Titre - Dans les mensonges et les regrets
Disclaimer – Tout ce qui relève de l'univers de JKR lui appartient.
Rating – M
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Précédemment - (Chapitre 1) Harry, après avoir échappé de justesse aux mangemorts, remonte dans le passé sans qu'il ne comprenne comment cela a pu arriver. Il se retrouve en août 1977, et par prudence, change d'identité. Une mystérieuse femme, Claudia McQueen apporte des faux-papiers au nom de Stephen Curson, lui permettant d'entrer à Poudlard. (Chapitre 2) À la rentrée, Harry est réparti à Poufsouffle, tablant sur la discrétion pour fouiller la bibliothèque, trouver des réponses et un moyen de revenir à son époque. Il subtilise la Carte du Maraudeur dans le bureau de Rusard pour faire ses recherches la nuit.
(Chapitre 3 et 4) Après un cours de Défense sur les illusions, Harry se demande si son retour dans le passé n'est pas en réalité une illusion faite par Voldemort. Il doute, se torture l'esprit, pendant que la guerre se fait plus présente. Harry découvre qu'un hongrois, Gustàv Szabolcs, un des inventeurs du Retourneur de Temps pourrait être encore en vie. (Chapitre 5) Il essaie de le contacter, sans succès. Harry rencontre la nuit une fille, Nadège Bladwell, Serpentard décalée, discute également avec Lily. Il se rapproche doucement de ses camarades Poufsouffle (composés d'Adam Bones, Benjy Fenwick, Alice Robert future Londubat et Joyce Belinski) et même une élève de Serdaigle, Estelle Reilly, le poursuit de ses assiduités.
La nuit du 26 octobre, une Gryffondor est retrouvée morte, et un Serdaigle a disparu. Harry, qui a croisé de nombreuses personnes cette nuit là, dont les victimes, se retrouve en mauvaise posture. (Chapitre 6) Les Aurors viennent enquêter à Poudlard, interrogeant les élèves. Harry se retrouve suspect principal, et l'Auror Brooks ne se gêne pas de le torturer pour lui soutirer des aveux. Dumbledore intervient pour faire cesser l'interrogatoire.
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Note – Bonjour,
Je, heu... suis sincèrement désolée ? Ne suis pas morte ? N'ai pas abandonné la fic ? Je suis en tout cas sincèrement touchée par toutes les reviews que j'ai pu recevoir. Je n'ai pas pu répondre aux dernières, mais si c'est pour apporter une réponse plus de trois mois après, je ne sais pas si cela aurait été vraiment... productif. Bref. J'ai eu une année... compliquée. Pour me faire un peu pardonner, je peux vous promettre que vous aurez le chapitre 8 (Engrenage) dans un mois – le 20 août environ. Le suivant sera pour fin septembre (Noël hallucinant) et fin octobre pour le 10 (Petites manipulations entre amis). Ensuite, … on verra.
Je compte investir mon profil pour donner des nouvelles régulièrement et vous dire où j'en suis.
J'ajoute que, si à tout hasard, je me retrouvais à abandonner cette histoire – ce qui ne devrait pas arriver ! - je vous préviendrais. Plus que cela, je pense que je posterais trois bons chapitres pour donner les synopsis des trois parties prévues, histoire que vous ayez des éléments de réponses et que vous connaissiez la fin que j'avais prévue.
Vraiment désolée. Merci à tous ceux qui s'accrochent malgré mes délais calamiteux. Et merci aux lecteurs plus récents. J'espère en tout cas que cela vous plaira. N'hésitez pas à me faire part de vos avis, critiques, théories, …
Je ne suis pas satisfaite de ce chapitre, mais il était plus que temps de le poster.
Bonne lecture,
Mona
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Dans les mensonges et les regrets
Partie I – Brumeux
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Chapitre 7 – Et se rompt
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« Veuillez accepter mes plus plates excuses, Monsieur Curson. Ces interrogatoires musclés deviennent de plus en plus fréquents au Ministère, j'en ai douloureusement conscience, mais cela n'aurait jamais dû se produire dans l'enceinte de Poudlard. Je suis terriblement navré de pas avoir pu intervenir plus tôt – »
Harry écoutait d'une oreille fort distraite le flux de parole de Dumbledore alors qu'il sirotait un bon thé, installé dans le fauteuil qui faisait face au large bureau directorial. Il n'en voulait pas à l'homme – ou si peu ! - mais il était bien curieux de connaître les raisons qui avaient poussé Dumbledore à ne pas s'opposer à Brooks dès le début des plaintes des élèves. Visiblement, la toile politique de toute la situation échappait complètement à la compréhension de Harry. Dumbledore se retrouvait-il pieds et poings liés, une influence réduite qui le pousserait à fonder l'Ordre du Phénix ?
« – Je n'aurais jamais pensé que Brooks allait avoir l'audace d'aller si loin au sein de mon école, juste sous mon nez – »
Harry reprit une gorgée de thé. Le miel adoucissait sa gorge quelque peu irritée et il devait presser ses mains contre la tasse pour éviter de montrer qu'elles tremblaient légèrement. Non, il n'en voulait pas à Dumbledore. Ce n'était pas lui qui avait procédé à cet interrogatoire musclé pour lui soutirer des faux aveux.
Brooks n'était, à priori, ni un mangemort, et encore moins Voldemort. Harry avait déjà été torturé dans le passé par ces derniers. Mais un Auror ? Et il avait traité les élèves d'une manière... Harry serra plus fort ses mains contre sa tasse. Brooks l'avait torturé. Un membre du Ministère. La peur et l'impuissance le faisait-il devenir ce qu'il semblait combattre de toutes ses tripes ? Pourtant, l'Auror n'avait pas semblé avoir de problèmes de conscience. Il n'avait pas hésité, pas la moindre petite seconde.
Harry reflua sa rancune dans une dernière gorgée de thé. Le bureau lui semblait soudain bien silencieux. Il releva la tête et rencontra le regard inquiet du directeur posé sur lui. Le menton posé sur ses longs doigts fins, la tête penchée légèrement en avant pour placer son regard au-dessus de ses lunettes en demi-lune, il le fixait.
Lorsque Dumbledore était intervenu dans la petite salle confinée, Harry avait vaguement entendu ce qu'il disait à Brooks – la douleur lui obstruait alors tous les sens et toutes les pensées cohérentes. Il avait entendu le ton froid du directeur, celui qu'il prenait lors de ces grands moments où il faisait sortir sa puissance, mais les mots exacts utilisés étaient éloignés, déformés et Harry n'avait pas réussi à saisir la teneur du discours.
On l'avait ensuite transféré à l'infirmerie, Harry en avait perçu le goût âcre des potions, la luminosité de la pièce, la voix sèche et autoritaire de Pomfresh et l'odeur des draps propres. Puis le noir complet. Il avait dû tomber dans un sommeil sans rêves.
À son réveil, Dumbledore était présent. Il lui expliqua succinctement qu'il avait fortement enjoint Brooks à oublier toute l'histoire, à classer l'affaire comme toutes celles qui se passaient actuellement à travers le pays et faire son boulot au niveau de la capitale anglaise, de manière plus utile que la torture d'élèves innocents. Bien évidemment, n'avait pas manqué d'ajouter le directeur, si Stephen Curson souhaitait entreprendre des poursuites judiciaires envers Brooks, il aurait son soutient – il lui avait même implicitement recommandé cette voie.
Harry avait alors haussé des épaules. Il n'avait ni le temps, ni l'argent, ni la volonté pour le faire. À quoi bon ? Le Ministère avait bien mieux à faire que s'occuper de ce genre d'incident, et Harry aussi. La guerre commençait à contaminer les esprits, à prendre cette ampleur suffocante. Dumbledore lui avait alors demandé de passer le voir dans son bureau lorsqu'il aurait l'autorisation de sortir de l'infirmerie – histoire de voir si Harry aurait pu changer d'avis une fois l'état de choc passé.
Le silence s'épaissit dans le bureau.
« Comment allez-vous, Monsieur Curson ? »
Harry posa la tasse vide sur le bureau. Comment allait-il ? À dire vrai, il n'en avait aucune idée. Il savait qu'il ne serait pas capable de se contrôler s'il revoyait Brooks, mais en dehors de ce fait... Meurtres, disparitions, torture de la part des autorités... Harry ne pensait pas que tout irait si vite une fois la guerre véritablement entamée.
« Bien, Professeur. Et en ce qui concerne l'affaire avec Rosie Barantyn, Monsieur ? »
L'homme soupira.
« Eh bien, affaire classée. N'importe quelle excuse fera l'affaire dans le dossier, tel que suicide ou assassinée par Dave Goujon, porté disparu. » Dumbledore darda son regard bleu dans celui de Harry. « Cependant, Monsieur Curson, ce n'est pas ce qui est écrit qui est important à l'heure actuelle. C'est ce que nous savons, ce que nous allons faire de ces informations et ce que nous allons retenir de cet épisode. »
Harry baissa le regard, mal à l'aise. Il hésita un instant, les yeux plongés dans l'examen de ses ongles. Allez, Potter. Non. Oui. Et si ? Il se lança :
« Vous me... vous me croyez coupable ? »
Il y eut un bref silence.
« Non. »
Ce simple mot soulagea Harry bien plus qu'il ne l'aurait cru. La tension accumulée ces derniers jours s'allégea et ses épaules se déchargèrent d'un poids jusque là inconscient.
« Voyez-vous, Monsieur Curson, vous n'êtes pas le seul à n'avoir qu'une confiance relative pour les autorités. J'ai procédé à ma propre petite enquête de mon côté. »
Aussitôt, l'attention de Harry s'accrut, et il dévora le directeur des yeux, désirant l'encourager à poursuivre. Puisque rien ne se produisit, bon gré, mal gré, d'un ton léger et supposément désintéressé, il murmura du bout des lèvres :
« Vraiment ? »
La bouche de Dumbledore tressaillit et Harry le soupçonna de s'amuser à ses dépends.
« En effet. Voyez-vous, je me suis quelque peu renseigné, et aucun plan de datura n'a franchit l'enceinte de l'école depuis la rentrée. Les seuls disponibles se situaient donc dans une des serres du professeur Chourave. Or, grâce à un habile et prodigieux sortilège du professeur Flitwick, le professeur Chourave est la seule à pouvoir franchir cette serre particulière où elle garde les plantes les plus dangereuses en dehors de ses heures de cours. »
Dumbledore essuya ses lunettes et il se leva pour faire face à la grande fenêtre qui surplombait le parc. Harry digérait mentalement les nouvelles données.
« À partir de ce constat, vous comprendre aisément Monsieur Curson que le professeur Chourave a dû être dupée d'une quelconque manière. »
Il se retourna et s'appuya contre la vitre.
« Il semblerait qu'on ait fait usage de magie noire sur elle. J'ai pu en trouver des résidus lorsque j'en suis venu à l'examiner, mais je n'ai pas pu déterminer ce qui a été utilisé. »
« Oh, » commenta Harry, les idées fusant de toutes parts dans son esprit. « L'utilisation de magie noire dans le château peut-elle être détectée ? »
« C'est possible, oui, » murmura Dumbledore, « mais il faut alors savoir ce que l'on cherche, et même ainsi, elle peut être habilement cachée. »
Il resta silencieux.
