Le Miroir 7

- Et tu penses que c'est parce que si elle reconnaissait qu'il y a quelque chose, n'importe quoi qui ne va pas avec toi…

- Alors elle serait obligée d'admettre que c'est sa faute et qu'elle aurait dû prendre une autre décision. Mais elle ne veut pas alors pour elle tout va très bien chez moi et s'il y a un problème qu'elle ne peut pas se tordre le cou pour ne pas voir, alors c'est ma faute. Qu'est-ce que je faisais en dehors du dortoir, hein ? Qu'est-ce que j'ai pu dire à Rogue ? Et peu importe qu'il y ait eu un troll et que ça ne puisse pas être ma faute, c'est ma faute quand même. Parce que je dois être normal ou elle est la méchante de l'histoire. Et ça, pas question.

- Wow, fit l'autre, les yeux écarquillés. Juste… wow. D'accord, je n'avais pas vu les réactions de McGonagall sous cet angle-là. Mais oui, tu as raison, ça explique beaucoup de choses. C'est profondément stupide, remarque, parce que moins elle en fait plus elle est en dette envers toi, mais elle doit se dire que si elle ne reconnaît pas cette dette… Elle a tort parce que magiquement, ces choses vous reviennent dans la figure. Mais en attendant, oui, ça te laisse sans soutien et avec une Chef de Maison plus ou moins hostile.

- Bien résumé, commenta Harry avec un sourire un peu crispé. Et donc j'ai du mal à faire confiance à McGonagall parce que je sais qu'elle dira tout ce qu'il faut dire mais je ne crois pas qu'elle va assurer derrière… et en effet.

- En effet, commenta Potter rêveusement. Les professeurs sont arrivés cinq bonnes minutes après la fin du combat, tu dis, alors que les protections du château leur auraient dit où étaient leurs élèves vagabonds dans la seconde, il suffisait de demander. Mais ils ne l'ont probablement pas fait. Ça correspond à peu près à la situation ici : McGonagall ne pense pas, c'est le rôle de Dumbledore. Chaque conversation que tu as avec elle se termine en impasse avec « Le Directeur a décidé… Le Directeur m'a dit… J'ai pleine confiance en le directeur ! »

- Et c'est ma Chef de Maison, gémit notre Harry. Génial.

L'autre rit.

- Désolé, oui ta situation n'est pas la meilleure. Et pour en revenir à notre conversation, tu te jettes dans des situations dangereuses parce que tu ne fais pas confiance aux professeurs pour protéger les élèves.

- UNE situation dangereuse, une ! Oh, euh, tu parles de l'avenir, hein ? Fantastique, plein de situations dangereuses à venir, gardez votre poste allumé…

Potter dut se mettre la main sur la bouche pour s'empêcher de rire tout haut.

- Tu sais pour la pierre et pour Quirrell, c'est ça ? Je t'ai parlé du Basilic ? Et cette année tout le monde est persuadé qu'un criminel s'est évadé de prison juste pour nous tuer…

- Un QUOI ?! Attends, c'est pas possible !

Toutes bonnes manières oubliées, Potter s'écroulait de rire de l'autre côté du miroir. Harry, un peu secoué quand même, le regardait en secouant la tête. Quand l'accès fut terminé et que le jeune garçon se fut essuyé la figure, son double lui fit des reproches.

- Oui, toi ça t'amuse, mais moi je vais me taper tout ce que tu as vécu en 3D et en stéréo. Pas si drôle vu de ce côté-là, tu sais ?

Potter grimaça et se reprit.

- Désolé. Ça n'était pas si drôle de ce côté-ci non plus, mais au moins j'ai pu éviter d'être en plein milieu. Ne m'en veux pas, c'était un peu hystérique chaque fois que je dis « Basilic ! » maintenant mon cerveau se met à dérailler et je sors des mauvaises blagues.

- Je peux comprendre ça, reconnut Harry qui n'avait jamais entendu parler d'un Basilic avant et qui après en avoir entendu la description, n'avait pas vraiment envie d'en rencontrer un. Mais tu n'as pas une idée de ce que je pourrais faire ? Il doit bien y avoir un moyen d'éviter tout ça, ou au moins de résoudre ces problèmes avant qu'ils m'explosent à la figure !

