Titre - Dans les mensonges et les regrets

Disclaimer – Tout ce qui relève de l'univers de JKR lui appartient.

Rating – M

Bêta – Srithanio

.

Note – Bonjour, bonjour... Tout d'abord, bonne année à tous !

Ensuite... je sais. Je n'ai pas du tout tenu les délais que je m'étais fixés, j'en suis désolée – même si cela ne fait pas avancer le schmilblick. J'ai eu un été chargé, un déménagement, une rentrée bouleversante suivie d'un boulot monstre ces trois derniers mois. Beaucoup de choses ont changé en si peu de temps.

J'espère ne pas perdre trop de personnes en route, même si je comprends très bien que lire un petit chapitre de manière aussi espacée dans le temps ne doit pas inciter à poursuivre la lecture.

Quoiqu'il en soit, je vous remercie tous chaleureusement pour vos reviews, vos encouragements – merci, merci, merci ! Les mots me manquent pour dire à quel point cela me touche. Encore une fois, un remerciement aux reviewers anonymes auxquels je ne peux malheureusement pas répondre.

Cette fois, je ne me prononce pas du tout sur le prochain chapitre. Je n'ai aucune idée de comment je vais pouvoir gérer mon temps, donc... On verra. De cette manière, je ne serai pas vraiment en retard... *Keuf keuf* J'essaierai juste de ne pas trop tarder – c'est vite dit... Ahem...

Bonne lecture !

Mona

.


.

Dans les mensonges et les regrets

Partie IBrumeux

.


.

Chapitre 6 – Le fil se tend

.

Lorsque Dumbledore revint, le visage grave et les yeux dénués de pétillement, l'attention de la Grande Salle atteignit des sommets. Chaque élève se tendit, chaque paupière resta ouverte afin de capter le plus d'informations possible, et dans un même souffle, ils attendirent tous que le verdict tombe, tel un couperet.

Harry, entre tous, était sûrement celui qui souhaitait le moins connaître la vérité. En effet, si la Gryffondor était morte, si cela s'était véritablement produit... Sa culpabilité... Le remord qu'il éprouverait... Oh, faites qu'elle soit vivante, Merlin, faites qu'elle soit vivante. Il était parti parce qu'il craignait qu'on l'attrape hors de son dortoir en pleine nuit, mais quel Gryffondor devenait-il donc ? Un de ces lâches qui partaient silencieusement, sur la pointe des pieds ?

Tu n'avais pas le choix, Potter, se dit-il. Répète-toi bien que c'était nécessaire. L'ordre cosmique, la régularité du temps et l'absence de paradoxe temporel prévalent sur n'importe quelle vie humaine. Les paroles, si froides et si dénuées de sentiments, avaient parfaitement raison. Cela n'empêcha pas Harry de se sentir si mal, si nauséeux… Comment pouvait-on affirmer cela sans ciller ? Ce n'était pas humain…

Ses pensées furent coupées par le raclement de gorge de Dumbledore alors qu'il se tenait sur l'estrade, regard fixé sur l'ensemble de ses élèves. La tension de la Grande Salle augmenta d'un cran si cela était encore seulement possible. Harry crut qu'il pouvait palper cette tension, si présente, si réelle, si lourde… ! Il y eut quelques personnes qui déglutirent bruyamment – ce qui sembla être si fort dans ce silence omniprésent.

« Je suppose que vous savez déjà beaucoup de choses à propos de ce qu'il s'est produit la nuit dernière. »

La voix de Dumbledore résonna aussi fort que le tonnerre, et Harry sentit ses poils se hérisser. Il voulut se passer la main sur le bras pour le réchauffer mais il n'osa même pas lever le moindre petit doigt.

« Ce qui s'est produit est une tragédie. Un terrible drame dont nous ignorons encore les tenants et les aboutissants. Ce qui est sûr, c'est que l'un de nos élèves, de vos camarades, Dave Goujon, de Serdaigle a disparu la nuit dernière. Ce qui lui est arrivé est un mystère – comment, pourquoi ? Les questions se posent et ne seront pas laissées sans réponses. »

Un silence lui répondit et Harry leva lentement les yeux vers le plafond, nuageux, qui lui sembla menaçant. Un mauvais présage qui lui intimait de rester sur le qui-vive.

« De plus, une autre camarade a été victime de cette tragédie. Il s'agit de Rosie Barantyn, de Gryffondor – vous la connaissez tous, de près ou de loin, comme une camarade, une amie, une condisciple. Cette fille courageuse et admirable, est – j'ai le regret de vous l'annoncer – décédée. »

La bouche de Harry s'assécha, et il lui fallut toute sa maîtrise pour ne rien laisser paraître de plus sur son visage qu'un léger désarroi. Il entendit quelques sanglots étouffés, mais il garda le visage dirigé vers Dumbledore. Il préférait ne pas voir les larmes des amis de Rosie.

« La raison de sa mort est mystérieuse pour le moment. Nous pensons qu'il s'agit d'un empoisonnement. Les Aurors viendront dès aujourd'hui pour enquêter sur cette affaire et il se pourrait que quelques uns d'entre vous soient interrogés à ce propos. »

Il pencha sa tête sur le côté droit, et presque à contrecœur, il poursuivit.

« Si les Aurors convoquent votre... présence, vous serez bien évidemment dispensés de cours durant ce laps de temps. La gravité de la situation requiert toute l'attention du Ministère et échappe à mes compétences de Directeur. Je vous demande donc d'être conciliants envers ses employés et de les aider au mieux. »

Il fit une pause, le visage tiré, le regard rivé droit devant, aveugle de tous.

« Le banquet de Halloween nous permettra d'honorer la mémoire de Rosie Barantyn. Je vous demande de ne pas l'oublier, de méditer sur les malheurs qui peuvent survenir dans notre existence et sur la valeur d'une vie – quelle qu'elle soit, qu'importe son origine : une vie humaine reste une vie humaine, une des nôtres. Nous garderons tous nos espoirs pour Dave Goujon. »

Ses yeux se décollèrent du lointain et revinrent vers les élèves, les parcoururent de son regard bleu glaçant. Harry n'avait vu que très rarement cette expression dans les yeux de Dumbledore, mais c'était sans conteste celle qui dévoilait son intelligence et sa puissance tellement célèbres.

« Je vous remercie de votre attention. Les cours se dérouleront comme d'habitude hormis pour ceux que les Aurors souhaitent interroger. »

Il se détourna, s'assit à sa place – si rarement occupée ses derniers temps – puis se pencha vers McGonagall pour lui souffler quelques mots. L'attention de Harry se reporta sur les Poufsouffle alors que Joyce murmurait un angoissant : « Oh Merlin, oh Merlin… Quelle horreur ! »

Une fois de plus, Harry sentit un frisson l'animer alors que ses poils se hérissèrent. Sa tête tournait légèrement, comme enivrée sous le flux d'informations. Elle était morte. Morte ! Au-delà de son décès, le futur de Poudlard lui semblait également obscur. Harry se rappelait très bien du souvenir de Jedusor alors qu'il avait assassiné Mimi Geignarde. Son meurtre était resté inexpliqué et l'impossibilité de trouver le coupable avait failli fermer Poudlard. C'est d'ailleurs la principale raison pour laquelle Jedusor avait fait accuser Hagrid à sa place. Pour Poudlard.

Harry lança un nouveau regard à la table des professeurs, soucieux : Dumbledore songeait-il à fermer son école ? Mais les yeux de Dumbledore se fichèrent dans les siens avant que Harry n'ait eu le temps d'y songer véritablement et il se glaça sous le regard inquisiteur que le directeur lui lança.

Il sait. La pensée se ficha en lui, angoissante, oppressante. Il sait que tu étais hors de ton dortoir. Il sait que tu devais être là. Tu es suspect par principe : nouveau dans cette période troublée, mystérieux, et pouvant être là lors des faits. Et aucun alibi. Harry inspira, détourna rapidement le regard – il ne voulait pas que Dumbledore puisse utiliser la Légilimancie sur lui – autant aller se confesser directement dans son bureau !

Et il sait – ils savent tous ! – que tu es capable d'attaquer. Que tu es capable de tuer si cela est nécessaire.

La nausée prit violemment Harry. Son comportement dans cette illusion avait pu être étouffé… mais assurément, cela risquait de refaire surface si jamais… Oh bon sang… Harry jura profondément dans son esprit. Il voulut faire passer ce goût âcre dans sa bouche à l'aide de café, mais l'odeur l'en empêcha, le repoussa et le dégoûta. Il ne fut pas le seul : beaucoup restèrent à fixer leur petit déjeuner d'un air écœuré.

Mais tous n'ont pas vu Barantyn délirer et convulser quelques temps avant sa mort.

Certes.

Leur cours suivant fut Botanique et Madame Chourave sembla largement éprouvée : elle enchaînait bégaiements sur erreurs d'inattentions. Ce fut lors du repas du midi que les Aurors arrivèrent.

xXx

Ils entrèrent dans la Grande Salle, et le claquement de la large porte attira autant l'attention que leur robe écarlate. Les têtes se tournèrent dans leur direction et Harry entendit Alice étouffer une exclamation lorsqu'elle s'aperçut que Franck Londubat se trouvait dans le groupe.

Harry fut plutôt satisfait de reconnaître certaines têtes : Scrimgeour et Willliamson. Un autre en arrière lui était totalement inconnu mais l'attention de Harry se porta sur l'Auror en tête. Il lui sembla immédiatement antipathique au possible : visage carré, traits durs et regard implacable, une petite moustache méprisable. Sans doute le fameux Brooks.

Le groupe se dirigea vers la table des professeurs, Dumbledore les y accueillit, puis ils sortirent ensemble – sans doute vers le bureau du directeur afin de discuter de l'incident. Une mauvaise impression s'empara de Harry.

Calme-toi. Tu n'as rien fait, tu es innocent, tu n'as rien à te reprocher à part quelques escapades dans la bibliothèque en pleine nuit et d'avoir remonté accidentellement le temps. Rien d'illégal. Enfin – remonter le temps était-il illégal ? Ce n'était en tout cas pas le sujet.

