Titre - Dans les mensonges et les regrets

Disclaimer – Tout ce qui relève de l'univers de JKR lui appartient.

Rating – M – Attention ! Scène légèrement citronnée dans ce chapitre.

.

Précédemment - (Chapitre 7) Dumbledore assure à Harry qu'il ne le croit pas coupable pour le meurtre de la Gryffondor, Rosie Barantyn. Harry va ruminer un peu cette affaire, découvrir le fonctionnement des Poufsouffle, participer à une petite fête et gagner de l'argent de la part du ministère pour « dédommagement ».

Cet argent va lui permettre d'aller au Chemin de Traverse afin d'acheter une baguette chez Ollivander pour remplacer celle d'entraînement. Il croisera Claudia McQueen, qui va lui proposer un accord pour « échange de bons procédés ». Il lui demande rendez-vous pour lui donner sa réponse.

.

Note – Bonjour,

Je sais. Je suis encore en retard. Mais voyez les choses sous un angle positif... je n'ai que deux mois de retard. (Mais si, c'est positif...) Bref, je suis désolée. Je n'ai pas tenu mes délais durant les vacances, et une fois Septembre entamé, je me suis laissée embarquer par la frénésie de la rentrée et son lot d'imprévisibilités. Étant donné que je dois rendre mon mémoire à la fin de l'année, je ne sais pas quand je pourrais trouver du temps pour écrire. J'aimerais poster le prochain chapitre à Noël, mais je ne sais pas si j'arriverais à tenir le délai.

Merci beaucoup pour toutes les reviews, les ajouts en favoris et à tous ceux qui suivent cette histoire. Je suis un peu frustrée de ne pas pouvoir répondre personnellement aux reviews anonymes. N'hésitez pas à me donner une adresse mail pour que je puisse le faire.

Ce chapitre est particulièrement long. J'espère qu'il n'est pas trop maladroit, et que sa longueur ne va pas le rendre indigeste.

À ce propos, de nombreuses personnes m'ont demandé s'il était possible de raccourcir les chapitres pour avoir un rythme de publication plus fréquent. Tout d'abord, un chapitre plus court n'arrivera pas forcément plus vite. J'ai tendance à écrire d'un coup, à stagner sans rien écrire durant un long moment, et reprendre l'écriture subitement. Ensuite, j'aurais vraiment du mal à faire plus court. J'écris les chapitres de la façon qui me semble la plus cohérente possible, en prenant en compte le rythme de l'histoire, l'unité du chapitre, les éléments nouveaux apportés aux intrigues et le découpage du temps. Ce chapitre, par exemple, je ne pouvais pas l'imaginer en deux parties.

Bref, je suis désolée, mais ça restera comme ça. Je vais mettre en tout cas mon profil régulièrement à jour pour vous informer de l'avancée dans l'écriture des chapitres.

Bonne lecture,

Mona

.


.

Dans les mensonges et les regrets

Partie IBrumeux

.


.

Chapitre 8 – Engrenage

.

« Ah, Mr Curson. Je vous attendais, » le salua Ollivander lorsqu'il pénétra dans la petite boutique surchargée et étouffante. La voix n'était qu'un murmure, mais se percevait distinctement dans le silence ambiant. Harry cligna des yeux et prit le temps de rester dans l'entrée, afin de s'acclimater à l'obscurité.

« Bonsoir, » répondit doucement Harry. « J'imagine que vous savez ce qui m'amène. »

« Oui, Dumbledore m'a informé. Venez, approchez. De quelle main tenez-vous votre baguette ? »

Ollivander semblait inchangé depuis la première fois où Harry l'avait rencontré. Cheveux blancs, yeux clairs et perçants, peau parcheminée et expression d'une perspicacité illuminée et gênante.

« Droite. » Un mouvement, et les mètres rubans dansèrent autour de Harry.

« Connaissiez-vous la composition de la baguette de vos parents, Mr Curson ? » demanda le vieil homme alors qu'une plume enchantée notait soigneusement les mesures sur un parchemin.

« Heu... Il me semble que c'était un crin de licorne pour ma mère. Souple, en bois de saule. Douée pour les enchantements. »

Ollivander acquiesça, pensif. « Et votre père ? » Harry suivit des yeux la goutte d'encre noire se balançant au bout de la plume cuivrée, s'épaississant à mesure que l'encre coulait, devenant plus précaire et s'écrasant finalement sur le parchemin. Le silence était tel que Harry eut l'impression d'entendre l'impact.

« Je l'ignore. »

Le père de Stephen Curson l'avait abandonné alors qu'il était jeune, il semblait donc peu probable qu'il ait pu en avoir connaissance. Une approbation à base de 'hum hum' fut la seule réponse.

Et alors commença le ballet des baguettes. Grandes, petites, fines, rigides, en bois clair, foncé, tout semblait y passer. Les réactions semblaient néanmoins moins disproportionnées que lors de son premier essai, en première année.

Intrigué, et à dire vrai, pour meubler le temps, Harry en fit part à Ollivander. Ce dernier sourit, visiblement heureux de faire partager ses connaissances.

« Ah, mais voyez-vous Mr Curson, vous maîtrisez à présent votre magie et de ce fait, vous n'utilisez qu'une petite parcelle de celle-ci lorsqu'une baguette passe dans votre main. C'est amplement suffisant et cela limite les catastrophes que peut engendrer une baguette lorsqu'elle rencontre une personne non compatible. »

Ollivander s'arrêta subitement. Lentement, il se tourna vers Harry et le dévisagea longuement sans un mot. Mal à l'aise, Harry affronta son regard, tentant de garder une expression calme malgré les nœuds qui se formaient dans son estomac.

« D'ailleurs, à ce propos... » murmura Ollivander pour lui-même. Il s'anima soudain. Un sourire satisfait s'étira et une lueur passa dans ses yeux pâles. Il posa vivement la baguette qu'il tenait dans son étui et partit s'engouffrer dans les décombres de sa petite boutique. Il en revint avec deux d'étuis noirs, lustrés et propres, semblant neufs à côté de ceux qui étaient présentés jusque là.

« Très bonne remarque, Mr Curson. Vous êtes un adulte et donc contrôlez votre magie. Pas d'explosion impromptue lorsqu'une baguette vous teste. Même des baguettes caractérielles. »

Il posa la pile sur son établi en poussant les étuis déjà présents.

« J'ai récemment fait l'acquisition d'un nouveau composant pour la fabrication des baguettes. Puissant et dangereux, mais fascinant, vraiment fascinant... »

Il ouvrit un étui, ses doigts parcheminés glissèrent le long de la baguette noire. Il se tourna vers Harry, la baguette dans les mains.

« Ce sont des baguettes réalisées à titre expérimental. Impossible que ces baguettes testent des enfants de onze ans. Mais un adulte... »

Harry cligna des yeux, fixa la baguette peu rassuré. S'il suivait bien les marmonnements d'Ollivander, il s'agissait de baguettes qu'il avait fabriqué d'une manière qui différait de ses habitudes. Il s'approcha de la baguette, inspira un coup, puis la prit dans ses mains.

Une bourrasque de vent glacial jaillit de la baguette, tourbillonna dans la boutique, faisant trembler les étalages d'étui à baguette. Le froid fut intense et remonta dans le bras de Harry. Il semblait se geler de l'intérieur et le froid se fit plus mordant au niveau du contact avec la baguette. Incisif et douloureux. Harry lâcha subitement la baguette lorsque la brûlure glaciale fut insupportable.

Aussitôt, la température revint, le souffle s'estompa. Le cœur battant, Harry avait néanmoins l'impression qu'une pique de glace venait de se ficher en pleine poitrine. Il releva la tête : Ollivander était occupé à noter sur un parchemin ses observations, inconscient qu'un des étui placé en haut d'une pile venait de s'ouvrir. Harry vit une baguette en sortir et se diriger droit vers lui. Perplexe, Harry la rattrapa au passage.

Le charme eut lieu. Une douce lumière mordorée empli la boutique, comme une vague d'onde chaleureuse. Les baguettes frémirent sous l'onde et Harry ferma les yeux, laissant l'agréable sensation atteindre sa poitrine. Inconscient d'avoir retenu son souffle, il expira lentement, apaisé, lorsque l'onde s'estompa. En ouvrant les yeux, sa tête lui tourna un peu, comme s'il venait de boire cul sec un verre d'alcool fort. Ivre de magie.

Ollivander avait aussitôt relevé la tête, les yeux écarquillés.

« Je crois que votre baguette vous a trouvé, Mr Curson. Remarquable. Vraiment remarquable. »

Le murmure fit revenir Harry à la réalité.

« De toute évidence, mes baguettes expérimentales n'étaient pas pour vous, mais cela vous a permis de libérer une quantité importante de magie. C'est la deuxième fois que je vois ce phénomène dans ma boutique. Vraiment remarquable. Il arrive que ce genre de baguette se manifeste dès qu'un partenaire approprié se trouve dans la pièce. Du bois de vigne, ventricule de dragon, vingt-huit centimètres soixante-quinze. Extrêmement flexible. Une étonnante baguette. Vous permettez ? »

Ollivander rangea la baguette dans son étui et la lui rendit, l'air satisfait, malgré une légère lueur de curiosité dans ses yeux. Harry se garda de parler et le paya silencieusement. Avant de ranger la baguette dans ses affaires, il fit glisser ses doigts le long de la vigne. Il pouvait percevoir la magie à travers la pulpe de ses doigts, fines ondes chaudes, prometteuses, piquantes et exaltantes. Un frisson d'anticipation le parcourut.

Vigne et dragon. Pourquoi pas ? Harry sortit soulagé de la petite boutique : sa baguette de houx à la plume de phénix serait bel et bien pour le petit Harry Potter de onze ans.

Harry passa son dimanche à faire ses devoirs pour la semaine – Hermione n'en reviendrait pas ! - bien satisfait de remarquer que le retard pris l'année dernière se rattrapait au fur et à mesure de son travail acharné. Restait les potions, mais malgré la patience d'Alice, une incompétence et une mauvaise volonté avait eu raison d'elle. Quoiqu'il en soit, une fois bouclé les devoirs théoriques, il lui semblait temps de passer à un peu de pratique et de toucher du doigt ce qu'il pouvait faire avec sa nouvelle baguette.

Il s'éclipsa de la bibliothèque sans difficulté – Alice et Adam parlait à voix basse d'un sujet visiblement fort intéressant et grave. Joyce était plongée dans la traduction un vieux grimoire alors que Benjy finissait un quatrième parchemin pour McGonagall.

Presque en pilote automatique, Harry se dirigea vers le septième étage et s'arrêta devant la tapisserie de Barnabas le Follet. Un élan de nostalgie le submergea, mais il le refoula aussitôt. Concentre-toi Potter. Que veux-tu ?

J'ai besoin d'un lieu pour m'entraîner avec ma baguette. Il fit trois aller-retours, et la porte apparut. La salle ressemblait fortement à celle de l'AD. Plus petite, plus intimiste. Un mannequin était présent, prêt pour une bataille, une parodie de baguette en main. Harry se posta en face, sortit sa nouvelle baguette. Il ferma les yeux, laissa le calme l'envahir, la magie monter en lui, s'amplifier. Un mouvement sec et un murmure. « Expelliarmus. » La baguette s'élança dans les airs.

« Bien, » souffla Harry. « Passons aux choses sérieuses à présent. »

Deux heures plus tard, Harry s'allongea à même le sol, cala un pouf sous sa tête et il ferma les yeux. Les sensations étaient différentes de celles perçues avec la baguette de Phénix. Différent, mais il pourrait s'habituer au changement : l'un n'était pas moins appréciable que l'autre. Et surtout, surtout, il était tellement plus aisé de diriger sa volonté, de forger sa magie à ses désirs grâce à un catalyseur bien plus efficace. Il venait de réaliser certains sortilèges qui l'auraient complètement épuisé s'il s'agissait de la baguette d'entraînement.

Il ouvrit les yeux, fixa le plafond. La baguette était une bonne chose de faite. Se posait en suspens le problème de McQueen. Il devait la voir le surlendemain, au soir. Et surtout, il allait devoir lui donner une réponse. Harry soupira. Une réponse à quoi ? Sa proposition le laissait perplexe.

Bien, réfléchit Potter. De toute évidence, elle désire quelque chose de toi. Quelque chose que tu peux lui apporter, et en échange, elle serait prête à t'aider aussi.

Certes. Mais elle n'avait pas été claire dans ce qu'elle voulait. Des renseignements, des informations, des actions... mais cela demandait une implication dans un camp. Pas le Ministère, ni les mangemorts, d'après ses dires. Chose difficilement évaluable à cet instant présent.

Et tu n'en sauras pas plus si tu refuses. Ah, oui. Elle avait dit qu'il oublierait alors son identité, leurs rencontres. Harry n'était pas sûr de vouloir cette option. Pas question qu'elle lui trafique la mémoire ! L'option de refuser et de se préparer pour qu'il puisse contrer son attaque lui paraissait séduisante, mais dangereuse. Il ne savait pas de quoi elle était concrètement capable, mais elle avait de toute évidence des moyens – entre les papiers, la rencontre précise au moment où il allait acheter une baguette...