Harry sentait qu'il manquait des éléments. Pourquoi assassiner Rosie Barantyn ? Pourquoi elle, pour quel profit ? Seulement pour semer la terreur, provoquer la panique ? Pour prouver que Voldemort pouvait agir aussi dans l'école, si bien gardée et si réputée pour être protégée ? Pourquoi ne pas avoir alors utilisé la marque des ténèbres afin de revendiquer le meurtre ? Et qu'en était-il de l'autre élève, Dave Goujon ?
« Donc, pour répondre à votre question, je sais que vous n'êtes pas coupable pour ces raisons. »
L'annonce brutale tira Harry de ses pensées et le laissa interloqué.
« Je vous demande pardon ? »
Dumbledore s'approcha de lui.
« J'ai entendu dire que vous possédiez une baguette d'entraînement. Or, il me semble hautement improbable que vous ayez pu réussir un sortilège noir et le dissimuler avec une vulgaire baguette d'entraînement. »
Il tendit la main vers Harry.
« Puis-je ? »
Il fallut un léger temps de réaction à Harry pour comprendre, puis il lui tendit sa baguette.
Dumbledore l'examina par-dessus ses lunettes, marmonna quelques obscures paroles dans sa barbe et fit quelques moulinets du poignet. Une légère fumée sortit du bout de la baguette, virevolta dans les airs, puis s'évanouit. Dumbledore lui rendit sa baguette.
« Et faire disparaître toute trace de sortilège d'une baguette d'entraînement – et qui n'est donc pas imprégnée de votre magie et de votre volonté – à mon insu est également improbable. »
Harry caressa lentement la baguette. Il se sentait – eh bien, il n'arrivait pas à définir ses impressions. Le soulagement qu'avait provoqué Dumbledore en affirmant qu'il n'était pas coupable avait à présent un arrière goût de cendre. Dumbledore ne le croyait pas coupable, non pas parce qu'il lui faisait confiance ou une autre absurdité du genre, mais parce qu'il avait des preuves concrètes de son innocence.
Et alors, dans ce cas là, pourquoi diable ne l'a-t-il pas dit aux Aurors ?
Pourquoi n'as-tu pas dit que tu avais vu le professeur de divination ? Lui rétorqua narquoisement une petite voix.
Cela m'aurait ajouté des ennuis ! Ce n'est pas le cas de Dumbledore.
Mais qu'en savait-il ? Du peu de connaissance qu'il avait, Harry pouvait tout de même affirmer que Dumbledore avait quelques distensions avec le Ministère, chacun des deux procédant à sa guise. Alors qu'il sentait ses épaules s'alourdir, Harry préféra songer à tout ce qu'il venait d'apprendre.
« J'aurais pu emprunter la baguette d'un autre. Ou quelqu'un d'autre aurait pu le faire à ma place. Ou encore utiliser un autre procédé que les sortilèges, » s'entendit-il répliquer.
Non, mais vraiment Potter, es-tu masochiste ? Pourquoi donnes-tu le bâton pour te faire battre ?
Dumbledore lui lança cette fois-ci un regard franchement amusé : « Et bien évidemment, vous vous seriez dépêché de me le dire, si cela avait été le cas. »
Soudainement, Harry se demanda si cette conversation n'avait justement pas pour but de le tester et de savoir s'il proposerait cette alternative de vive voix à Dumbledore. Il pencha la tête sur le côté, observant le directeur. Ce dernier l'observait aussi, calmement. Le temps s'étira, en suspens, silence significatif.
Harry maintint ses positions, puis au bout d'un moment – pour lequel il était incapable de donner une valeur chiffrée – Dumbledore se repositionna dans son fauteuil.
« J'avais bien évidemment envisagée cette possibilité. Les résidus de magie que j'ai pu analyser correspondaient à l'empreinte d'un sortilège. Enfin, malgré une intégration au sein des élèves somme toute adaptée, vous semblez incroyablement indépendant, Monsieur Curson. Je ne suis pas sûr que vous soyez prêt à accorder votre confiance à quiconque et surtout pas pour quelque chose d'aussi grave qu'un meurtre. N'est ce pas ? »
Harry ne bougea pas, ne cilla pas, et resta les yeux fixés sur Dumbledore.
« Par ailleurs, il semble logique de penser que les événements de cette nuit ont un lien avec ceux qui se produisent en ce moment même au sein de la Grande-Bretagne. Ce pour quoi vous n'êtes pas concerné. »
Le regard de Harry devint plus insistant. Il hésita, puis se jeta à l'eau. Au point où il en était – et si Dumbledore ne le pensait pas coupable – il pouvait se permettre un peu de franchise plutôt que parler par détours comme le faisait le directeur. Ce genre de discussion avait tendance à l'agacer, d'autant plus qu'il se savait bien peu habile.
« Vous pensez qu'il s'agit de Voldemort et de ses mangemorts ? »
Dumbledore plissa légèrement les yeux. À l'entente du nom prononcé aussi négligemment ou de sa franchise ? Harry ne put déterminer.
« C'est une hypothèse qui me semble bien plus probable que vous, c'est certain, » lui accorda Dumbledore. « À travers le pays, des assassinats et des disparitions semblent devenir un petit pain quotidien. Cependant, personne ne sait de qui il s'agit, tout le monde suspecte tout le monde et personne en même temps. Des têtes doivent tomber afin de calmer la population et aux yeux du Ministère – suspect et inconnu – vous étiez la cible parfaite. »
Le directeur semblait las et fatigué.
« Voldemort sait y faire pour semer la terreur, » murmura Harry.
« C'est effectivement l'arme qu'il maîtrise avec le plus d'efficacité. » Il fit une pause. « J'ignore pourquoi vous êtes venu ici, Monsieur Curson, mais vous n'avez assurément pas choisi le bon moment. »
Comme si j'avais eu le choix, songea Harry avec sarcasme. Il préféra orienter le sujet sur les mangemorts plutôt que sur sa personne.
« Avez-vous des soupçons ? »
« Oh, assurément. Il est fort probable que je me trompe mais de toute façon, ma voix n'est guère entendue en ce moment. Les soupçons ne suffisent pas, il faut des preuves. »
Je vous entends, failli dire Harry, mais c'était peut-être un peu trop osé.
« Je ne vous retiendrais pas plus longtemps en tout cas, Monsieur Curson. N'oubliez pas de prendre une baguette adaptée à votre magie.»
Harry acquiesça, reconnaissant l'art et la manière de congédier de Dumbledore. Ses pensées étaient néanmoins fixées sur les paroles prononcées plus tôt. Des preuves. Voilà ce qu'il manquait. Cependant, l'affaire était classée. Avait-il vraiment le temps et l'énergie de fourrer son nez là-dedans ? Peut-être que pour une fois, il serait plus simple d'oublier, de passer l'éponge...
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C'est le ventre noué d'appréhension que Harry franchit le tonneau à l'entrée des Poufsouffle : il ignorait ce qu'il s'était dit dans le château et ce qui avait été appris par les élèves depuis son interrogatoire. Harry avait envisagé les différentes possibilités durant son trajet, mais il fallait le dire, il n'avait aucune idée de l'accueil qu'il aurait.
Au mieux, de l'indifférence dans le cas où les informations ne seraient pas passées. Au pire, de l'hostilité si jamais les informations étaient mal passées – comme c'est souvent le cas, d'ailleurs.
La salle commune était remplie, bruyante et Harry resta sur le seuil pendant un instant. Il n'eut pas à attendre longtemps avant qu'un élève ne l'aperçoive, le signale à un autre jusqu'à ce que l'information arrive à un élève de son année. À partir de là, on poussa Harry dans le dos pour le faire avancer, on s'exclama, on lui prit la main pour le tirer, on l'observa et Harry se sentit oppressé.
« Stephen ! » fit une voix connue.
Aussitôt, des petits bras frêles l'agrippèrent et Harry reconnut avec un certain soulagement Joyce. Elle le tira dans un coin de la salle commune : Alice et Adam y étaient installés, à même le sol, appuyés contre des poufs de couleur ocre. Alors que Harry et Joyce les rejoignaient par terre, Alice prit la parole :
« Comment vas-tu ? »
Harry haussa les épaules. Le bruit de la salle était toujours présent, c'est pourquoi il se pencha plus en avant pour poser doucement la question qui lui brûlait les lèvres : « Que savez-vous exactement ? »
« Pas grand chose, » lui répondit Adam sur le même ton. « Que Brooks t'avait torturé pour te faire avouer que tu étais le meurtrier et que Dumbledore était intervenu. »
« On a ensuite appris que tu étais à l'infirmerie, » poursuivit Alice, le dévisageant comme pour chercher d'éventuelles blessures.
« Et donc tout le monde t'attendait, » conclu Joyce en désignant l'ensemble de la salle commune.
Harry n'eut pas le temps de demander plus d'explications que Benjy arriva vers eux.
« La réunion est déjà finie ? » demanda Adam, les sourcils froncés.
« On s'est arrêté quand on a su que Stephen était revenu, » fit Benjy en s'asseyant à la place que Joyce venait de lui faire en se poussant un peu. Le Poufsouffle lança un regard à Harry, et avant même qu'il n'ouvre la bouche pour poser la question, Harry le devança :
« Je vais bien. »
Benjy esquissa un sourire et sembla soulagé.
Alice, le visage toujours grave, entra dans le vif du sujet : « Que t'a-t-il fait ? » Une légère pause, et dans un murmure : « Doloris ? »
« Non, » les rassura Harry. « Non, pas d'Impardonnables, ne vous inquiétez pas. Seulement quelques maléfices cuisants, de découpes, et autres. » Puis il leur raconta tout de l'interrogatoire, ainsi que sa conversation avec Dumbledore. Il fallait l'avouer, leur sollicitude et leur inquiétude touchait beaucoup Harry.
Ils n'eurent cependant pas l'occasion d'approfondir toutes les informations que Harry venait de leur donner car une Poufsouffle s'approcha de leur petit cercle.
« Rebecca Stinson, sixième année, enchantée, » lui dit-elle en s'adressant à Harry alors qu'elle s'agenouillait. Légèrement déconcerté, Harry lui serra la main qu'elle lui tendait. La peau mate, de longs cheveux noirs coiffés par un nombre impressionnant de petites tresses dans lesquelles s'intercalaient des petites perles multicolores, elle avait cette expression que les personnes originales possèdent.
« Stephen Curson, » répondit-il par défaut. Elle répliqua immédiatement, avec un grand sourire, qu'elle savait qui il était.
« Je m'occupe du bureau des étudiants de Poufsouffle, » lui expliqua-t-elle. « Benjy m'a dit que tu ne connaissais sûrement pas tout ça – elle lança un coup d'œil du côté du Préfet – je viens donc te donner les bases de notre fonctionnement. »
Harry la fixa, hébété. Mais qu'est ce que c'était que toute cette histoire encore ? Pour le moment, il n'avait vraiment qu'une seule et unique envie : qu'on le laisse tranquille. Du ton le plus poli possible, il lui demanda s'il était vraiment nécessaire de faire cela ce soir – et surtout pourquoi maintenant ?