La tension se poursuivit durant toute la journée et les on-dits habituels de Poudlard les informèrent que les amis proches de Barantyn et Goujon avaient été interrogés. Certains affirmèrent que les Aurors ne rigolaient pas : l'affaire était sérieuse et la situation ambiante en Grande-Bretagne n'aidait pas à les rendre conciliants. Cela sonnait vraiment comme un mauvaise augure. Heureusement, les Aurors n'avaient pas encore la permission d'utiliser les Impardonnables - mais Harry savait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'ils n'aient le droit.

Franck trouva un moment pour les approcher et Alice se jeta sur lui. Ils s'enlacèrent et se chuchotèrent quelques mots, partagèrent deux ou trois baisers légers puis ils se posèrent dans un coin de leur salle commune. Franck attira des regards curieux – sa robe attirait irrémédiablement l'attention – mais Alice les rabroua promptement.

Par la suite, elle les présenta : « Franck – Stephen. » Le visage plus fin qu'Alice, Franck avait donné son sourire à Neville : même dents, même bouche et expression identique. Franck lui serra la main et proféra quelques paroles qui tendirent Harry. « Ah, Stephen Curson, n'est-ce pas ? J'ai beaucoup entendu parler de toi. »

« Vraiment ? »

Franck acquiesça, inconscient de la tension de Harry.

« Oui, via Alice, bien évidemment, mais aussi au Ministère. Crois-le ou non, mais tu en intriguais certains. C'est surtout, je pense, parce que tout le monde devient suspicieux envers tout le monde. Ton intégration à Poudlard a dû se faire facilement à côté de ce que cela aurait été dehors. » Il fit une pause, et ses yeux cherchèrent Alice. « Vous ne pouvez pas vous rendre compte – mais c'est de plus en plus... tendu. Chacun se replie sur soi et la peur de disparaître, de mourir est omniprésente. Ah, ça, ce mage noir sait y faire, » ajouta-il sombrement.

« Et il ne disparaîtra pas d'un coup aussi facilement que ça, n'est-ce pas ? » demanda Benjy, le visage grave. Franck secoua la tête sans un mot.

Ils méditèrent en silence durant un moment. Puis Alice reprit la parole.

« Et alors ? Ce – ce - enfin, Rosie et Dave ? C'est l'œuvre de – son œuvre ? »

De toute évidence, la Poufsouffle n'arrivait pas à mettre les mots sur ce qui était arrivé : meurtre. Assassinat. Mort. Alice et Joyce semblaient toutes deux bien plus ébranlées que les garçons ; elles étaient de bonnes amies avec Rosie et avec les Gryffondor en général, mais elles n'osaient pas trop aller les voir. Harry avait bien remarqué que les Serdaigle et les Gryffondor étaient en deuil ce midi – il avait aussi remarqué les yeux rouges de Lily. Ainsi que la présence de James a ses côtés qui lui offrait une épaule compatissante, le visage enfin dénué de toute expression arrogante et aguicheuse.

Franck soupira. « Je ne devrais rien vous dire, mais pour le moment nous nageons dans le flou complet. Cela ne lui ressemble pas : on ne retrouve aucune de ses méthodes. Il ne fait pas dans la dentelle et Rosie a bien ingéré quelque chose de très nocif. Lui tue avec les Impardonnables, pas avec des poisons. Et il n'y a pas eu sa marque. Vous savez, dès qu'il assassine quelqu'un, il y a cette affreuse tête de mort avec ce serpent qui sort de la bouche. Il n'y avait pas de marque. »

Il parlait à voix basse et les Poufsouffle devaient se pencher vers lui pour entendre ses paroles. Ce que disait Franck était sensé : Voldemort revendiquait la plupart de ses morts. Les autres disparaissaient étrangement, mais étaient rarement empoisonnés. Mais si les raisons étaient valables, rien n'empêcherait Voldemort de faire quoi que ce soit et surtout pas un rituel aussi futile que sa marque. Son seul but était de créer la terreur.

Harry songea à Rosier et à cet Arnance qu'il avait vu. Rosier allait devenir un mangemort à part entière, dévoué jusqu'au bout des ongles, si ce n'était pas déjà fait. Il pouvait bien en être dès à présent et avoir agi sur ordre de Voldemort…

« Ce qui est tout aussi inquiétant, de mon point de vue, » poursuivit Franck, « c'est la réaction que tout ce foisonnement de peur engendre chez certains. Le plus aberrant et démonstrateur se trouve chez Brooks. Vous auriez vu comment il traitait certains élèves interrogés… Comme s'ils étaient responsables de ce qui était arrivé, comme s'ils n'étaient que des meurtriers bon à jeter à Azkaban… »

« Ce n'était donc pas des racontars de couloirs ? » demanda Joyce. Une fois de plus, Franck confirma d'un hochement de tête.

« Vous interrogez aussi les professeurs ? » intervint subitement Harry.

Il y eut un moment de flottement, Franck haussa les sourcils.

« Oui, c'est ce que nous allons faire ce soir et demain. » Les regards se rivèrent dans la direction de Harry, et il maudit son intervention. Benjy plissa les yeux, comme pour essayer de déterminer ce qu'il pouvait bien savoir et cacher.

« Tu ne serais pas sorti la nuit dernière, par hasard ? »

Harry se racla la gorge et avant même qu'il eut ouvert la bouche, ce geste sembla le condamner.

« Oh merde, Stephen, tu te rends compte un peu de ce que cela implique ? »

Le langage cru de Benjy choqua Harry un instant – cela était si inhabituel et si provoquant de la bouche du Préfet-en-Chef qu'il fut déstabilisé et répondit négativement.

« Cela signifie que tu vas être dans la liste des suspects et je gage que ton statut de nouveau ne pas pas t'aider à t'en sortir aux yeux de Brooks. »

« Tu te trouvais hors de ton dortoir cette nuit ? » demanda à brûle-pourpoint Franck.

Acculé, Harry hocha brièvement la tête. Il se sentait coincé avant même d'avoir commencé la bataille. Comment cela avait-il pu déraper aussi vite ?

Franck écarquilla les yeux et le fixa sans ciller, mettant Harry franchement mal à l'aise.

« Je n'ai rien fait. Je vous le jure, » se défendit-il. Seul un silence consterné lui répondit.

« C'est vrai ! » s'exclama Harry un peu trop fort. Cela attira quelques regards et Harry se tassa dans son fauteuil. Bon sang, si les Poufsouffle le croyaient coupable... Harry cria – du moins l'aurait fait s'il ne se retenait pas.

« As-tu vu quelque chose ? » interrogea Franck.

Harry ne sut que répondre, et secoua la tête. Il n'avait préparé aucun discours, aucun mensonge crédible, aucune excuse. Que pouvait-il dire ? C'est ainsi qu'il déclara son besoin de prendre l'air en raison d'un mal de tête. Il était évident qu'il fuyait la situation mais il fallait qu'il y songe. Il sortit de la salle commune et se dirigea à l'extérieur. L'air froid lui fit du bien, éclaircit ses pensées, ce qui par contradiction, l'angoissa un peu plus : comment allait-il se sortir de ce pétrin ?

Avant de pouvoir trouver une quelconque marge de manœuvre, il fallait qu'il se calme pour réfléchir plus intelligemment. Se changer les idées. C'est pourquoi il frappa naturellement à la porte de Hagrid. L'homme l'accueillit sans le moindre souci, visiblement ravi d'avoir de la compagnie, mais tout aussi perturbé que les autres. Il ruminait les faits et mentionna que Brooks risquait d'inculper un innocent avec sa mentalité. Harry resta silencieux.

Cette nuit-là, il n'eut pas longtemps à réfléchir pour décider qu'il resterait sagement dans son lit.

La nuit ne fut pas pour autant reposante : il rêva que Brooks et sa moustache lui infligeaient le sortilège Doloris pour le faire parler. Alors il avouait qu'il avait vu Barantyn cette nuit-là et il l'envoyait à Azkaban. Les Détraqueurs étaient ravis de sa venue et ils le choyèrent particulièrement.

La capuche abaissée, du vortex qui leur servait de bouche sortit des borborygmes qui voulaient dire : « Harry Potter, nous sommes heureux de te revoir parmi nous. Nous allons prendre soin de toi. » Un rire aigu, glacial, démoniaque retentit, et Voldemort se délecta du baiser que les Détraqueurs allaient lui infliger alors qu'ils s'approchaient de lui. Harry chercha sa baguette, mais la plume de phénix n'était pas présente : elle était dans le futur.

Harry hurla en se rendant compte qu'il allait perdre son âme et se réveilla en sueur.

« Oh Merlin, » chuchota-t-il lorsqu'il reprit pied avec la réalité : son lit, ses draps humides, juste un cauchemar, ce n'était qu'un simple cauchemar. Il se leva, mit ses lunettes sur son nez et entra dans la salle de bain pour se passer un peu d'eau sur le visage.

Une fois rafraîchi, Harry s'observa dans le miroir, circonspect. Voldemort ? Le silence lui répondit. Il soupira, mais au moins son cauchemar venait de lui rappeler une chose essentielle : ce qu'il vivait pouvait être qu'une simple illusion. Alors Potter ne t'en fais pas, reste calme, et tout ira bien. Tu ne crains rien.

C'est sur ses bonnes résolutions qu'il partit se recoucher. Le lendemain apporta son lot de nouvelles : ce qui avait tué Barantyn avait été découvert.

Il s'agissait d'une dose énorme et mortelle de datura. Présente dans la serre de Madame Chourave. En effet, cette plante était d'une toxicité fulgurante. Elle provoquait un état confusionnel assimilé à une phase de début de psychose aiguë où surviennent des hallucinations véritables. Harry ne put qu'approuver mentalement : les effets de la datura coïncidaient avec le comportement de Barantyn.

Loin d'apporter une satisfaction ou un aboutissement, cette information propagea une nouvelle série de questions. Inutile de préciser que Chourave brilla par son absence durant toute la journée. La culpabilité l'accablait même si personne n'aurait osé l'accuser de meurtre... au sein de Poudlard. Si certains prétendirent que Chourave s'était enfermée dans ses quartiers, d'autres affirmèrent qu'elle passa la journée aux mains de Brooks – le fait qu'elle soit la seule à pouvoir accéder à la serre où se trouvait la datura n'arrangeait en rien la situation.