Et la question première : pourquoi était-elle venue vers lui, de prime abord ? Parce qu'il était un étranger ? Les doutes qu'il avait eus sur ce sujet s'ancrèrent. Et si... et si elle avait un lien avec son voyage dans le temps ? Un frisson le parcourut.

Était-il possible qu'elle soit à l'origine de ce voyage, la commanditaire, elle, plutôt que Voldemort ? Mais comment aurait-elle pu ? De son point de vue, n'était-ce pas amener quelqu'un du futur ? Or les théories à ce sujet étaient encore plus improbables... Dans quel but aurait-elle pu ? Voulait-elle le mettre dans sa poche pour connaître les événements futurs et tirer son épingle du jeu ?

Mais après tout, peut-être qu'elle était avec Voldemort.

Oh, bravo, tout ça pour dire que tu ne sais pas de quoi il retourne. Une chose était claire : il ne valait mieux pas que McQueen s'efface de sa mémoire. À partir de là, deux possibilités : ou il se débrouillait pour qu'il contre les actions de McQueen, ou il jouait le jeu le temps d'en savoir plus. Elle ne lui demandait que peu d'engagement, non ? S'il désirait refuser ses demandes, il pouvait le faire. Et, il avait aussi la possibilité de lui retourner les faveurs. Il pouvait très certainement tirer avantage de la situation : ne pourrait-il pas trouver quelque chose à demander à une femme ayant la capacité de fournir des faux-papiers ? Il s'agissait précisément du genre de contact qui lui manquait.

Harry se releva, pensif et partit rejoindre les Poufsouffle dans la Grande Salle. S'il jouait le jeu et acceptait – au moins temporairement – la proposition de McQueen, que pouvait-il lui demander ? De quoi avait-il besoin ? Oh, juste de rentrer à la bonne époque, rien que ça.

Justement.

xXx

Lorsque mardi soir arriva, il était prêt. Armé de la Carte, Harry évita le concierge et les quelques élèves qui sortaient du repas pour rejoindre leurs salles communes respectives. La cape lui manquait terriblement et il se sentait exposé mais au moins, le couvre-feu n'était pas encore passé – il avait donc le droit de déambuler dans les étages, de manière tout à fait innocente.

La sorcière borgne toujours fidèle au poste fit apparaître le passage. Il s'y engouffra, baguette à la main, une lumière diffuse au bout afin de vérifier où il mettait les pieds. Après quelques sueurs froides lorsqu'il déboucha au sous-sol de Honeydukes – Ouf, la boutique était fermée ! - il entra au Trois Balais.

Rosmerta leva un sourcil en le voyant entrer. Il s'installa à une table et lui demanda une bièraubeurre.

« Mais dis-moi, n'es-tu pas censé être à Poudlard, toi ? »

Harry lui lança un sourire. « Je ne vois absolument pas de quoi vous voulez parler. » Sur ce, il lui tendit les pièces de monnaie pour la bièraubeurre ainsi qu'un petit supplément. La femme se contenta de lever les yeux au ciel, mais elle prit l'argent sans un mot.

Sa bièraubeurre entamée depuis une dizaine de minutes, Harry sentit quelqu'un s'asseoir à ses côtés. Il garda le silence, le regard toujours fixé dans le vague, mais tous ses autres sens étaient en éveil, prêt à agir au moindre signe d'hostilité ou de magie.

Les Trois Balais n'était pas bondé, mais il y avait plusieurs clients dispersés à travers la salle, des vieux amis, des solitaires, des couples, des rieurs et des studieux. Rosmerta passa prendre la commande, et ce fut seulement lorsqu'elle repartit après avoir déposé le verre que McQueen prit la parole.

« As-tu réfléchi ? »

Harry acquiesça. Il s'adossa à sa chaise, élargissant son champ de vision pour observer du coin de l'œil la femme. Longs cheveux châtain, tenue de sorcière passe-partout. Elle le fixait du regard, semblant attendre une réponse.

« Eh bien ? »

Harry déglutit, se mordilla l'intérieur des joues, ayant l'impression d'être au bord d'un précipice et d'y tomber joyeusement avec son consentement.

« J'accepte. »

Il tourna enfin la tête. « À partir de là, que se passe-t-il ? »

Un sourire illumina le temps d'un instant le visage de McQueen. Ses traits tirés s'adoucirent, et elle sembla soulagée de sa décision.

« Pour te prouver notre bonne volonté et notre efficacité, nous tâcherons d'effectuer une de tes premières faveurs. Il y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire pour toi ? »

Harry fit la moue. « Nous ? » releva-t-il, plus amusé que fatigué et exaspéré par toutes ses manières. Elle ne releva pas. Il leva les yeux au ciel. Les idées avaient défilé ces dernières heures, mais une seule lui semblait pertinente.

De deux choses l'une : soit McQueen avait le nez complètement fourré dans cette histoire absurde de voyage dans le temps, ou d'illusion, ou quoique ce soit qui ait un rapport avec sa situation particulière, soit elle n'avait rien à voir.

Donc soit elle comprendrait sa démarche, mais ne pourrait rien faire pour l'en empêcher sans se dévoiler elle-même, soit elle ne comprendrait pas – et il lui donnerait certes une piste malgré lui – mais il y avait peu de risque pour qu'elle puisse emboîter les différents éléments si elle n'avait vraiment rien à voir avec ce fichu... cette... Son problème.

« Je veux trouver un certain Gustàv Szabolcs. Savoir s'il est vivant, où il vit et comment entrer en contact avec lui. »

McQueen fronça légèrement les sourcils. « C'est tout ? » Elle sortit un petit calepin de sa robe, ainsi qu'un crayon à papier.

« Ce sera tout pour le moment, oui. »

Elle nota le nom, ainsi que le sien sur un petit bout de page. Elle tourna la page, griffonna quelque chose et arracha la page avant de ranger son calepin. McQueen pouvait être sûrement une bonne comédienne, mais elle n'avait pas l'air de connaître le nom de l'homme, ni d'évoquer quoique ce soit pour elle.

« Très bien. Je t'enverrais une lettre dès que nous aurons les informations qu'il te faut. Le plus rapidement possible, étant donné que j'aimerais que tu commences aussitôt ce que je vais te demander. Ce n'est pas quelque chose que tu pourras régler aussi aisément que ce que tu viens de me demander. De ce fait, à partir du moment où tu as besoin d'autres services, n'hésites pas à nous en faire part par hibou. Voici une adresse, » – elle lui tendit la petite feuille qu'elle venait d'arracher.

Elle but plusieurs gorgées pour se désaltérer. Une trace de rouge à lèvre discret resta sur le verre. La porte s'ouvrit, laissant entrer un courant d'air froid et des voix familières aux oreilles de Harry. Il releva la tête et sentit ses poils se hérisser.

« Roro ! Douce Rosmerta ! » s'exclama un Sirius Black au mieux de sa forme, se dirigeant d'un pas conquérant vers le bar.

« Le but n'était-il pas d'être discret ou j'ai manqué une étape ? » souffla Pettigrow.

« Le jour où Sirius Black connaîtra le sens de ce mot n'est pas encore arrivé, » marmonna Remus en réponse.

Sirius, penché vers Rosmerta, lui fit les yeux doux. Le dernier arrivant, quant à lui, remarqua la présence de Harry. James leva les sourcils et s'approcha de leur table.

« Curson ? » Il se passa la main dans les cheveux, l'air embêté. « Qu'est-ce que tu... ? Comment ? Enfin... »

L'éloquence de son père semblant égaler la sienne, Harry se contenta de grimacer. Aucun d'eux n'avaient le droit d'être ici, il était donc dans l'intérêt de chacune des parties de garder cette excursion pour lui.

« James, vieux frère ! » fit un Sirius qui semblait légèrement éméché, « J'ai besoin de ton aide précieuse – oh ! »

Il venait de remarquer Harry à son tour. Pour une raison connue de lui seul, cet état de fait lui sembla comique et il se mit à glousser. Remus et Peter se contentèrent de lever les yeux au ciel. Peter vint rejoindre Sirius et sortit quelques pièces de monnaie pour Rosmerta, James se décidant à faire de même. Remus resta en retrait, observant toujours Harry.

Il y eut quelques gloussements, des tintements de bouteilles et des chuchotements fort peu discrets du côté des autres, mais Harry ne quitta pas Remus du regard. Les yeux ambrés n'étaient pas inquisiteurs mais plutôt songeurs, interrogateurs. Ce fut suffisant pour que Harry se sente mal à l'aise.

Remus ne pouvait pas savoir. C'était absurde, il ne l'avait quasiment jamais approché, Harry avait tout fait pour garder une distance respectable avec les quatre garçons. Alors pourquoi Remus semblait si perplexe devant lui ?

Je ne suis rien, juste un élève normal de Poufsouffle. Arrête de me regarder comme ça.

Les trois autres eurent tôt fait d'obtenir ce qu'ils désiraient – à savoir une quantité non négligeable d'alcool, de toute évidence, truandant Rosmerta à coup d'argent et surtout de bagou et de charme.

« Allez, en avant Lunard ! » s'égosilla Sirius en prenant Remus par le bras, le traînant vers la sortie. Les joues du loup-garou prirent une teinte rosée, mais il ne pipa mot. La petite bande s'éclipsa dans un grand fatras. Le silence s'abattit sur le bar dès que la porte se referma.

« Ah, je vous jure, ces jeunes ! » fit Rosmerta, amusée. Aussitôt, les conversations reprirent leurs cours.

« Donc, il me semble que tu as tapé dans l'œil d'Estelle Reilly, non ? »

Harry eut l'impression d'avoir manqué une marche. Il se tourna vers McQueen, rejouant leur conversation précédente dans la tête. « Hein ? » Mais... quel était le rapport ?

« Simple constatation. Cela pourrait nous être utile. J'aimerais que tu te rapproches de Miss Reilly, et de manière habile, réussir à l'espionner. Je veux savoir ses projets pour l'avenir, ce qu'elle pense des événements politiques actuels, si elle traficote quelque chose avec des personnes qui semblent partager des allégeances particulières, et tout ce qui pourrait se rapporter à cela. »

Il but une gorgée le temps d'intégrer ce qu'elle venait de dire.

« Je ne suis pas très doué pour jouer la comédie. »

« Tant qu'elle y croit, c'est l'important. » Elle sembla se souvenir de quelque chose car son visage s'illumina. Elle fronça ensuite les sourcils, et farfouilla dans ses poches.

« Ah ! » s'exclama-t-elle. « J'ai trouvé... Voilà un petit coup de pouce. » Elle agita une petite fiole rosée devant son nez. « Ce n'est pas un filtre d'amour, mais son mode d'action est similaire. Quelques gouttes de cette potion, mélangée avec un morceau d'essence d'un individu, donnera à la personne quelques élan d'affection et de bienveillance à l'encontre de ledit individu. »

Harry cilla. « Un morceau d'essence ? Des élans d'affection et de bienveillance ? »

« Tout ce qui appartient à la personne, qui est imprégné de lui, de sa magie. Un cheveu, un poil, de la salive, et autres. L'effet s'arrête dans la durée, ces sentiments d'affection viennent petit à petit et repartent aussi subtilement, ce qui fait qu'il est presque impossible de détecter ce dérivé. Beaucoup plus intelligent mais moins efficace qu'un filtre d'amour. Cela pourrait être néanmoins le petit truc qui t'aidera à lui soutirer des confidences. »

Harry resta silencieux. Il savait qu'il éviterait à tout prix d'arriver à de telles extrémités. C'était tellement... sournois... Serpentard... Il préféra ne pas discuter. Après tout, ce qui importait était le résultat, non ? Peut-être qu'il n'aurait pas à agir d'une telle manière. Il prit le petit flacon et le rangea dans ses poches.

« Et pourquoi elle ? Parce qu'elle est venue vers moi ? Parce qu'il y a certainement bien d'autres élèves au sein de Poudlard dont les allégeances sont quelques peu douteuses, » ne put s'empêcher de lui faire remarquer Harry.

« Tutututut – Pas de question. T'ai-je demandé pourquoi tu voulais des informations sur ton homme ? Non. »

Elle planta ses yeux dans les siens. « Je suis sûre que tu apprécies ma discrétion. En tout cas, sois bien sûr que moi, j'apprécierai ta discrétion. »

xXx

Un petit papier volant atterrit doucement sur ses parchemins. Le cœur battant, Harry leva la tête : McGonagall avait le dos tourné à ce moment, et elle n'avait rien vu. Merci. Le cours de Métamorphose n'était pas vraiment le genre de cours où l'on pouvait se permettre d'envoyer des petits mots à travers la classe. Il le prit vivement, et le déplia sous sa table.

« Pourrait-on se voir après le cours, si cela te va ? Remus Lupin »

Il froissa le morceau de papier dans son poing, pendant qu'il essayait de réguler sa respiration. Cela devait être à propos de la veille, aux Trois Balais. Rien que ça. Pas de quoi s'affoler. Mais en l'espace d'un instant, Harry ne put s'empêcher d'imaginer le pire. Il bloqua ses pensées, afin de tourner son regard vers le petit groupe des Maraudeurs.

