— On y va gamine ?
Maugrey repoussa son assiette vide et se leva sans attendre, les pieds en bois de sa chaise raclant le sol de pierre dans un bruit sinistre. Tonks l'imita, avec plus de réticence néanmoins. Elle resta immobile quelques instants, debout près de sa place vacante, les bras ballants. Son regard hésitant glissa vers Remus, qui venait d'ouvrir le Sorcier du soir.
— On va être en retard, la pressa Fol Œil.
— Remus devrait venir avec nous, dit-elle enfin.
— Dumbledore estime que ce n'est pas totalement sûr, répondit l'intéressé, son regard fixe n'ayant pas bougé d'une seule ligne depuis plusieurs minutes. La pleine lune est dans deux jours.
Ses mains se crispèrent légèrement sur son journal. Molly commençait à faire la vaisselle, Arthur avait les yeux rivés sur les reliefs de son dîner, et Sirius fixait son ami avec acuité. Maugrey poussa un soupir et fit un geste du menton, l'incitant à le rejoindre. Cependant, Tonks ne bougea pas d'un poil, ses dents se serrant de frustration. Remus faisait comme si tout cela ne l'atteignait pas, mais elle voyait bien qu'il était touché. S'il ne voulait pas se défendre lui-même, grand bien lui fasse, elle le ferait à sa place.
— C'est ridicule, répliqua-t-elle. Tu es parfaitement capable de te contrôler à l'approche de la pleine lune, nous le savons tous. Cela fait des semaines que tu pistes Yaxley, et tu mérites de voir ta mission enfin aboutir ! Sans compter que tu connais bien mieux que nous le terrain sur lequel on se rend ce soir.
— Je ne peux pas venir Tonks, soupira Remus en refermant son journal et en la fixant d'un regard ferme. Pourquoi prends-tu autant les choses à cœur ?
— Parce que c'est injuste. Tu n'as pas à être privé de certaines missions juste parce que tu es un loup-garou.
— C'est ainsi, et tu n'y peux rien. Maintenant partez, vous allez le rater.
Tonks ne bougea pas d'un poil, ses mains se crispant sur le dossier de son fauteuil. Le voir prendre les choses avec autant de décontraction lui faisait mal au cœur. Pourquoi n'arrivait-il pas à reconnaître lui-même que sa maladie n'était pas un problème ? Il était totalement apte à les accompagner, et la pleine lune n'était qu'un prétexte stupide.
Voyant qu'elle ne comptait pas lâcher le morceau aussi facilement, Remus se leva en soupirant, puis se planta devant elle. Posant ses mains sur ses épaules, il plongea ses prunelles grises dans les siennes, ignorant son air renfrogné.
— Ton indignation me touche, je t'assure, et je te remercie de prendre ainsi ma défense. Mais nous n'avons pas le temps d'en débattre ce soir, tu as une mission à remplir avec Alastor. Concentre-toi là-dessus.
Tonks eut une moue boudeuse. Il avait raison. Remus, la gorge serrée, la regarda abdiquer silencieusement. Elle hocha vaguement le menton, ce qui le soulagea. Il était ravi de voir qu'elle le défendait ainsi, mais cela rendait la tâche bien plus difficile. Rester indifférent lui semblait de plus en plus complexe, et dans ce genre d'instant, il avait du mal à ignorer les battements désordonnés de son cœur lorsqu'il la regardait.
Soudain, le prenant par surprise, Tonks passa ses bras autour de son cou et se serra contre lui. Ce fut extrêmement bref, quelques secondes à peine, et ce n'était juste qu'une embrassade amical. Pourtant, Remus se figea, cessant de respirer.
— Il faudra bien que tu reconnaisses un jour que j'ai raison, marmonna-t-elle d'un ton bourru.
Puis elle le laissa là, les bras vides et le nez empli de son odeur de lilas. Lorsqu'il entendit la porte d'entrée claquer, Remus tressaillit. L'horreur emplissait la moindre cellule de son corps. Il n'avait aucun droit de s'éprendre de la jeune femme, de ressentir un quelconque sentiment amoureux pour elle. C'était une collègue, une amie. Rien de plus.
Alors il musela son cœur et se retourna pour aider Molly à faire la vaisselle, son parfum flottant encore dans ses narines.