Cependant, cela laissa penser que le meurtrier s'y connaissait très bien en poison et de même, il fallait alors se demander en quelle circonstance la Gryffondor aurait pu ingérer une aussi grande quantité de cette plante sans se douter de rien. On murmura la théorie d'un suicide, ou encore un essai manqué de se droguer par plaisance. En effet, la dose qui permettait de développer de légères hallucinations et celle mortelle étaient toutes deux très proches. Goujon aurait pu le savoir, prendre peur devant la mauvaise tournure de leur expérience et s'échapper.

Pour sa part, Harry n'avait que très peu de théories, mais il savait que la situation ne pouvait pas être aussi simpliste. Il fallait entrer Morel, Rosier, Avery, un certain Arnance et un certain Berckley dans l'équation. Voire Wexcombe, songea sombrement Harry alors que le Serpentard s'installait en compagnie de Bulstrode et Higden. Si le Serpentard le dénonçait… s'il affirmait l'avoir vu…

En arrivant à table, les Poufsouffle l'avaient assuré qu'ils ne diraient rien pour le moment, mais l'avaient expressément enjoint d'aller dire ce qu'il savait, qu'il était sorti, tout. Harry était resté hermétique à leurs recommandations ; s'ils ne disaient rien, peut-être qu'il pourrait échapper aux mailles du filet. Mais alors, il n'avait plus pensé à ce Serpentard. Harry souffla longuement et inspira de la même manière afin de se débarrasser de la boule coincée dans son estomac, sans succès.

Il passa le cours de potion à touiller son chaudron de manière absente – Slughorn faillit tourner de l'œil en s'en approchant – et le cours de Soin aux créatures magiques à schématiser un botruc machinalement.

Le cours de Sortilège le fit émerger de ses pensées embrumées. Il portait sur le sortilège de Désillusion qui ne posait plus de problème à Harry depuis quelques mois. Cependant, une fois de plus, alors qu'il devait désillusionner un livre, sa baguette émit une légère résistance. Harry força, poussa et utilisa plus de puissance afin qu'elle se plie à sa volonté. Le barrage céda au bout d'un moment et le livre prit la couleur de la table. Harry soupira aussi bien de soulagement que de frustration.

Il vit alors que Flitwick l'observait depuis un moment et le petit professeur lui adressa un regard étrange.

« Vous viendrez me voir à la fin du cours, » déclara t-il de sa voix flûtée. Aussitôt, Harry s'inquiéta : que lui voulait Flitwick ? Il s'approcha donc du bureau professoral dès la fin du cours.

« Ah, Mr Curson, » fit Flitwick en relevant la tête. « Je voulais m'entretenir avec vous au sujet de votre baguette. »

Harry acquiesça, soulagé : ce n'était pas un sujet compromettant, et il était lui-même curieux de comprendre ce qu'il se passait.

« D'après ce que j'ai vu, et vous devez certainement le ressentir, elle émet quelques oppositions pour certains sortilèges plus puissants que ceux utilisés quotidiennement, n'est-ce pas ? »

Une nouvelle fois, Harry acquiesça. « Que se passe-t-il au juste, Monsieur ? »

« Pourrais-je la voir ? » Harry la lui tendit, dans l'expectative. « Ah ! Mais il s'agit d'une baguette d'entraînement ! Je comprends mieux… »

« Monsieur ? » demanda Harry, confus.

« Pourquoi avez-vous donc une baguette d'entraînement Mr Curson ? Elles sont largement moins performantes, peu adaptées à votre magie personnelle - »

« - et beaucoup moins chère, » le coupa Harry.

« Oh. » Flitwick resta silencieux un instant, faisant rouler au bout de ses doigts fins le morceau de bois.

« Il serait tout de même avisé d'investir dans une baguette adaptée. D'autant plus au vu du problème que vous rencontrez. Voyez vous, Mr Curson, la magie d'un individu est en constant mouvement, elle fluctue au gré de l'âge du sorcier et de son utilisation. C'est pourquoi lors de son apprentissage, la magie d'un sorcier a tendance à s'accroître, de la même manière que se développe l'adolescent. Arrivé à sa majorité, elle commence à se stabiliser mais il arrive que cela se produise bien plus tard pour les sorciers qui ont en eux une grande source de magie. »

Harry ne voyait pas encore bien où Flitwick voulait en venir, et surtout quel rapport cela avait avec sa baguette, mais il trouvait les explications du petit sorcier toujours aussi intéressantes.

« Si je ne m'abuse, vous faites partie de cette catégorie de sorciers qui peuvent de vanter d'avoir un fort potentiel. Ainsi, votre magie est encore en expansion - disons qu'elle n'est pas encore mûre. De l'autre côté, une baguette qui aura suivie depuis ses débuts un sorcier évoluera en même temps que sa magie – une forte connexion se soude entre la magie et la baguette, si bien qu'un développement important de cette magie n'affecte en aucune manière la baguette qui s'adapte. »

Flitwick fit une légère pause pour laisser à Harry le temps d'assimiler ses informations – et Harry pouvait à présent entrevoir ce que Flitwick voulait lui dire.

« Une baguette d'entraînement ne possède ni caractère ni spécificité : elle est un faible catalyseur qui permet à n'importe quel sorcier de l'utiliser dans la mesure de ses moyens. Ce genre de baguette ne s'adapte pas. J'ignore depuis quand vous la possédez, mais depuis le moment où vous l'avez eue en main pour la première fois, votre magie a évolué, s'est amplifiée et la baguette est submergée par cette salve supplémentaire de magie. »

Harry écoutait le petit professeur à la voix fluette attentivement, sans ciller.

« Elle n'arrive plus à cibler et canaliser votre magie et vous devez forcer, puiser dans vos réserves pour faire une partie de son travail à sa place. Cette baguette ne fait tout bonnement plus son travail. Je crains que vous ne soyez trop puissant, Mr Curson, » s'amusa Flitwick en guise de conclusion.

Harry fixa la baguette que lui remit le professeur.

« Il faut donc que je prenne une baguette spécifique ? »

« Le plus rapidement possible. Sinon, vous allez devoir tirer un peu plus sur votre magie pour avoir les résultats nécessaires à la pratique, et c'est non seulement épuisant, mais aussi dangereux pour votre magie qui pourrait être disons amputée, sur le long terme. »

L'espace d'un instant, Harry imagina sa magie comme un corps vivant, brillant et lumineux, qui bougeait sans cesse mais qui venait d'être tranché en deux. Le corps brillant ne bougeait plus et une partie s'éteignait doucement. L'idée glaça profondément Harry. La magie était une partie de lui sans laquelle il ne pouvait imaginer vivre. Elle lui était intrinsèque, complémentaire, nécessaire. Dès qu'il avait découvert le monde de la magie, il avait su qu'il ne pourrait jamais faire marche arrière et se considérer comme dénué de pouvoir magique. Harry cligna des yeux et croisa le regard sérieux du professeur Flitwick.

Harry acquiesça, ce qui sembla satisfaire Flitwick. « J'en toucherai un mot au professeur McGonagall. Je souhaiterais qu'en attendant d'avoir une baguette, vous ne forciez pas. Si jamais cela ne vient pas, n'insistez pas. Nous n'en tiendrons pas rigueur au vu des circonstances. »

« Merci Professeur. »

Flitwick agita sa main droite comme pour signifier que ce n'était rien et qu'il n'était pas nécessaire de s'étendre là-dessus. Harry lui adressa alors un sourire, prit ses affaires et sortit de la salle, aux prises d'un sentiment étrange. Il lui fallait une baguette, mais il n'avait pas d'argent. Comment diable allait-il pouvoir se débrouiller ? C'était une chose à laquelle il n'avait jamais été confronté. Enfant, les Dursley lui donnaient le strict nécessaire, mais cela lui était suffisant, il ne connaissait rien d'autre de toute manière. Puis il avait découvert sa richesse, la richesse de ses parents et alors il n'avait plus jamais souffert d'un quelconque manque. Tout ce dont il avait besoin, il l'avait. Il eut une pensée compatissante envers Ron, et son cœur se serra. Plus que jamais, ses deux meilleurs amis lui manquaient.

« Que voulait Flitwick ? » demandèrent les Poufsouffle alors qu'il arrivait dans la salle commune. Ne voyant aucune raison de se taire, Harry les informa pour sa baguette. Aussitôt, ils s'horrifièrent de la situation : 'mais pourquoi n'avait-il pas dit qu'il avait quelques problèmes financiers, nom d'un petit gnome unijambiste ?' Harry s'empourpra, et se demanda vaguement si le bout de ses oreilles allait devenir aussi rouge que celles de Ron.

Mais il y avait une différence majeure entre Ron et lui : son ami était gêné de sa pauvreté, lui était gêné car son manque considérable d'argent – c'était peu de le dire en sachant qu'avec les achats de début d'année, il ne lui restait même pas un demi-gallion - pouvait être suspect si on s'en rendait compte. Comment pouvait-il justifier clairement cette absence financière ? Là dessus, Harry n'avait aucune réponse.

Il joua tout de même la carte du 'je suis gêné je ne voulais pas en parler' avec ses camarades, ce qui sembla fonctionner à merveille – au grand soulagement de Harry. Merci, merci.

xXx

Le week-end arriva et Harry n'avait toujours pas trouvé d'idée miraculeuse pour le sauver de ce pétrin qu'était le meurtre de Rosie Barantyn. Il ne pouvait pas s'empêcher d'y penser, mais dès que l'idée l'effleurait un tant soit peu, il sentait une profonde angoisse monter en lui. Certains scénarios se déroulaient dans sa tête, et il s'imaginait lequel pouvait être le pire.

Il pourrait être accusé du meurtre de la Gryffondor, voire de la disparition – du meurtre également ? - de Dave Goujon, et on l'envoyait illico presto à Azkaban, aller simple sans retour. En douce compagnie de ses créatures préférées, les Détraqueurs. Harry préférerait se tuer plutôt que d'y aller. Donc seconde option, il arrivait à trouver un moyen de se suicider avant son aller vers l'île au Nord. Magnifique perspective.

Peut-être qu'il était un peu trop pessimiste. Peut-être qu'il ne serait pas accusé du meurtre. Après tout, ce n'était pas parce qu'il était nouveau, un inconnu suspect sur les lieux du crime, qu'il les avait forcément assassinés. Quel mobile ? Aucun. Mais cela pourrait attirer l'attention, et Harry pouvait imaginer la découverte fatale : Stephen Curson vient du futur, fils de James et Lily Potter, premier survivant du sortilège mortel, seule personne pouvant mettre fin à Voldemort.