Son regard s'ancra dans celui ambré de Remus, et la bouche sèche, Harry lui fit un léger petit signe de tête en guise d'acquiescement. Le Gryffondor lui répondit de même. Harry revint au cours de McGonagall, mais sa concentration fut mise à dure épreuve. Les scénarios possibles et imaginables ne pouvaient s'empêcher de défiler dans son esprit. Les minutes semblèrent filer à toute vitesse, et la confrontation arriva bien plus vite que ne l'aurait souhaité Harry.

Les élèves sortirent prestement de la salle de cours, de même que les Maraudeurs. Harry ajusta la lanière de son sac sur son épaule, s'exhortant au calme et à afficher un visage dénué de toute expression – évidemment, l'application était bien plus ardue.

Remus était adossé aux pierres, le couloir résonnant encore du brouhaha des étudiants.

« Remus ? Tu ne viens pas ? » vint la voix de Pettigrow.

« Non, je veux toucher un mot à Curson. »

James et Sirius, alors qu'ils étaient en train de se chamailler plus loin, se retournèrent, leur curiosité visiblement piquée. Harry s'approcha de Remus, telle une victime montant à l'échafaud.

« Tu voulais ? » demanda-t-il poliment.

« Parler un peu, mais j'aimerais attendre que le couloir soit dénué de toute oreille intrusive. »

Les trois autres garçons firent demi-tour, se dirigeant vers eux. Harry leur jeta un coup d'œil, et se reporta vers Remus, sourcils levés.

« Ils ne sont pas considérés comme des oreilles intrusives, » ajouta paisiblement Remus. « En revanche, elle, oui. » Suivant son regard, Harry regarda par-dessus son épaule. McGonagall, livres et parchemins dans les bras, sortait de sa salle de cours. Elle referma la porte et s'aperçut ensuite de leur présence. Elle fronça brièvement les sourcils en les examinant.

« Ayez du bon sens, Messieurs, évitez de flâner suspicieusement dans les couloirs. » Sur ce, elle s'éloigna.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » interrogea quelqu'un à côté de Harry. Ce dernier sursauta, et se retrouva nez à nez avec son père. Il déglutit faiblement et préféra regarder Remus. Moins délicat. Le loup-garou, justement, semblait prêter une attention soutenue à ses réactions. Ses yeux glissèrent de James à Harry et de Harry à James. Les entrailles de Harry se glacèrent.

« En fait, je voulais simplement parler de hier soir. Nous nous sommes malencontreusement croisés dans la soirée, il me semble, et je voulais m'assurer que nous sommes bien sur la même longueur d'onde. »

Harry leva les sourcils, cachant le soulagement notable qui s'abattit sur ses épaules.

« Comment ça ? »

« Il est, à priori, interdit d'aller à Pré-au-Lard en dehors des week-ends prévus à cet effet. Je ne parle même pas de ramener de l'alcool au sein de Poudlard... De ce fait, je préférais que nos deux parties soient d'accord pour ne piper mot de ce que nous avons vus. »

« Bien sûr, » répondit Harry, avec un sourire. « Cela me semblait parfaitement évident. »

« Mais à ce propos, » intervient Sirius en s'immisçant dans la conversation, « si je me souviens à peu près, tu étais avec une femme, non ? Et, pardonne moi ma curiosité, comment es-tu allé à Pré-au-Lard ? »

Remus fronça les sourcils. « Cela ne te regarde pas, Sirius. Me voilà même surpris qu'au vu des quantités d'alcool que tu avais dans le sang que tu te souviennes de ce genre de détail. »

Harry sourit. « Ce n'est rien. C'était juste une connaissance. » Il se garda bien de répondre sur le passage secret.

« Hm... En tout cas, merci pour ta discrétion, » conclut Remus.

« Et merci pour la vôtre. » Gêné, il ne s'attarda pas, sentant le regard des Maraudeurs dans son dos alors qu'il s'éloignait dans le couloir.

Harry navigua les jours suivant dans un état plutôt cotonneux. Anesthésié de tout, son cerveau et ses émotions s'étaient enfin mis au repos. Il écoutait passivement les cours et les conversations des Poufsouffle, et l'impression d'être en dehors de son propre corps se faisait plus sentir que jamais. Mais finalement, un hibou permit à la machine de se remettre à nouveau en branle.

Il poussa légèrement ledit hibou qui menaçait de mettre une patte dans sa tasse de café, et d'un mouvement souple, il détacha le parchemin soigneusement accroché.

Curson,

Ton homme semble appartenir au type paranoïaque. Cela fait une dizaine d'années qu'il s'est retiré dans la forêt magique de Cheshire. De ce fait, il est impossible d'entrer en communication avec lui, à moins de ne s'y rendre soi-même.

Curson, je ne devrais pas te donner d'avis personnel, mais réfléchis soigneusement à tes motivations. Cette forêt est dite impénétrable, la légende affirme qu'elle provoque de fortes hallucinations et que personne ne peut en sortir sans y perdre l'esprit. Renseigne-toi sur cette forêt, et vois si une éventuelle rencontre avec cet homme vaut le coup. Il me semble préférable de laisser tomber, d'autant plus que je ne peux te garantir que ton homme soit encore en vie. Cela fait dix ans après tout qu'il est censé être là-bas. Je suis sûre que tu déduiras que cette entreprise est vouée à l'échec.

J'espère que tout se déroule bien avec E.R. Dans l'espoir que ces nouvelles t'encouragent et te montrent ma bonne foi, n'hésite pas à me solliciter si cela s'avère nécessaire.

CMQ

Il plia le parchemin, prestement et le plaça dans une poche. Imperturbable, il termina son café, s'astreignant de garder un visage lisse et surtout, surtout, de ne pas partir en courant vers la bibliothèque. Voilà qu'il se mettait à avoir des pulsions similaires à Hermione.

Repenser, même brièvement, à son amie lui diffusa une légère douleur au niveau de la poitrine. Ce n'était pas non plus le moment de s'apitoyer sur lui-même et de se complaire dans les souvenirs. Ainsi, Harry se força à écouter les nouvelles âneries qui sortaient de la bouche d'Adam et il s'embarqua avec Joyce pour tenter de suivre les élucubrations du jeune homme. Un sourire factice se forma sur ses lèvres, et une partie de son cerveau continua à tourner.

Quelques heures plus tard, il put franchir les portes de la bibliothèque. Il salua d'un signe de tête quelques Poufsouffle et Serdaigle, tourna à l'angle, se dirigea promptement vers la section d'histoire. Là-dessus, avec une certaine habitude, ses yeux glissèrent sur les titres, cherchant les mots clés adéquats. Ses doigts tapotèrent machinalement les étagères en bois, bousculant quelques moutons de poussière qui reposaient là. Puis il s'arrêta à un livre. Lieux magiques et légendes. Parfait. Il poursuivit ses recherches durant un temps, pour inscrire finalement les trois ou quatre livres qu'il souhaitait consulter. Après tout, il se fichait bien que Dumbledore sache cela. Il ne pourrait pas en déduire quelque chose de très constructif, et cela lui faisait gagner du temps sur la nuit.

Les livres dans les bras, Harry s'installa à ce qui allait devenir sa table fétiche : enfoncée dans un recoin, au calme de tout passage, une fenêtre à côté donnant une superbe vue sur le parc. Il commença à feuilleter le premier livre. De l'Atlantide à Stonehenge, en passant par Brocéliande, ces lieux regroupés sous la nomination de « Hauts Lieux Magiques » avaient pour caractéristique de réunir différents nœuds importants de magie, et ce, de manière encore inexpliquée malgré les nombreuses recherches à ce sujet. Une accumulation de magie si intense que même des moldus avec une sensibilité importante pouvaient la ressentir.

Harry referma prestement ses livres et partit à la recherche de nouveaux, plus pertinents, et parlant un peu moins du folklore associé à ces lieux si connus. D'autant plus que la fameuse forêt qui l'intéressait n'était qu'à peine citée dans le meilleur des cas. Il trouva son bonheur dans Hauts Lieux : caractéristiques et Précis des HLM et se plongea dans leur lecture.

« Tu n'étais pas en métamorphose, » fit une voix qui le ramena à la bibliothèque. Harry fronça les sourcils, posa son livre et leva le nez. Des beaux yeux verts encadrés d'une chevelure rousse le fixaient. Il déglutit, sentit son estomac faire des bonds comme à chaque fois qu'il l'apercevait, puis l'information lui monta au cerveau.

« Quoi ? »

Il cligna des yeux, se jeta sur sa montre et regarda l'heure effaré. Non ! Harry releva la tête, paniqué. « J'ai loupé la métamorphose ! » L'idée s'empara de lui. Oh, Merlin, McGonagall allait le fusiller sur place. Légèrement désorienté, il ne s'était pas rendu compte du temps qui passait. Il l'expliqua en bredouillant à sa mère qu'il n'avait pas fait exprès.

« À voir ta tête, je n'en doute pas. Il te suffira de t'excuser auprès du professeur McGonagall, et puis c'est tout. Nous n'avons fait que retravailler sur le dernier chapitre. Je peux m'asseoir ? Je venais ici pour m'avancer dans les devoirs... »

« Bien sûr, bien sûr ! » s'empressa de dire Harry. Il la regarda poser ses affaires, et une douce chaleur se répandit dans sa poitrine. Il se morigéna pour son sentimentalisme et cette faiblesse évidente, mais toutes ses convictions comme quoi il était préférable de ne pas s'approcher de ses parents s'effaçaient aussitôt qu'ils s'approchaient de lui. En même temps, il se sentait si gauche en leur présence...

« Tout va bien ? » s'inquiéta Lily.

« Oui, oui, pas de soucis. Je me demandais plutôt comment, toi tu allais. Avec l'histoire de Rosie Barantyn... »

Lily se mordit la lèvre inférieure. Elle esquissa un léger sourire qui n'atteignit pas ses yeux.

« C'est... difficile. Ce n'était pas une amie très proche, mais... Disons que mes nuits ne sont pas des plus reposantes en ce moment. On se soutient tous entre nous. Bizarrement, Potter a eu des accès de maturité. »

Harry lui rendit son faible sourire.

« J'imagine qu'être confronté de manière aussi radicale avec ce qui se passe à l'extérieur de Poudlard peut amener à remettre les idées en place, » murmura-t-il.

Lily acquiesça. « Oui, c'est exactement ça. » Il y eut un silence. « Je crois qu'aucun de nous ne réalisait vraiment que c'est une guerre qui se passe dehors. Cela dépasse de loin l'animosité entre Serpentard et Gryffondor. »

Elle passa une main dans les cheveux et soupira.

« Je crois que... Je crois que je crains l'après Poudlard. »

Harry ferma les yeux. Le temps sembla être suspendu après cet aveu.

« C'est une réaction normale. On en est tous là. Et c'est déjà courageux de se l'avouer. J'ai l'impression que les Poufsouffle ont plus tendance à fermer encore les yeux. Il est tellement plus simple de faire comme si cela ne pouvait pas vraiment nous atteindre, comme s'il s'agissait de quelque chose d'abominable qui ne peut que arriver aux autres, de ne pas se sentir concerné. »

Un moment de compréhension mutuelle les traversa et ils restèrent un moment silencieux, à se regarder et se réconforter de savoir leurs craintes partagées. Finalement, Lily rompit le contact, visiblement troublée, et elle se pencha sur ses parchemins.

Harry retourna à ses livres, se forçant à emprisonner dans un coin ses sentiments pour faire une synthèse de ce qu'il avait appris ces dernières heures sur les Hauts Lieux Magiques.

De nombreuses théories essayaient d'expliquer les raisons de cette accumulation magique, mais ce n'était pas l'important. Ce qui était important, c'est que ces lieux étaient incartables, l'énergie magique abondante rendait toute localisation impossible, même par des hiboux. Il était possible pour certains d'y puiser la magie et de s'en servir de réserve, afin de procéder à des rituels notamment. En revanche, les propriétés magiques de chaque lieu était unique, et à des doses diverses.

En ce qui concernait la forêt de Cheshire, il y avait peu d'écrits à son propos. Il était dit que la magie qui s'y amassait interagissait avec l'individu jusqu'à lui provoquer des troubles psychiques, notamment des hallucinations auditives et visuelles et des troubles de l'orientation spatio-temporelle, ce qui rendait toute sortie ardue. Les individus qui, par chance insolente, réussissaient à s'en sortir se retrouvait généralement avec des séquelles. Il semblerait aussi que cette magie environnante donne une impression de malaise persistante, quelque peu délétère, et qu'elle ait tendance à repousser les moldus, ignorant même qu'il puisse se trouver une forêt à cet endroit.

Rien de très enthousiasmant en soi, et si Harry s'en remettait à ses premières lectures, il semblait effectivement hautement improbable qu'un sorcier ait pu survivre dans cette forêt durant plus de dix ans. Autrement dit, Szabolcs serait bel et bien mort. Ajouté au fait qu'il n'avait lui-même que peu de chance d'en réchapper s'il s'aventurait là-dedans...

Mais Harry était têtu.

Il était bien dit que la plupart des sorciers qui ressortait avaient des séquelles. Cela voulait dire qu'il y en avait qui avaient réussi à s'en sortir, et Harry était déterminé à comprendre. C'était, après tout, sa seule piste en ce qui concernait les voyages dans le temps.