« Parce que tu vas en avoir besoin. Joanne, notre préposée à la défense des droits des élèves va venir te voir demain pour te parler, savoir ce qu'il t'est arrivé, et t'aider à te défendre. »
Harry fronça les sourcils. « Je n'en ai pas besoin, merci. Je sais très bien me défendre moi-même. » Il ne voyait pas le rapport entre les Poufsouffle et toute son affaire. « Je ne compte pas entreprendre de poursuite envers Brooks et j'en ai déjà parlé avec le professeur Dumbledore. Tout va bien. »
Ce fut au tour de la sixième année de froncer les sourcils. À ses côtés, Benjy ricana : « Tu vois, je te l'avais bien dit, Rebecca, qu'il allait réagir ainsi. » Alice lui envoya un coup de coude dans les côtes.
« Même si tu n'entreprends pas de poursuite envers Brooks, un acte aussi affreux ne doit pas s'oublier. Si tu as ensuite des problèmes avec les professeurs, ou que cela se ressent sur tes notes - »
« Cela n'arrivera pas. Et quand bien même, ce sont mes affaires. »
Le ton de Harry était plus sec qu'à l'accoutumée. Mais la sixième année ne s'en formalisa pas, au contraire, elle s'installa plus confortablement.
« Écoute, c'est comme cela que nous fonctionnons à Poufsouffle. Si l'un de nous a un problème, c'est la maison entière qui a un problème. Donc maintenant, tu vas m'écouter. »
Elle lui lança un regard réprobateur, comme s'il était un petit enfant qui venait de dire une bêtise. Il s'apprêtait à répliquer mais la fameuse Rebecca le devança.
« Ce bureau des élèves de Poufsouffle a été instauré il y a de nombreuses années. Il regroupe de nombreuses fonctions. La préparation des fêtes qu'on organise régulièrement, les activités intrinsèques à notre maison, l'organisation du budget, la mise en place des groupes de soutien, et j'en passe. Le plus important est la défense des élèves auprès des professeurs. »
Elle fit une pause et rejeta ses tresses en arrière.
« Les Poufsouffle ont toujours été en arrière de la scène. Loin derrière les imposants Gryffondor, à l'opposé des Serpentard rusés et ambitieux, et fortement dénigrés face à l'intelligence et la sagesse des Serdaigle. D'un point de vue extérieur, la fidélité et le travail pour lesquels nous sommes réputés ne paie pas beaucoup. »
D'un discours léger au départ, les dernières paroles laissait entrevoir une certaine amertume. Rebecca ancra ses yeux noirs dans ceux de Harry, et elle poursuivit avec ferveur :
« Un nombre assez important de jeunes Poufsouffle s'avèrent timides ou mal dans leur peau et ils ne répliquent pas s'ils subissent une injustice. Le bureau est alors là pour eux, et nous intervenons auprès des professeurs pour leur en faire part. À l'opposé, nos diplômés subissent aussi cette discrimination. Les Aurors par exemple, puisque le sujet est d'actualité, les places étaient restreintes. Or pour des mêmes notes, ce sera l'ancien Gryffondor qui sera pris plutôt que le Poufsouffle. C'est le cas aussi pour les Serdaigle pour la médecine et la recherche, les Serpentard pour les carrières ministérielles, et j'en passe. »
La Poufsouffle tenait son discours avec passion, débordante d'énergie et de conviction, si bien que Harry n'osait pas intervenir. À dire vrai, tout cela devenait de plus en plus fascinant. Il n'aurait jamais douté qu'il existait une telle organisation au sein des Poufsouffle. Cela ne transparaissait pas du tout... Il n'avait même pas le temps d'y songer que Rebecca continua.
« Nous nous battons contre ces injustices. De nombreux anciens Poufsouffle s'aident entre eux à ce niveau. Nous, nous intervenons auprès du Directeur ou du Conseil d'Administration selon les cas pour essayer de monter des dossiers exemplaires afin d'aider ces anciens élèves. D'un autre côté, les études de Poudlard sont très ciblés et n'offrent que peu de choix dans l'enseignement malgré le fait que ce soit l'une des meilleures écoles. Mais le fait est là : il faut être bon en magie.
» Alors oui, Poudlard nous apprend à maîtriser notre magie, à l'exploiter, mais qu'en est-il pour ceux qui préfèrent la littérature à la science magique pure et dure ? Les arts ? L'économie ? L'architecture ? Les résultats aux Aspics ont une importance capitale dans les débouchés et même si l'on désire se consacrer à un avenir qui n'est pas basé sur la magie, celui qui aura cette fameuse puissance magique sera choisi face à celui qui en sera dénué, malgré son investissement dans cette branche, malgré sa motivation et ses connaissances – puisque de toute façon elles n'auront pas été mises à jour lors de sa scolarité. »
Son débit verbal augmentait au fur et à mesure, en même temps que la hauteur de sa voix. Sa peau mate ne suffisait plus à cacher des joues qui étaient devenues légèrement rosé au cours de son discours enflammé.
« Les exemples concrets se bousculent dans la vie de tous les jours. Et malheureusement, ce sont des Poufsouffle qui sont majoritaires dans ces cas là. Parce que nous ne sommes pas des puissants Gryffondor, parce que nous ne sommes pas des Serdaigle intelligents qui arrivent à amasser des connaissances phénoménales dans toutes les branches de la magie, parce que nous ne sommes pas des Serpentard qui arrivent à se faufiler dans les mailles du filet et à réussir malgré tout, parce que nous sommes le reste. Peut-être plus faible en magie en moyenne, peut-être moins ambitieux, peut-être moins sages, mais très certainement plus imaginatifs, plus rêveurs, plus passionnés. La plupart des artistes du Royaume-Uni sont issus de Poufsouffle. Et je ne parle même pas de ceux qui sont passionnés dans des branches particulières. Tu as un très bon exemple ici. »
Elle indiqua Joyce d'un léger signe de tête. Les joues de la polonaise se mirent à rougir.
« Alors, quitte à être des marginaux, nous nous servons de ce pourquoi ils nous reconnaissent : notre fidélité, notre soutien. On s'entraide, on se soude pour réussir à obtenir justice et être mieux considérés. Le système social du Royaume-Uni nous défavorise, qu'à cela ne tienne ! Nous pouvons nous défendre, alors nous nous défendons. Ensemble. »
Rebecca se pencha un peu plus vers lui alors qu'elle haussait de plus en plus la voix. Chaque mot sortait avec plus de panache que le précédent.
« Et c'est pourquoi, demain, tu vas avoir un entretien avec Joanne pour parler de ce qu'il vient de t'arriver. Parce que nous procédons ainsi. »
Elle s'arrêta subitement, se redressa et sembla le défier du regard d'émettre la moindre opposition. Harry resta silencieux.
« Brillante, n'est-ce pas ? » fit alors Benjy. On pouvait sentir le rire dans sa voix, et avant même de lui lancer un regard, Harry l'imaginait avec un sourire jusqu'aux oreilles. Ce fut un sourire communicatif car Harry sentit ses lèvres s'étirer.
« Que personne ne vienne te dire que tu manques du panache des Gryffondor ou des arguments des Serpentard, » se contenta de dire Harry.
Semblant considérer ses paroles comme une victoire, Rebecca lui adressa un sourire resplendissant.
« Donc tu es à la tête de ce bureau si je comprends bien ? »
« Oui, » acquiesça la sixième année. « Je coordonne le tout. Cela représente un investissement considérable, mais cela vaut le coût. Heureusement, je ne suis pas seule. »
« Mais... pourquoi en ai-je pas entendu parler avant ? » Harry se pencha vers ses camarades, les sourcils levés en signe d'interrogation. Rebecca lui répondit aussitôt.
« Sûrement parce que tu es en septième année. Ce sont des élèves de quatrième et sixième année qui s'occupent de gérer le bureau en règle générale. Les cinquième et septième années peuvent ainsi se concentrer sur leurs examens. Les préfets font ensuite le lien et assistent aux réunions du bureau. »
Elle lança un regard à Benjy. « Et puis, tu n'as pas vraiment émis de désir d'intégration particulier, donc tout le monde à respecter ce choix. Au final, tu ne seras là qu'une année, donc... »
Elle haussa les épaules, comme pour négliger l'importance de tout cela.
« Ensuite, ce n'était que le début de l'année, et dans un contexte assez particulier... » Elle se laissa perdre un instant dans ses pensées. « Traditionnellement, notre première soirée organisée est après le festin de Halloween. Aux vues des circonstances, eh bien, cela a été un peu avorté. Ces fêtes ne sont qu'entre Poufsouffle mais cela aurait été un manque de respect flagrant envers les Gryffondor et les Serdaigle. »
Harry acquiesça.
« Mais maintenant que les Aurors sont partis, » fit Benjy en prenant le relais, « et en sachant que le premier match de Quidditch sera ce week-end et opposera Gryffondor à Serpentard, on peut penser qu'ils feront eux-mêmes un petit quelque chose. J'irais demander demain à Black et compagnie s'ils ont en tête une petite sauterie ou plaisanterie dont ils sont si friands. »
« On en a tous besoin, » ajouta doucement Joyce. « Plus que jamais, on a tous besoin de se défouler et de se vider de tous ces problèmes. »
Ils restèrent silencieux un instant.
« Bien ! » reprit énergiquement Rebecca. Elle lui tapota le genou. « Je vais aller dire à Joanne que c'est okay, elle te retrouvera demain dans la journée. Benjy – elle se tourna vers le Préfet – tu me tiens au courant pour les Gryffondor, au plus vite car il y a encore beaucoup de choses à préparer. »
Elle se leva, s'étira et bailla longuement. Un regard à travers la salle commune apprit à Harry que la grande majorité des Poufsouffle étaient partis se coucher entre-temps.
« Vingt-trois heures trente. Pas étonnant, » marmonna Rebecca. « Bonne nuit tout le monde ! Traînez pas trop, vous avez tous une sale tête qui ne demande qu'à dormir. » Et sur ce, elle s'éloigna – échangea quelque mot avec un élève qui travaillait plus loin, prit quelques papiers qu'un autre lui tendait et s'enfonça dans les petits couloirs menant aux dortoirs.
Finalement, Adam se mit à ricaner. « Te voilà bouche bée, hm, Steph ? »
« Je n'aurais jamais imaginé - je veux dire... ça ne se passe pas comme ça dans les autres maisons... si ? »
« Non, ils sont tous trop individualistes pour réaliser quelque chose de cette ampleur, » lui répondit Benjy. « Pour des raisons différentes, ils préfèrent se débrouiller seuls. À la limite, les Gryffondor pourraient, mais ils ne sont pas organisés, ça ne marcherait pas. Ils font tout sur des coups de tête. »
Mais comment avait-il pu passer tant d'années à Gryffondor sans savoir que les Poufsouffle fonctionnaient de manière si solidaire ?