Et alors ? Que se passerait-il ? La fin du monde ? Un paradoxe temporel ? Le serpent du temps qui se mord la queue ? Mais concrètement, qu'est-ce que cela ferait ? L'univers se mettrait-il à exploser, d'un seul coup, comme ça ? Seulement la Terre ? Ou les personnes concernées par ce débordement ?

Risible. C'était juste impossible. Harry tentait de se convaincre qu'il ne craignait rien. Et puis, de toute façon, c'est toi, Voldemort, qui écrit l'histoire, n'est-ce pas ?

Dans la matinée du samedi, Poudlard vit partir précipitamment la plupart des Aurors présents, d'autres préoccupations les attendant ailleurs, préoccupations constituées de disparitions, Marques des Ténèbres et mangemorts. Seuls Brooks et Williamson restèrent sur place, au grand mécontentement de la majorité des occupants du château. En effet, Brooks était intraitable et Williamson se pliait sous son autorité sans la moindre parcelle de jugement ou d'esprit critique.

Alice fut l'une des plus énervées : Brooks n'était-il pas le chef des Aurors ? Ne devrait-il pas plutôt partir avec les autres pour des affaires plus importantes ? Et surtout, surtout, pourquoi Franck devait-il partir ? Au grand amusement des Poufsouffle, elle s'avéra très incisive et langue de vipère envers Brooks, 'ce bon à rien tyrannique qui ne sait même plus où sont les priorités'.

Elle disparut de la circulation une bonne partie de la matinée, en compagnie de son très cher Franck. Adam semblait d'avis d'aller les embêter, mais Joyce le retint pour leur laisser de l'intimité. Phrase qui fit grassement ricaner Adam. Puis Alice revint, seule, et elle donnait l'impression d'être une veuve éplorée.

Joyce trouvait cela 'mignon' et Adam 'amusant', mais Harry eut l'impression qu'elle en faisait un peu trop. Il se sentait très certainement mal à l'aise avec les effusions sentimentales, et il lui était difficile de les comprendre. Son manque affectif passé l'avait rendu maladroit à ce propos. Il se souvenait parfaitement que lorsque Mrs Weasley le serrait contre lui de toutes ses forces, il en était certes heureux et touché, mais c'était avant tout très gênant et déroutant.

Là-dessus, Harry se plongea dans ses souvenirs, et il s'imagina se confier à Ron et Hermione. Comme ils lui manquaient ! Harry avait besoin d'eux : ils avaient toujours été là, et se retrouver si longtemps loin d'eux... Il se sentait amputé. Ce pseudo voyage dans le temps ne serait pas si éprouvant s'ils étaient là. Si seulement il pouvait leur parler, en toute confiance, masque baissé, le cœur léger – et comme s'ils avaient perçu ses pensées, les Poufsouffle sautèrent les deux pieds dans le plat. Apparemment, le sujet Alice-en-détresse était clos.

« Alors, vas-tu nous expliquer un peu ce que tu as vu dans la nuit de mercredi à jeudi, Steph ? »

Harry leva le nez de son livre de potion, et observa le quatuor avec des yeux un peu écarquillés, 'de lapin entre les phares d'une voiture', disait Benjy à la grande consternation d'Adam et Alice.

« Et bien... »

Bien, beau début Potter. Concis, précis, éloquent, et surtout d'une argumentation à en faire pâlir d'envie les plus grands avocats. Mais il ne savait pas quoi dire ! Il avait moult et moult fois retourné le problème vis-à-vis de Brooks s'il s'avérait que Wexcombe donnait son nom, mais il n'avait pas songé une seule fois à ce qu'il allait dire aux Poufsouffle. Pour le moment, ils gardaient le silence, mais pouvait-il vraiment leur faire confiance ?

Dis que tu n'as rien vu. Personne à part Wexcombe. Et c'est tout. Sauf que Wexcombe a dû voir lui aussi Rosier, Morel et autres : il allait dans leur direction ! Il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures pour en déduire qu'Harry les avait au moins aperçus.

Alors, gémit une voix fatiguée dans son esprit, pourquoi ne leur dis-tu pas simplement la vérité ? Ce sont des Poufsouffle que diable ! Tu peux leur faire un minimum confiance et tu es certain de leur allégeance. Tu n'as rien fait de mal, et il n'y a rien de bien secret mis à part la Carte des Maraudeurs.

« Alors ? »

Quel intérêt avait-il à garder cachées de telles informations aux yeux des Poufsouffle ? Devenait-il un petit Dumbledore qui amassait les informations et les accumulait soigneusement afin de garder le plus de contrôle possible ? Un tel effort de cachotterie serait d'ailleurs bien trop usant par rapport aux conséquences moindres qu'il y aurait s'il disait simplement la vérité. De plus, avoir leur point de vue, un regard extérieur, pouvait lui permettre de comprendre ce qui avait pu se passer.

Et avant même de poursuivre sa réflexion, Harry sentit un sourire s'étirer sur ses lèvres. Cette histoire ne le regardait en aucune manière et il avait déjà fort à faire avec toutes ses préoccupations, mais pourtant, il ne pouvait s'empêcher de fourrer son nez là où cela ne le regardait que de très loin. Jusque-là, il n'avait même pas été conscient qu'il voulait savoir ce qu'il s'était passé. Découvrir qui était derrière ce meurtre lui permettrait de s'innocenter de facto.

Ainsi, il se surprit à parler de Morel, d'Avery et Rosier, et de Wexcombe. Mentionner Berckley et Arnance fut plus délicat : il ignorait qui ils étaient et devait par conséquent ignorer leurs noms. Mais il raconta qu'ils s'étaient appelés par leurs noms et qu'il les avait entendus sans avoir réussi à voir leurs visages.

Il avait bien fait d'en parler. Si le nom de Berckley ne leur parla pas, celui d'Arnance les fit réagir vivement.

« Arnance ? Tu es bien sûr ? » le pressa Joyce.

« Oui, oui, » approuva Harry un peu déstabilisé.

Alice et Benjy s'échangèrent ce long regard qu'ils avaient dès qu'ils apprenaient ou réfléchissaient à propos de la guerre, de Voldemort ou d'évènements étranges.

Harry leva les yeux au ciel face à leur manège et il dut leur arracher les informations. « Vous savez de qui il s'agit ? »

Benjy acquiesça, soupira et se frotta les yeux. Il avait un air exténué qu'Harry n'avait pas remarqué, trop préoccupé par ses propres soucis.

« Du professeur de Divination de Poudlard. »

Harry les fixa longuement, trop interloqué pour parler. Le professeur de Divination ? Le prédécesseur de Trelawney aurait-il laissé sa place à la femme excentrique parce qu'il trempait dans quelque affaire louche ?

xXx

« Mr Curson ? »

Harry releva la tête à l'appel de ce nom auquel il commençait à s'habituer et remarqua Williamson sur le pas de la porte de la classe de potions. L'estomac de Harry fit une cabriole, puis il jeta un coup d'œil à Slughorn. Ce dernier semblait légèrement déconcerté, et déclara à Harry d'éteindre le feu, de prendre ses affaires et d'y aller – il viderait son chaudron et nettoierait sa paillasse. Harry le remercia, un peu amèrement : il aurait préféré poursuivre ce cours de potion plutôt que suivre l'Auror.

Cependant, il n'avait guère le choix et Williamson l'emmena dans un bureau inoccupé du quatrième étage où Brooks et sa moustache l'attendaient de pied ferme. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : Wexcombe avait été interrogé plus tôt dans la matinée et l'avait vendu. Harry s'installa sur sa chaise comme s'il montait à l'échafaud, puis se rappela qu'il était innocent.

Il adressa alors un regard poli à l'homme, d'un air intéressé et curieux. Brooks resta silencieux. Il contourna le bureau, s'assit dans le fauteuil, sortit une boîte de cigares et ouvrit un dossier.

« Curson, Stephen, » lâcha l'homme. « Né le 22 juin 1960 à Seattle, aux États-Unis. Mère célibataire, décédée le 16 juillet 1977 et père disparu. »

Il releva la tête et Harry acquiesça, incertain de ce que l'homme attendait de lui. Brooks ouvrit ensuite sa boîte à cigare, en prit un et l'alluma. La légère odeur de renfermé, de sueur et de poussière se mêla alors à celle âcre de la fumée du cigare – détestable au nez de Harry.

L'homme se leva, prit une chaise et la positionna devant Harry, le dossier dans sa direction. Il l'enjamba et se maintint à son dossier. Il tira une bouffée et souffla la fumée face à Harry– il était proche, trop proche, et Harry ne put s'empêcher de tousser. Il voulut faire reculer sa chaise mais les pieds restèrent parfaitement ancrés dans le sol, comme soumis à un sortilège de glu – ce qui était certainement le cas.

« Scolarisation classique et sans histoire à l'Institut de Salem puis transfert à Poudlard lors de l'année 1977, suite au décès de la mère. Arrivée en Grande-Bretagne malgré la présence d'un mage noir sévissant dans le pays. »

Brooks souffla encore une fois, et cette fois, Harry se retint de tousser mais la légère grimace de dégoût qu'il fit sembla satisfaire l'Auror.

« Alors dis-moi, petit gars, ce qui t'a conduit à venir par ici alors qu'il y a un mage noir qui traîne dans le coin ? »

« L'enseignement de Poudlard, » rétorqua Harry sur le ton de l'évidence. Brooks retroussa ses lèvres.

« L'enseignement de Salem ne te convenait-il pas ? »

« Si, mais comme vous l'avez fait remarquer avec beaucoup de tact, ma mère est morte récemment. J'avais besoin de changer d'air. »

« De changer d'air. Peuh. » Brooks lui offrit un regard dédaigneux au possible. « Généralement, pour surmonter un décès, on reste auprès de nos proches. On ne s'en va pas de l'autre côté d'un océan, seul, droit vers la gueule d'un mage noir. Sauf si le fameux mage noir est également l'une des raisons de venir. »

Harry se força à rester calme et à ne pas répondre à la provocation. Il fronça néanmoins les sourcils, et se pencha en avant afin de se retrouver à quelques centimètres d'écarts de Brooks, son cigare, sa sueur et sa moustache brune à la Croupton.