Et, il devait non seulement trouver un moyen de rester sain d'esprit dans cette forêt, mais il devait également travailler sur ce qu'il dirait et demanderait au Hongrois dans l'hypothèse où il réussirait à le trouver. Pour cela, il allait devoir se pencher un peu plus sur ces horribles bouquins remplis de théories et d'arithmancie qui tentaient d'expliquer le processus magique à l'œuvre lors d'un retour dans le temps. De belles nuits en perspectives.

Alors qu'il sortait de la bibliothèque, Harry entendit au détour d'un couloir un « Salut Stephen ! » venir de son dos.

Il se retourna et répondit au sourire chaleureux de la jeune fille. Les paroles de McQueen lui revinrent en tête. Aussitôt, avant que la fille ne s'en aille, Harry s'exclama :

« Oh, au fait, Estelle ! »

« Oui ? »

Harry cligna des yeux et sentit une chape de plomb lui bloquer l'œsophage.

« Hum... »

Bon sang, il n'était même pas capable de faire un pas vers elle. Il eut subitement l'impression de se retrouver en quatrième année, avec le devoir absolu de trouver une cavalière pour le bal de Noël et l'impossibilité de demander quoique ce soit de ce genre là à une fille. Il se racla la gorge. Qu'est-ce qu'il pouvait dire ? Ah, tiens, subitement j'aimerais bien sortir avec toi, cela te convient-il ? Ou encore, voudrais-tu aller faire un tour à Pré-au-Lard avec moi, même si je sais que c'est interdit ? Sérieusement.

« Hum... »

Estelle restait plantée là, devant lui, les sourcils levés, un air interrogateur sur le visage. Elle rajusta son sac sur ses épaules et l'encouragea d'un signe de tête. Il resta les bras ballant. Le silence s'éternisa.

« Écoute Stephen, j'ai cours dans quelques minutes. Pourquoi ne pas se retrouver ce soir pour en parler plus calmement, si tu veux ? »

Soulagé, Harry acquiesça. « Oui, oui, ça serait parfait. »

Un sourire éclatant lui répondit. « Génial. Après le repas, à côté du lac ? »

Harry confirma et la Serdaigle s'éloigna. Il soupira et s'essuya les mains moites sur sa robe. Il n'était définitivement pas fait pour ce genre de choses. Cela allait être un calvaire. Il maudit McQueen mentalement puis poursuivit son chemin. Il avait des excuses à faire à McGonagall à présent.

« Tu n'étais pas en métamorphose cet après-midi, » remarqua Benjy au repas du soir.

Harry grimaça. « Je sais. Je suis déjà allé m'excuser auprès de McGonagall. Elle ne m'a pas fait la morale, tant que cela ne se reproduisait pas. »

« Et qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda Joyce en se servant des haricots verts. Il haussa les épaules. « J'ai oublié. »

Les Poufsouffle échangèrent un regard perplexe. « Tu as oublié quoi ? Pourquoi tu n'es pas venu ? » interrogea Alice, manifestement confuse.

« Non, j'ai oublié le cours, » explicita Harry, un peu gêné.

Adam se mit à rire. « Sérieusement ? Tu as oublié ? C'est ce que tu as dit à la vieille McGo ? »

« Hum..., je lui ai plutôt présenté la chose comme 'J'ai été trop pris par mes devoirs à la bibliothèque pour voir le temps passer'. Ce qui est vrai donc... Elle m'a conseillé d'acheter une montre. »

Le rire d'Adam se propagea jusqu'à l'ensemble de ses camarades et le repas se poursuivit dans la bonne humeur. Cela semblait être de plus en plus facile de se couler dans ce rôle de Poufsouffle sans prise de tête, d'apprécier ses moments où, l'espace d'un instant, il laissait ses soucis au placard pour jouer pleinement son rôle.

Le stress sous-jacent qui l'habitait depuis qu'il savait qu'il avait un pseudo rendez-vous avec Estelle s'envola. Ce ne serait pas lui qui se ridiculiserait, ce serait Stephen Curson. Il suffisait simplement de jouer un rôle.

C'est dans cet état d'esprit que Harry s'installa au bord du lac, dans l'herbe fraîche, alors que la nuit commençait à noircir le ciel. Les lourds nuages de la journée étaient toujours présents et ils s'accumulaient de plus en plus Cela prévoyait une bonne pluie de novembre pour les jours à venir.

Estelle arriva quelques minutes plus tard et s'installa à ses côtés.

« Alors, tu voulais me voir ? »

Harry lui fit un sourire factice, et haussa les épaules.

« En fait, je m'étais rendu compte qu'on se voyait un peu moins ces derniers temps. J'ai été pas mal pris par le temps, les cours et toute l'histoire de Halloween, tu sais. Ce serait bête de se perdre de vue. »

Et la conversation fut lancée, ils purent discuter. C'est le froid qui les ramena à la réalité. Le couvre-feu devait être dépassé depuis un moment déjà lorsqu'Estelle frissonna. Tentant d'être galant, il se débarrassa de sa veste pour la poser sur ses épaules. Elle plaisanta en disant que ce n'était pas la peine, il insista, et ils se retrouvèrent nez à nez. Ils s'arrêtèrent subitement de ricaner.

Paralysé, Harry ne put s'empêcher de se torturer dans sa tête. Il n'avait pas franchement envie, mais il savait qu'il fallait le faire, et c'était le bon moment. Mais il avait peur aussi. Oh, Potter, peur de quoi ? Elle ne va pas te manger. Oui, mais il n'arrivait même plus à respirer, comment pouvait-il oser amorcer le mouvement ? Tu n'as pas le choix, ça doit être fait, alors fais-le, au nom de Merlin !

Harry rassembla les quelques miettes de courage qu'il put trouver et prit une inspiration. Il glissa sa main derrière la nuque d'Estelle, sentit ses longs cheveux noirs caresser ses doigts et d'une légère pression, il fit basculer sa tête vers lui. Il se pencha lentement, ferma les yeux, et l'embrassa.

Plus tard, alors qu'il s'allongeait dans son lit, Harry soupira de soulagement. Il pouvait être plutôt satisfait de lui : il avait fait ce qu'il fallait. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher d'être quelque peu perplexe. À dix-sept ans, il devrait, comme n'importe quel adolescent bourré d'hormones, apprécier le fait d'avoir une jolie jeune fille... disons, sous la main. Se rappelant les descriptions de filles de Ron, ou l'enthousiasme d'Adam, ou les allusions d'Alice et Nadège, il était apparemment étrange que... Harry se rendit compte pour la première fois qu'il n'en avait même pas envie.

Pourtant, il y avait eu Cho... Mauvais exemple, Potter. Ginny ? Il n'était pas sorti avec, mais il avait eu l'impression de développer quelques sentiments à son égard l'année dernière. Et puis la guerre avait tout englouti, et cela lui semblait être à des années-lumière à présent.

Il avait bien aimé Cho parce qu'elle était une attrapeuse, jolie, calme, et qu'un sourire de sa part le rendait bêtement heureux. Ginny, c'était son caractère un peu garçon manqué qui l'avait attiré, à ne pas se laisser marcher sur les pieds, fonceuse et malicieuse. Mais voilà, il n'avait jamais pris de plaisir en pensant à elles, ou en tout cas, avoir eu envie d'elles. Un léger doute s'infiltra en lui. Est-ce que quelque chose clochait avec lui ?

Il se retourna sur le ventre et programma son réveil quatre heures plus tard. C'est juste que tu n'as jamais eu le temps de penser à ça, ni même de t'en préoccuper. C'est tout. Qu'est-ce que tu vas aller chercher, Potter ?

Il reverrait Estelle et advienne que pourra. En attendant, il devait dormir, parce qu'il avait rendez-vous avec la bibliothèque et ses recherches vers quatre heures du matin.

xXx

C'est ainsi que les jours suivants passèrent. Harry passa l'essentiel de son temps à faire des recherches. Il se mit à investir la bibliothèque durant la journée pour tout ce qui concernait la forêt et les troubles psychiques associés. Commença également son étude de l'arithmancie. Étant donné qu'il ne partait de rien et qu'il s'agissait d'une branche de la magie complexe, il réussit à se prendre la tête dès les premiers chapitres pour les troisièmes années qui prenaient cette option. De plus, une rapide comparaison entre les équations magiques pour débutants et celles utilisées dans les quelques théories de la magie temporelle lui permit se rendre compte du fossé énorme qui les séparaient.

Ce genre de constatation le découragea durant quelques jours : même en travaillant d'arrache-pied jusqu'aux vacances de Noël, il ne parviendrait jamais à un niveau suffisant pour comprendre et poser des questions pertinentes au Hongrois. Heureusement, il trouva à ce moment là un livre, non pas d'arithmancie, mais qui recoupait des témoignages d'individus sortis de la forêt de Cheshire, commentés de manière fort intéressante.

Certes, il fallait bien avouer que certains témoignages étaient au mieux nébuleux, au pire complètement abscons, mais d'autres attirèrent son attention. En dépit des apparences, quelques individus n'avaient pas vraiment sombré dans la folie : ils avaient repris leur vie normalement et seule l'évocation de la forêt les rendait confus. On pouvait noter une légère redondance dans les paroles de ces individus : ils étaient plusieurs à dire qu'ils avaient reçu l'aide de l'écosystème ou de la magie intrinsèque, mais Harry ne comprenait pas ce que cela pouvait signifier.

Ses nuits étaient toujours consacrées à la bibliothèque, mais étant donné qu'il avait l'impression de tourner en rond et qu'il avait au moins feuilleté tout livre se rapportant à la magie temporelle et les théories farfelues qui y étaient associées, Harry préféra se consacrer aux recherches « diurnes ». Cela signifiait bien évidemment qu'il montrait allègrement à Dumbledore les sujets qu'il étudiait, mais après tout, il lui serait bien difficile de comprendre pourquoi Stephen Curson passait son temps à étudier l'arithmancie et tout ce qui se rapporte à la forêt de Cheshire.

Quoi qu'il en soit, son travail scolaire passa une fois de plus derrière ses priorités et une fois de plus, Harry eut l'impression de vivre, manger, dormir et respirer ses multiples sujets de recherches.

Malgré cette frénésie, Harry put revoir Estelle deux autres soirs. Ceux-ci s'étaient déroulés d'une manière similaire au premier « rendez-vous », ponctué de discussions, de plaisanteries et de baisers. Une belle pluie de novembre les obligea néanmoins à se réfugier à l'intérieur, et en bravant légèrement le couvre-feu, ils se retrouvèrent à courir pour échapper à Rusard. Une victoire pour tous les deux qui les lia dans une complicité qu'ils n'avaient pas avant.

Cette parodie de relation restait tout de même superficielle aux yeux de Harry, qui se demandait comment il allait bien pouvoir tirer son épingle du jeu. En effet, au fil des discussions, il avait été obligé de revoir quelque peu l'opinion qu'il avait pu avoir de la jeune fille. Elle se montrait comme une fille simple d'accès, avec un côté « glousseuse » qui faisait lui penser à Parvati ou Lavande, mais il avait révisé son opinion.

Plus il la côtoyait, plus Harry avait l'impression que c'était un comportement qu'elle affichait pour mieux se cacher. Il avait beau essayer de découvrir ses convictions politiques, elle s'y dérobait avec une habileté qui laissait Harry pantois. Il découvrit qu'elle maniait les mots d'une manière très intelligente quand elle le voulait. Une étrange danse s'établit ainsi entre eux, chacun essayant de dévoiler l'autre tout en maintenant ses positions.

C'était quelque peu troublant pour Harry. Pourquoi ne lui disait-elle rien ? Elle pourrait après tout mentir facilement, mais elle le laissait volontairement dans le flou. De même, il n'osait prendre parti de peur de la braquer. Au final, elle était bien plus maline que ce qu'elle laissait entrevoir de prime abord. À défaut d'apprécier leurs moments intimes, Harry sentit que sa curiosité naturelle était, elle au moins, stimulée.

Au final, un seul élément troubla sérieusement son studieux programme. À présent qu'il passait tout son temps libre à la bibliothèque, il prenait ses habitudes. À savoir, il s'installait toujours à cette table à l'écart, bien cachée au calme entre deux sections. Cependant, il ne s'attendait pas à ce que quelqu'un prenne également cette habitude. Elle vint une deuxième fois s'installer avec lui, puis une troisième et même une quatrième fois.

Harry pouvait simplement changer de table, ou faire en sorte de l'éviter, d'une manière ou d'une autre. C'était ce qu'il faudrait faire. C'était la ligne de conduite qu'il s'était promis de suivre en venant à Poudlard. Mais voilà, c'était elle, elle, qui venait s'asseoir à cette table, lorsqu'il était déjà installé lui.

Il se sentait comme ces petits enfants qui ramenaient des animaux à la maison, regardant leurs parents avec toute l'innocence du monde : « Mais, Maman, c'est le petit chat qui m'a suivi, je n'y suis pour rien. Alors, on peut le garder ? »

Il était le papillon attiré par la flamme. Et indubitablement, il jouait avec le feu.

En plus, il avait des difficultés énormes à se concentrer sur ses livres lorsqu'elle était là, juste en face de lui et qu'il lui suffisait de relever à peine les yeux pour l'observer.