Alice relança le sujet de Brooks, et ils essayèrent d'analyser la situation aux vues des nouvelles informations de Dumbledore. Pendant qu'ils émettaient des hypothèses, Harry se demandait si cet Arnance, professeur de Divination, aurait une expérience et puissance suffisante pour se procurer la datura de Chourave. Lorsqu'ils partirent se coucher, ils étaient seuls dans la salle commune, et il devait être vraiment tard. Aussi exténué qu'il l'était, Harry ne rêvait que de passer une nuit réparatrice.
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Autant pour ma nuit réparatrice, songea Harry, se retournant pour la énième fois dans son lit. Dès qu'il fermait les yeux, Harry sentait les brûlures sur son corps qui lui rongeaient la chair. Le visage de Brooks s'inscrivait dans le noir, mêlé dans une foule de visages connus : Bellatrix Lestrange, Lucius Malefoy et autres mangemorts. Parfois, le rire de Voldemort retentissait. Harry ouvrit les yeux, le cœur battant. Il sentait bien qu'il frôlait les frontières qui délimitaient la réalité de l'imagination et des souvenirs. Il se mit à respirer profondément, tant pour se calmer que pour faire fuir toutes ses idées et sensations.
Il referma les yeux.
Le doigt long et glacé de Voldemort glissa sur sa joue.
«Il suffit de me dire 'Oui, j'ai assassiné Barantyn' pour que j'arrête, Curson. C'est très simple. Je me contenterais même de 'Oui,je suis pour quelque chose dans ce qu'il s'est passé la nuit du 26 octobre'.»
Sa cuisse l'élança. L'odeur de fumée. « On t'a appris à te battre en duel,Harry Potter ? » Le rire de Voldemort.
Sa tête qui allait exploser de douleur. « Allons, il faut respecter les usages... Dumbledore serait content que tu montres ta bonne éducation... Incline-toi devant la mort, Harry... » Les éclats de rires des mangemorts. L'impression que ses jambes n'allaient pas pouvoir le porter. La douleur au flanc.
Harry ouvrit à nouveau les yeux. Son cœur battait la chamade. Il se redressa dans son lit, inspira longuement et du bout des doigts, il toucha ses jambes intactes. Seule une très légère cicatrice sur sa cuisse droite restait, ainsi que la marque du premier cigare que Harry n'avait pas soigné à temps. Pomfresh n'avait pas pu réparer ses tissus dont les dommages étaient irréversibles. Harry inspira, expira.
La panique ne semblait pas retomber, et dans un sursaut de conscience, Harry sut qu'il fallait qu'il sorte s'aérer. Il avait besoin d'air frais. Aussi l'idée ancrée en lui, sa volonté de pouvoir s'allonger dans l'herbe humide, de contempler le ciel, de respirer ! fut plus forte et balaya cet état de semi-conscience dans lequel il s'était immergé.
Harry repoussa ses draps et après un passage par la salle de bain pour remettre ses lentilles de contact, il sortit du dortoir. Les petits tunnels ronds des Poufsouffle lui semblaient à présent familier et son trajet se fit de manière détendue. Pour l'occasion, il ne s'inquiéta pas de rencontrer du monde – que ce soit professeurs, élèves ou même Rusard. Si cela arrivait, soit. Il aurait une retenue, des points en moins, peut importait. Seules les brûlures étaient importantes. Il fallait qu'il sorte, alors il sortait.
De toute manière, c'était de la faute de Brooks. Aussitôt, sa rage gonfla dans son bas-ventre, dans sa poitrine, dans sa gorge. Le besoin d'air se fit encore plus pressant, plus évident. Harry accéléra le pas.
Il ouvrit les grandes portes, sans discrétion, les referma et lorsqu'il se retrouva face au parc obscur de Poudlard, il s'apaisa. Le froid de novembre le transcenda. Harry s'avança, d'abord lentement, puis il se mit à courir. L'air froid qui lui fouettait le visage, qui passait sous ses vêtements, cette sensation de courir, de liberté... Alors qu'il s'éloignait du château et s'approchait de l'orée de la forêt, il tournoya sur lui-même puis se laissa tomber dans l'herbe. Elle était humide, fraîche et l'eau imprégna ses vêtements.
Harry avait la tête qui tournait et les étoiles dansèrent devant ses yeux. Les brûlures s'apaisèrent, la colère alla se tapir dans un coin sombre, en attente. Elle n'était plus à vif, et cela soulageait Harry. La panique semblait être restée dans son lit, au dortoir. Le rire de Voldemort, la voix de Brooks, les mangemorts... ils semblaient tous partis. Il pouvait respirer. Enfin.
Alors qu'il savourait le calme de la nuit fraîche, Harry songea que tout de même, il était sérieusement atteint. Ce n'était même pas un cauchemar, Potter.Tu ne dormais pas,tu étais plus ou moins éveillé et voit l'effet que cela a eu sur toi.Vois la vérité en face :plus ça va,plus tu deviens frappé.
Harry soupira. Ce n'était pas le moment. Il se força à se concentrer sur les étoiles, les lourds nuages qui surplombaient le ciel noir, l'air frais, l'herbe humide et le silence qui n'était brisé que par le hululement des chouettes.
Des gouttes de pluie s'écrasèrent sur son visage et le réveillèrent. Harry ouvrit subitement les yeux, surpris, et se rendit compte qu'il s'était endormi. Il resta étendu encore un moment, jusqu'à ce que la pluie commence à devenir plus dense. Complètement mouillé, il commençait à avoir très froid et il n'allait pas tarder à avoir la crève si cela continuait. Il se redressa et rentra tranquillement au château. La pluie s'était intensifiée et semblait partie pour durer un bon moment. Il grimaça en voyant l'eau qu'il répandait sur le sol.
« Mr Curson ! »
Les yeux écarquillés, Harry releva vivement la tête. McGonagall descendait les escaliers, la bouche pincée. Harry jura pour lui-même.
« Puis-je savoir ce que vous faites hors de votre dortoir à – elle consulta sa montre magique – cinq heures moins vingt du matin ? »
Harry soupira. Et vous,que faites-vous debout à cette heure là, professeur ?
« Je - » Harry s'interrompit avant de commencer. Il n'avait pas vraiment d'excuses en tête. « J'ai eu besoin de prendre l'air. Je n'arrivais pas à dormir. » Il haussa les épaules. C'était la stricte vérité, et il n'avait pas d'énergie suffisante pour se défendre. Autant pour les points et la retenue qui se profilait.
Le regard de McGonagall, cependant, s'adoucit brusquement. « Vous savez bien que c'est interdit, Mr Curson. N'hésitez pas à demander à Madame Pomfresh des potions pour dormir si cela s'avère nécessaire. Maintenant, allez vous couchez. »
Harry cligna des yeux, surpris. Il ne s'attendait pas à ce que cela soit si facile.
« Vingt points en moins pour Poufsouffle. Allez, au lit ! »
Ah. Quand même. Harry la salua, et sans demander son reste, il descendit vers les sous-sols. Il avait au moins un peu de chance dans sa poisse.
Les Maraudeurs s'approchèrent de la table des Poufsouffle le lendemain midi. À sa plus grande horreur, Adam et Benjy, installés devant lui s'écartèrent pour laisser de la place sur le banc. Son père, Sirius et Pettigrow se glissèrent dans cet espace tandis que Remus faisait le tour pour s'asseoir à côté d'Alice.
Harry resta statufié, et une alarme résonna dans son esprit. Il prit une courte inspiration qu'il bloqua alors que son cœur s'emballait. Il ne put s'empêcher de constater à quel point il ressemblait à son père, mais il put voir quelques différences. Sa bouche était différente, plus pleine et rose. Et même ses sourcils -
« Après moult considérations de notre part, commença Sirius en se tournant vers Benjy, nous allons en effet procéder à... » Sirius s'arrêta, hésitant de toute évidence sur le terme à utiliser.
« À quelques joyeuses turbulations illégales et sensiblement désinhibitrices et ridicules, » termina Pettigrow.
« Ce qui veut dire, » reprit James Potter, « que vous pouvez en toute impunité faire de même de votre côté, nous ferons en sorte que cela ne paraisse pas mal avisé de votre part. »
Remus se pencha légèrement, pour s'inclure dans la conversation. « Rien d'illégal en fait, et nous ferons en sorte que cela reste léger. »
Les trois autres s'échangèrent un regard, un sourire de connivence au creux de la joue. « Oui Monsieur le Préfet, » singèrent-ils. Remus pinça les lèvres et leva les yeux au ciel sans répliquer. Harry plongea son regard dans le fond de son assiette.
« Bien, » fit Benjy après les quelques instants où il restait toujours déconcerté face aux Maraudeurs. « Merci. Cela sera toujours d'actualité, même si vous perdez ? »
Harry releva la tête au même moment où Sirius et Pettigrow eurent une longue inspiration, les yeux écarquillés. « Nous ne perdrons pas, bien évidemment, » fit James avec dédain. Son visage eut cette expression faciale extrêmement déplaisante pour Harry la même qu'il avait put observer dans la pensine de Snape, lors de la scène après les Buses.
« Comme si les Serpents pouvaient battre James, » rajouta Pettigrow.
L'estomac de Harry gronda et sa mâchoire se serra. Il tenta d'attraper son verre mais le renversa. Alors qu'il épongeait maladroitement ses dégâts, Harry sentait le poids du regard de Rémus sur lui. À son plus grand désarroi, ses joues chauffèrent.
Benjy toussa. « Bien évidemment. Où avais-je la tête ? »
« Ne t'inquiète pas, Benjy, dit Sirius, cela nous arrive tous d'avoir des moments d'égarements. »
Rémus les excusa poliment et se retira. Les trois autres en firent de même après plusieurs simagrées pour les quitter.
Harry eut à peine le temps de se remettre de cette entrevue qu'une fille s'installa en face de lui. Brune, visage en cœur et bouche proéminente, elle donnait un air de félin prêt à bondir sur un misérable petit oiseau.
« Joanne, » fit-elle en lui tendant la main. « Tu sais pourquoi je suis là, alors commençons tout de suite. »
Plus d'une demi-heure après, ils étaient toujours au même endroit.
« Bien bien, bien ! », soupira Harry, légèrement excédé. « Demande le dédommagement financier, puisque cela te fait tant plaisir. On raye mon nom du dossier, on me donne de l'argent pour mon silence et je pense que toutes les parties seront amplement satisfaites. »
« Parfait ! » nota Joanne sur un papier gribouillé.
Elle semblait avoir obtenu ce qu'elle voulait, même si elle aurait aimé que Harry en demande plus. Les nerfs usés de celui-ci avait cependant craqués. Au moins, obtenir de l'argent dans toute cette histoire n'était pas quelque chose sur laquelle Harry allait cracher dessus. Il avait fortement besoin de ces gallions, et de façon urgente s'il écoutait Flitwick et Dumbledore à propos de sa baguette.
xXx
Harry rêvait de passer un week-end tranquille, le plus isolé possible, mais entre le match et la fête des Poufsouffle, il n'eut que peu l'occasion d'aller se morfondre seul dans son coin. Pour ouvrir glorieusement les hostilités avec le premier match de Quidditch de la saison, les Gryffondor commençaient contre les Serpentard. Avec les événements actuels, la tension était à son comble. Harry observa Madame Bibine, qui avait cette expression des grands jours, où elle savait pertinemment que le match à venir serait rude et ardu à arbitrer. Traits tirés, muscles tendus, yeux menaçants.