- Ce sont deux questions vraiment différentes, en fait, fit Potter qui s'était complètement repris. Tu me demandes si je peux te donner des détails de mon monde pour que tu puisses avoir un peu d'avance et je te dis oui, ça doit être possible. Est-ce que ce serait assez pour faire une différence, je ne sais pas. Je n'étais pas au milieu de l'action, donc souvent je n'ai que des rumeurs à t'offrir. Le fameux duel Quirrell/Rogue, par exemple, aucun élève ne l'a vu donc je ne sais même pas s'il a vraiment eu lieu. Et même comme ça, ça ne couvre que les deux premières années, nous ne sommes qu'au début de la troisième, ici…

- Ce qui me fait penser, fit Harry, plus pour échapper un peu à la conversation que par curiosité, comment est-ce que ça se fait que tu n'aies pas reconnu le miroir ? Ou que tu ne m'aies pas vu dedans ?

L'autre sourit un peu, comme s'il reconnaissait l'échappatoire mais n'en était pas trop mécontent.

- Je lis, tu te rappelles ? Et ma passion, depuis le début, ce sont les objets enchantés je sais ce que peux faire un miroir, alors je n'ai pas regardé dedans. Plus tard, quand j'ai appris de quel miroir précis il s'agissait, je me suis félicité d'avoir pris la bonne décision.

Harry regarda son côté du miroir en fronçant des sourcils. Y avait-il un problème ? Il ne desserra pas la main crispée sur le pourtour mais posa la question.

- Le miroir est dangereux ?

- De ton côté je ne sais pas, répliqua l'autre, mais du mien, c'était le célèbre Miroir du Rised, ou Miroir du Désir, qui montre à l'observateur ce qu'il veut le plus au monde.

- Et c'est mal ? fit Harry incrédule.

Des gens sont morts devant ce miroir, fit Potter simplement. Assis là où tu es, ne voulant pas quitter leur rêve, sachant qu'ils ne trouveraient jamais mieux ailleurs.

- Mais ça n'est pas réel ! protesta Harry qui ne comprenait pas comment on pouvait en arriver là.

Potter haussa les épaules.

- Des millions de gens prennent des drogues, fit-il remarquer. Fument de l'herbe, boivent de l'alcool, dans l'espoir d'entrevoir le nirvana. Pourquoi est-ce que ça serait différent avec un miroir ? Si tu offres aux gens une solution facile, ils la prendront presque toujours…

- Je n'aime pas ça, confia Harry à voix basse. Je sais que tu as raison, mais ça ne me plait pas.

Potter le regarda avec un petit sourire troublé.

- Tu crois que ça me plait, à moi ? C'est l'expérience qui parle et elle est amère, je peux te l'assurer. Et c'est ce que je voulais te dire : je peux te donner quelques informations sur les crises qui ont eu lieu ici à Poudlard et te donner assez de matériel pour que peut-être tu ne te trouves pas sans ressources mais pas beaucoup plus. D'un autre côté, je peux te donner une vue d'ensemble des informations que j'ai rassemblées au fil des années sur la situation ici dans le monde magique britannique pour te faire réfléchir sérieusement aux décisions que tu vas prendre. Bon, on ne sait pas si nos mondes correspondent exactement…

- Mais pour l'instant ils correspondent assez bien et je ne tiens pas à ce qu'ils correspondent plus que ça ! assura Harry. Je ne comprends toujours pas par contre, pourquoi tu insistes que ce sont deux choses différentes. Tu me files des infos pour que je sois préparé, ça n'est pas ce dont on parlait ?

- La différence, fit Potter avec hésitation, c'est que tu cherches des infos pour résoudre le problème, tandis que ce que je t'offre pourrais te faire considérer ma suggestion de ficher le camp.

Avec un sourire triste, il ajouta.

- Ce n'était pas une plaisanterie, en fait. C'était un avis sincère.

- Oh, fit Harry qui ne savait pas quoi dire d'autre.

- Mais c'est à toi de choisir, dit l'autre. On est assez différents pour avoir différentes Maisons, et je ne suis pas dans tes chaussures, donc je ne sais pas ce qui compte le plus pour toi. Mais je t'aiderais de mon mieux, c'est promis.

Puis il se dépêcha d'ajouter, avec un sourire un peu plus malicieux.