Jusque là, après tout, il n'avait pas eu trop de mal à se tenir éloigné d'eux. Les maisons étaient déjà un obstacle en soi. Ajouté au fait que Harry n'était pas d'une sociabilité exacerbée, il n'avait pas encore été confronté à ce genre de difficulté.

Mais voilà, on y était. C'était peut-être le réel test de toute cette mascarade, et Harry venait juste de le rater de plein fouet. Harry maudit une centaine de fois Voldemort, sa malchance, et lui-même, et continua à s'installer à cette table. Il n'arrivait pas à faire autrement.

Ainsi, Lily Evans en vint à prendre l'habitude de s'asseoir en face de lui à la bibliothèque, ignorant sans doute la crise de conscience qu'elle provoquait à son voisin.

Si encore ils se contentaient de s'ignorer en silence... Mais, à l'image de la première fois, Lily lui parlait. Ils chuchotaient durant de longues minutes, jusqu'à ce que Madame Pince vienne sèchement leur rafraîchir la mémoire : « C'est une bibliothèque ici ! Sortez si vous voulez parler ! »

Pire, les conversations avec elle étaient tellement faciles. Ils semblaient se comprendre en quelques phrases, et si Lily était plus rigoureuse, ils avaient une réflexion similaire. Cela se fit très rapidement, de manière fusionnelle, avant même que Harry ne se rende compte dans quoi il s'embarquait. Mais, une semaine plus tard, Harry se sentait comme drogué, s'abreuvant avec délice de sa présence et attendait avec impatience de parler avec elle des cours, des profs, du temps, des moldus, de la politique, de la société, de la musique moldue, et même de cuisine. Et des Maraudeurs.

« Je ne sais plus comment agir avec Potter, » lui avoua-t-elle un mercredi après-midi particulièrement pluvieux. Harry reporta un instant son regard par la fenêtre, à observer le ruissellement de la pluie contre la vitre, larmes amères qui l'amenaient à conseiller sa mère sur sa relation avec son père.

Il avait beau chercher, il ne voyait que son reflet désespéré. Cette situation était tellement inextricable. Qu'importe sa réponse, n'allait-elle pas influencer sa mère d'une façon ou d'une autre, qui n'était pas censée se dérouler ?

Lily prit son silence pour une invitation à poursuivre.

« Cela se voit qu'il a mûrit. Il a fait preuve d'un tact dont je ne l'aurais jamais cru capable lorsque Rosie... Enfin, je veux dire qu'il m'a soutenu sans jouer son rôle de, de, d'abruti habituel. Et même si les relations entre Rémus et Black sont redevenues normales, lorsqu'ils semblaient en froid, Potter avait un positionnement délicat qu'il a pourtant bien géré. »

Elle fit une pause, se passa la main dans les cheveux et suivit le regard de Harry vers la vitre.

« Je l'ai observé ces derniers temps. Et ce que j'ai pu apercevoir me plaît. »

Ses joues se mirent à rosir.

« Je crois qu'au fond, c'est quelqu'un de bien, qui a des valeurs bien plus fortes que ce que l'on pourrait croire. J'ai l'impression qu'il a enfin pris conscience du monde qui l'entourait, qu'il n'est plus ce gamin immature qui était convaincu que le monde tournait autour de son nombril et de celui de sa bande de copains. Mais, alors que j'en viens à faire ce genre de constatations, il arrive à me détromper aussitôt en un instant, me faisant douter. »

Harry détacha son regard de la pluie et le plongea dans celui de Lily.

« Qu'est-ce qui te fait douter ? »

« Je l'ai surpris sortir une fois de plus en pleine nuit. Et pas plus tard que hier, il s'en est pris à Severus Snape, avec Black. Une fois de plus. Je pensais qu'ils s'étaient calmés tous les deux, mais je l'ai vu. Ils l'ont acculés et... Oh, vraiment, je sais que Sev... Snape a ses torts, mais ils ne lui laissé aucune chance et ils ont vraiment été... immondes. »

Elle cracha ce dernier mot et l'espace d'un instant, Harry revit cet air de dégoût qu'elle avait eu dans le souvenir de Snape, après leur Buses.

Aussitôt, sa conversation avec Sirius et Remus après cet épisode lui revint.

Oh, Snape, c'était un cas particulier. Lui-même n'a jamais perdu une occasion de lancer des sorts à James et donc on ne pouvait pas s'attendre à ce que James reste sans réactions non ?

Lily n'en savait pas grand chose pour te dire la vérité. James n'emmenait pas Snape quand il sortait avec elle et il ne lui jetait pas de maléfices en sa présence.

« Je n'ai rien fait cette fois. Ils ne m'ont pas vu. J'ai reculé, choquée, et je suis partie en courant. Je ne sais plus quoi penser. »

Elle avait l'air accablée. Harry déglutit. Il savait qu'il n'aurait jamais dû continuer à s'asseoir à cette table.

« Les sentiments, les émotions, c'est toujours quelque chose de difficile à gérer, » murmura Harry. « Je ne connaît pas la nature de la relation entre Potter et ce Snape, mais c'est sûrement quelque chose de délicat à appréhender lorsque l'on n'est pas concerné. Et tu le dis toi-même... N'apprécies-tu pas ses fortes convictions ? »

« Mais pas celles-là ! » s'exclama Lily un peu trop fort. Un « Chut ! » de Madame Pince retentit au loin. Lily se tassa aussitôt sur sa chaise. « Pas celles-là, » reprit-elle en chuchotant. « Je n'appelle même pas ça des convictions, c'est juste de l'immaturité doublée d'arrogance. »

Harry lui fit un sourire douloureux. « Nul n'est parfait. »

Elle sembla méditer cette réflexion un moment. Harry aimait lorsqu'elle prenait cet air, les sourcils froncés comme deux ailes d'oiseau en envol, à triturer la petite tresse qu'elle s'était faite sous sa lourde chevelure.

« Mais à quel point les imperfections peuvent gâcher une relation ? J'ai peur de mieux le connaître, de m'attacher, mais que cet aspect de sa personnalité soit au final insurmontable.»

« Si les qualités contrebalancent les défauts, j'imagine que ça vaut le coup. »

Elle secoua la tête. « Toi, par exemple, je ne te trouve rien qui ne me rebute comme lui. Au contraire. » Elle s'arrêta et piqua soudainement un fard. Harry sentit aussi ses joues s'enflammer et une vague de chaleur lui envahit la poitrine.

Oh.

Il resta un moment silencieux, le temps de s'assurer que sa voix ne tremblerait pas. « Peut-être parce que tu n'as pas vu mes propres défauts, que je les cache mieux. Je peux te dire que j'en ai bien plus que tu ne sembles le croire. »

« En effet, au contraire de lui, tu manques vraiment trop de confiance en toi, » répondit-elle sur le ton de la plaisanterie. « Je... Je préfère largement ça que cette assurance écœurante qu'il affiche. »

Harry baissa les yeux vers son livre ouvert. « Écoute, laisse faire le temps. Ce que tu ressens finira sûrement par s'éclaircir. Son nom revient suffisamment dans ta bouche pour qu'il soit assez important pour toi et lui laisser peut-être une chance. »

Après un moment de flottement, ils se remirent tous deux au travail, se lançant mutuellement quelques regards furtifs par-dessus leurs livres.

xXx

« Stephen, viens pat-là ! » fit doucement Estelle en le prenant par la main. Harry se laissa guider.

« On ne va pas dehors ? »

« Tu as vu le temps qu'il fait en ce moment ? Non, on sera bien mieux installés à l'intérieur. »

Elle l'emmena grimper dans les étages jusqu'à un couloir inutilisé. Ils entrèrent dans une salle désaffectée, et Harry s'arrêta subitement au pas de la porte. Les tables avaient été poussées contre un mur, et au centre de la pièce trônait un matelas posé à même le sol, jonché de couvertures et de coussins. Harry leva les yeux vers Estelle.

« J'ai demandé à une amie douée en métamorphose de préparer la salle. Les transfigurations devraient tenir quelques heures. Avec un sortilège de silence et en fermant la salle, on devrait être tranquille pour un moment. »

Les entrailles de Harry semblaient avoir disparues, il se sentait subitement très vide. Y compris dans ses réflexions.

« Ah, » fut tout ce qu'il trouva à dire. Il se savait pas quoi répondre à cela, ni même comment réagir.

« Bien évidemment, il n'y a pas d'obligation..., » dit Estelle avec précipitation, comme si elle ne savait pas comment interpréter le manque de réactions de Harry. Il resta silencieux, et soudain, la panique lui tomba dessus. Il n'était pas du tout préparé à ça ! À cet instant précis, il aurait aimé être n'importe où plutôt que dans cette pièce, face à cette métamorphose de lit et à la jeune Serdaigle. Même un petit face à face avec Voldemort n'était pas si... déconcertant.

Oh, Potter, tu t'entends ? Quelle mauviette. Regarde un peu la tête que fait Estelle, ce n'était pas le genre de réaction qu'elle attendait. Ne peux-tu pas tout simplement te laisser aller ? Ce ne peut pas être aussi terrible !

Harry se racla la gorge.

« Hum... Alors, comment s'est passée ta journée ? » demanda-t-il d'un air faussement dégagé. Il referma soigneusement la porte, marmonna un sort pour la fermer et se retourna vers Estelle avec un sourire, quoiqu'un peu forcé. Après un temps d'hésitation, elle alla s'asseoir au bord du matelas.

« Oh, studieuse. Amélia a passé la journée le nez dans les bouquins, elle devient vraiment obnubilée par ses textes de lois. Si elle arrive à passer son doctorat en Justice Magique dans la foulée des Aspics, sans passer par la case d'apprentissage, elle sera immédiatement propulsée à un niveau respectable au sein du département de la Justice. »

Harry vint s'installer à ses côtés.

« Attends, je crois que Patricia a aussi amené du Whisky-Pur-Feu, » fit soudain Estelle. Elle se leva d'un bond, partit farfouiller parmi le débarras de chaises et de tables et en retira une bouteille. Un coup de baguette pour faire apparaître deux verres, et ils purent siroter en silence. Elle reprit.

« De notre côté, avec David on a commencé à se faire un petit programme de révision pour les ASPICs. » Elle grimaça. « Rien de bien passionnant. Ah, si Denise Strader a encore piqué une crise parce qu'il y a eu une énième prise de tête entre les Gryffondor et les Serpentard. Black, Snape et Avery se sont retrouvés à l'infirmerie à ce qu'il paraît. Mais comme ils n'arrêtent pas en ce moment, rien de bien neuf sous le soleil. »

« Et quel soleil ! » s'amusa Harry alors qu'ils entendaient l'orage gronder au loin.

Ils trinquèrent, puis continuèrent à parler durant un bon moment. L'alcool vint vite embrumer l'esprit de Harry, qui se rappelait vaguement qu'il était dans cette situation pour McQueen et pour réussir à soutirer des renseignements. Maintenant qu'Estelle avait bu un peu aussi, peut-être qu'elle serait plus loquace...

Alors qu'il essayait de trouver une phrase intelligente et sournoise, une main se glissa dans son dos, une autre dans ses cheveux et Estelle l'embrassa. Machinalement, il répondit au baiser, et posa lentement son verre sur le sol. Il lui fallut peu de temps pour se rendre compte que ce n'était plus ces baisers qu'ils se faisaient aux autres rendez-vous, mais quelque chose de plus urgent, avec une note pressante, d'exigence qui lui fit sonner une alarme à travers les vapeurs d'alcool.

Sans qu'il ne fasse quoique ce soit, la jeune fille grimpa sur ses jambes et se pressa contre lui. C'était le moment parfait pour prendre la fuite. Il fallait réagir maintenant. L'urgence de la situation lui éclaircit les idées. Il pouvait donner une excuse. Comme par exemple... Son uniforme fut déboutonné et la bouche d'Estelle prit d'assaut son cou. Harry frémit.

Par exemple, il pourrait se souvenir subitement qu'il n'avait pas fait un devoir à rendre pour demain. Qu'est-ce qu'il avait comme cours demain, déjà ?

Il fut débarrassé de sa robe, et sa chemise suivit dans un mouvement. Défense. Il avait Défense demain. Et sortilège. Bon sang, le devoir de Flitwick ! Il ne l'avait vraiment pas terminé !

Estelle déboutonna à son tour son uniforme et plutôt que de rester les bras ballant, Harry décida de l'imiter et laissa sa bouche parcourir sa nuque, jusqu'au lobe d'oreille. Il avait commencé ce fameux devoir à la bibliothèque, mais il avait été ensuite rejoint par Lily... Et après le dîner il avait préféré passer du temps avec les Poufsouffle pour ne pas trop les délaisser... Ce ne serait même pas une excuse, il ne ferait que dire la vérité... Il devait vraiment faire ce devoir. Déjà que ces derniers temps il avait tendance à bâcler son travail scolaire...

Des doigts frôlèrent son torse, glissèrent doucement vers le bas et s'accrochèrent à son pantalon. Estelle l'embrassa, et bougea légèrement son bassin. Harry ferma les yeux.

Potter, Potter. C'est trop tard, tu ne peux pas partir comme ça. Tu n'aurais pas dû entrer dans cette parodie de relation, tout simplement. Maintenant, tu n'as plus qu'à assumer.