Le commentateur était un Gryffondor de cinquième année. Fondu dans un moule homologue à Lee Jordan, il s'avérait être fortement partial. Il affabula de surnoms chaque membre des équipes, passant de Turner le Nabot à Wilkes le Grognon pour les Serpentard et de Frosbisher la Fantastique à Potter l'Imbattable pour les Gryffondor. Partial donc. McGonagall intervint à plusieurs reprises, en vain.
« Je veux – j'exige ! - que ce match soit joué sous le signe du fair-play ! Est-ce bien clair ? » brailla Bibine à plein poumon. James Potter et John Wilkes, les capitaines respectifs, hochèrent sombrement la tête, sans accorder un regard à Bibine. Confortablement installé dans les tribunes des Poufsouffle, Harry put remarquer les mêmes procédures malgré les différentes époques : son père et Wilkes tentèrent de broyer la main de l'autre plutôt que de la serrer.
Coup de sifflet, et les joueurs s'élancèrent dans les airs. Harry ne quitta pas James du regard. Il était réellement un Poursuiveur exceptionnel, quoique peut-être un peu trop individualiste. Harry était convaincu qu'il aurait été encore plus brillant au poste d'Attrapeur. Le style de James était semblable au sien – ou plutôt, corrigea Harry, il avait le même style que James.
L'impression était un peu étrange, et Harry se sentait complètement détaché du match. Pourtant violent, rebondissant, et provoquant des vagues de hurlements au sein des élèves, Harry, lui, se contentait d'observer passivement. C'était comme s'il se trouvait dans un souvenir : observateur impuissant des événements, invisible aux regards des autres.
Deux heures et demi plus tard, le vif d'or fut attrapé par Serpentard. La victoire fut néanmoins octroyé aux Gryffondor, ayant marqué – Potter ayant marqué – un nombre de buts impressionnant. Aussitôt, Harry fut embarqué dans le flot des élèves.
Le soir, l'effervescence régnait chez les Poufsouffle. Ahuri, Harry resta prostré à l'entrée durant quelques instants. Il n'avait jamais vu les Poufsouffle dans cet état : certains couraient d'un bout à l'autre de la salle commune, disparaissaient, arrivaient les bras chargés, repartaient, communiquaient... Chacun parlait à qui mieux-mieux, les différentes années se mélangeaient joyeusement. Benjy se mit à l'œuvre dès son entrée – Harry le vit rejoindre Rebecca qui avait troqué son uniforme pour des vêtements moldus amples et colorés.
« Oh ! J'avais oublié que c'était ta première fête ici ! » s'exclama Alice d'un air excitée. Elle agrippa sa manche et la tira vers la foule. Harry lança rapidement un appel de détresse vers Adam et Joyce, mais ces traîtres se contentèrent de lui offrir un énorme sourire.
« Viens, c'est en bas que ça se passe, je vais te faire visiter. »
Au fil des années, Harry avait cette fâcheuse impression qu'il développait une forme d'agoraphobie. Le passage à travers un nombre impressionnant de Poufsouffle ne se fit donc pas sans difficulté et sans angoisse, mais il n'eut d'autre choix que de suivre Alice. Ils arrivèrent à l'autre bout de la salle commune, devant une des nombreuses tentures jaunes qui habillaient les murs.
Et là, à la plus grande surprise de Harry, Alice en écarta les pans pour laisser entrevoir un couloir. Ils s'y engouffrèrent, le couloir descendant en colimaçon pour arriver à l 'étage inférieur.
« Mais qu'est-ce que - » balbutia Harry, perdu. Il n'avait jamais remarqué ce passage. Devant ses yeux s'étendait une salle qui devait faire deux fois la taille de la salle commune. Cette dernière était petite, chaleureuse et douillette mais il y avait là une grande salle aux couleurs bariolées – passant du turquoise au vert pomme et à l'orange vif, ronde, avec des alcôves à moitié cachées par des tentures de patchwork.
« Voici la salle de fête des Poufsouffle, » annonça fièrement Alice. « Tout un espace qui peut contenir l'ensemble des élèves de Poufsouffle. Une scène est au fond, derrière les rideaux, pour les spectacles de danse, de théâtre, de mime, cirque, ou les concerts. »
Sur la droite, un buffet à la taille gargantuesque se dressait fièrement. Des élèves faisaient des allers-retours pour apporter les plats, les faisant léviter. D'autres agitaient les baguettes pour décorer un peu plus la salle avec des cotillons, travailler les couleurs, l'éclairage, et sûrement d'autres choses qui échappaient à Harry.
Alice ne lui laissa pas le temps de se remettre qu'elle commença à lui faire faire le tour de la salle, le tirant toujours par la manche, pour lui montrer chaque alcôve.
« Ici, cela mène à une autre salle qu'on appelle la salle des arts plastiques. On y trouve des chevalets, peinture, tissus, perles, et bien d'autres matériaux pour les créations de chacun. Tu pourras aller voir si ça t'intéresse plus tard. Une fois par an, une exposition est organisée dans la salle des fêtes pour voir les créations faites dans l'année. »
Alice enchaîna aussi vite que précédemment :
« Et là c'est la salle pour le travail artisanal. Travail du bois, du fer, du cuir... Viens la chambre noire pour développer les photos. Puis la salle de musique et de chant avec la plupart des instruments à disposition. Une salle d'étude pour les ateliers littéraires, de poésie et d'architecture et enfin, le must du must... »
Elle tira une autre tenture, salua une élève qui cochait une liste tout en marchant et l'emmena dans un énième tunnel rond. Il remontèrent un peu, tournèrent et arrivèrent à une petite porte ronde. La jeune fille se tourna vers Harry pour lui offrir un sourire malicieux.
« Prêt ? »
Encore abasourdi par tous les éléments qu'elle venait de lui jeter à la figure, Harry ne put que hausser les épaules. Ils passèrent la porte, laissant voir... la cuisine. Harry cligna des yeux. Il connaissait déjà les cuisines pour s'y être rendu plusieurs fois, mais il ne s'attendait pas à ce qu'elles soient directement reliées à la salle commune des Poufsouffle. Enfin, plutôt aux salles annexes de la maison...
« Les elfes de maison sont adorables et chaque Poufsouffle peut venir ici quand ça lui chante. Certains aident les elfes à préparer les repas. De manière générale, on peut utiliser les fourneaux si on le désire. »
Effectivement, des élèves aux blasons noir et jaune se promenaient allègrement dans cet environnement. Certains étaient encore occupés à cuisiner, parfois avec la contribution des elfes. Dans un autre coin, certains s'occupaient des cocktails aux couleurs vives.
« Avec et sans alcool, » commenta Alice en suivant son regard. « Pour les quatre premières années, on effectue un certain contrôle quand même. Et bien évidemment, Bièraubeurres à volonté ! » Elle lui pointa du doigt les énormes fûts entreposés dans un coin.
« C'est, c'est... » bredouilla Harry.
« Merveilleux, n'est-ce pas ? On a beau être considéré comme des cancres bons à rien, on a au moins le mérite d'être les fêtards bons vivants. »
Et la fête en question fut à la hauteur des moyens mis à disposition.
L'un des grands chocs suivant fut lorsque le professeur Chourave vint se joindre à la soirée. À des années-lumières des interventions de McGonagall, elle se mêla extraordinairement bien aux élèves. Pire encore, un mystère fut levé : l'amour et le lien étroit qui existait entre les Poufsouffle et la botanique. Et pourquoi les directeurs de Poufsouffle étaient aussi professeurs de botaniques depuis des siècles.
Cela n'était en tout cas un mystère pour aucun Poufsouffle.
« Mais où as-tu trouvé ça ? » interrogea Harry, sous le choc, alors qu'Adam lui passait des petits sachets emplis d'herbes et de champignons.
« De quoi ? » hurla Adam pour couvrir le bruit ambiant.
« Ça ! » Harry agita les sachets sous son nez.
Adam haussa les épaules. « Chourave ! » se contenta-t-il de dire. Harry ne sut que répondre. Cela semblait complètement délirant, venu d'un autre univers. Il fit passer les sachets au groupe d'étudiants à côté de lui sans un mot.
L'alcool aidant sûrement, la soirée se flouta de plus en plus. Benjy avait disparu depuis le début, Alice papillonnait d'élèves en élèves et Harry se surprit à avoir des fous rires monumental en compagnie d'Adam et Joyce. Depuis combien de temps ne s'était-il pas senti aussi léger ? C'était comme si tous ses soucis s'étaient brusquement envolés. D'ailleurs, quels problèmes ? Tout était pourtant si drôle.
Il y eut des jeux. Entre les « j'ai jamais », « 21 », « dans mon chaudron il y a », des usages détournés des cartes de Chocogrenouilles et autres joyeusetés, Harry perdit le fil.
À un moment donné, on lui passa une cigarette roulée, qui devait, à l'odeur, contenir quelques fameuses herbes de Chourave. Une fois les quintes de toux passées, Harry comprit de moins en moins se qui se passait. Il aperçut Joyce qui partait en compagnie d'une fille de sixième année. Il en vint à discuter avec des élèves qu'il n'avait jamais vu.
Une fille se mit à pleurer sur son épaule, soudainement. Déséquilibré, ils tombèrent, et Harry s'échappa en rampant, sous l'hilarité de certains. Il trouva Benjy un peu plus tard. Ce dernier semblait complètement hilare face à Harry.
« Ma parole, Steph, tu es complètement bourré ! »
« Qui ça ? »
« Laisse tomber. »
Assis sur des poufs, il en vint à refaire le monde avec trois Poufsouffle dont il ne connaissait pas le nom et MacMillan. Ah ! Et si les mages noirs n'avaient jamais existé ? Et si les moldus découvrait le monde de la magie ? Chacun y allait à qui mieux-mieux de son avis.
Il retrouva Alice, avec qui il tenta de mener une conversation sérieuse. Elle lui parla de ses rêves et de ses projets, et subitement, sa tête arrêta de tourner et ses sens semblèrent retrouver une acuité exceptionnelle. Comme prit subitement sous une douche froide, Harry lui lança un regard horrifié, et les émotions le submergèrent de manière inattendue.
« Steph ? Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Il se passe que tu n'auras jamais droit à tout ça. Ni la paix, ni le bonheur de voir grandir les deux garçons et la petite fille que tu désires, ni la grande maison avec le chien, et encore moins le plaisir de monter ta petite boutique avec Franck après la guerre.
Il s'échappa, tant bien que mal, essayant de trouver son dortoir. Le sol tanguait dangereusement, et il voulait vomir.