« Pensez ce que vous voulez et ce qui vous plaît. Cependant, je pense qu'il vous faudrait revoir votre copie. Ma mère était une sang-mêlé et mon père un moldu. Rien de bien pur dans tout cela. Alors, Monsieur l'inspecteur, pouvez-vous me dire pourquoi j'aurais rejoint un homme qui prône l'asservissement de ce que je représente ? »

Les yeux noirs de Brooks se plissèrent et sa bouche se tordit. Il prit une nouvelle bouffée avant de répliquer : « Il me semble que pour un Américain fraîchement débarqué qui n'avait a priori aucune connaissance de ce mage noir, vous en savez beaucoup. »

« C'est ce que l'on appelle se renseigner. C'est une méthode qui permet de se cultiver, de s'informer, et d'ouvrir un peu son esprit, » siffla Harry.

Il sut qu'il venait de dépasser une limite qu'il n'aurait pas du franchir. L'Auror fut rapide et avant que Harry ait le temps de comprendre et de réagir, il siffla de douleur entre ses dents serrées. Sa main s'agrippa à celle de Brooks et il la repoussa mais l'homme ne lâcha pas prise et le bout du cigare allumé dérapa le long de sa cuisse.

Harry rejeta la tête en arrière alors que la sensation de brûlure et l'odeur des vêtements grillés lui montaient à la tête.

« Vous – vous n'avez pas le droit de faire ça ! »

« Vraiment ? » s'étonna Brooks. La lueur calculatrice dans son regard s'enflamma. « Et c'est un américain qui connaîtrait nos lois ? »

« La torture est illégale ! »

La réaction de Brooks fut d'éclater de rire. « Quels grands mots. Je ne pense pas que qui que se soit ait été torturé ici, n'est-ce pas Williamson ? »

L'Auror posté devant la porte répondit par un « Non, Monsieur, » qui écœura Harry. Stupide mouton, imbécile incompétent et ignoble carriériste

« Bien, nous sommes donc d'accord. Il n'y a pas eu de torture et il n'y aura pas de torture. Il y aura seulement des réponses. Je rajouterais : qui croirait un garçon suspect, arrivé de manière suspecte et étant sur les lieux du crime plus ou moins au moment des faits ? Je me le demande. »

Son regard et surtout ses paroles implacables firent sérieusement se demander à Harry comment diable il allait pouvoir s'en sortir. Je sais que tu dois t'amuser comme le taré que tu es, Voldemort, mais je t'assure que tout ça est aussi inutile que pitoyable.

« Alors, » et Brooks entra dans le vif du sujet, « à quelle heure es-tu sorti de ton dortoir la nuit du meurtre ? »

Inutile de nier seulement la chose, il n'aurait fait que s'embourber un peu plus profondément dans les ennuis.

« Minuit environ. »

« L'heure du crime, » ricana Brooks. « Qui as-tu croisé, vu, aperçu cette nuit ? »

« Sûrement celui qui vous a indiqué qu'il m'avait lui-même vu, un certain Wexcombe, » répondit Harry mi-figue mi-raisin. Brooks ne perdit pas de temps, et il pointa sa baguette en direction du trou formé par le cigare pour lancer un maléfice cuisant.

Harry ferma vivement les yeux, grogna douloureusement puis jura pour lui-même.

« Ne joue pas ce petit jeu avec moi. C'est un simple conseil. »

Brooks se leva alors pour prendre un nouveau cigare et Harry eut juste envie de fuir cet Auror despotique et sadique.

« Donc, » Brooks fit traîner ses mots à la manière des Malefoy, « nous parlions des personnes que tu avais vues. »

Harry décida de capituler ; de toute façon à quoi bon se débattre ? « Rosier et Avery, puis deux hommes que je ne connais pas et également le professeur Morel. J'ai d'abord vu Morel. Puis ensuite Rosier et Avery sont passés – ils se disputaient et Rosier a stupéfixé Avery. Enfin, les deux hommes sont passés à côté du corps d'Avery et ont continué leur chemin.»

Ce n'était qu'une version édulcorée, bien entendu. Harry ne comptait pas dire qu'il avait vu Dave et Rosie. Ni qu'il avait pu voir les noms des deux inconnus sur une Carte secrète.

« Morel ? » Brooks sembla un instant déconcerté puis il grommela, « Encore un type louche, celui-là. » Ce à quoi Harry fut bien malheureux d'admettre qu'il était d'accord. C'était lui le dernier qui avait vu Barantyn. Mince, il devait l'amener à l'infirmerie, alors pourquoi, pourquoi ne l'avait-il pas fait ?

Harry hésita à tout dire à l'Auror, mais sa confiance en l'homme étant réduite à zéro, il préféra se taire.

« Rosier qui a stupéfixé Avery... » marmonnait l'Auror pour lui-même. « À propos de quoi se disputaient-ils ? »

Harry haussa les épaules. « Je n'ai pas vraiment compris, hors contexte, je suppose. »

« Et ils t'ont vu ? » demanda expressément Brooks.

« Je ne crois pas. Je ne voulais pas vraiment être vu. »

Ces paroles semblèrent rappeler à Brooks qu'il se trouvait en pleine nuit dans les couloirs et il se positionna une nouvelle fois sur la chaise, lui souffla la fumée étouffante du cigare.

« Et pourquoi ne voulais-tu pas être vu ? Qu'est-ce que tu faisais hors de ton dortoir ? »

Harry se renfrogna. Il aurait dû jouer plus subtilement plutôt que de mettre les pieds dans le plat. Et le Choixpeau voulait le mettre à Serpentard. Quelle plaisanterie !

« C'est personnel. »

« Ah. Il est vrai que certains meurtres sont personnels. Mais vois-tu Curson, m'est avis qu'il vaudrait mieux que tu trouves quelque chose d'un peu plus solide que 'c'est personnel' si tu ne souhaites pas jouer le touriste à Azkaban. Charmant site au bord de la mer, beaucoup s'y plaisent tellement qu'ils n'en repartent pas, tu vois ? »

Harry détourna la tête et fixa le mur à sa droite, intensément, à la recherche d'une quelconque solution. Il aurait dû y réfléchir un peu plus sérieusement hier soir. La douleur cuisante que Brooks plaqua sur sa cuisse – inattendue du fait qu'il ne l'avait pas vu venir – lui donna une inspiration subite.

« Okay ! Okay ! » cria-t-il un peu essoufflé sous la brûlure ravivée, « j'allais voir Nadège Bladwell. Elle ne dort plus dans son dortoir depuis quelques temps mais dans une salle de cours désaffectée et j'allais la voir, c'est tout. Ça ne s'est pas fait, justement car j'ai dû éviter Rosier, Avery, Morel et les deux hommes donc je suis retourné ensuite dans mon dortoir. »

« Une fille ? » cracha Brooks. « Nom d'une gargouille, tu me fais ce cirque depuis tout à l'heure alors que tu allais voir une stupide fille comme n'importe quel stupide adolescent ? »

Harry sentit ses joues rosirent : il n'avait pas pensé à sous-entendre qu'il avait une relation avec, juste qu'il allait la voir… mais il préféra laisser Brooks dans ses interprétations et ne pas le contrarier.

Brooks jura, pesta : « Mais qu'est-ce que je fiche ici à perdre mon temps avec ces mômes ? Bande de misérables trolls ! » Il se massa les tempes et lança un regard furieux à Harry.

« Allez, hors de ma vue ! Si j'ai encore besoin de toi je t'en ferai part. Auror Williamson, je veux que vous m'ameniez Morel immédiatement. »

Une main dans son dos le poussa à se lever, ce qu'il fit en grimaçant : les muscles de sa cuisse se tendirent et la peau brûlée le lança. Brooks n'y était pas allé de main morte et avait appuyé bien profondément. Pourriture ! Mais c'est avec soulagement que Harry sortit du petit bureau malodorant et respira l'air du couloir comme s'il s'agissait d'un air de montagne vivifiant.

Williamson l'abandonna à son sort pour partir à la recherche de Morel – Harry était curieux de savoir comment allait se dérouler l'entretien mais il n'avait guère de moyens de le savoir. De plus, il ne désirait qu'une seule chose : passer de l'eau froide sur sa brûlure. Le frottement des vêtements fut un supplice mais Harry se traîna tant bien que mal jusqu'à son dortoir.

L'horloge lui apprit que les derniers cours se finissaient – les Poufsouffle devaient être en Divination, Études des moldus ou Études des Runes pour Joyce.

Il retira doucement son pantalon et appliqua un gant mouillé sur la blessure : il soupira de bien-être à ce contact salvateur. Une fois qu'il eut fait tout son possible pour apaiser la douleur, les élèves sortirent de cours avec excitation : ce soir, c'était le Banquet de Halloween. Il aurait au moins le mérite de détendre un peu l'atmosphère étouffante de Poudlard et de redonner un peu de gaieté à la Grande Salle.

xXx

Les citrouilles de Hagrid étaient impressionnantes et Flitwick semblait s'être bien amusé avec les chauves-souris. De longues banderoles noires se balançaient au plafond, signe d'hommage à Rosie Barantyn. Cela rappela à Harry le banquet à la fin de sa quatrième année, pour Cédric... Mais à peine assis sur le blanc des Poufsouffle, Harry fut assailli de questions – ce qui lui évita de se plonger dans ses souvenirs.

« Qu'est-ce qu'il t'a demandé ? »

« Que lui as-tu répondu ? »

« A-t-il été aussi insupportable que certains disent ? »

Harry soupira et agita sa baguette pour placer un Assurdiato discret – un peu d'intimité ne pourrait pas faire de mal.

« Oui, il est infâme. Irrespectueux, antipathique et il fait tout pour que son 'interrogé' parle. »

« Il ne t'a rien fait, quand même ? » demanda Alice, les yeux ronds. Harry ne répondit pas mais son regard fut éloquent. Les deux filles portèrent alors leurs mains à leur bouche et Adam resta stupéfait.