Assumer. Peuh !

Il déglutit, et ouvrit légèrement les yeux. Aussitôt, il piqua un fard. Estelle venait d'enlever sa chemise et se retrouvait en soutien-gorge, assise sur ses genoux. Un bloc tomba dans son estomac.

Bien, assumons.

Il passa sa main dans le dos de la Serdaigle, et d'un mouvement de hanche, il les fit basculer sur le matelas, allongé, afin qu'il se retrouve au-dessus d'elle. Animé d'une nouvelle énergie, il l'embrassa, la caressa, fit glisser ses mains sur son corps, retira chaussures, chaussettes, jupe, pantalon, et embrassa encore, lécha, mordilla, frôla, pendant qu'il recueillait les soupirs, les gémissements qui se faisaient plus pressant.

Il suffisait juste de ne pas analyser la situation, de ne pas réfléchir, d'agir mécaniquement. C'était tout. Mais, alors qu'il agissait, Harry savait que quelque chose n'allait pas. Cela fut évident au bout d'un moment.

Il peinait à être excité.

Bon sang, mais qu'est-ce qui cloche chez toi, Potter ? Tu ne peux pas agir normalement, pour une fois ?

Il fermait les yeux, et sentit qu'Estelle prenait le relais. Ses mains qui effleuraient sa peau, ses cuisses qui se seraient autour de lui... Elle les fit basculer une fois de plus, se mettant à califourchon. Et là-dessus, sa langue lécha jusqu'en bas, contourna et arriva à un point culminant. Le souffle chaud fit enfin gémir Harry. Oui, c'était ça. Il ferma les yeux, et se laissa emporter par les sensations. Ne pense pas, ne pense surtout pas. Juste, concentre-toi sur cette langue, sur cette bouche. Voilà.

Ah !

Sa respiration se fit plus erratique, ses muscles se crispèrent, et une de ses mains de perdit dans les cheveux noirs. Il perdit la notion du temps. Et ainsi, il se retrouva quelques instants plus tard de nouveau au-dessus d'elle, à glisser en elle. Les mouvements se firent plus frénétiques, mais encore une fois, l'esprit de Harry ne put partir au loin. Il eut cette impression désagréable d'être en dehors de son propre corps et d'observer à côté ce qui se passait.

Il regardait sa poitrine, qui bougeait tellement et ses gémissements se transformaient en cris aigus et au fur et à mesure, les sensations qu'il avait touché du doigt juste avant retombèrent complètement à plat. Il essaya de continuer, de poursuivre, mais... Ça n'allait pas.

Estelle remarqua aussitôt le phénomène, qui lui lança un étrange regard. Elle arrêta de gesticuler, leva les sourcils, et Harry sut qu'il pouvait arrêter les frais à présent, ce n'était même plus la peine. Il détourna le regard, se sentant tellement mal.

Peut-être que c'est maintenant le moment de prendre la poudre d'escampette pour faire le devoir de Sortilège, non ?

Le silence s'étira, les minutes défilèrent, pesantes. Harry n'osait pas tourner la tête et préférait rester immobile, allongé sur le dos. Il percevait la chaleur du corps d'Estelle à ses côtés avec une acuité surprenante, qui le paralysait d'autant plus.

Rassemblant les miettes de courage qui lui restait, il murmura : « Désolé. »

« Ce n'est pas grave, » fut la réponse qui lui vint. « Ça peut arriver à tout le monde. »

Les joues de Harry s'enflammèrent une nouvelle fois. Bien sûr que non. Il n'était pas stupide à ce point. Ce n'était pas vraiment sensé se passer comme ça, et il pouvait sentir, quoiqu'elle en dise, qu'elle était bien déçue. C'était juste poli d'agir avec tact.

Il se redressa, évitant ostensiblement son regard et prit ses vêtements pour les enfiler à la hâte.

« Je... hum. Je ferais mieux d'y aller. Je... Je n'ai pas fini mon devoir de Sortilège pour demain et... Enfin voilà. On se voit plus tard ? » balbutia-t-il maladroitement. Un coup d'œil furtif à la Serdaigle lui apprit qu'elle s'était enroulée dans une couverture. Elle le regardait, assise, d'un air insondable.

« Oui, pas de problème. À plus tard. »

« Hum. Okay. Bonne nuit. »

Et il s'enfuit de la salle, prestement, un sentiment de malaise profondément ancré dans ses tripes.

Le lendemain, Harry aurait préféré rester au fond de son lit plutôt que d'affronter le monde extérieur. Il ne voulait pas croiser le regard d'Estelle, et encore moins savoir si elle en avait parlé à ses amies. Oh, bon sang, il imaginait la scène à trois kilomètres. Après tout, qu'est-ce qui ne se sait pas à Poudlard ? Il était d'autant plus troublé qu'il ne parvenait pas à comprendre ce qu'il s'était produit. Il ne parvenait pas à donner une explication rationnelle, et il se sentait plus confus que jamais.

Un autre point auquel il devait penser, c'était ce qui allait advenir maintenant. Il ne se voyait pas poursuivre cette relation avec la Serdaigle – il n'avait déjà pas envie à la base, mais à présent, il ne pourrait jamais prendre le dessus, il avait tellement honte, se sentait tellement mal...

Or, il devait trouver ses fichus renseignements pour McQueen.

Comment ça, tu dois, Potter ? Elle t'a donné ce que tu voulais, rien ne t'oblige à répondre à sa demande.

Mais il se sentait redevable. Elle l'avait aidé, ils avaient un accord, et sa moralité l'empêchait de ne pas lui rendre la pareille. Mais peut-être qu'il était temps de faire ça à sa manière. C'était elle qui avait suggéré à Harry de l'approcher en utilisant son 'inclination' pour lui. Elle lui avait également donné cette petite fiole, mais Harry ne se voyait tellement pas utiliser ce genre de méthode...

D'instinct, comment aurait-il fait ? Comment aurait-il fait pour en savoir plus sur quelqu'un, pour avoir des renseignements sur ses activités, ses convictions, sa place au sein de la guerre ? Eh bien, la réponse était simple au fond. Utiliser ses atouts. À savoir, la Carte du Maraudeur.

C'est un Harry plus apaisé qui entra dans la Grande Salle. Ce sentiment s'amplifia de manière exponentielle lorsqu'il put remarquer que personne ne le regardait particulièrement, à ricaner sous cape. Estelle était dos à lui. Il enfourna rapidement son petit-déjeuner pour terminer son brouillon avant la Défense. En sautant le repas du midi, il aurait la possibilité de recopier proprement son devoir de Sortilège pour le rendre à Flitwick l'après-midi.

La journée permit à Harry de confirmer la première impression. Visiblement, Estelle n'avait rien dit. Un poids sans nom se leva lorsqu'il s'en rendit compte.

xXx

Allongé à plat ventre sur son lit, Harry mâchouillait une chocogrenouille en regardant la Carte, étalée devant lui sur son oreiller. Il suivait la petite étiquette qui indiquait « Estelle Reilly » fréquemment ces derniers jours. Jusque là, cela ne lui avait pas apporté grand chose : elle n'avait fait que suivre les cours et rester avec Amélia Bones et David Cleffort.

Mais ce n'était pas ce qui l'intéressait actuellement. Non. Ce qui était vraiment intriguant, c'était de voir l'étiquette « Joshua Berckley » dans le hall. La même personne qui était là le soir où Rosie Barantyn avait été assassinée.

Il ne fallut que peu de temps pour que Harry se redresse, abandonne sa chocogrenouille sur son lit, enfile ses chaussures, sa cape, et parte en vadrouille dans la nuit, armé de la Carte. Il grimpa les escaliers pour remonter au rez-de-chaussée, lorsqu'un nouveau coup d'œil à la Carte lui appris que Berckley était sorti dehors et se dirigeait à toute allure vers les grilles de Poudlard.

Harry pressa le pas, traversa le hall, et ouvrit les larges portes en douceur. Un grincement retentit dans le silence, et Harry supplia Merlin que Rusard soit à l'autre bout du château. Il se glissa dehors, referma les portes et il sentit ses poils se hérisser sous la fraîcheur de la pluie. À l'image des jours précédents, une pluie diluvienne se déversait dans la nuit noire, si bien qu'on n'apercevait rien à moins de trois mètres. Harry jura, arrangea sa cape et s'élança sous la pluie. Il ne pouvait même plus sortir la Carte qui prendrait l'eau en moins de dix secondes.

Le sentiment d'urgence et la curiosité le poussa à ne pas prendre garde à son environnement – et après tout, qui sortirait dehors par un temps pareil ? - et il se mit à courir vers les grilles. Il traversa le parc, descendit le sentier et il aperçut les imposantes grilles se découper alors qu'il s'approchait.

Une silhouette se dessina enfin, alors qu'elle ouvrait les grilles. Harry accéléra. Il pouvait distinguer la peau claire de l'homme, ses cheveux plus foncé alors qu'il refermait les grilles. De dos, Harry ne pouvait pas voir ses traits. Maintenant qu'il était hors de l'enceinte de Poudlard, l'inconnu pourrait transplaner à loisir.

Tentant le tout pour le tout, Harry cria : « Attendez ! »

L'homme s'arrêta, et se retourna. Harry plissa les yeux, mais il était encore un peu trop loin pour distinguer ses traits. Et, il n'eut pas l'occasion de se rapprocher plus, parce qu'aussitôt, l'inconnu fit volte-face, et transplana.

« Non ! » Harry jura. Quelques instants plus tard, il se retrouva face aux grilles, à s'appuyer dessus pour reprendre sa respiration. L'adrénaline retomba soudainement, laissant place à la frustration. Il était à deux doigts de voir son visage! À peine quelques mètres de plus...

De colère, il frappa d'un grand coup de pied la grille en fer forgé. Il se passa les mains sur le visage, tant pour se calmer que pour chasser la pluie ruisselante, et fit de même avec les cheveux.

Harry ferma les yeux, essayant de se souvenir du moindre détail, mais la scène s'était passée tellement vite, et dans la nuit, à travers la pluie, à une distance trop importante... Il soupira.

Et bien, tu n'as plus qu'à rentrer à l'intérieur Potter, si tu ne veux pas chopper la crève en plus.

Résigné, il se retrouva donc dans le hall, ressortit la Carte pour vérifier qu'il n'y avait personne dans les environs, et s'engouffra dans les sous-sols. Ce fut un autre nom qui attira son regard cette fois. Il hésita, mais bifurqua néanmoins vers le côté des Serpentard plutôt que celui des Poufsouffle. Une nouvelle vérification, et il toqua à une petite porte située dans un coin reculé. Harry marmonna un « Méfait accompli » avant de ranger la Carte. La porte s'entrouvrit, dévoilant un visage suspicieux.

« Bonsoir Bladwell, » fit-il, un petit sourire moqueur sur les lèvres. Les yeux bleus clairs s'écarquillèrent et la porte s'ouvrit plus largement.

« Curson ? » s'exclama Nadège. « Comment... ? Entre, entre. »

« Alors, c'est ta nouvelle chambre ? » demanda Harry, observant les lieux. Nadège referma la porte, marmonnant quelques sombres sortilèges de protection. Ce n'était qu'une petite chambre spartiate, avec un lit, quelques étagères, une armoire et une table faisant office de bureau – et de débarras pour toutes ses affaires au vu de la pile impressionnante qu'il y avait.

Une petite fenêtre montrait un champ de coquelicots, baignés dans la nuit. Enfin, une autre porte devait mener à une salle de bain.

« Oui. Je m'en tire plutôt bien dans cette histoire, à mon humble avis. Mais cela ne répond pas à ma question. Comment m'as-tu trouvé ? »

« Ah, » s'amusa Harry. « Ce ne serait pas si drôle si je te racontais tous mes petits secrets. »

Elle leva les yeux au ciel.

« Très bien, très bien. Je ne te demanderais pas non plus pourquoi tu es manifestement allé dehors, trempé comme tu es. En attendant, tiens, prend la chaise pour t'asseoir, ce n'est pas le confort absolu, mais c'est tout ce que je peux te proposer. » Elle s'installa elle-même sur le lit, les jambes croisées en tailleur et farfouilla dans un tiroir de la table de nuit. « Une cigarette ? »

Harry haussa les épaules. « Pourquoi pas. Merci. » Après quelques bouffées en silence, elle commença à l'asticoter.

« Alors, il me semble qu'il y a eu des avancées avec Estelle Reilly, je me trompe ? »

Harry grogna, et ses pensées se tournèrent aussitôt sur sa dernière nuit avec elle. Le malaise revint aussitôt, et il sentit une fois de plus ses joues chauffer. Voyant cela, la Serpentard ricana.