Finalement, il trouva bon port. Ses tripes rejoignirent les toilettes tandis que son corps s'affala sur son lit. Il voulait, le temps d'un instant, retrouver l'euphorie de la fête, mais il ne pouvait que se sentir totalement stupide d'y avoir cru durant l'espace de quelques heures. La tête tournante, il ferma les yeux et une chape de plomb l'envahit au moment même où tous ses anciens démons s'agitaient au fond de lui, prêt à revenir. Ils n'en eurent pas l'occasion : le sommeil de l'alcoolique fut plus fort, et à défaut de beaux rêves, il eut une nuit sans cauchemar.
xXx
On essayait de l'étouffer avec un matelas. Ou peut-être... Harry se retourna. La manœuvre fit rouler des billes de plomb dans sa tête qui vinrent s'écraser à l'autre bout de son crâne. Des borborygmes s'échappèrent de sa bouche, piètre témoignage de sa souffrance. Mais que lui arrivait-il ? Son corps était douloureux, et lourd, tellement lourd... Même ses paupières semblaient peser une dizaine de kilos. Il les entrouvrit, et la lumière du jour lui perfora le crâne plus sûrement que les fameuses billes de plomb. Il grogna une nouvelle fois, mais la lourdeur ambiante eut raison de lui et il se déconnecta.
Quelques instants – quelques heures ? - plus tard, Harry prit une nouvelle inspiration et ouvrit les yeux. La lumière l'aveugla, mais il put s'habituer au prix d'effort de ténacité. Il avait soif. Besoin d'eau. Mais, à cette même idée de remplir quelque chose dans son estomac, celui-ci protesta violemment, faisant quelques galipettes incontrôlables.
La première étape était de se lever. Il portait les mêmes habits que la veille, ainsi que ses chaussures. Il n'était pas entré dans le lit. Ses yeux le piquaient atrocement. Se mettre en position verticale fut une épreuve, sa tête, ses muscles et son estomac désapprouvèrent de toutes leurs forces. Quelques bribes de sa soirée lui revinrent en tête.
Oh, gémit-il, trop bu. Je ne boirais plus.
Il changea ses lentilles, s'aspergea d'eau froide le visage, prit finalement une bonne douche et une fois propre, il eu la sensation d'être un peu moins un déchet humain. Mais il n'avait qu'une envie : retourner se coucher. Étant donné qu'il était encore temps d'assister au repas du midi, il songea qu'il pourrait être bien de mettre quelque chose de consistant dans son ventre.
Il trouva Adam en train de dormir en compagnie d'autres élèves, affalés sur les fauteuils et poufs de la salle commune. En piètre état. Il n'osait imaginer la tête que devait avoir la salle d'en bas. Des cadavres de verres et bouteilles jonchaient le sol, une odeur peu ragoutante flottait dans l'air.
Même la Grande Salle fut relativement épurée. Les Gryffondor ne brillaient pas par leur présence et les Poufsouffle étaient franchement clairsemés. Benjy était présent.
« Ah, tiens, tu as réussi à émerger ? »
Harry grommela. Il n'était pas d'une humeur suffisante pour bavarder joyeusement. Benjy ricana mais il eut la bonne idée de le laisser tranquille. Maussade, Harry balaya la table du regard, se demandant, vaguement écœuré, ce qu'il allait bien pouvoir réussir à avaler.
C'est ainsi que la journée du dimanche fut d'une productivité extrême. Harry retourna même se coucher dormir une petite heure. La soirée venue, il trouva enfin l'énergie dont il avait été si dépourvu. Il profita du passage aux cuisines pour se ravitailler, boucla quelques devoirs, et caressa l'idée de faire un saut cette nuit à la bibliothèque. Il devait, en outre, passer une petite visite de courtoisie à une certaine Serpentard qui lui avait bien rendu service.
Il la trouva toujours au même endroit, assise sur le rebord de la fenêtre, fumant nonchalamment sa cigarette. Passait-elle toute ses nuits assise là, les yeux dans le vague, éclairée à la faible lueur de la lune, à attendre le petit matin ?
Sans un mot, Harry s'installa à ses côtés, appréciant une nouvelle fois la vue aux allures fantasmagoriques qui se déployait devant eux.
« Bonsoir, mon amour, » railla Nadège.
Harry grimaça. « Je suis désolé de t'avoir utilisée comme alibi, sans même t'avoir consultée. »
Elle acquiesça, tira une bouffée et pointa son regard pâle vers lui. « J'avoue avoir été un peu déconcertée par la nouvelle. J'ignorais que nous étions ensemble. Ce fut une bonne surprise. Heureusement, tu as de la chance que j'apprécie les surprises. »
La jeune fille lui semblait toujours aussi étrange et tordue, telle une Luna cynique et grinçante.
« Oh, mais mon amour, ne sois donc pas gêné. Je t'assure n'avoir aucune récrimination à ton encontre face à ta déclaration fort cavalière. »
« Mais, je..., » bafouilla Harry, interdit.
Elle éclata de rire.
« Oh, bon sang, Curson ! Tu es si facile à embobiner que ça ne devrait même pas être permis. »
Harry grommela pour la forme, portant son regard vers la sombre masse de la forêt Interdite, espérant que la pénombre éviterait à Nadège d'apercevoir ses joues enflammées. Auquel cas, il risquait de subir ses railleries pour le reste de la nuit.
« Je voulais juste te remercier pour avoir marché dans ma combine. »
Nadège écrasa son mégot et le balança dans le vide.
« Finalement, ce n'est pas si surprenant que tu ne saches pas quoi faire avec Estelle Reilly. »
Toute trace de moquerie avait disparue dans son expression, remplacée par une que Harry connaissait mieux : l'interrogation et l'analyse devant un cobaye à disséquer.
« Quel est le rapport ? »
« Pourquoi es-tu si gêné lorsqu'il s'agit de relations ? Je sais que tu es à Poufsouffle, mais il y a des limites à l'innocence et à la niaiserie. »
Harry écarquilla les yeux, indigné. « Je ne suis pas … ! »
« Quoi ? » interrogea-t-elle.
Harry soupira. « Rien. Je sais que tu me fais tourner en bourrique parce que tu es frustrée de ne pas avoir de petites informations glauques sur moi. »
« Curson, Curson, Curson... Il ne s'agit pas de ça. Je n'observe pas les autres, je n'analyse pas les faits et gestes de chacun pour avoir un quota d'informations ou pour une autre raison morbide, comme tu sembles le croire – et ce, même si je suis à Serpentard. »
Elle sortit son paquet de cigarette, jouant avec. Elle se tourna légèrement vers lui, pour être de face.
« Je fais ça parce que j'aime ça. Parce que je fonctionne comme ça. Je le fais automatiquement presque. »
Harry resta silencieux.
« En tout cas, il me semble que tu as des difficultés à nouer des relations et je ne parle même pas des relations amoureuses. »
« Écoute, ça n'a rien à voir. Estelle m'intéresse pas, et c'est tout. Il faut pas essayer de voir autre chose que ça. »
Elle hocha de la tête. Doucement, comme si elle ne voulait pas le brusquer, elle chuchota : « Que lui reproches-tu ? »
« Rien. C'est juste que... » Harry s'interrompit. Il ne savait même pas.
« Alors pourquoi ne pas essayer ? »
Harry ne put trouver de réponse. Nadège prit un nouvelle cigarette. Elle tendit le paquet à Harry. « Toujours pas ? »
Il fixa le paquet, hésita et haussa les épaules. « Pourquoi pas ? » Il en tira une. Les premières bouffées le firent tousser et il se mit à raconter la soirée des Poufsouffle. Nadège fut grandement intéressée par cette histoire de drogue.
« Et tu n'en as pas gardé pour toi ? » fit-elle, incrédule.
« Bien sûr que non, » rétorqua Harry, perplexe.
« La prochaine fois, prends quelques sachets subtilement, bon sang ! Tu imagines ? Tu pourrais même les revendre... Il y a de quoi monter tout un commerce avec ça. Tu aurais en tout cas une acheteuse. »
« Je vais quand même pas me transformer en dealer, » protesta-t-il faiblement.
Elle en vint par la suite à lui avouer que Dumbledore était venu la voir. « Il ne pouvait plus fermer les yeux sur ma désertion de dortoir, pas depuis que tu as utilisé cet argument pour Brooks. »
Horrifié, Harry s'excusa une nouvelle fois.
« Attends un peu. Au contraire, il m'a dit que si je refusais toujours d'aller dormir chez les Serpentard, il ne pouvait pas décemment me renvoyer pour ça, et donc il pourrait peut-être me fournir une petite chambre. »
« Une chambre ? »
Elle se mit à rire. « Et oui, une chambre ! Donc tu vois, honnêtement, cette histoire m'a été plutôt profitable. »
« Mais, où ça ? »
Elle haussa les épaules. « Je ne sais pas, à côté de la salle commune des Serpentard, peut-être ? Il m'a dit qu'il me tiendrait au courant. Je crois qu'il n'avait pas non plus trop envie d'insister, et de risquer de se retrouver avec un autre incident sur les bras. »
La conversation bifurqua ainsi sur Barantyn et Goujon. Harry lui raconta ce qu'il avait vu.
« Hm, cela m'étonnerait pas que Rosier et Avery soient là-dessous. Rosier est plus intelligent et discret, mais Avery ne cache pas ses idées politiques. »
Elle sortit une nouvelle cigarette, et en passa une autre à Harry.
« Ce qui m'étonne plus, c'est que la cible ait été Barantyn. Sa mère est au ministère, et il me semble qu'elle essaie depuis quelques mois de faire passer des lois qui réprimeraient les droits des cracmols. Si la mère a des convictions qui vont dans leurs sens, pourquoi supprimer la fille ? »
Harry resta silencieux et tira une bouffée de cigarette.
« Peut-être que la mère a été obligé de faire passer ses lois. Peut-être qu'elle a essayé de résister. Et peut-être que c'était une façon de la motiver à être plus efficace. »
« Peut-être. »
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L'argent que Joanne avait réussi à soutirer au Ministère pour lui arriva par chouettes recommandées durant la semaine suivante. Rapide, songea Harry. Ils voulaient très certainement boucler l'affaire le plus vite possible et s'assurer que Stephen Curson ne changerait pas d'avis entre temps. Au carton était joint une lettre qui précisait bien que c'était en guise de dédommagement pour les tords causés. Ils avaient visiblement essayé de lui verser l'argent directement à Gringotts mais leur démarche n'avait pas eu de suite.
Évidemment, bande de cornichons, je n'ai pas d'argent, donc pas de compte à Gringotts ouvert. Harry leva les yeux au ciel. Il ouvrit le petit carton et découvrit un joli paquet de gallions entassés, soigneusement placés pour qu'ils ne se promènent pas dans tous les sens durant le trajet.
Cela ne lui semblait pas être une somme astronomique après les coffres-forts des Potter, mais d'après ceux des Weasley, eh bien... Eh bien, Harry allait pouvoir tenir un moment de manière indépendante sans trop de problèmes. C'était un certain soulagement au final, de savoir que sa ligne d'action n'était plus autant freinée par quelque chose d'aussi trivial que de l'argent.