« Rien de bien grave, » les rassura Harry, « ou rien d'impardonnable, mais le principe est là. J'espère juste que vous n'aurez pas à y passer. Il m'a demandé l'heure à laquelle je suis sorti du dortoir, qui j'avais vu et pourquoi je suis sorti. Grosso modo. »

« Et que lui as-tu répondu ? » Benjy semblait autant curieux qu'inquiet.

Harry inspira un petit coup. « Que j'ai croisé Rosier, Avery, deux types que je ne connaissais pas et Morel. Et également Wexcombe, celui qui a dû me vendre. » Rien de bien nouveau pour eux. Il fit une pause et se lança à l'eau. « Et je lui ai également dit que j'étais sorti voir Nadège Bladwell. »

La réaction des Poufsouffle ne se fit pas attendre : « Quoi ? Bladwell ? »

« D'où sors-tu une telle chose ? » interrogea Benjy, soudainement confus.

« Je l'ai croisée il y a quelques nuits. Elle dort dans une salle de cours inutilisée afin d'éviter son dortoir. Et bref, c'est la première excuse qui me soit venue en tête. »

Harry pouvait bien voir que les Poufsouffle avaient encore beaucoup de questions sur le bout des lèvres mais le temps leur manquait, les autres Poufsouffle ou des amis des autres maisons pouvant venir les voir à tout moment. Ce fut donc Alice qui détermina les priorités : « Pourquoi ne lui as-tu pas dit la vérité ? »

« Que j'étudiais les rituels ? » grinça ironiquement Harry. « Parce que de la part de quelqu'un qu'on soupçonne de meurtre, cela risquerait de faire une mauvaise impression et de ne pas plaider en ma faveur. Alors que maintenant, Brooks pense que j'ai une relation stupide et niaise comme n'importe quel adolescent avec Bladwell. »

« Mais cela implique que Bladwell te suive dans tes dires. Or cette fille est vraiment instable. Je ne suis pas convaincue que – enfin, bref. »

La conversation coupa court alors qu'Amélia Bones et Estelle Reilly arrivaient vers eux. Harry leva son Assurdiato et haussa les sourcils devant la mine pincée d'Estelle. Allons bon, que lui arrivait-il donc ?

« Est-ce vrai que tu as une relation avec Bladwell ? » lui demanda-t-elle a peine assise.

Harry resta muet de stupéfaction. Visiblement, la nouvelle de son interrogatoire s'était propagée parmi les étudiants comme une traînée de poudre. Plus étrange, le contenu de cet interrogatoire était aussi connu. Il venait pourtant à peine de le dire au quatuor des Poufsouffle ! Mais alors qu'Harry regardait aux alentours, il eut la désagréable impression que beaucoup d'élèves parlaient de tout ça.

Oh, parfait, c'était exactement ce dont j'avais besoin, songea ironiquement Harry. Un peu de publicité !

« Mais tu ne la connais même pas ! » s'exclama Estelle avec une voix aiguë. Elle avait visiblement pris son silence pour un consentement. Harry soupira, il ne voulait pas non plus qu'elle se mette à faire une crise de jalousie. Il lança un regard désespéré à Joyce et Alice. Je suis en détresse, je répète, je suis en détresse. À l'aide !

Les filles semblèrent comprendre son appel à l'aide et Alice se tourna vers Estelle, un sourire conspirateur sur le visage – Harry s'inquiéta légèrement.

« On peut te faire confiance Estelle ? » demanda tout bas la jeune fille.

« Bien sûr ! » s'écria la Serdaigle avec véhémence, piquée au vif et à la curiosité malgré elle.

« Es-tu vraiment sûre ? Je veux dire, il en va de la sécurité de Stephen. Tu ne lui ferais aucun tort, n'est-ce pas ? »

À quoi joue-t-elle ? songea Harry avec horreur. Elle n'allait tout de même pas lui dire la vérité ?

« Mais non ! » chuchota Estelle, les yeux écarquillés voyageant d'Alice à Harry.

Alice lui fit un petit signe de main afin qu'elle se penche encore plus vers elle. Harry se joignit aussi au mouvement, il fallait qu'il sache quelles inepties Alice allait sortir à sa camarade.

« En réalité, Stephen est en mission. Il doit faire semblant d'avoir une liaison avec Bladwell car les Aurors veulent en savoir plus sur elle. Il travaille pour eux, tu vois ? »

Les yeux marrons d'Estelle s'élargirent encore plus si cela était possible et elle forma un rond parfait avec sa bouche entrouverte durant quelques instants.

« Oh ! Oh. C'est si brave de ta part Stephen ! Ne t'inquiète surtout pas, je ne dirai rien à personne. » Et sur ce, elle lui fit un clin d'œil complice. Harry, désarçonné – mais qu'est-ce que je suis censé faire à présent ? - lui fit un sourire avant de lancer un long regard à Alice. Cette dernière haussa les épaules, ce que Harry interpréta comme étant un « c'est tout ce que j'ai trouvé sur le moment. »

Cette déclaration d'Alice sembla conforter la Serdaigle dans l'idée qu'il fallait qu'elle – et bien, qu'elle poursuive Stephen de ses assiduités, pour le plus grand malheur de Harry. Ainsi, elle resta en leur compagnie durant tout le repas de Halloween. Même le pragmatique Benjy ne put empêcher ses lèvres de frémir devant la scène. Harry aurait bien aimé trouver un moyen de s'en débarrasser, ou lui faire comprendre que ce qu'elle faisait n'aboutirait à rien, mais il ne préféra pas détruire le peu de popularité qu'il possédait. Attends que les choses se tassent, Potter.

Plus tard, Dumbledore se leva afin d'énoncer un long discours de condoléances – il ranima ainsi les sentiments forts que la mort de Rosie avait engendrés. Harry remarqua le visage défait de deux Poufsouffle de son année – amies avec les Gryffondor si son souvenir était correct. Les Rouge et Or ne se portaient guère mieux et Harry sentit la boule présente dans son estomac gonfler pendant que la Grande Salle refroidissait de quelques degrés – forcément, il avait une belle chair de poule.

Et alors que Dumbledore se rasseyait, de nombreux visages – du moins Harry trouvait qu'ils étaient bien trop nombreux – se tournèrent vers lui, pour l'observer, le disséquer, l'examiner, le juger. Harry se tassa légèrement sur lui-même, comme pour se mettre à l'abri de cette inspection massive. Joyce, à sa gauche, lui donna un léger coup de coude pour qu'il se redresse. Il allait lui envoyer un regard noir, mais elle lui montra une posture droite, le menton haut. Harry s'exécuta avec mauvaise grâce.

« Ils ne pensent pas tous sérieusement que je l'ai tuée ? » chuchota Harry à ses camarades. Ceux-ci s'échangèrent quelques coups d'œil, et Benjy poussa un long soupir, se dévouant pour répondre à sa question.

« Crois-moi, la liste des raisons qui peuvent laisser les gens penser cela est longue. Premièrement, tu es nouveau - »

Harry fronça les sourcils et entrouvrit la bouche pour protester, son visage reflétant son agacement. Benjy le devança, leva une main pour l'interrompre : « - Je sais, je sais. Ce n'est pas une bonne raison, mais comprends-les. » Il inspira un coup et baissa encore d'un ton – si bien que Harry dut se pencher un peu plus pour percevoir ses paroles à travers le brouhaha de la Grande Salle.

« Nous sommes en guerre. Tout le monde est effrayé par les événements. Cela fait trois ou quatre ans que ce mage noir sévit, mais il était discret. Maintenant qu'il prend de l'envergure – et que le Ministère ne semble pas capable d'y faire face – les gens paniquent, ne comprennent pas. Il a des partisans, mais personne ne sait de qui il s'agit. Cela peut être n'importe qui. Et tu admettras que l'on soupçonnera plus volontiers un parfait inconnu que notre vieux voisin, nos amis de longue date ou toutes ces connaissances qui nous entourent depuis plus ou moins six ans. »

Pâle, Harry ne put qu'acquiescer. Benjy but une gorgée de jus de citrouille qu'Alice venait de lui servir.

« Deuxièmement, tu n'es pas un inconnu si quelconque. Tu te débrouilles très bien en pratique de Défense. Trop bien pour un élève de Septième année. Et – je sais que tu ne veux pas aborder le sujet, mais c'est un élément indispensable si tu souhaites que je te réponde sincèrement – cette illusion en Défense - »

« - Ah non ! » coupa Harry sentant la colère, la peur – l'angoisse ! - monter en lui. « C'était justement une illusion. On ne peut pas juger quelqu'un là-dessus ! Et que je sache, les garçons de Gryffondor – Potter, Black et Lupin – sont tout aussi doués que moi, nos techniques sont seulement différentes. De même, je pense que l'on peut trouver d'aussi bons éléments chez les Serdaigle ou chez les Serpentard. »

« Chuuut ! » lui fit doucement Alice avec un signe de la main pour qu'il baisse le ton. En effet, sa voix avait pris de l'ampleur au fur et à mesure qu'il parlait et que sa colère s'envenimait malgré lui.

Benjy ferma les yeux et se les frotta, des regards curieux se dirigèrent vers eux. Le Poufsouffle lança une longue œillade aux environs, s'assura que les fureteurs retournent à leurs affaires et il se pencha une nouvelle fois.

« Je sais Steph. Reste calme s'il-te-plaît. Mais tu ne peux pas effacer des mémoires ce qu'on a vu lors de cette illusion. Je peux te dire que tu étais impressionnant, voire effrayant. Ta manière d'agir, de parler... et, bon sang ! Ces hommes dans cette illusion... sont... morts ! Le fait de te voir faire cela a gravé dans les esprits que tu pouvais être capable de le faire dans la vraie vie si c'était nécessaire. Le fait que tu ne veuilles pas aborder le sujet ne plaide pas en ta faveur.

Ensuite, en ce qui concerne Potter et sa clique, et bien Potter vient d'une famille importante, qui a toujours été connue et respectée. Tout le monde sait qu'ils sont anti-magie noire et contre toutes les traditions des sangs-purs. Ils sont aussi très proches de Dumbledore. Black, bien qu'il vienne d'une famille douteuse ne cache pas ses allégeances : Gryffondor jusqu'au bout, il a renié sa famille ! On craint ou soupçonne moins les élèves puissants de Poudlard qui sont là depuis leur première année, alors qu'ils étaient des enfants. Pour finir, et bien, tu étais hors de ton dortoir cette nuit-là. »

Harry l'observa longuement, sans répliquer, les yeux écarquillés avec la mauvaise impression de se retrouver coincé dans une impasse. Benjy et les autres le dévisagèrent aussi, semblant attendre un signe, une réplique – quelque chose ! - de sa part, mais rien ne vint à l'esprit de Harry mis à part une parodie de rire aigu qui devait être celui de Voldemort. Vraiment très drôle ! Harry mit ses mains sur son visage pour couper court à l'échange de regards.

