— Tu es prêt boule de poils ?
Remus jeta un coup d'œil agacé à Tonks, qui l'attendait en souriant d'un air ravi, avec toute la hâte d'un bleu qui partait pour sa première mission. Il détestait qu'elle fasse ainsi référence à son pénible état. Il referma sèchement son livre d'arithmancie, se leva et saisit son long manteau noir élimé.
— Allons-y, lança-t-il avec une âpreté pour laquelle il s'en voulut immédiatement.
Après tout, ce n'était pas de sa faute à elle si la pleine lune venait juste de se terminer et qu'il était toujours à cran. Ils transplanèrent, apparaissant quelques instants plus tard dans une étroite rue sombre.
— J'ai attendu cet instant toute la journée, s'enthousiasma Tonks. Fol Œil n'a pas cessé de me dire qu'il s'agissait d'une mission comme une autre, comme j'en avais fait des dizaines en tant qu'Auror, mais il a tort. Se battre pour l'Ordre c'est quand même autre chose que faire les basses besognes du Ministère ! Il paraît que…
— Chut, l'interrompit Remus, plus abruptement qu'il ne l'aurait fait en temps normal. Nous sommes arrivés.
Aussitôt, la bavarde et dissipée jeune femme à ses côtés se transforma en l'Auror concentrée et douée qu'elle était. Elle sortit sa baguette et le suivit silencieusement jusqu'à la fenêtre éclairée qui constituait leur cible.
— Je les surveille, chuchota le loup-garou en observant attentivement les deux gobelins qui dînaient dans le salon. A toi de jouer.
Tonks hocha le menton, sourcils froncés, et se fondit dans les ténèbres de la nuit, aussi silencieuse qu'une ombre. Sur ses gardes, Remus continuait d'observer les deux créatures, l'oreille tendue. Ses nerfs tendus semblaient prêts à craquer. Dumbledore n'aurait pas dû lui confier cette mission. La pleine lune était bien trop proche. Il était encore bien trop irritable.
Soudain, un grand bruit retentit au premier étage, faisant aussitôt réagir les deux gobelins, qui se ruèrent hors de la pièce. Poussant un juron, Remus fit le tour de la maison, jusqu'à la fenêtre ouverte par laquelle Tonks était entrée. Il n'eut cependant pas le temps de se glisser à l'intérieur. La sorcière, essoufflée, le rejoignit, l'objet de leur mission serré contre son ventre.
Remus saisit aussitôt son poignet et l'attira dans les fourrés d'un arbre voisin, où ils se dissimulèrent en retenant leur souffle. Heureusement pour eux, ils ne virent pas l'ombre du nez d'un gobelin. Ils attendirent tout de même quelques minutes avant de s'éloigner sur la pointe des pieds. Remus attendit d'avoir distancé les lieux de plus d'une centaine de mètres avant de demander :
— Mais que s'est-il passé ?
— J'ai trébuché, désolée, grimaça Tonks. L'important c'est qu'on ait ce pour quoi on est venu.
Son sourire hésitant fit retomber son irritation. Remus serra les dents, incapable de lui hurler dessus face à une telle mine contrite. Il se contenta de souffler longuement par les narines pour se calmer et éloigner le loup qui hurlait en lui.
— Rentrons, dit-il d'une voix lasse.
Tonks baissa le menton, comme honteuse, puis prit les devants. Elle ne vit pas le sourire discret de Remus dans son dos. Cette fille était quand même sacrément débrouillarde. N'importe qui aurait paniqué dans une telle situation, surtout à son âge, mais pas elle.
Il n'y avait pas à dire, il était tout de même impressionné par son sang-froid et son courage.