Harry referma prestement le carton. Peut-être qu'un compte Gringotts au nom de Stephen Curson s'imposait à présent... Étrangement, cette idée lui donna l'impression que la situation lui échappait de plus en plus. C'est ainsi que Harry procéda aux démarches administratives nécessaires. Il garda un peu de liquide de côté, ajouté à la somme requise pour acheter une nouvelle baguette.
Flitwick et Dumbledore l'avait mis en garde contre sa baguette d'entraînement. Elle avait fait son office : une baguette à bas prix qui faisait son travail. Cependant, Harry sentait bien qu'elle n'avait rien à voir avec sa baguette à plume de Phénix. Il pouvait presque ressentir le déchirement que cette séparation forcée causait à sa magie.
Les mangemorts la lui avait prise lorsqu'il avait été capturé. En s'échappant, il n'avait pas pu la récupérer et ensuite, il s'était retrouvé coincé ici. Harry soupira. Sa magie gémissait, pleurait doucement à chaque fois que Harry la sollicitait, la forçait à accomplir ce qu'il désirait avec cette vulgaire baguette inadaptée. Non seulement c'était éreintant, mais cela devenait terrifiant à la lumière des explications de Flitwick.
C'est pourquoi Harry se tenait devant les serres, à trembler de froid dans sa légère cape. À noter : il me faut une écharpe et une cape d'hiver de meilleure qualité en plus d'une baguette.
« Mr Curson ? » l'interpella le professeur Chourave en arrivant vers lui. « Vous souhaitiez me parler ? »
Harry acquiesça tandis que le professeur de Botanique ouvrait une des serres. Elle était l'un des rares professeurs à ne pas avoir de bureau clairement bien établi. Elle avait juste un coin aménagé dans une des serres avec des étagères qui croulaient sous le poids des parchemins. Plutôt que d'avoir un bureau, elle utilisait les tables et les établis de cours. C'était d'autant plus surprenant qu'elle était une directrice de Maison, mais après tout, cela correspondait bien à sa personnalité. Une image d'elle durant la soirée des Poufsouffle lui revint subitement.
« J'aimerais savoir s'il est possible d'obtenir une autorisation pour sortir de Poudlard exceptionnellement, dans les jours prochains. Je sais que ce n'est pas une chose courante, mais j'en aurais réellement besoin, » déclara Harry.
Et il entreprit de lui expliquer ses problèmes d'argent – le décès de sa mère, leur fortune déjà maigre, le coût des fournitures de Poudlard, le trajet des États-Unis jusqu'en Grande-Bretagne... sa possession d'une vieille baguette magique mal entretenue qui ne faisait plus son office et donc comment il en était venu à choisir une baguette d'entraînement.
Il lui parla de Joanne, du dédommagement ministériel suite à l'affaire de Mrs Barantyn et Mr Goujon et des conseils des professeurs Flitwick et Dumbledore. De sa volonté d'acheter une baguette adaptée à sa magie avec l'argent reçu.
« Vous comprenez donc bien que je suis dans l'obligation de sortir de Poudlard et de me rendre à Londres. Je suppose que cela ne posera pas trop de problèmes, non ? Je suis majeur et – »
« Mr Curson, » l'interrompit le professeur Chourave avec un sourire aux lèvres, « bien sûr que ça ne posera pas de problèmes. J'en parlerais au professeur Dumbledore et je vous tiens au courant, d'accord ? À mon avis, tant que vous ne loupez pas de cours, eh bien, c'est l'essentiel. »
Elle lui confirma le lendemain lors du petit-déjeuner qu'il avait l'autorisation pour samedi. Le professeur Dumbledore l'attendrait dans son bureau vers 14 heures et lui donnerait un peu de poudre de cheminette. Harry la remercia chaleureusement et s'autorisa seulement à ce moment là de se poser la véritable question. Où allait-il bien pouvoir acheter une baguette ?
La baguette d'entraînement était parfaite parce qu'elle ne coûtait pas cher, mais elle avait eu aussi l'avantage de lui faire éviter Ollivander. Ollivander, l'unique fabriquant de baguette réputé de Grande-Bretagne. Ollivander, celui qui lui avait vendu la baguette à plume de Phénix. S'il allait chez lui, quelle chance avait-il de retomber sur la même baguette ? Et alors, alors, que se passerait-il ?
Le jeune Harry Potter de onze ans, quelle baguette aurait-il si sa baguette avait déjà été vendue ? Et s'il ne l'avait pas, comment pourrait-il seulement survivre à Voldemort à la fin de sa quatrième année sans le priori incantatum salvateur ? Mais s'il décédait à quatorze ans, en 1994, alors, comment pourrait-il être encore présent en 1977 ? Il n'aurait pas pu remonter le temps, et surtout, il n'aurait pas pu acheter la baguette... Et donc...
Oh, j'ai de nouveau mal au crâne, gémit Harry. Il se prit la tête entre les mains. Tout cette histoire était complètement, irrémédiablement insensée. Tu es juste timbré, Potter, la voilà ta solution. Harry vida d'un trait sa tasse de café serré à la suite d'un coup de coude de la part d'Adam qui lui signalait qu'il était l'heure d'aller en cours.
« La Terre appelle Curson, je répète, la Terre appelle Curson. Veuillez atterrir je vous prie, un cours de potions va commencer d'ici peu. Je répète, un cours de potions va commencer. Terminé, à vous. »
Harry se leva en marmonnant que l'humour du rouquin était irrécupérable. Ce dernier rétorqua que lui, au moins, avait de l'humour, ce qui n'était pas le cas de tout le monde visiblement.
« Et prends garde à tes cours d'Étude des moldus, je crois que ça te monte à la tête, » ajouta Harry pour la forme. Ce sur quoi Adam répliqua, outré, qu'il n'était pas du tout influencé par le dernier cours qui portait sur le premier moldu qui aurait marché sur la Lune, en 69.
« Tu as entendu, Steph, sur la Lune ! Ils y sont allés en fumée ! Tu crois qu'ils pourront parcourir l'univers entier comme ça ? »
« En fusée, Adam. Pas en fumée. »
Bien, Potter, reprenons depuis le début. Deux hypothèses s'offrent à toi.
Première hypothèse. Tu es dans une illusion de Voldemort, ce que tu ne peux pas prouver tant que tu ne pourras pas te mesurer à Voldemort en ce qui concerne l'Occlumancie et la Légilimancie. Donc que tu ne peux pas prouver. Tu ne sais pas quel but il chercherait, à part te rendre complètement cinglé. Son plan semble bien fonctionner sur ce point, d'ailleurs.
Harry sortit ses affaires, alluma un feu doux sous son chaudron et ouvrit son livre de potion à la page indiquée au tableau. Potion énergisante. Parfait. Il partit chercher les ingrédients nécessaires en pilote automatique.
Deuxième hypothèse. Tu es bel et bien dans le passé, ceci est la réalité, ce que tu ne peux pas prouver tant que tu n'as pas exclu la première hypothèse et que tu as prouvé qu'il est possible magiquement parlant de remonter le temps d'une vingtaine d'années. Donc que tu ne peux pas prouver. Tu ne sais pas le pourquoi du comment tu es remonté dans le temps, et quel est le but de tout ça.
Harry coupa les queues de salamandre en cube, éplucha les racines de valériane, récupéra le distillat de scarabée égyptien fait préalablement et ajouta le tout dans le chaudron bouillonnant. Il remarqua à peine que sa potion venait de virer au rose fuchsia au lieu du sombre indigo requis.
À partir de tout ça, qu'est-ce que tu peux faire ? Pour le premier cas, c'est clair et net, apprendre l'Occlumancie et la Légilimancie. Comment peux-tu faire ça ? Lire des livres sur ces sujets. Faire des essais par toi-même. Trouver un moyen pour avoir un prof là-dessus ou quelqu'un qui s'y connaît. Quelqu'un qui risquerait de voir tes souvenirs.
Harry soupira. Passons. Pour le deuxième cas, qu'as-tu ? Chercher des renseignements, c'est fait. Les créateurs du Retourneur de Temps – les seuls qui semblent en capacité d'en créer et d'expliquer le mécanisme – sont décédés. Le dernier vivant en date ne donne pas de nouvelles - Gustàv Szabolcs – et est injoignable. Il faut se rendre à l'évidence, il est probablement mort. Que peux-tu faire donc ? Trouver seul comment fonctionne un Retourneur de Temps ? Qu'y a-t-il d'autre sur le temps ? À part cette invention, n'y a-t-il vraiment rien d'autre ?
Il avait bien pu trouver au cours de ses derniers mois des théories nébuleuses sur les voyages dans le temps, mais ce n'était justement que des théories fumeuses et infondées, dont on ignorait les conséquences.
Déprimé, Harry tenta de remuer sa potion. En plantant la spatule, il eut la sensation de la faire rentrer dans une grosse boule de chewing-gum. Il jeta un coup d'œil aux chaudrons des autres élèves, une potion d'un bleu violet profond, légère et liquide. Par le truchement d'on ne sait quoi, sa potion était devenue une épaisse pâte collante rose. Du chewing-gum. Par-fait. Il soupira une nouvelle fois, éteignit le feu et s'affala sur sa chaise, désespéré. Il n'avait de toute façon pas le temps de refaire la potion, et il n'en avait même pas envie. Il se sentait vidé et complètement coincé, acculé.
Le visage abasourdi de Slughorn, de toute évidence muet de stupeur, n'arrangea pas son humeur. La cerise sur le gâteau fut lorsqu'il apprit que Morel avait pour projet de mettre en place une nouvelle série d'illusions. Histoire de voir leur progrès. Ha !
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« Gardez-en pour votre retour, » déclara Dumbledore en lui tendant une petite bourse en peau de moke remplie de poudre de Cheminette.
« Merci, Professeur, » répondit Harry. Moins d'un quart d'heure plus tard, Mrs Guipure prenait ses mesures afin de lui confectionner une cape noire d'hiver doublée. Il en profita pour prendre quelques vêtements de plus – ce n'était pas du luxe – dont une grosse écharpe pourpre.
Il déambula sur le Chemin, sachant pertinemment qu'il procrastinait exprès parce qu'il avait peur d'aller voir Ollivander.
Bien, Potter. Faisons le pari que tu as suffisamment changé et que tu n'auras par conséquent pas la même baguette ?
Non, non. Ça n'allait pas. Il resta planté devant la librairie à regarder les gros titres, le regard perdu au loin.
Très bien, autre tentative. Ce n'est pas Harry Potter qui va acheter une baguette. Il s'agit de Stephen Curson. Ollivander pensera-t-il à essayer la baguette jumelle de Voldemort à un parfait inconnu alors qu'il lui a fallu longtemps avant d'y penser pour Harry Potter ? La bonne réponse est non.
Tout à ses considérations, Harry ne prêta pas garde à la personne qui venait de se placer à ses côtés, observant elle aussi la vitrine. Au bout de quelques instants, la personne prit la parole.
« Bonjour, Curson. »
Harry se raidit. Cette voix lui rappelait fortement quelqu'un. Lentement, il tourna la tête vers la femme. Grande, traits communs, cheveux courts à la garçonne. Elle portait un vieux jean usé, un marcel blanc, une grosse écharpe bleue dont un pan frôlait le sol et une cape marron élimée. La dernière fois qu'il l'avait vu, elle se présentait plus en tant que femme d'affaires tailleur-mallette. Et surtout, la dernière fois, elle lui avait fourni ses faux-papiers.