« Hey... » fit doucement Joyce en lui frottant sa main sur son dos comme pour le réconforter, « nous ne te demandons aucun compte. Benjy t'a seulement expliqué pourquoi tu es un si bon suspect. Je ne te vois pas assassiner Rosie ou enlever Dave. D'ailleurs, cette disparition laisse à penser qu'il s'agit en fait de quelqu'un d'extérieur à l'école, non ? »

Alice secoua la tête. « Peut-être qu'il y a eu une aide extérieure, mais il y a aussi une aide intérieure. Quelqu'un, dans nos murs. »

Harry soupira longuement et releva la tête. S'il trouvait la personne qui avait provoqué le meurtre, alors il serait innocenté. Simple comme bonjour. Oh, non. Cela sent les ennuis à plein nez Potter. Mais il était déjà dans les ennuis jusqu'au cou ! Harry ferma les yeux, essayant de faire défiler ses souvenirs. Il sursauta soudainement alors que les Poufsouffle étaient passés à un autre sujet.

« Justement ! » s'exclama tout bas Harry. « L'illusion ! » Les regards convergèrent vers lui, étonnés. Harry prit une subite inspiration. « J'ai soupçonné ces hommes qui m'attaquaient d'être à la botte de Voldemort, je l'ai dit non ? - Les Poufsouffle sifflèrent entre leurs dents à l'entente du nom, ce qui donna également la puce à l'oreille de Harry – et je l'ai appelé par son nom ! Ses partisans sont les premiers à éviter de l'appeler ainsi. »

« Ah bon ? » s'étonna Benjy, ses sourcils levés.

« Et bien... oui... » répliqua Harry, désarçonné. « Non ? »

Les Poufsouffle s'échangèrent un regard perplexe. « Personne ne le prononce, Steph, » avança Alice. « Nous ne savons pas qui sont ses partisans, du coup, on ne peut pas savoir comment ils le nomment. Son vrai nom terrifie, personne n'aime se le rappeler. Alors on évite, ou on utilise Tu-sais-qui – un pseudonyme assez récent. »

« Bref, le fait que tu utilises son nom n'est pas du tout significatif. Au mieux, il prouve que tu es bien un étranger. Au pire, cela ne peut qu'empirer les soupçons. Cela dit, il est vrai que tu as tout de suite sauté à la gorge de tes ennemis en demandant s'ils travaillaient pour lui. Tu n'aurais pas réagi ainsi si tu étais justement l'un de ses partisans... »

Benjy resta pensif un moment. « Tu devrais souligner ce point à Brooks. Pour le moment, il a marché dans ton mensonge, mais bien vite il va voir que les élèves sont très surpris, et d'une manière ou d'une autre il trouvera une preuve qui démentira cette relation. Lorsque cela arrivera, cet argument pourrait t'aider, » ajouta-t-il sombrement.

« Pas nécessairement, » objecta doucement Joyce. « Je veux dire, cela peut sembler louche qu'un étranger qui vient juste d'arriver pense immédiatement que les sorciers qui l'attaquent soient avec lui. Il pourrait leur demander – et s'ils confirment – il dirait alors qu'il est de leur côté. Ou quelque chose comme cela. Je ne dis pas que c'est ce qui est arrivé. Mais on peut le prendre non pas comme des soupçons mais comme un moyen de savoir si les attaquants sont forcément des ennemis à abattre ou non. Vous voyez ? »

Benjy grimaça. « Ah, oui, en effet, cela se tient. Je n'avais pas envisagé ce point de vue. » Il lança un regard d'excuse à Harry qui le rassura d'un signe de main négligent.

Retour à la case départ Potter. Pas d'alibi solide, pas d'excuse, suspect à tout point de vue. Reste la solution de trouver le coupable avant d'être toi-même désigné coupable.

Harry se renfrogna sur le banc.

xXx

La présence d'Aurors dans le château ne donnait pas envie à Harry de poursuivre ses activités nocturnes : il était bien plus prudent de rester dans son lit le temps que les choses se calment un peu. Après tout, cela faisait à présent deux mois qu'il se trouvait à Poudlard, dans une époque qui n'était pas la sienne. Attendre encore un peu ne pouvait pas causer plus de mal que ce qui s'était déjà produit.

Deux possibilités s'offraient à lui : soit il avait réellement remonté le temps par un moyen magique qui lui était inconnu, et ce de manière à défier toute logique, soit son esprit était manipulé par Voldemort qui l'avait capturé. La deuxième possibilité l'effrayait bien moins que la première pour la simple et bonne raison qu'il ne lui arriverait rien de bien grave dans cette illusion, il lui suffisait d'attendre ce que Voldemort lui avait préparé, d'y être prêt, de l'affronter et enfin il pourrait revenir à lui.

La première possibilité était bien plus angoissante. Il avait bien fait attention à ce qu'on ne sache pas qui il est, mais peut-être avait-il modifié quelque chose malgré lui ? La simple présence de Stephen Curson à cette époque avait-elle une incidence sur le futur ? Et alors, que se passerait-il au moindre faux pas ?

De toute manière, l'optique que Voldemort le manipule mentalement était bien plus crédible qu'un saut aussi abracadabrant dans le temps. Inconsciemment, Harry imaginait toujours un Voldemort qui se penchait sur son corps étendu à même le sol d'un cachot froid et humide pour lui envoyer d'un geste de baguette nonchalant quelques images.

Ainsi, il se surprenait parfois à s'adresser à Voldemort lui-même, en pensée, sans que le contexte ne s'y rapporte. Deux ou trois fois, il avait même l'impression que Voldemort lui répondait, mais il ignorait s'il s'inventait les réponses du mage noir ou si elles avaient un fond de véracité.

Quoi qu'il en soit, Harry resta en suspens durant quelques jours, observant de loin les Aurors interroger, Brooks s'énerver, et la situation s'envenimer. Certains murmuraient que Brooks se prenait justement un peu trop le bourrichon : la situation était simple et claire, Dave a assassiné Rosie et s'est ensuite enfui. Cette rumeur fit rugir les impassibles Serdaigle contre les Gryffondor et alors que les deux maisons affrontaient la situation ensemble au départ, unies dans leur malheur, il y eut un retournement de situation exemplaire. Les élèves de l'Aigle et du Lion s'accusaient entre eux, se vilipendaient, clamaient que c'était de la faute de l'autre à tel point que les Poufsouffle ne savaient quoi faire et restaient bras ballants à regarder leurs amis se déchirer pendant que quelques Serpentard osaient ricaner de la situation.

En ce qui concernait Rosier et Avery, les deux Serpentard passèrent à travers les mailles du filet. Quoi qu'ils aient raconté à Brooks, celui-ci les laissa tranquilles. De manière cynique, Harry se dit qu'il était bien pratique d'avoir des contacts au Ministère et parmi les Mangemorts.

Lui, inconnu venu des États-Unis de manière soudaine et surtout suspecte, semblait être une bien meilleure proie, comme quelques ragots le lui apprirent. Pire, tel qu'il le craignait, ses performances en Défense alourdirent son dossier et l'illusion refit surface dans les 'on-dit' du château.

Cette fois-ci, les Poufsouffle ne purent lui venir en aide, d'autant plus que Harry les soupçonna d'avoir eux-aussi une envie irrépressible de faire remonter le sujet à la surface afin d'avoir quelques réponses. Il le savait et surtout il le sentait : lorsqu'il arrivait vers eux, souvent, ils interrompaient leur conversation. Cela donnait l'impression qu'ils parlaient de lui dans son dos, et de plus en plus au fur et à mesure que les jours passaient et que Brooks devenait invivable.

En effet, cette suspicion ambiante amena Harry à se retrouver une nouvelle fois côte à côte avec Williamson dans un couloir, alors que celui-ci était venu le tirer d'un cours de Botanique. Si la première fois lui avait semblé stressante et austère, ce n'était rien comparé à cette fois-ci. Williamson tirait une tête de trois mètres de long, sinistre, et Harry s'aperçut du coin de l'œil que l'Auror prenait bien garde à ses faits et gestes, la main frôlant sa baguette magique. Oh, oh, oh... Cela sent vraiment mauvais pour moi cette affaire...

Il inspira longuement, et essaya de garder son sang-froid. Qu'est-ce qui avait pu faire penser à Brooks qu'il y ait encore besoin d'éclaircissement de sa part ? Est-ce que les bruits de l'illusion de Défense étaient remontés jusqu'à ses oreilles ?

Williamson l'amena dans le même bureau, qui gardait la même odeur rance de renfermé et de sueur, avec toujours une once de fumée de cigare. Cependant, cette fois Williamson ne resta pas dans le bureau avec lui et Brooks : il en sortit instantanément, au plus grand affolement de Harry.

Les yeux écarquillés de surprise, il se tourna vers Brooks qui affichait une mine sinistre où perçait un certain amusement sadique, le même plaisir pervers qui poussaient certains enfants à arracher des ailes de mouches. Brooks brandit sa baguette, et Harry ferma rapidement les yeux, s'attendant au sortilège Doloris. Mais rien ne vint, pas de douleur insoutenable, juste un déclic derrière lui. Il rouvrit les yeux, comprenant que Brooks venait de les enfermer.

Très bien, reste calme Potter. Paniquer ne te servira à rien, au contraire. Tu n'as rien fait de mal à part remonter le temps par erreur.

« Asseyez-vous, je vous en prie. Alors Mr Curson ? Comment vous sentez-vous depuis notre dernière entrevue ? »

De mauvaise grâce, Harry s'exécuta. Il savait qu'il valait mieux qu'il reste muet, mais sa fierté de Gryffondor le titillait, et sa morgue qui se développait d'année en année ne pouvait pas le laisser conciliant.

« Mon morceau de cuisse en moins repousse tranquillement, merci bien. »

Un sourire s'étira sur le visage carré de Brooks, faisant ainsi frémir sa moustache.