« Oh, oh. Je ne me trompe pas. J'espère que tu es content, maintenant que tu t'es décidé. »

« Hum. Pas vraiment. Je continue à penser que c'était une mauvaise idée. » Il dégota un cendrier sur le bureau et remua sur sa chaise mal à l'aise. « Je me suis décidé pour les mauvaises raisons, en fait, » se décida-t-il. « Je voulais simplement... hum... profiter de cette opportunité pour avoir un peu plus d'informations sur elle. Mais au final, cela ne m'apporte rien et j'ai dû mal à... »

Il hésita. Nadège l'observait, la tête penchée sur le côté. C'était étrange de l'avoir en face de lui. Ils avaient tellement pris l'habitude de se parler côte à côte, assis sur le rebord de la fenêtre de la fameuse salle abandonnée. L'ambiance qui se dégageait de ces moments-là était tellement singulière qu'elle lui manqua d'un coup. Cela avait l'avantage aussi de ne pas se sentir autant exposé qu'à présent.

« Dû mal à … ? » le relança la Serpentard.

« À me sentir... concerné. »

Elle haussa les sourcils. « Je sais que j'aime bien les sous-entendus, mais je te trouve particulièrement sibyllin ce soir, Curson. On va devoir reprendre un peu tout ça. D'abord, tu voulais des informations ? Quelles informations pourrais-tu tirer de cette fille ? »

Harry se cala de manière plus confortable sur la chaise et passa les minutes suivantes à parler par multiples détours. Avec toute la subtilité dont il était capable, ce qui signifiait qu'il était particulièrement maladroit. Au moins, cela amusait Nadège.

« Donc, si je récapitule, » coupa Nadège en écrasant son mégot dans un petit récipient, « tu voulais savoir à quel niveau elle est impliquée dans la guerre ? »

Harry grimaça. « C'est l'idée. »

« Pourquoi veux-tu savoir une telle chose ? » songea-t-elle à voix haute. Harry préféra rester silencieux.

« Hm. De mon côté, j'essaie de ne pas me mêler à ces histoires. Je peux t'assurer que c'est particulièrement difficile à faire en ce moment, et que cet effet est majoré lorsqu'on se trouve chez les Serpentard, » déclara-t-elle d'un air détaché. « Néanmoins, » elle sortit une nouvelle fois le paquet de cigarette, « ce n'est pas un avantage de mon point de vue, mais pour ceux qui aiment savoir c'est un atout indéniable. »

Harry sentait qu'elle voulait lui dire quelque chose d'important, mais elle ménageait son effet. Bon public, il releva : « Vraiment ? »

« Immanquablement les oreilles traînent. Tout le monde ne peut pas être d'une discrétion sans pareille. À tout hasard, même sans faire attention et en traînant dans la salle commune des Serpentard, on peut réussir à savoir que les principaux sympathisants du mage noir, toutes maisons confondues, se font des petites réunions régulièrement. Il me semble que la prochaine se trouve être lundi soir, le 5 décembre. »

Elle le darda d'un regard pénétrant.

« Je ne sais pas vraiment mais je suis convaincue qu'on peut avoir des possibilités pour trouver des personnes, quand on veut. Je ne pense pas que leur petite sauterie soit quelque chose de très haut niveau hiérarchique, mais ça peut donner des idées en fonction des individus présents. »

Harry lui rendit son regard. « Voilà quelque chose qui n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd. »

Elle lui fit un sourire malicieux. « Bien, et en ce qui concerne ton... détachement avec Estelle Reilly ? Revenons un peu dessus. »

xXx

Quelques jours plus tard, Harry, barricadé par les tentures de son lit pour faire croire qu'il s'était couché tôt, fixait la Carte et plus particulièrement les déplacements des élèves. S'il ne se trompait pas trop, son attention toute portée sur Avery et Rosier était justifiée. Le temps passa, lentement, minute après minute. Chacun semblait vaquer à ses préoccupations. Ce n'est que deux grosses heures plus tard qu'il y eut un mouvement significatif.

Les étiquettes d'Evan Rosier, Aloisius Avery et John Wilkes sortirent dans les couloirs des cachots, se dirigeant vers un passage que Harry ne connaissait pas. Quasiment simultanément, du mouvement se fit dans sa propre chambre. Un frisson le parcourut, mais il fut soulagé en voyant qu'il ne s'agissait que d'un Poufsouffle auquel il n'avait que peu adressé la parole, Geoffrey Burnel. Mais évidemment, sa curiosité fut d'autant plus piquée.

Harry n'avait jamais autant regretté la vieille cape de son père. Cela aurait été tellement idéal. Il aurait pu le suivre, aller à cette réunion, savoir ce qui allait être dit... Pourtant, même sans cape, Harry ne se voyait pas ignorer une telle chose. Il fallait qu'il y aille. Mais comment ne pas se faire repérer ? Comment passer inaperçu au sein d'un groupe d'élèves clandestins ?

Il cherchait désespérément une solution lorsqu'un nouveau mouvement dans les étages de Poudlard attira son regard. Estelle Reilly et Lewis Bladwell descendaient vers le point de rendez-vous.

Cette confirmation ne lui fit ni chaud ni froid. Harry se sentit bien plus intrigué par la mention du nom de Bladwell. Puis, soudainement, il se rappela qu'il s'agissait du cousin de Nadège. Elle ne l'avait que peu évoqué, mais Harry se souvenait du jeune homme. C'était quelqu'un de charmant, des beaux cheveux noirs et un visage fin.

Des élèves qui lui étaient inconnus semblaient aussi se diriger vers ce lieu inconnu. Leur nombre assez important lui sembla quelque peu inquiétant. De leur côté, le trio de tête des Serpentard avait disparu de la Carte.

Il était bientôt minuit.

Harry s'habilla de sa cape chaude, glissa sa baguette dans sa poche, la Carte dans la main et il se précipita vers les mystères.

Alors que des cinquièmes années passèrent non loin de lui dans les couloirs, Harry décida de tenter un sortilège de désillusion sur lui-même. À défaut de la cape... La sensation de faire s'écraser un œuf sur lui-même l'enveloppa et un coup d'œil à sa main qui se fondait dans le décor lui confirma qu'il avait réussi son coup. Il les suivit au loin, se glissa dans la pénombre, silencieux. Un nouvel escalier descendit dans les bas-fonds de Poudlard. L'humidité ambiante des souterrains fit frissonner Harry et les pas résonnaient dans ces petits couloirs tortueux. Il fut obligé de ralentir le rythme pour laisser aux étudiants de l'avance, auquel cas le bruit de ses pas le trahirait. De loin, il les aperçut bifurquer à droite. Harry leur emboîta le pas quelques instants plus tard, et se retrouva stupéfait devant un cul de sac, désespérément vide.

Il jura entre ses dents, tout bas. Que pouvait-il faire ? Il devait y avoir un mécanisme pour un passage secret, sûrement, mais cela serait prendre le risque de se faire découvrir. Il pouvait attendre les derniers élèves, mais le couloir était tellement étroit qu'il risquait de se faire remarquer, malgré le sortilège de désillusion. Il n'eut malheureusement pas plus de temps pour réfléchir. Des pas résonnaient à nouveau. Harry sortit sur la pointe des pieds du cul-de-sac et se posta en face, contre le mur. Un sixième année de Serdaigle et un autre de Gryffondor. Harry serra les dents. Les Serpentard étaient bien plus impliqués, mais de toute évidence, les idées de Voldemort charmaient aussi les autres maisons. Ou pour toute autre raison qui pouvaient les motiver.

Le Serdaigle sortit sa baguette et tapota dans une séquence définie quelques pierres. Harry reconnue le même principe que pour le passage du Chaudron Baveur au Chemin de Traverse. Une ouverture se créa, et les deux élèves s'y engouffrèrent. Réactif, Harry ne se préoccupa plus du bruit de ses pas et il se faufila rapidement dans l'ouverture avant qu'elle ne se referme.

Le cœur battant, il se plaqua contre le mur à côté, et regarda son environnement. Un cachot s'étendait sous ses yeux, avec une partie en contre-bas où les élèves étaient installés à un long établi en pierre. Harry s'approcha lentement, sans descendre la volée de marches. Avery semblait prédominer cette étrange assemblée funeste, Rosier à sa droite, Wilkes à sa gauche. Les deux derniers arrivés s'installèrent à leur tour, sous les yeux des autres.

« Bien, je crois que nous n'attendons plus personne, nous pouvons donc commencer, » déclara Avery qui venait de se lever.

Harry parcourut du regard les uns et les autres. Estelle était assise entre le cousin de Nadège et Geoffrey Burnel. Il était inquiétant de voir le nombre de personnes présentes, et Harry ne tira qu'un léger soulagement en voyant que Pettigrow n'était pas présent. Il n'avait probablement rien d'un traître à l'heure qu'il était. En revanche, constata sombrement Harry, Snape était présent. Deux places plus loin que Rosier, le visage renfrogné au possible et le maintien raide.

« Tout d'abord, bienvenue aux quelques nouveaux qui nous ont rejoint. Je tiens à vous dire que l'on m'a dit que le Seigneur des Ténèbres était ravi de l'attention que vous portez tous à son égard. Ce n'est évidemment pas seulement pour lui que nous sommes tous réuni pour la deuxième fois cette année, mais pour ses idées, le pouvoir qu'il apporte et qui nous donne l'espoir que oui ! Oui, les choses peuvent changer, oui, nous pouvons participer à renverser la société sorcière actuelle pour un monde meilleur, où nous pourrions enfin avoir la place que nous méritons !

» Il n'y a qu'à voir les actions du Ministère pour se rendre compte qu'il est rempli de sorciers aveuglés par Dumbledore, ces amoureux des moldus qui ne voient pas à quel point ils représentent une menace pour notre culture. Voulons-nous vraiment vivre notre vie ainsi ? Comme des misérables sous-sorciers, apeurés par les moldus, voulant se faire désespérément acceptés par eux, alors que nos traditions et notre magie s'en retrouvent affaiblies ? Mais où allons-nous donc si nous acceptons cela ? »

Harry sentit un goût de bile remonter dans sa gorge. Personne ne pipait mot, alors qu'Avery continuait son petit discours.

« Nous savons qu'il est temps de protester contre ce mouvement, qu'il est temps que les Sangs-Purs et l'aristocratie sorcière retrouve sa place d'antan et nous savons que cela est possible grâce au Seigneur des Ténèbres, qui a l'envergure de nous réunir sous sa bannière, qui a l'envergure et la puissance de se mesurer à Dumbledore et ses laquais. Cela ne tient qu'à nous, il suffit de le vouloir. Il suffit de rejoindre les troupes du Seigneur des Ténèbres. Il a beaucoup à nous offrir. »

Il fit une pause. La lumière tremblotante des torches projetait des ombres sur son visage, qui, ajouté à cette lueur fanatique qui vibrait dans ses yeux le faisait passer pour quelqu'un de bien plus dangereux que ce qu'il laissait entrevoir habituellement. Harry se demandait s'ils étaient tous là parce qu'ils étaient animés d'une telle conviction mais on pouvait en douter, en voyant de nombreux visages dénués de toute expression.

« Je tenais également à vous annoncer que Dave Goujon était mort. Dans les bonnes nouvelles, il semblerait que l'infiltration du Ministère soit en bonne voie. Nous gageons que ce n'est plus qu'une affaire de temps avant d'avoir la mainmise dessus. À notre niveau, il est encore difficile de le soutenir. Tout se jouera lorsque nous sortirons de Poudlard. Si vous parvenez dès maintenant à vous rendre précieux pour notre cause, le Seigneur des Ténèbres étudiera la possibilité de faire de vous l'un de ses partisans proche une fois votre diplôme en poche. Mais en attendant, il est important de diffuser ses idées, de trouver de nouvelles personnes qui pourraient nous rejoindre. Je vous laisse la parole. »

Avery s'assit, et alors, à la plus grande stupéfaction de Harry, un tour de table commença. Chacun avait son mot à dire, expliquant sa bonne volonté, ou encore ce qu'il avait fait depuis la rentrée pour mériter les bonnes grâces du Seigneur des Ténèbres.

« Les potions demandées, » souffla succinctement Snape en poussant délicatement trois fioles vers Avery.

« Je les ferais passer à Malefoy, » acquiesça Avery.

Vint par la suite le tour d'Estelle.

« J'ai réussi à me rapprocher de Curson, » déclara-t-elle en préambule. Harry faillit s'étouffer avec sa salive. « En revanche, je n'ai pas réussi à connaître ses convictions politiques. J'ai eu l'impression qu'il désirait connaître les miennes et nous avons donc passé un temps considérable à jouer au chat et à la souris. Aucun de nous ne s'est dévoilé jusqu'à présent, et je pense que je risque de perdre le contact avec lui. À mon avis, nous ne pourrons rien tirer de lui : il tendrait plutôt du côté des adorateurs des moldus que celui des Sangs-Purs. »

Elle s'arrêta pour rassembler ses idées alors que Harry sentait sa mâchoire se décrocher.

« Le premier point qui peut le montrer, c'est son amitié avec Robert et Fenwick. On peut sûrement compter Adam Bones aussi. Deuxième point, il semble n'avoir aucune difficulté à s'afficher à la bibliothèque en compagnie de Evans. Chacun sait quelles sont ses origines. Enfin, Dumbledore s'est montré très conciliant envers Curson, surtout lors de cette enquête avec Brooks. Ce vieux fou a peut-être plus d'éléments en main que nous n'en avons. Je note également que c'est peu de temps après que Curson m'a montré de... l'intérêt. Qui, de toute évidence, n'était exclusivement que pour connaître ma position politique. De plus, au cours de mes conversations avec lui, s'il ne donne que peu d'informations personnelles, j'ai pu remarquer qu'il possédait une culture moldue plus que douteuse. »

Toutes ses discussions à tourner autour du pot venaient subitement de prendre un éclairage tout nouveau. Passé le moment d'ahurissement, Harry se félicita de ne pas s'être trop dévoilé, quoiqu'elle en dise. Puis vint l'amusement, car la situation se trouvait être quelque peu cocasse. Seulement après, il réalisa qu'il avait enfin sa réponse, d'une manière bien plus claire qu'elle n'en avait eu.