- Enfin, sur le temps qu'il nous reste. Tu ne vas pas pouvoir rester agrippé à ce miroir toute la journée et c'est une de ces chances qu'on n'a pas deux fois. Donc si on est coupés abruptement, je te souhaite toute la chance du monde. Je n'ai pas l'intention de revenir l'année prochaine, pour plusieurs raisons, et je pense que les aventures, c'est fini pour moi. Mais si tu veux vraiment devenir un héros, tu es sur le bon chemin !

- Merci, grommela Harry, un peu assommé par cette avalanche d'informations. C'est la nuit, en fait, ajouta-t-il au moment où ce détail le frappait.

- Vraiment ? fit l'autre, tout surpris en regardant par la fenêtre illuminée. Huh. Le décalage est sérieux, hein ?

Harry sourit, rasséréné.

- On peut le dire, plaisanta-t-il, mais de toute façon, dès que j'ai vu ta tresse j'ai su que c'était un univers parallèle. Tous ces cheveux ne pouvaient pas être à moi !

Potter fit mine de lui envoyer quelque chose à la figure.

- Ris donc ! Quand tu essayeras de ressembler moins à un nid de coucous, tu trouveras qu'il n'y a que deux options que ta chevelure accepte : la coupe militaire ou les cheveux jusqu'aux épaules. Et là, tu devras choisir !

Harry resta horrifié quelque temps devant l'idée de ce à quoi il ressemblerait avec une coupe militaire. Urgh. Même la tresse paraissait une meilleure option.

- Mais tu n'avais pas besoin de les avoir jusqu'aux fesses, geignit-il, épuisé à l'idée de tant de coups de brosse.

- C'est exactement pour ça qu'existent les sorts cosmétiques, tu sais. Tu crois vraiment que je passe une heure tous les matins devant mon miroir ? Je ne suis pas beau à ce point, quand même.

- Oh, je ne sais pas, fit Harry, je m'aime bien, moi. Et je suis plutôt difficile !

L'autre s'étouffa presque de rire et dut s'appuyer sur le bureau devant lui.

- Crétin, fit-il, portant une teinte rosée très seyante. Arrête de détourner la conversation. Si tu ne veux pas savoir, dis-moi juste non, on ne va pas rester figés en chiens de faïence.

Harry soupira et s'appuya plus lourdement sur le cadre ouvragé du miroir. L'autre avait raison. Sa main commençait à avoir des crampes et les chances de cette conversation continuant jusqu'au matin étaient réduites. Il fallait se décider.

- Je sais, dit-il à voix basse. C'est juste que j'ai pratiquement déjà décidé, tu vois ? Ce que tu me dis là, ça confirme ce que j'ai vu et ce que j'ai pensé. Mais j'espérais… j'espérais que les choses iraient mieux. Que le troll n'était qu'un incident. J'ai deux amis, d'un coup. C'est plus que j'ai jamais eu jusque-là. Deux amis, un château enchanté, de la magie, un pouvoir spécial… et puis je pense à Pinocchio. Cette séquence horrible, tu sais ? Avec Crapule.

- Elle m'a toujours donné froid dans le dos, frissonna son autre.

- C'est peut-être le seul film que j'ai vu en entier, à force de me glisser derrière le dos de Dudley pour en voir des morceaux. Et c'était déjà une histoire un peu cruelle à montrer à des enfants, mais…

- Continue, fit l'autre.

- Donc Crapule lui parle de cette île magique, le rêve de tous les enfants perdus. Une île où ils pourront rire, jouer, fumer, boire, faire ce qu'ils veulent, sans jamais apprendre ou obéir, et ils partent avec Stromboli – qui les récolte dans les rues et pour Disney c'est franchement louche tu ne trouves pas ? Enfin… il les emmène sur – je crois que c'est l'Ile Enchantée, carrément… Et tout est vrai. Il y a de la nourriture sur toutes les tables, et des tables de billard, des cigares à foison, et personne pour te dire quoi faire. C'est vraiment le rêve.

- Ton rêve ? demanda l'autre, curieux.

- Ben… j'ai toujours eu l'impression que Crapule était un peu extrême. Sûrement il devait y avoir sur cette ile, un endroit où on pouvait juste s'allonger sur l'herbe et regarder le ciel… Plus de corvées, plus de Dursley, juste le calme et des rires…

Il ramena son regard du plafond où il s'était fixé et sourit un peu tristement à Potter.

- Ce qui ne veut pas dire que je ne me méfiais pas. Stromboli avait vraiment une tête de brigand. Je m'attendais à pas mal de choses. Mais pas à la transformation en âne.


A Suivre.