« Satisfait d'avoir réussi à me berner durant quelques temps ? Une conscience claire et reposée après un petit meurtre ? De la fierté d'avoir attaqué votre professeur de Défense ? »

Harry cilla, de quoi parlait-il donc ? Quelle était cette histoire avec Morel ? D'un coup, Harry se rendit pleinement compte qu'il avait un grave problème alors que Brooks s'allumait un cigare.

« Je ne vois pas de quoi vous parlez monsieur, » répliqua Harry le plus tranquillement possible.

« Ah, il vous faut donc un petit récapitulatif des faits ? Vous avez déjà oublié ? Vos actes sont sans doute passés au second plan dans votre esprit, après tout, il ne s'agissait que de routine. »

Harry resta silencieux à l'observer, sans cligner une seule fois des yeux.

« On m'a rapporté vos prouesses en Défense. Il semblerait que tuer un homme ne vous pose aucun problème : vous le faites très bien et vous l'avez prouvé devant votre classe entière. De plus, il apparaît que vous n'ayez aucun problème à prononcer le nom de ce mage noir et à en parler. C'est un fait troublant aussi, vous ne trouvez pas ? »

Au fur et à mesure que Brooks déblatérait sur l'illusion en Défense, Harry sentait une goutte de sueur froide glisser le long de sa colonne vertébrale.

« Alors, que je vous dise un peu les faits. Plus tôt dans la soirée, vous avez administré une dose énorme de datura à Rosie Barantyn dans le but de l'assassiner. Mais vous apprenez qu'elle va aller retrouver Dave Goujon, son petit ami. Ainsi, inquiet pour le déroulement de l'agonie de Miss Barantyn, vous vous rendez sur place, en pleine nuit.

Là-dessus, le professeur Morel arrive et congédie Mr Goujon dans sa salle commune. Il prend Miss Barantyn avec lui, puis dépasse Rosier et Avery, qui allaient faire une blague de gamin aux Gryffondor. Vous suivez Morel, l'attaquez facilement, ce qui semble normal vu vos exploits passés, lui lancez un sortilège d'amnésie, et enfin apportez le corps de Miss Barantyn dans un lieu où personne ne passera avant le lendemain matin.

Vous vous apprêtez par sûreté à éliminer Goujon, rencontrez Wexcombe, et vous êtes surpris par Rosier et Avery alors que vous pénétrez dans la salle commune des Serdaigle. Ensuite, vous vous débrouillez pour vous débarrasser de Goujon avant de revenir tranquillement dans votre dortoir, satisfait de votre réussite. N'est-ce pas ? »

« Je crois qu'il existe quelques problèmes dans votre raisonnement, » exposa tranquillement Harry, mais on pouvait entendre sa voix vaciller.

« Ah... ? Vraiment ? »

« Oui. Oui. » Harry se racla la gorge. « J'étais sorti pour voir Nadège Bladwell, vous vous souvenez ? »

Une grimace déforma soudainement le visage de Brooks et il s'approcha de Harry en fondant sur lui, comme un vautour sur une proie.

« C'est justement pour cette fichue raison que je ne vous ai pas encore passé les menottes au poignet, Curson. » Il lui prit les cheveux par derrière et les tira d'un coup. Ni une, ni deux, la tête de Harry se pencha en arrière, violemment, alors qu'il essayait de soutenir le regard de Brooks, à quelques centimètres de son visage. Il sentait son souffle empli de tabac froid, l'odeur de sa peau -

« Mais nous savons, vous et moi, que vous ne m'avez raconté que des mensonges. Votre amie Bladwell m'a confirmé votre relation, mais il est tout de même étonnant qu'elle n'ait pas été au courant avant notre entretien précédent, n'est-ce pas ? »

Le jeune homme sentit la baguette de Brooks s'enfoncer dans sa cuisse, exactement comme la fois précédente. Cela ne loupa pas, le sortilège cuisant lui brûla les vêtements et la partie superficielle de la peau – exactement au même endroit que la brûlure du premier interrogatoire.

Harry l'insulta de tous les noms mentalement et le sourire que fit Brooks montra qu'il savait parfaitement ce que Harry était en train de penser – à quelques détails près.

Puis Brooks s'éloigna, alla chercher négligemment sa boîte de cigares et s'en alluma un. Il observa un instant Harry, semblant réfléchir au meilleur moyen de le faire parler. Harry préféra prendre les devants plutôt que laisser le temps à l'esprit tordu de l'Auror d'établir un plan d'action.

Il inspira un coup pour mettre de côté la douleur - mais sa respiration un peu hachée le trahissait : « Je ne comprends pas pourquoi vous pensez que j'ai attaqué le professeur Morel. »

« Parce qu'il a été attaqué, » répondit laconiquement Brooks. « D'après lui, il a récupéré Miss Barantyn alors qu'elle délirait et qu'elle faisait un raffut de tous les noms. Il l'a donc stupéfixée, a congédié son petit-ami, et il s'apprêtait à l'emmener à l'Infirmerie quand il a été lui même stupéfixé par derrière. »

Harry se figea, les yeux écarquillés et écouta l'Auror sans qu'il ne puisse émettre le moindre bruit.

« À son réveil, il ne se souvenait de rien – pourquoi il était là, comment ? Et la Gryffondor n'était plus présente. Il est donc aller retourner se coucher. »

De nouveau, Brooks s'approcha. « Un sortilège d'amnésie superficiel. Juste suffisant sur le moment. Puis il s'est rappelé lorsqu'on lui a parlé du corps de la Gryffondor. Très habile, je dois dire, Curson. »

Simultanément, l'Auror plaqua son cigare sur l'une de ses cuisses, et un sortilège cuisant rogna sa chair sur l'autre. Harry ne put retenir un cri instinctif.

« Aaaaaa ! » Il se pencha en avant, comme pour protéger ses jambes, mais Brooks le plaqua contre le dossier.

« Je n'y suis pour rien ! » grinça Harry entre ses dents.

« C'est ce que l'on va voir. »

Brooks fit un geste de baguette qui entailla les vêtement de Harry sur son flanc droit, ainsi que sa peau qui se mit à perler de quelques gouttes rouges.

« Mais vous êtes fou ! » rugit Harry, tentant de se débattre – mais l'Auror le maintenait de ses bras et de son buste – de tout son poids et de toute sa force, bien supérieure à celle de Harry qui avait toujours été petit, fin, souple et très certainement pas un exemple de force.

La pointe de la baguette s'enfonça brutalement dans l'entaille, et Harry hurla lorsqu'une flamme lui lécha la chair. Il crut même sentir une odeur de cochon grillé durant un bref instant. Et cette fois, Harry ne se priva pas de jurer tout haut, ainsi que d'insulter Brooks. Il sentait qu'un marasme de rage et de haine se mettait à bouillir en lui.

« Alors Mr Curson, avez-vous, oui ou non, commis un homicide volontaire envers Miss Rosie Barantyn ? »

Un nouveau sortilège – Harry ignorait totalement de quoi il s'agissait – mais une chose était certaine : cela faisait mal !

« AAAARRRR ! »

La douleur, bien que minime par rapport à un doloris, le mit automatiquement dans un état défensif particulier qu'il connaissait bien : l'instinct de survie. C'est sûrement pourquoi il cracha à la figure de Brooks dans un accès de lucidité.

Surpris, ce dernier recula d'un pas, et Harry eut l'occasion qu'il lui fallait, il glissa sur le côté, tomba au sol, roula – et la douleur aux cuisses et à sa hanche sembla se propager dans tout son corps, telle une décharge électrique. Brooks émit un grognement de rage, son cigare glissa sur les pierres froides alors qu'il brandissait sa baguette en direction de Harry.

Puis tout s'enchaîna très rapidement, comme toujours lorsqu'il s'agissait d'un combat entre deux personnes qui ne faisaient pas dans la dentelle.

Harry fut suffisamment vivace pour éviter le sortilège, il se jeta sur le bureau, attrapa sa baguette mais Brooks répliqua d'un expelliarmus. À peine frôlée du bout des doigts, Harry sentit sa baguette s'envoler. Sans réfléchir, il opta pour la seule stratégie qu'il avait en tête, agir à l'instinct et sans préméditation. Il plongea derrière le bureau, sentit un autre sortilège lui frôler la nuque et il poussa violemment le bureau en avant.

Brooks le reçut en plein ventre et trébucha en arrière contre la chaise dont les pieds étaient collés au sol. De nouveau, Harry plongea vers sa baguette, mais Brooks réussit à lui empoigner la taille et l'attirer vers lui. Sans procès, il appuya sur le flanc douloureux de Harry – et la vision de l'ancien Gryffondor se brouilla un instant. Avant même de pouvoir réagir, un coup de poing s'abattit sur sa mâchoire et Harry sentit ses jambes se dérober.

« Fini de jouer, maintenant. »

Harry sentit que Brooks le replaçait sur la chaise, le ligotait et ajoutait une nouvelle salve de sortilèges de découpe et cuisant. Encore étourdi, Harry s'entendit crier et une nouvelle flopée de jurons sortit de sa bouche. Il fallait qu'il serre les dents. Bon sang, la douleur n'était pas insurmontable – il avait subi bien pire ! - alors il fallait qu'il se retienne de brailler. N'ajoutons pas de l'eau au moulin. Cela ferait trop plaisir à Brooks.

« Il suffit de me dire 'Oui, j'ai assassiné Barantyn' pour que j'arrête, Curson. C'est très simple. Je me contenterais même de 'Oui, je suis pour quelque chose dans ce qu'il s'est passé la nuit du 26 octobre'. »

Harry lui répondit hargneusement d'aller se faire foutre. Et il se remit à crier.

Puis il entendit la porte du petit bureau s'ouvrir bruyamment, s'écraser contre le mur et Harry sentit les ondes magiques se propager dans la pièce, comme un courant d'air frais, d'une densité suffisamment importante pour qu'elles semblent s'écraser contre la peau – la cage thoracique ! - et tous les éléments environnants.

« Merlin ! » entendit-il s'exclamer derrière lui. Et alors Harry reconnut cette voix, cette présence et cette magie familière. Dumbledore.

« Je crois que nous allons avoir une longue discussion, Brooks. »