Pour une fois, la cuisine de la maison des Black bruissait d'activité. Remus voyait bien que cela faisait plaisir à Sirius. Le pauvre passait ses journées enfermé ici sans autre compagnie qu'un Elfe de maison acariâtre. Il accueillait donc chaque once d'amusement avec l'avidité d'un drogué en manque.
L'atmosphère était plus détendue que d'habitude ce soir-là, comme à chaque fois que Tonks venait dîner. Ce petit bout de femme était d'une énergie à toute épreuve. Pleine d'humour et beaucoup trop bavarde pour son bien, elle monopolisait la plupart de la conversation.
— Et là, Robards a crié que je devrais faire plus attention à où je mettais les pieds, racontait-elle.
— Ce en quoi il n'a pas tort, grommela Maugrey. Aussi discrète qu'un hippogriffe dans un magasin de potions.
Tonks tira la langue à son mentor, avant de poursuivre son histoire.
— Et donc je lui ai dit que j'étais parfaitement capable de prendre soin de moi et de mes pieds toute seule, et qu'il pouvait se mettre ses conseils où je pensais.
— Et c'est à ce moment-là qu'elle s'est étalée de tout son long sur le seuil parce qu'elle ne regardait pas où elle marchait, acheva prosaïquement Fol Œil.
Tonks ouvrit la bouche d'un air offusqué tandis que la tablée éclatait de rire, Remus se joignant à l'hilarité générale.
— S'il ne m'avait pas déconcentrée dès le début, je ne serais jamais tombée, affirma Tonks d'un ton boudeur en croisant les bras.
— J'y crois pas une seule seconde gamine.
Les cheveux de la jeune Métamorphomage s'embrasèrent d'un rouge du plus bel effet.
— Ne m'appelle pas comme ça l'ancêtre ! gronda-t-elle.
Maugrey se contenta de rire, de son rire rocailleux qui faisait trembler sa carcasse entière. Un sourire naquit sur les lèvres de Tonks sans qu'elle puisse apparemment s'en empêcher. Elle tira de nouveau la langue à son mentor d'un air puéril, ses cheveux reprenant leur couleur rose habituelle. Et à peine deux minutes plus tard, elle se lançait à nouveau dans une autre anecdote amusante.
Remus la contemplait, tout en savourant le délicieux ragoût de Molly. Ses yeux pétillants illuminaient son visage. Lors de leurs premières rencontres, il l'avait estimée bien trop jeune pour comprendre les réels enjeux de cette guerre. Elle était tout aussi innocente que lui lors de la première guerre, avant qu'il ne perde la quasi-totalité des êtres qui lui étaient chers. Mais sa volubilité et son humour n'étaient rien d'autre que son bouclier contre les horreurs qui se profilaient à l'horizon et sa seule présence égayait leur quotidien de rires et de bonne humeur.
Le loup-garou avait la bonne grâce de reconnaître qu'il s'était trompé sur son compte.