« Vous ! », s'exclama alors Harry, fort peu éloquent mais sincèrement surpris.
Elle lui accorda son sourire en coin et reporta son attention sur la vitrine.
« Alors, dites-moi, Curson, comment se passent les cours à Poudlard ? »
Harry continua à la fixer.
« Et vous, McQueen, comment saviez-vous que j'étais précisément ici, au Chemin de Traverse, aujourd'hui, alors que je suis sensé être à Poudlard ? »
Elle acquiesça, semblant satisfaite.
« C'est de bonne guerre. Je suppose que vous ne me croiriez pas si je vous disais qu'il s'agit d'une incroyable coïncidence ? »
Le jeune homme resta imperturbable, se contentant de mettre délicatement sa main dans sa poche et d'y effleurer sa baguette.
« Pardonnez-moi, mais je crains de pas être aussi stupide que ça, » susurra Harry entre ses dents. Le sourire de McQueen s'élargit.
« Je suppose que cela signifie que tout se passe bien à Poudlard. Je reste néanmoins curieuse et inquiète à votre sujet. Pourrions-nous en parler plus confortablement assis à la terrasse de ce café ? » Elle désigna d'un geste de la tête un petit café quelques pas plus loin.
Harry n'avait vraiment pas envie, mais les questions se bousculaient tellement dans sa tête qu'il acquiesça. Un café, assis en face d'elle, était presque plus sûr que debout face à une vitrine.
« Bien, » commença Harry. « Je pense qu'avant de vous raconter mon agréable scolarité à Poudlard, je serais encore plus curieux de savoir comment vous allez. »
« Oh, mais remarquablement bien, merci de vous en préoccuper. Quelque peu éreintée, je dois l'avouer, mais nous entrons dans une difficile époque, n'est-il pas ? Je passe mon temps à courir de droite à gauche. J'ai vraiment hâte que l'automne et l'hiver soient derrière nous. C'est une période que je n''aime guère... »
Harry émit un grognement. Le serveur leur apporta les tasses de café commandées, interrompant la babillage de la jeune femme.
« Vraiment ? Je n'imaginais pas qu'il y ait autant de nouveaux arrivants en Grande-Bretagne qui aient besoin de faux-papiers. »
Elle prit sa tasse de café et but une gorgée, lentement, ne quittant pas le regard glacé de Harry. Elle semblait même s'assurer qu'elle avait toute son attention. Et, bon sang, elle l'avait. La méfiance de Harry était palpable, tout comme les doutes qui s'insinuaient dans son esprit. Cette histoire de faux-papiers était louche, après tout. Pire, elle était venue le voir pile au moment où il en avait besoin. Voilà à présent qu'il la rencontrait précisément au moment où il sortait de Poudlard. Est-ce qu'elle le surveillait ? Et, surtout, avait-elle quelque chose à voir avec sa présence dans le passé ?
« En réalité, je ne me charge pas que des faux-papiers. Je m'occupe plutôt de mes contacts. Vois-tu Curson, mes offres sont très diversifiées. Des petits services, des faveurs, des informations, ce genre de choses. Mais crois-moi, Curson, » elle se pencha légèrement en avant, « les faux-papiers ne représentent que le sommet de l'iceberg de ce que je peux te fournir. »
Ah oui ? Ricana une petite voix ironique. Il est certain que des faux-papiers, ce n'est rien à côté d'un petit voyage temporel. Harry se cala au fond de sa chaise. Elle venait de lui jeter un sceau d'eau glacée à la figure et il ne savait pas vraiment comment ré nota son passage au tutoiement. Quelque chose lui échappait. Mais qu'est-ce que tout cela signifiait ? Essaie d'en savoir plus, Potter !
« Que voulez-vous ? De l'argent contre les papiers ? Je n'en ai guère. »
Son sourire bien aimable devient celui d'un charognard ou bien celui d'un chat jouant avec une succulente petite souris.
« Je ne suis pas intéressée par l'argent. Je ne fonctionne pas comme ça. Ce qui m'intéresse ? Rien qui ne se quantifie réellement par des sommes de gallions. J'apprécie plus les... retours de bons procédés. Des faveurs, en échange de faveurs. Des services, en échange de services. Des informations, en échange d'informations. Des renseignements, des objets, des actes, n'importe quoi. Je te parle de troc, Curson. »
Elle finit son café, s'installa plus confortablement, posant sa cheville droite sur sa cuisse gauche et calant ses bras derrière l'assise de la chaise.
« Je répète, » demanda Harry, aux aguets, « que voulez-vous ? »
Elle se passa la langue sur les lèvres.
« Ce que je veux ? Je veux tes yeux, tes oreilles et tes mains. Je veux un accord d'échanges de bons procédés entre nous, Curson. J'ai des contacts, j'ai de la matière pour. Les papiers ne sont qu'un gage de ce que je suis capable de t'apporter. Une petite mise en bouche. Te voilà à la croisée des chemins, Curson. Le deal est simple, tu peux accepter ou refuser. »
Elle fit une pause pour sortir un paquet de cigarettes de sa poche. Elle en proposa une à Harry, qui refusa sèchement. Elle alluma la cigarette, tira une bouffée et reprit.
« Les papiers sont définitivement à toi. Si tu refuses, tu peux les garder et je te donne ma parole que tu ne me reverras plus, tu n'entendras plus parler de moi, tu douteras même de mon existence. Tu penseras avoir trouvé tes papiers grâce à une chance insolente. En revanche, si tu acceptes, je te donne ma parole que je prendrais en considération tout ce que tu me demanderas, tout ce qui semble difficile à obtenir et te dirais honnêtement si c'est jouable ou non. Je ne veux rien d'insurmontable en échange. »
Elle s'interrompit, le laissant digérer ce qu'elle venait de lui annoncer, terminant tranquillement sa cigarette. Harry n'avait pas bougé d'un poil, ni même touché à son café. Les pensées confuses, il n'arrivait pas à déterminer si la femme était sérieuse ou non.
Mais les faux-papiers, Potter !
Oui, les papiers. Ce n'était pas rien. Mais que voulait-elle réellement ? Depuis tout à l'heure, elle tournait autour du pot. Ses yeux, ses oreilles et ses mains ? Un pion, en quelque sorte ? Mais pour quelles actions, quels renseignements ? Pour quel intérêt ? Et s'il refusait, elle abandonnait, comme ça, sans rien tenter de plus ?
« Je ne suis pas sûr de bien tout saisir, » fit finalement Harry, en parlant lentement, pesant bien chaque mot. « Il me semble que pour qu'il y ait échanges de bons procédés, il faille une certaine confiance des deux parties, non ? Et que les buts convergent dans le même sens, n'est-ce pas ? Dans ce cas, je crains que nous n'ayons pas tous les éléments nécessaires pour conclure ce genre d'accord. »
McQueen écrasa sa cigarette au sol de la pointe des pieds. Elle s'avança ensuite et appuya sa tête sur ses doigts liés entre eux, les coudes posés sur la table.
« Très bon point, Curson. Après tout, tu es un inconnu ici. Personne ne sait d'où tu viens, ni qui tu es. Même moi je me suis heurtée à un mur. Comme si tu étais sorti subitement du néant. Alors comment pourrais-je savoir si notre association pourrait s'avérer fructueuse ? Très bonne question. C'est bien pour cela que je ne t'ai pas proposé d'emblée cet accord. »
Elle pencha la tête sur le côté, pensive. Harry fronça les sourcils. Oh, elle était douée la garce. Elle retournait complètement le problème ! Alors qu'il avait essayé de connaître ce qui la faisait avancer, la voilà en train de lui demander la même chose !
« Je ne crois pas que tu aies des problèmes avec les moldus. Je sais que tu n'en fait pas la distinction à Poudlard. Tu ne sembles pas non plus apprécier certains élèves qui ne cachent guère leurs allégeances à ce propos. Enfin, tes faux-papiers et les petites attentions ministérielles et des Aurors à ton égard me permettent d'affirmer sans trop me mouiller que tu n'entres pas non plus dans ce moule. Ceci me suffit amplement en ce qui me concerne.
» De ton côté, j'aime à penser que tu dois te douter que je n'ai rien à voir avec le Ministère. Entre les faux-papiers et des propositions de services illégaux, il me semble que les faits parlent pour moi. Le point le plus délicat sera sûrement vis-à-vis du mage noir et de ses mangemorts, n'est-ce pas ? »
Elle joua un instant avec son paquet de cigarettes, comme si elle hésitait, puis décida d'en prendre une autre. Harry sentit sa colère se calmer et il acquiesça silencieusement à sa dernière question.
« J'avoue qu'il n'y a aucune preuve concrète que je puisse t'apporter. Mes objectifs dépassent de loin la guerre et sont en complète contradiction avec les objectifs de ce Seigneur des Ténèbres. Comment dire ? Je ne porte guère les Sangs-Purs dans mon cœur et je n'ai absolument rien contre les moldus. »
Elle porta son regard au loin, un air parfaitement sérieux affiché sur le visage, mis à part un léger sourire amer. Harry n'était pas encore convaincu, mais il fallait l'avouer, soit elle disait la vérité, soit elle était une comédienne remarquable. Et, point pour elle, une mangemorte ne s'habillerait certainement pas à la moldue comme elle l'était aujourd'hui ou même fin août, avec ce tailleur.
« Bien entendu, si certaines de mes demandes ne te sont pas acceptables, je t'écouterai. Je ne peux pas faire plus. La confiance ne peut s'accorder autrement que par le temps et l'expérience. Ai-je répondu à tes questions ? »
Harry hocha la tête, ne sachant que répliquer. L'après-midi s'achevait et il devait se dépêcher s'il ne voulait pas se retrouver devant la boutique d'Ollivander fermée.
« Je... Dois-je donner une réponse maintenant ? J'aimerais prendre le temps de réfléchir au calme et je suis actuellement un peu pressé par le temps. Quelques courses à faire avant de rentrer à Poudlard. Ne pouvons-nous pas nous voir la semaine prochaine afin que je puisse vous donner une réponse ? »
McQueen fronça les sourcils.
« Eh bien, théoriquement oui, mais je ne pourrais pas aller à Poudlard donc cela me semble quelque peu compromis – »
« Je pensais plutôt Pré-au-Lard, » la coupa Harry. « J'ai les moyens pour y aller en douce sans le moindre problème. »
La jeune femme écarquilla les yeux un instant, puis elle éclata de rire.
« Quelle bonne surprise ! Voilà qui est diablement intéressant. Mais dans ce cas, que dirais-tu de mardi 15, vers 20 heures ? »
« Parfait, » murmura Harry. Il se leva, remarqua qu'il n'avait pas touché à son café, mais il n'avait vraiment plus le temps. Il prit congé de McQueen et s'empressa de se diriger vers la petite boutique d'Ollivander avant sa fermeture, l'esprit en ébullition.
