un autre moyen. Il déboucha sur le couloir qu'il avait emprunté lors de sa première année, l'amenant au miroir du Risèd.

Enfin devant la vieille porte de la bibliothèque, Harry la poussa en espérant qu'elle ne grincerait pas trop. Malheureusement pour lui, elle sembla décidée à le trahir car son couinement brisa le silence du château. Harry s'immobilisa, à l'affût. Il chercha sur la carte l'étiquette de Rusard, et il soupira de soulagement en voyant qu'il s'était bien éloigné. Il se dirigea donc vers le rayon 'Histoire' de la bibliothèque.

Déchiffrer les titres des livres dans la pénombre ne fut pas évident, et Harry dut recourir plusieurs fois à un Lumos, même s'il savait pertinemment que cela pouvait le trahir. Il parcourut du regard les livres qu'il avait déjà inspectés, et en choisit un autre. Magie temporelle et Histoire. Délicatement, Harry s'installa à même le sol, la Carte du Maraudeur posée à côté de lui et le livre sur ses genoux.

Deux heures plus tard, Harry referma le livre, étira son dos douloureux et fit le point sur ce qu'il venait d'apprendre. Le livre parlait des différentes magies temporelles selon les pays et les époques. La palette était large, et passait des Incas qui étaient parvenus à répéter la même journée plusieurs fois aux Samouraïs qui étiraient le temps pour pouvoir se déplacer plus vite. En fin de compte, c'est à la toute fin que les Retourneurs de Temps étaient évoqués, invention d'un groupe de chercheurs.

Il était expliqué que les retours dans le passé étaient méconnus, complexes, et que rien ne prouvait qu'il était possible de revenir plusieurs années en arrière, quelques jours semblant déjà extrêmement dangereux. Des cas tragiques étaient relatés et faisaient écho aux propos que Hermione lui avait tenus lors de sa troisième année. Frustré, Harry se releva, jeta un coup d'œil à la carte, puis replaça le livre.

Et maintenant Potter ? songea-t-il avec dépit.

Harry se frotta doucement les yeux et se sortit de sa léthargie en faisant courir ses mains froides dans son cou et sur ses joues.

Reposons la question autrement. Qu'aurait fait Hermione ?

La réponse fut plus facile. La magie qui semblait la plus proche de ce qui pouvait toucher au temps était indubitablement celle des Retourneurs de Temps. Mais Harry avait déjà cherché à leur sujet et il n'avait rien trouvé de convainquant… Le principe, les dangers étaient facilement étalés, mais la théorie était beaucoup plus floue. Pourtant, il avait bien fallu que quelqu'un comprenne comment ces objets fonctionnaient concrètement ? Il lui fallait creuser dans cette direction. Harry sentait qu'il tenait une piste et se mordilla la lèvre inférieure. Hermione aurait cherché à en savoir plus sur les créateurs des Retourneurs. Harry s'anima et parcourut les rayons.

Les yeux de Harry sautèrent de livres en livres, cherchant son bonheur. Les sorciers les plus connus de l'Histoire de la Magie, Biographie des sorciers célèbres, Des Ministres de tout temps, Les études magiques de l'Histoire, Les sorciers philosophes, Les grands chercheurs contemporains…

Harry s'arrêta, fixa un instant Les grands chercheurs contemporains puis sourit. C'était ce qui lui fallait. Il le prit, et pour la seconde fois de la nuit, s'installa sur le sol et plongea dans sa lecture. Cette fois, il essaya de rester droit, mais au final, il ne tint pas dix minutes sans arrondir son dos. Sa lecture fut néanmoins plus rapide, une bonne partie ne l'intéressant pas le moins du monde.

Il trouva tout de même un petit paragraphe qui évoquait les créateurs et inventeurs du premier Retourneur de Temps. Ils étaient cinq. Un Belge, Niels Urlu ; un Hollandais, Jesper Van der Groen ; un Danois, Per Johansen ; un Autrichien, Hunsy Gruber et enfin un Hongrois, Gustàv Szabolcs.

La crème des sorciers de leurs pays d'origine. Ils avaient tous reçu nombre d'honneurs grâce à leur intelligence et leurs connaissances. Puis ils étaient entrés dans une unité européenne réunissant des sorciers qui faisaient des études magiques poussées dans certains domaines. Leurs recherches personnelles sur un moyen de revenir dans le Temps avaient commencé vers 1830 et abouti en 1887.