Alors de nous deux, qui a vraiment réussi sa mission, hum ? Beaucoup de suppositions dans ton cas. De belles preuves de mon côté. Échec et mat, il semblerait, Estelle.

« Bien, merci Reilly, » commenta Avery. « Nous garderons un œil sur lui, de loin. »

Le sujet fut classé, et ce fut Lewis Bladwell qui poursuivit. Il expliqua que Nadège avait pu obtenir une chambre, mais qu'il était sûr qu'elle ne représentait aucune menace. S'il avait été clair qu'elle ne partageait pas leurs idées, il y avait peu de chance qu'elle soit contre eux.

« De ce que je sais, il y a même peu de chance qu'elle reste en Angleterre après son diplôme. » Il haussa les épaules. « Il vaut mieux laisser tomber, elle restera inutile jusqu'au bout. »

Une belle réunion d'endoctrinement et de recrutement, constata Harry. C'était en effet ce qui en ressortait : ils testaient les élèves, diffusaient les idées et cherchaient des personnes de plus à embobiner. Ils essayaient même d'initier les jeunes années ! C'était en tout cas particulièrement flagrant pour les Serpentard. Les rares élèves de Gryffondor expliquaient bien qu'il était plus difficile pour eux de tâter le terrain, qu'il fallait œuvrer dans une délicate subtilité, et que la moindre allusion déplacée devenait de la poudre à canon.

Les minutes s'égrenèrent lentement alors que la réunion se poursuivait. Harry s'était assis à même le sol, dans un coin, se demandant avec exaspération s'ils comptaient tous passer la nuit ici à parloter de leurs petites combines. Il sentait son sortilège de désillusion trembler. Faire le sortilège, c'était une chose, mais le maintenir durant autant de temps n'était pas dans ses cordes et demandait une concentration soutenue. Durant un bref instant, il le relâcha. Accroupi dans un coin, au-dessus d'eux, personne ne le remarqua. Harry souffla un coup, et se concentra pour refaire le sortilège. Il n'allait pas pouvoir tenir encore très longtemps.

Finalement, après un bref discours d'Avery, la réunion se termina. Le Serpentard annonça que la prochaine réunion se tiendrait début février.

« Bien évidemment, il n'est pas nécessaire de dire que ceci doit rester secret. Tout... débordement sera connu, et puni de manière exemplaire. Faites attention à votre comportement, à vos paroles. À bientôt. »

Harry leva les yeux au ciel.

Les élèves se levèrent alors, et sortirent du cachot. Le premier refit la combinaison du bout de sa baguette pour faire apparaître l'ouverture. Harry resta immobile dans la pénombre, à regarder le défilé passer devant ses yeux, légèrement inquiet. Il n'aurait pas le temps de se faufiler entre deux salves d'élèves, sans se faire remarquer. Il était coincé, obligé d'attendre. Le cœur battant, Harry ferma les yeux, essayant de se souvenir du mouvement qu'avait effectué le premier élève. Quant à trouver la bonne pierre pour commencer...

Si tu restes bloqué dans ce cachot Potter...

Vint le moment où il resta seulement les septième années de Serpentard. Snape monta les marches et ses yeux noirs glissèrent le long du mur. Harry retint sa respiration lorsqu'il sentit le regard froid du Serpentard le traverser. S'éternisa. Harry prit garde à ne pas croiser son regard, garda les yeux dans le vide, sans ciller. Relâcha la pression lorsque Snape sortit. Un coup d'œil l'informa que Avery, Rosier et Wilkes étaient toujours en bas, à chuchoter entre eux.

C'était le moment où jamais. Il se faufila dans le passage, tourna pour sortir du cul-de-sac et n'eut pas l'occasion de réagir.

Il fut plaqué contre le mur, sa tête cognant violemment les pierres humides et sentit une baguette s'enfoncer dans sa nuque alors qu'un corps mince le maintint bloqué. Le mouvement lui coupa le souffle durant quelques instants. Il y eut un murmure et Harry sentit que le sortilège de désillusion était levé. Il ouvrit les yeux et se retrouva face à face aux deux puits noirs sans fond de Snape. Harry haleta et sentit une panique glaciale l'envahir.

« Tiens donc... Curson si je n'abuse ? » siffla Snape entre ses dents. Harry déglutit. « Voilà qui est... surprenant. » La voix pleine de fiel fit remonter des souvenirs. Les pensées se bousculèrent en Harry. Il connaissait Snape mieux que lui ne le connaissait actuellement. Il pouvait sûrement trouver un moyen de s'en sortir... Snape était, si Harry ne se trompait guère sur son compte, quelqu'un de foncièrement indépendant, qui privilégiait de loin ses intérêts personnels.

« Écoute moi, » souffla Harry à voix basse, « tu ne m'as pas vu. Je t'en devrais une, et je te donne ma parole que je te rendrais service. »

Pas un muscle ne trembla sur le visage de Snape, mais une lueur brilla dans ses yeux. Harry respira un peu mieux, il tenait le bon filon.

« Et à quoi pourrait me servir un médiocre Poufsouffle ? » Ses lèvres se tordirent de mépris.

« Le suis-je ? Personne d'autre ne m'a remarqué. Je suis sûr qu'on pourrait trouver un terrain – »

Harry n'eut pas l'occasion de terminer sa phrase. Il entendit des pas s'approcher et ses voix s'amplifier. Les trois autres Serpentard. Il écarquilla les yeux, se tendit, et lança un regard urgent à Snape.

« On aura tout le temps d'en parler plus tard, » chuchota-t-il dans un léger souffle. L'air calculateur, Harry sentait que Snape réfléchissait à toute allure. Un mot de sa part, et Harry sentit qu'il lui lançait un sortilège de désillusion. Snape s'écarta vivement, et alla nonchalamment s'adosser au mur d'en face. L'action n'avait duré que quelques secondes. Aussitôt, les trois Serpentard apparurent à l'intersection.

« Snape ? » s'étonna Rosier. « Que fais-tu encore là ? »

Le Serpentard haussa les épaules. « Je vous attendais. Il me semblait plus intelligent d'attendre que tous les autres rentrent dans leurs dortoirs. Si un prof se promenait par là, il serait alors occupé au moment où nous nous glisserions l'air de rien dans la salle commune. »

« Hum... » fit pensivement Rosier, l'air peu convaincu. Il n'insista pas.

« Alors qu'as-tu pensé de cette réunion ? » s'enquit Avery alors qu'ils s'éloignaient.

Snape renifla ostensiblement. « Beaucoup me semblent bien insipides... Je ne sais pas ce que le Seigneur des Ténèbres compte en faire, mais... »

Harry perdit le fil, expirant longuement de soulagement. Il avait frôlé de peu la catastrophe. Il n'osait pas imaginer la réaction d'Avery et Rosier s'ils avaient su. En revanche, il se retrouvait avec une dette envers Snape. Contrarié, Harry se demandait ce qu'il allait bien pouvoir en faire. Peut-être qu'il pourrait simplement lui fournir des ingrédients de potions illicites ? C'était sûrement le genre de chose qui ne poserait pas de problème à McQueen.

xXx

« Tu as une tête affreuse. »

Merci beaucoup, Maman, grinça Harry. Il releva la tête de son livre et se frotta les yeux. « Pas beaucoup dormi, » grogna-t-il en réponse.

« C'est aussi ce que tu m'as dit il y a trois jours lorsque je t'ai retrouvé endormi sur ton livre d'arithmancie, » commenta Lily.

« Je suppose, » soupira Harry, « que c'est donc récurrent, voilà tout. » Il était touché de sa sollicitude mais il n'en était pas encore à pleurer comme un bébé sur son épaule. Il y avait des limites à ne pas franchir. Mais, étrangement, elles reculaient constamment.

« Pourquoi tant d'acharnement sur l'arithmancie ? Ce n'est pas une matière que tu suis. »

Harry se massa la nuque. « Culture générale ? »

« Au point de t'épuiser ? J'ai même l'impression que tu passes plus de temps le nez dans ces bouquins qu'à faire tes devoirs, » remarqua très justement Lily. Elle ouvrit son sac, sortit quelques affaires.

« C'est juste que... » Harry soupira, pour la énième fois de la journée. « Je ne comprend pas ce truc, et ça m'agace, et je veux comprendre, mais l'arithmancie me semble si... compliquée. »

« Peut-être que je peux t'aider ? » murmura Lily avec hésitation. Elle se mordilla la lèvre inférieure, gênée. Harry lui lança un regard surpris. « C'est l'une de mes options. Je me débrouille, donc peut-être que... » ajouta-elle.

« Ce serait... vraiment génial de ta part, » acquiesça Harry, les yeux brillant, voulant fortement se mettre des baffes. Le sourire radieux que lui adressa Lily le rendit toute chose. Elle se déplaça donc à ses côtés et Harry se raidit. Être en face d'elle, c'était une chose, mais si elle se penchait à ses côtés, il pouvait même sentir son parfum... Oh, Potter, on croirait entendre une midinette de treize ans.

Ils entreprirent de reprendre les bases. Dehors, les premiers flocons se mirent à tomber.

Les jours défilaient à une vitesse impressionnante. Après la réunion de recrutement et d'endoctrinement des futurs petits mangemorts, Harry avait envoyé une courte missive à McQueen pour lui faire part de ses découvertes. Elle lui avait répondu en lui donnant rendez-vous au Chaudron Baveur, le lendemain des vacances de Noël. Il avait également fait passer une note à Snape pour lui parler, mais ce dernier n'avait fait que lui gribouiller sur un bout de papier qu'il préférait attendre. Le bâtard graisseux devait se réjouir d'avoir quelqu'un sous sa coupe et voulait sûrement en profiter. Harry n'allait pas marcher dedans et attendrait qu'il fasse un pas vers lui.

Une conversation très succincte avec Estelle leur avait permis de se dire « qu'il était préférable d'en rester là. » Alice et Adam avaient été insupportables après cet épisode. Ils voulaient tous les détails juteux, mais Harry leur avait fait comprendre que sa vie privée resterait privée. Ils avaient abandonné, déçus, à l'amusement de Joyce et Benjy, qui avaient trouvé la situation hilarante. Grand bien leur fasse.

Du côté de ses recherches, il pensait être prêt pour se lancer dans la forêt de Cheshire, dans la mesure du possible. Il avait quelques pistes pour s'en sortir, mais concrètement, tant qu'il n'était pas confronté à la magie de cette forêt, il ne pouvait s'assurer de rien. En ce qui concernait sa rencontre avec Szabolcs, il avait recopié durant ses dernières nuits des parchemins entiers des théories qu'il avait pu trouver. Il ne restait plus qu'à en comprendre au moins un quart. D'où l'arithmancie. Au final, Lily lui fut d'un grand secours durant cette dernière semaine.

Le vendredi soir, veille des vacances, les Poufsouffle organisèrent une soirée de Noël. Tout allait se jouer durant ces vacances et la pression que se mettait Harry devenait insoutenable. Ainsi, il fit d'abord ses bagages, empilant soigneusement les livres d'arithmancie empruntés à la bibliothèque, ses notes sur les Retourneurs de Temps et les théories sur la magie temporelle. Il se permit ensuite de rejoindre ses camarades et goûter une fois de plus à l'ivresse joyeuse que lui apportaient ces festivités.

C'est donc avec un mal de crâne carabiné que Harry accompagna les Poufsouffle jusqu'au Poudlard Express le lendemain.

Mais, alors qu'il saluait les élèves en passant à côté d'eux, alors qu'il répondait avec tant d'aisance aux « Bonnes vacances Stephen ! », Harry sentit un sentiment étrange l'étreindre. Il lui fallut quelques instants pour comprendre ce qui lui semblait si incongru. Voilà plusieurs mois qu'il était coincé dans le passé, et si cette situation ne devait qu'être temporaire, elle s'était éternisée bien plus qu'il ne l'aurait cru de prime abord.

Or, durant ce laps de temps, durant ces malheureux mois à Poudlard, Stephen Curson avait été réparti à Poufsouffle, il avait noué des relations avec ses camarades, ainsi qu'avec d'autres élèves de Poudlard. De nombreux ragots le concernant se murmuraient tout bas, il commençait à s'empêtrer dans de sombres histoires de manipulations et à se positionner au sein de la guerre. Il avait des papiers, un compte Gringotts et une baguette magique.

Les entrailles glacées, Harry se promit une nouvelle fois qu'il trouverait Szabolcs, et que, d'une manière ou d'une autre, il parviendrait à comprendre ce qui lui arrivait. Parce que la situation devenait urgente, parce qu'elle commençait à échapper totalement à son contrôle.

Parce que, insidieusement, Stephen Curson devenait réel.