A présent, quatre d'entre eux étaient morts. Un de vieillesse, deux assassinés lors de l'ascension du mage noir Grindelwald et de la Seconde Guerre Mondiale Moldue et un autre dans des circonstances douteuses a la fin du XIXème siècle. Le seul qui vivait encore, le Hongrois, venait de fêter son 184ème anniversaire.

Diable, pensa Harry, amusé, Dumbledore aurait l'âge d'être son petit fils.

Il allait refermer le livre lorsque son attention fut captée par un élément. D'après le livre, ce Gustàv Szabolcs finirait ses jours doucement dans un lieu reculé de l'Angleterre.

L'information le frappa avec toute l'intensité d'un cognard lancé à pleine allure, et il fut étourdi durant quelques minutes où il crut avoir le monde au bout de ses doigts. Le livre semblait récent. Avec frénésie, il chercha la date d'édition du livre. S'il vous plaît, s'il vous plaît, faites que…. Il la trouva, en petits caractères, sur la première de couverture. 1972. Il était largement possible que cet Hongrois soit toujours vivant.

Et donc il me serait possible de rencontrer un des inventeurs du Retourneur de Temps.

C'était une information d'une telle portée... ! Quel était le meilleur moyen d'en savoir plus sinon que de collecter les informations à leur source ? Il pourrait lui demander… tellement de choses ! C'était la solution à tous ses problèmes. Où habitait-il en Angleterre ? Harry se replongea dans le paragraphe consacré à l'homme, mais ce n'était pas mentionné. Zut. Mais il ne pouvait tout de même pas échouer si près du but. Il devait bien y avoir un moyen de savoir où trouver l'homme.

Harry n'eut pas le temps de réfléchir plus longtemps à l'Hongrois qu'il entendit des bruits de pas. Affolé, Harry se jeta sur la Carte. Il put voir l'étiquette de Minerva McGonagall s'approcher dangereusement de la sienne. Double zut ! Il referma prestement le livre, le reposa sur l'étagère sans vérifier s'il s'agissait bien de sa place et partit d'un pas rapide, les yeux rivés sur la Carte.

Il s'adossa un peu plus loin contre un mur, réfléchissant à toute vitesse. McGonagall marchait le long de l'allée centrale. Il ne s'agissait sûrement que d'une ronde habituelle. S'il trouvait un coin sombre, McGonagall pouvait passer sans le voir. Elle continuerait vers la réserve pendant que lui rebrousserait chemin vers l'entrée principale de la bibliothèque. Sans plus perdre de temps, il s'éloigna dans les rangées de livres, le plus loin possible des hautes fenêtres et de la légère lumière nocturne. Alors que le professeur de métamorphose et directrice adjointe s'approchait, Harry s'immobilisa et ne bougea plus d'un poil. Il la vit au loin passer, un bougeoir à la main.

Il attendit de longues minutes qui lui semblèrent interminables avant de sortir. La Carte lui apprit que McGonagall parcourait à présent la réserve. Harry se dépêcha de sortir de la bibliothèque. La porte s'entrouvrit dans un grincement sinistre. McGonagall avait forcément entendu. Il referma rapidement la porte. Un autre coup d'œil à la Carte, et il sut qu'il avait effectivement été repéré. Elle faisait demi-tour à toute allure. Alors, faisant fit du bruit, Harry s'élança. Comptant prendre un passage qui allait du cinquième étage au second, Harry grimpa les premiers escaliers. Il traversa le couloir vide en courant, puis s'approcha d'une armure qu'il fit glisser d'une pression sur le casque, dévoilant un escalier sous ses pieds. Harry l'emprunta.

Visiblement, il avait été suffisamment rapide. Une autre étiquette l'interpella. Celle de Nadège Bladwell, dans une salle de cours du cinquième étage, visiblement immobile près d'une fenêtre. Il ne s'y attarda pas et Harry descendit précipitamment le petit escalier en colimaçon.

Il dut attendre que Rusard passe devant le passage avant de sortir – bon sang, cet homme ne dort jamais ? Il regagna le dortoir des Poufsouffle plus calmement et c'est épuisé qu'il se coucha dans son lit.

Il avait vraiment envie de dormir, mais son esprit tournait si rapidement qu'il lui semblait improbable de réussir à accueillir les bras de Morphée. L'excitation qui l'avait pris en découvrant un créateur du Retourneur de Temps vivant n'était pas redescendue, et il n'avait qu'une seule idée obsédante en tête : il fallait qu'il rencontre Gustàv Szabolcs.


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Édit : Correction du chapitre par Srithanio - merci beaucoup !